dimanche 22 mars 2015

Le fils de Philipp Meyer


Vaste fresque de l’Amérique de 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman exceptionnel. (Albin Michel)

Trois voix qui alternent, trois générations d'une famille qui balaie l'histoire Américaine, particulièrement celle du Texas, des années 1850 à nos jours.
Il y a tout d'abord Eli, enlevé à l'âge de onze ans par les Comanches et qui va passer avec eux trois années de sa vie, profitant sans le savoir d'un mode de vie qui peu à peu disparaît avec l'éradication des Indiens par des maladies ou les parcages dans des réserves.
C'est lui le fondateur de cette grande famille, lui qui une fois revenu parmi les Blancs s'engagera dans la Guerre de Sécession et survivra grâce aux enseignements des Indiens, lui qui se fera appeler désormais le "Colonel" et qui va ériger une vaste entreprise familiale, d'abord dans l'élevage puis dans le pétrole, lui qui sera un père, un grand-père et un arrière-grand-père autoritaire, tyrannique, ne supportant pas la faiblesse et la mollesse de caractère et d'esprit.
Il y a ensuite Peter, le fils du "Colonel" qui n'en peut plus de ce père qui l'écrase et lui impose un choix de vie qui n'est pas le sien, d'ailleurs il profitera de la révolution Mexicaine pour faire un choix, le premier de sa vie, qui changera à jamais son destin et celui de la famille McCullough.
Et enfin, il y a Jeanne-Anne, l'arrière-petite-fille du "Colonel", une femme intelligente et ambitieuse, la digne héritière de son illustre arrière-grand-père avec qui elle partage une vision précise et juste de l'avenir et un caractère trempé dans l'acier, car pour elle, rien d'autre ne compte que la réussite de l'entreprise familiale afin d'asseoir définitivement l'oeuvre d'Eli McCullough dans l'histoire industrielle Américaine.

Il y a tellement à dire de cette vaste fresque littéraire que je ne sais par où commencer, d'ailleurs il m'a fallu du temps après la fin de ma lecture pour me poser et rédiger une chronique.
Dans cette famille, il y a les forts et les faibles, mais derrière ces mots ne se cachent pas leurs définitions au sens courant, car pour être fort il faut être prêt à tout, n'aimer personne d'autre que soi et n'avoir ni Dieu ni maître, il faut être prêt à tuer père et mère pour arriver à ses fins : "Aujourd'hui, l'homme vit dans un cercueil de chair. Sourd et aveugle. La Terre et la Loi sont corrompues. Le Grand Livre dit : je vous rassemblerai à Jérusalem pour vous mettre au creuset de ma fureur. Il dit : tu es une terre qui n'a point été purifiée. Je confirme. Il nous faut un grand feu qui balaie la terre d'un océan à l'autre et je jure de me doucher au kérosène si on promet de laisser brûler ce feu.", c'est ainsi qu'est Eli McCullough; et pour être faible il faut tout simplement être humain et ressentir de l'empathie pour les autres : "Il y a ceux qui sont nés pour être chasseurs et ceux qui sont nés pour être chassés ... J'ai toujours su que j'étais de ces derniers.", c'est ainsi qu'est Peter.
Et puis il y a Jeanne-Anne qui a commencé son ascension ambitieuse ouverte sur les autres pour la finir vieille et seule à agoniser par terre dans sa grande maison.
Je n'apprécie pas forcément un personnage de la trempe d'Eli McCullough, car l'homme est insupportable d'absence de sentiments et d'empathie envers autrui, mais d'un autre côté il a une force de caractère qui pousse au respect et qui trouve ses racines dans son passé.
Eli McCullough restera marqué à jamais par l'attaque de sa famille par les Comanches, les trois années passées parmi eux, tout ce qu'il y a appris et surtout que l'important c'est de posséder, de créer, d'être le fort qui peut écraser le faible plutôt que l'inverse.
Alors qu'importe ce qu'il faut faire pour posséder, l'important c'est de graver son nom dans l'Histoire : "Les choses ne valent rien tant que tu n'as pas mis ton nom dessus.".
C'est sans doute le personnage qui m'a le plus fascinée par son évolution, j'ai pris énormément de plaisir à lire les chapitres consacrés à sa vie au sein des Comanches, sans doute parce qu'il y a finalement bien peu de livres qui s'intéressent au sort des Indiens d'Amérique et au quasi anéantissement de cette population.
Au cours de ma lecture je n'avais qu'une hâte : retrouver Eli McCullough au milieu des Comanches pour saisir avec lui les derniers instants d'une liberté et d'un peuple qui allaient bientôt complètement disparaître.
L'histoire et l'évolution de Jeanne-Anne ont elles aussi un côté intéressant et fascinant, parce que l'époque est plus proche de la nôtre mais aussi parce qu'elle fait partie des rares "business woman" qui sont critiquées et qui dérangent une partie de la population.
Et si je me suis demandée pendant un moment ce qu'apportait l'histoire de Peter, je ne m'attendais certainement pas à cette dernière pirouette finale de l'auteur.
Au-delà du destin de cette famille, l'auteur évoque aussi les aléas du monde extérieur sur la vie des Américains, je pense notamment aux deux Guerres Mondiales qui ont fauché bon nombre de jeunes Américains, la famille McCullough ayant elle aussi
Mais c'est sans doute le point d'orgue de ce roman, qu'importe les enlèvements, les meurtres, les guerres, le sang versé, la vie continue quoi qu'il se passe : "Le sang qui coulait à travers les siècles pouvait bien remplir toutes les rivières et tous les océans, en dépit de l'immense boucherie, la vie demeurait.".
Le style de Philipp Meyer est remarquable, j'ai été portée de bout en bout par sa plume et c'est avec un immense plaisir que j'ai pu découvrir cette fresque historique qui s'interroge sur la condition humaine à travers le prisme de trois narrateurs différents, à trois époques distinctes.
Voilà un livre qui ne m'a en tout cas pas laissée indemne tant j'en ai pris plein les yeux avec ce superbe récit, et c'est sans aucune surprise qu'il a figuré parmi les finalistes du Prix Pulitzer 2014.

"Le fils" de Philipp Meyer est à n'en pas douter un très grand roman, une vaste saga familiale s'étendant sur plus d'un siècle, offrant une vision sans concession du rêve Américain, il serait fort dommage de passer à côté de ce si beau roman.

4 commentaires:

  1. J'avais adoré ce roman !! Un chef d'oeuvre <3

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est effectivement un très bon roman !

      Supprimer
  2. je l'emprunterai à la bibli! trop envie de le lire!
    je te conseille "la fille sauvage" de Fergus ou "tristesse de la terre" de Vuillard pour continuer ta route avec les indiens!
    Marjolaine

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai lu "Tristesse de la terre" j'ai beaucoup aimé. J'ai lu un très bon livre tiré de faits réels sur les Indiens publié chez Gallmeister dans la collection Totem, je peux te le prêter si tu veux !

      Supprimer