vendredi 24 février 2017

Césars 2017

Comme l’année dernière, on se contrefiche de mon avis sur l’attribution des Césars, c’est pour cela que je vais me faire un (malin) plaisir de vous le donner !
C’est très simple : mon pronostic = je pense que le César leur sera attribué, mon favori = celui que j’aimerai voir récompensé.

Je le sens gros comme une maison, je vais être à côté de la plaque mais qu’importe !


Meilleur espoir féminin

OULAYA AMAMRA dans DIVINES
PAULA BEER dans FRANTZ
LILY-ROSE DEPP dans LA DANSEUSE
NOÉMIE MERLANT dans LE CIEL ATTENDRA
RAPH dans MA LOUTE

Mon pronostic : j’hésite, entre Paula Beer, révélation du film de François Ozon et déjà récompensée, et Oulaya Amara, pour surfer sur la vague du film Fatima l’an dernier

Mon favori : Paula Beer, j’ai été bluffée par cette actrice, une véritable révélation de cette année 2016

Et le César est attribué à …

Meilleur espoir masculin

JONAS BLOQUET dans ELLE
DAMIEN BONNARD dans RESTER VERTICAL
CORENTIN FILA dans QUAND ON A 17 ANS
KACEY MOTTET KLEIN dans QUAND ON A 17 ANS
NIELS SCHNEIDER dans DIAMANT NOIR

Mon pronostic : Niels Schneider, film non vu mais j’en ai entendu parler

Mon favori : l’un des deux acteurs de Quand on a 17 ans (mais pourquoi faire 2 nominations distinctes pour un même film ?)

Et le César est attribué à …

Meilleure actrice dans un second rôle

NATHALIE BAYE dans JUSTE LA FIN DU MONDE
VALERIA BRUNI TEDESCHI dans MA LOUTE
ANNE CONSIGNY dans ELLE
DÉBORAH LUKUMUENA dans DIVINES
MÉLANIE THIERRY dans LA DANSEUSE

Mon pronostic : Valéria Bruni Tedeschi

Mon favori : Valéria Bruni Tedeschi

Et le César est attribué à …

Meilleur acteur dans un second rôle

GABRIEL ARCAND dans LE FILS DE JEAN
VINCENT CASSEL dans JUSTE LA FIN DU MONDE
VINCENT LACOSTE dans VICTORIA
LAURENT LAFITTE dans ELLE
MELVIL POUPAUD dans VICTORIA
JAMES THIERRÉE dans CHOCOLAT

Mon pronostic : Laurent "tête-à-claques" Lafitte (ça ne passe pas avec cet acteur)

Mon favori : Vincent Lacoste, à noter que j’ai également beaucoup aimé la prestation de James Thierrée

Et le César est attribué à …

Meilleure actrice

JUDITH CHEMLA dans UNE VIE
MARION COTILLARD dans MAL DE PIERRES
VIRGINIE EFIRA dans VICTORIA
MARINA FOÏS dans IRRÉPROCHABLE
ISABELLE HUPPERT dans ELLE
SIDSE BABETT KNUDSEN dans LA FILLE DE BREST
SOKO dans LA DANSEUSE

Mon pronostic : Isabelle Huppert (mais je n’y tiens pas) sauf que comme elle est en lice aux Oscars je pencherai plutôt pour Virginie Efira

Mon favori : en réfléchissant longuement, celle qui m’a le plus impressionnée c’est Judith Chemla, étrangement je ne sens pas Marion Cotillard bien placée pour le César mais je me trompe peut-être (alors que son jeu est impressionnant)

Et le César est attribué à …

Meilleur acteur

FRANÇOIS CLUZET dans MÉDECIN DE CAMPAGNE
PIERRE DELADONCHAMPS dans LE FILS DE JEAN
NICOLAS DUVAUCHELLE dans JE NE SUIS PAS UN SALAUD
FABRICE LUCHINI dans MA LOUTE
PIERRE NINEY dans FRANTZ
OMAR SY dans CHOCOLAT
GASPARD ULLIEL dans JUSTE LA FIN DU MONDE

Mon pronostic : Pierre Niney

Mon favori : Pierre Niney, sans aucune hésitation

Et le César est attribué à …

Meilleur scénario original

HOUDA BENYAMINA, MALIK RUMEAU pour DIVINES
SOLVEIG ANSPACH, JEAN-LUC GAGET pour L'EFFET AQUATIQUE
SABRINA B. KARINE, ALICE VIAL, PASCAL BONITZER, ANNE FONTAINE pour LES INNOCENTES
BRUNO DUMONT pour MA LOUTE
JUSTINE TRIET pour VICTORIA

Mon pronostic : Solveig Anspach et Jean-Luc Gaget

Mon favori : Bruno Dumont

Et le César est attribué à …

Meilleure adaptation

DAVID BIRKE pour ELLE
SÉVERINE BOSSCHEM, EMMANUELLE BERCOT pour LA FILLE DE BREST
FRANÇOIS OZON pour FRANTZ
CÉLINE SCIAMMA pour MA VIE DE COURGETTE
NICOLE GARCIA, JACQUES FIESCHI pour MAL DE PIERRES
KATELL QUILLÉVÉRÉ, GILLES TAURAND pour RÉPARER LES VIVANTS

Mon pronostic : David Birke ou Céline Sciamma

Mon favori : Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot

Et le César est attribué à …

Meilleure musique originale

GABRIEL YARED pour CHOCOLAT
IBRAHIM MAALOUF pour DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE
ANNE DUDLEY pour ELLE
PHILIPPE ROMBI pour FRANTZ
SOPHIE HUNGER pour MA VIE DE COURGETTE

Mon pronostic : Gabriel Yared

Mon favori : Gabriel Yared, mais aucune musique des films nommés ne m’a excessivement marquée

Et le César est attribué à …

Meilleurs costumes

ANAÏS ROMAND pour LA DANSEUSE
PASCALINE CHAVANNE pour FRANTZ
ALEXANDRA CHARLES pour MA LOUTE
CATHERINE LETERRIER pour MAL DE PIERRES
MADELINE FONTAINE pour UNE VIE

Mon pronostic : Anaïs Romand

Mon favori : Madeline Fontaine

Et le César est attribué à …

Meilleurs décors

JÉRÉMIE D. LIGNOL pour CHOCOLAT
CARLOS CONTI pour LA DANSEUSE
MICHEL BARTHÉLÉMY pour FRANTZ
RITON DUPIRE-CLÉMENT pour MA LOUTE
KATIA WYSZKOP pour PLANETARIUM

Mon pronostic : Katia Wyszkop

Mon favori : Carlos Conti

Et le César est attribué à …

Meilleure photo

STÉPHANE FONTAINE pour ELLE
PASCAL MARTI pour FRANTZ
CAROLINE CHAMPETIER pour LES INNOCENTES
GUILLAUME DEFFONTAINES pour MA LOUTE
CHRISTOPHE BEAUCARNE pour MAL DE PIERRES

Mon pronostic : Pascal Marti

Mon favori : Pascal Marti

Et le César est attribué à …

Meilleur montage

LOIC LALLEMAND, VINCENT TRICON pour DIVINES
JOB TER BURG pour ELLE
LAURE GARDETTE pour FRANTZ
XAVIER DOLAN pour JUSTE LA FIN DU MONDE
SIMON JACQUET pour MAL DE PIERRES

Mon pronostic : Loic Lallemand et Vincent Tricon

Mon favori : Simon Jacquet

Et le César est attribué à …

Meilleur son

BRIGITTE TAILLANDIER, VINCENT GUILLON, STÉPHANE THIÉBAUT pour CHOCOLAT
JEAN-PAUL MUGEL, ALEXIS PLACE, CYRIL HOLTZ, DAMIEN LAZZERINI pour ELLE
MARTIN BOISSAU, BENOÎT GARGONNE, JEAN-PAUL HURIER pour FRANTZ
JEAN-PIERRE DURET, SYLVAIN MALBRANT, JEAN-PIERRE LAFORCE pour MAL DE PIERRES
MARC ENGELS, FRED DEMOLDER, SYLVAIN RÉTY, JEAN-PAUL HURIER pour L'ODYSSÉE

Mon pronostic : l’équipe de L’Odyssée

Mon favori : l’équipe de Chocolat

Et le César est attribué à …

Meilleure réalisation

HOUDA BENYAMINA pour DIVINES
PAUL VERHOEVEN pour ELLE
FRANÇOIS OZON pour FRANTZ
ANNE FONTAINE pour LES INNOCENTES
XAVIER DOLAN pour JUSTE LA FIN DU MONDE
BRUNO DUMONT pour MA LOUTE
NICOLE GARCIA pour MAL DE PIERRES

Mon pronostic : Bruno Dumont (partant du principe que souvent aux Césars on aime récompenser les films un peu bizarres ayant peu ou moyennement fonctionnés lors de leur sortie)

Mon favori : François Ozon, je n’ai jamais caché à quel point j’aime le travail de ce réalisateur

Et le César est attribué à …

Meilleur film d’animation (long métrage)

LA JEUNE FILLE SANS MAINS réalisé par SÉBASTIEN LAUDENBACH, produit par JEAN-CHRISTOPHE SOULAGEON
MA VIE DE COURGETTE réalisé par CLAUDE BARRAS, produit par ARMELLE GLORENNEC, ERIC JACQUOT, MARC BONNY
LA TORTUE ROUGE réalisé par MICHAEL DUDOK DE WIT, produit par VINCENT MARAVAL, PASCAL CAUCHETEUX

Mon pronostic : La jeune fille sans mains, parce qu’on a trop parlé des deux autres et qu’ils ont déjà des récompenses (et que l’académie des Césars n’aime pas cela en général) ou alors Ma vie de courgette, plus accessible à jeune public

Mon favori : La tortue rouge, tellement poétique et beau

Et le César est attribué à …

Meilleur premier film

CIGARETTES ET CHOCOLAT CHAUD réalisé par SOPHIE REINE, produit par ISABELLE GRELLAT, ERIC ALTMAYER, NICOLAS ALTMAYER
LA DANSEUSE réalisé par STÉPHANIE DI GIUSTO, produit par ALAIN ATTAL
DIAMANT NOIR réalisé par ARTHUR HARARI, produit par DAVID THION, PHILIPPE MARTIN
DIVINES réalisé par HOUDA BENYAMINA, produit par MARC-BENOIT CRÉANCIER
ROSALIE BLUM réalisé par JULIEN RAPPENEAU, produit par MICHAEL GENTILE, CHARLES GILLIBERT

Mon pronostic : Divines

Mon favori : Divines

Et le César est attribué à …

Meilleur film documentaire

DERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS réalisé par JULIE BERTUCCELLI, produit par YAËL FOGIEL, LAETITIA GONZALEZ
FUOCOAMMARE, PAR-DELÀ LAMPEDUSA réalisé par GIANFRANCO ROSI, produit par SERGE LALOU, CAMILLE LAEMLÉ
MERCI PATRON ! réalisé par FRANÇOIS RUFFIN, produit par ÉDOUARD MAURIAT, ANNE-CÉCILE BERTHOMEAU, JOHANNA SILVA SWAGGER réalisé par OLIVIER BABINET, produit par MARINE DORFMANN, ALEXANDRE PERRIER
VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS réalisé par BERTRAND TAVERNIER, produit par FRÉDÉRIC BOURBOULON

Mon pronostic : j’hésite avec Fuocoammare ou Merci patron ! ou Dernières nouvelles du cosmos

Mon favori : Voyage à travers le cinéma Français

Et le César est attribué à …

Meilleur film étranger

AQUARIUS réalisé par KLEBER MENDONÇA FILHO, distribution France SBS DISTRIBUTION
BACCALAURÉAT réalisé par CRISTIAN MUNGIU, coproduction France WHY NOT PRODUCTIONS (PASCAL CAUCHETEUX, GRÉGOIRE SORLAT)
LA FILLE INCONNUE réalisé par JEAN-PIERRE DARDENNE, LUC DARDENNE, coproduction France ARCHIPEL 35 (DENIS FREYD)
JUSTE LA FIN DU MONDE réalisé par XAVIER DOLAN, coproduction France MK PRODUCTIONS (NATHANAËL KARMITZ, ELISHA KARMITZ)
MANCHESTER BY THE SEA réalisé par KENNETH LONERGAN, distribution France UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE
MOI, DANIEL BLAKE réalisé par KEN LOACH, coproduction France WHY NOT PRODUCTIONS (PASCAL CAUCHETEUX, GRÉGOIRE SORLAT)
TONI ERDMANN réalisé par MAREN ADE, distribution France HAUT ET COURT DISTRIBUTION

Mon pronostic : étant donné que Moi, Daniel Blake a eu la Palme d’or à Cannes je le vois très mal avoir également le César sauf si les votants décident de primer un film engagé, sinon je verrai bien Toni Erdmann reparti bredouille de Cannes ou encore Aquarius

Mon favori : Manchester by the Sea, ce film est tellement beau …

Et le César est attribué à …

Meilleur film

DIVINES produit par MARC-BENOIT CRÉANCIER, réalisé par HOUDA BENYAMINA
ELLE produit par SAÏD BEN SAÏD, MICHEL MERKT, réalisé par PAUL VERHOEVEN
FRANTZ produit par ERIC ALTMAYER, NICOLAS ALTMAYER, réalisé par FRANÇOIS OZON
LES INNOCENTES produit par ERIC ALTMAYER, NICOLAS ALTMAYER, réalisé par ANNE FONTAINE
MA LOUTE produit par JEAN BRÉHAT, RACHID BOUCHAREB, MURIEL MERLIN, réalisé par BRUNO DUMONT
MAL DE PIERRES produit par ALAIN ATTAL, réalisé par NICOLE GARCIA
VICTORIA produit par EMMANUEL CHAUMET, réalisé par JUSTINE TRIET

Mon pronostic : Elle ou alors Ma loute ou (et alors là grande surprise car c'est une comédie) Victoria

Mon favori : Frantz, le film qui m’a le plus éblouie parmi ceux nominés


Et le César est attribué à …

dimanche 19 février 2017

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal


Le temps d'un été, quelques adolescents désœuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe. Entre tolérance zéro et goût de l'interdit, les choses vont s'envenimer. (Folio)

Ma première rencontre avec Maylis de Kerangal remonte à février 2012, avec "Naissance d'un pont".
Mes premières retrouvailles avec cette auteur datent aussi de 2012, juillet cette fois-ci, avec "Tangente vers l'est", lu dans le cadre d'un prix littéraire pour lequel je faisais partie du jury.
Et puis j'ai attendu avant de relire cette auteur, peur d'être déçue, trop de discours et d'éloges autour d'elle, il y a des auteurs que l'on aimerait garder secrets encore un petit peu.
Il a fallu attendre 2015 pour que je me décide à lire "Réparer les vivants", si beau, si fort, à tel point que je ne suis pas allée voir l'adaptation cinématographique, volontairement.
Il n'en était pas de même pour "Corniche Kennedy", tout de suite après le film j'ai eu envie de découvrir ce roman, l'un des premiers de Maylis de Kerangal.
Le grand saut, enfin, après tant d'années.

C'est l'été à Marseille, quelques adolescents désœuvrés des quartiers nord se regroupent sur la corniche Kennedy et défient les lois de la gravitation en sautant et plongeant : "Puisque frimer précisément, tchatcher, sauter, plonger, parader, c'est ce qu'ils font quand ils sont là, c'est ce qu'ils viennent faire.", toujours plus haut, sous le regard de Suzanne, jeune fille issue d'une famille aisée habitant sur la corniche, et du commissaire Sylvestre Opéra chargé de la surveillance du littoral.
Suzanne et Sylvestre Opéra ont un point en commun : ils sont fascinés par cette bande, la première voulant en faire partie et le deuxième fasciné par ces jeunes insolents à qui rien ni personne ne fait peur : "Fasciné par la vitalité du garçon, exaspéré par son arrogance, il se sent vieux, à cette heure, épuisé, et se dit qu'il donnerait beaucoup pour faire partie, ne serait-ce qu'une journée, de la bande de la Plate, gesticuler sur les pierres, draguer les filles, s'approprier le ciel. C'est une tentation intense.".
Ils ont quelque chose d'attachant ces minots, notamment Eddy et Mario, et Maylis de Kerangal a su les saisir au vol et les rendre vivants tout en simplicité, mais Suzanne elle reste un peu plus mystérieuse.
Et puis la pseudo enquête policière en toile de fond est morne, plate, sans grand intérêt.
Que vient-elle faire ici ?
Je ne saurai trop répondre à cette question, peut-être n'est-elle qu'un prétexte, un de plus, pour pouvoir observer en toute liberté ces jeunes qui sautent au vu et au sus de tous, méprisés par tous et méprisant à leur tour par leur insolente jeunesse qui se défie de tout.
Ils sont beaux ces jeunes, ils sont fascinants, ils ont quelque chose à dire mais personne ne semble prêt à les écouter.
Et puis, surtout, il y a le style de Maylis de Kerangal, et c'est sans doute ce qui sauve l'ensemble et ne m'a pas fait abandonner cette histoire qui au fond ne fait que survoler sans trop chercher à approfondir et creuser les personnages ou encore leurs motivations.
La fin de ce roman est d'ailleurs à l'image de l'histoire : complètement ouverte.
Je ne sais trop au final ce que j'attendais de ce roman pour lequel j'avais les images du film tout au long de ma lecture.
Si j'attendais Marseille, elle est bien là cette ville profondément ancrée dans ses racines méditerranéennes; si j'attendais une trame plus fournie j'ai été laissée sur la plateforme avant de m'élancer pour sauter.

"Corniche Kennedy" n'a pas tout à fait la même puissance que les autres romans de Maylis de Kerangal mais sa plume, elle, est toujours la même : aussi belle que poétique et ne serait-ce que pour cela, ce roman mérite d'être découvert.

jeudi 16 février 2017

L'amie prodigieuse - Celle qui fuit et celle qui reste d'Elena Ferrante


Pour Elena, comme pour l’Italie, une période de grands bouleversements s’ouvre. Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent, les mouvements féministes et protestataires s’organisent, et Elena, diplômée de l’École normale de Pise et entourée d’universitaires, est au premier rang. Même si les choix de Lila sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine, telles deux sœurs qui se ressembleraient trop. Et, une nouvelle fois, les circonstances vont les rapprocher, puis les éloigner, au cours de cette tumultueuse traversée des années soixante-dix. (Gallimard)

Lila a donc quitté son mari avec son fils pour partir vivre avec Enzo et travailler dans une usine de salaison, quand Elena le découvre elle en est catastrophée : "Et je souffre en pensant à comment elle se gâche !".
Car Elena, malgré la publication et le succès de son livre, souffre toujours de cette comparaison  qu'elle s'impose par rapport à Lila et dont elle ressort toujours vaincue : "Pour sûr, Lila était fausse et ingrate, et quant à moi, malgré tout ce qui avait changé, je continuais à lui être inférieure.".
Si Elena et Lila vont connaître des tourments, se rapprocher pour mieux s'éloigner, il en va de même de l'Italie des années 60 où s'amorcent les mouvements féministes et protestataires.

La toile de fond de ce nouveau tome est l'Italie connaissant des bouleversements dans les années 60, à l'image de ce qui se passe à Paris en mai 1968, avec tout d'abord le parti communiste qui se renforce puis l'arrivée d'organisations marxistes dont les Brigades Rouges qui n'hésitent pas à frapper avec des actions terroristes.
C'est le premier reproche que je ferai à ce roman : la trame historique est intéressante mais pas assez explicitée pour qui ne connaît pas bien l'histoire de l'Italie dans les années 60/70, ce qui est mon cas.
On sent qu'il se passe des choses, on comprend à demi-mot mais pour une fois Elena, la narratrice, aurait pu s'attarder un peu plus longuement sur les événements politiques.
Et voilà le deuxième reproche que je ferai à ce récit, Elena est trop bavarde, elle s'enlise à raconter les mêmes événements et dans sa vie de femme mariée avec enfants : "Je languissais dans mon lit, frustrée par ma condition de mère de famille et de femme mariée; tout avenir me semblait prisonnier de la répétition des rites domestiques, que ce soit dans la cuisine ou dans le lit conjugal, et ce jusqu'à la mort.".
Si le personnage d'Elena se languit il en va malheureusement de même pour le lecteur pendant la première partie du récit.
Elena n'est plus que l'ombre d'elle-même, elle a écrit un livre et puis plus rien, elle devient une bonne épouse au foyer, puis a une première fille, puis une deuxième, et elle raconte ses longues journées chez elle à s'occuper de deux enfants et d'un mari qui ne lui consacre guère de temps tout comme à ses filles car il s'obstine à vouloir publier un deuxième roman, une obstination vaine car il reste campé sur ses positions, ne s'entend pas avec ses collègues, et ne laisse pas de temps à sa femme, je soupçonne d'ailleurs une jalousie de sa part à l'égard d'Elena.
Elena s'est transformée en femme au foyer désespérée, cherchant à séduire quelques hommes, mais c'est qu'elle a fini par me désespérer et limite m'exaspérer.
Pourtant, au début du roman j'avais bon espoir pour Elena qui venait de publier un roman et de couper quasi définitivement avec son ancien quartier de Naples : "Une fois mes études universitaires achevées, et après avoir écrit d'un trait un récit qui, à ma plus grande surprise, était devenu en quelques mois un livre, j'eux l'impression que le monde d'où je venais ne faisait que se détériorer davantage.".
Mais pour le coup Elena aussi se détériore, elle souffre même d'une dépression et finit par voir sombrement le monde : "Et aujourd'hui, c'est ainsi que je vois les choses : ce n'est pas notre quartier qui est malade, ce n'est pas Naples, c'est le globe terrestre tout entier, c'est l'Univers, ce sont les univers ! Le seul talent consiste à cacher et à se cacher le véritable état des choses.".
Sa relation avec Lila étant désormais téléphonique, l'interaction entre les deux personnages manquent finalement et n'offrent pas le même rythme que les deux précédents romans.
Il faut attendre le retour de Nino Sarratore pour que l'histoire reprenne vie ainsi qu'une nouvelle tournure avec une fin qui laisse sur sa faim, comme les deux fois précédentes.
Je ne sais si c'est parce que l'auteur commençait un peu à s’essouffler mais ce troisième tome n'a pas la saveur et le cynisme des deux précédents, ou alors c'est parce que le personnage d'Elena est presque plus âgé que moi et n'a pas la même vie que je ne m'y retrouve plus autant qu'avant.
La seule qui demeure fidèle à elle-même, c'est Lila, qui va une nouvelle fois rebondir et se découvrir une nouvelle passion pour les ordinateurs, domaine dans lequel elle va bien évidemment briller car rien ne peut résister à son intelligence.
La relation amour/haine entre les deux personnages est moins présente que dans les précédents volumes, disons que l'âge faisant elles ont fini par jeter un voile sur leur relation, particulièrement Elena qui cesse de vouloir découvrir la véritable nature du lien qui l'attache à Lila.
Après réflexion, il y a pourtant de belles scènes dans ce roman, notamment un repas avec la famille Solara digne des grands films Italiens, mais il lui manque toutefois un petit quelque chose qu'il y avait dans les deux précédents.
Mais avec la fin que nous a réservée Elena Ferrante je n'ai tout de même qu'une hâte : que le quatrième et dernier tome paraisse afin de découvrir ce qu'il advient d'Elena et Lila.

"Celle qui fuit et celle qui reste" est le tome de la maturité mais aussi celui qui prépare, et parfois un peu trop longuement, l'ultime tome de cette superbe fresque Italienne signée par Elena Ferrante.

mardi 14 février 2017

Lumière ! L'aventure commence de Thierry Frémaux

     
     

En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout-premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l’art de filmer. Chefs-d’œuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, cette sélection de films restaurés offre un voyage aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le Monde qui s’ouvrent au 20e siècle. Lumière, l’aventure du cinéma commence ! (AlloCiné)


"Je vous parle d'un temps que les moins de cent vingt ans ne peuvent pas connaître ..."
C'est tout à fait ce que propose ici Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière à Lyon et Délégué Général du Festival de Cannes, à travers 108 films Lumière de 50 secondes chacun parmi les 1422 référencés, tournés entre 1895 et 1905 et restaurés pour l'occasion.
Sur une musique de Camille Saint-Saëns, Thierry Frémaux commente ces films et fait découvrir au spectateur la France du dix-neuvième siècle ainsi que les techniques de tournage via le cinématographe, inventé par les frères Auguste et Louis Lumière, ingénieurs et industriels Français.


Thierry Frémaux, amoureux du 7ème art, sait de quoi il parle, les films des frères Lumière il les a déjà commentés, alors pourquoi proposer une sortie en salle ?
Tout simplement parce que cela ne s'est jamais fait et que c'est l'occasion de faire découvrir certains de ces films, pardon de ces pépites, à un plus large public.
Car ces 108 films de 50 secondes sont tous, j'insiste bien sur le tous, des pépites qui non seulement font vivre sous nos yeux la France industrielle, la France qui s'amuse du dix-neuvième siècle mais également des cadrages et des mises en scène qui seront réutilisés par tous les cinéastes par la suite : le travelling, le contrechamp, les trucages etc.
En même temps que l'on découvre le premier film de l'histoire, "La sortie des usines Lumière", on découvre également le premier remake de l'histoire du cinéma puisque ce film a été tourné en trois versions différentes.
Et l'on découvre également le premier film comique, avec "L'arroseur arrosé", ainsi qu'un film qui a beaucoup marqué à l'époque et qui reste aujourd'hui encore impressionnant : "L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat".
En fait, on pourrait parler pendant des heures des 108 films proposés, ils sont tous merveilleux, ils apportent tous quelque chose à la mémoire commune, et bien souvent ils font rire.
A titre personnel, le film m'ayant le plus marquée est sans doute celui en Egypte filmant le sphinx et la grande pyramide de Gizeh, une nouvelle fois l'art de la diagonale est utilisé pour filmer les gens défilant mais c'est surtout que l'Egypte se dégage de ces images; le film le plus drôle est celui avec le chat gourmand.
Les commentaires de Thierry Frémaux sont très plaisants car ils mêlent humour et explications plus sérieuses en attirant le regard du spectateur sur les détails de chaque film et les techniques utilisées pour filmer.
C'est très didactique et cela m'a ravi au plus haut point car je serai passée à côté de beaucoup de détails qui n'en sont finalement pas.
Ce qui frappe le plus, c'est de constater que les frères Lumière, qui se mettaient souvent en scène eux-mêmes ainsi que leur famille, ainsi que leurs opérateurs faisaient des cadrages parfaits et touchaient juste, il y a certains films qui sont vraiment impressionnants comme cette chaîne de chasseurs alpins marchant dans la neige et filmés en hauteur.
Ce fut un plaisir du début à la fin pour ma part, j'espère que Thierry Frémaux ne s'arrêtera pas là et proposera d'autres films restaurés des frères Lumière.
Bravo aux frères Lumière pour cette si merveilleuse invention et merci à Thierry Frémaux pour ces 90 minutes de pur ravissement !


"Lumière ! L'aventure commence" est un film, pardon une pépite de cinéma, qui ravira en premier lieu tous les amoureux du 7ème art mais qui s'adresse aussi à un public plus large de nostalgiques et/ou de curieux.

lundi 13 février 2017

Moonlight de Barry Jenkins

     
     

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte. (AlloCiné)


"Moonlight" propose de suivre le parcours de Chiron, un jeune homme cherchant sa place dans la monde, à travers trois périodes de vie de ce personnage : l'enfance, où il est baptisé Little (Alex R. Hibbert), l'adolescence où il est connu sous son nom, Chiron (Ashton Sanders), et l'âge adulte où il se fait appeler désormais Black (Trevante Rhodes).
Chiron enfant va croiser le chemin de Juan (Mahershala Ali), un dealer, et de sa compagne Teresa (Janelle Monae) qui vont prendre sous leur aile cet enfant quelque peu délaissé voire maltraité par sa mère Paula (Naomie Harris), une junkie faisant des passes pour se payer son crack.
Régulièrement au cours de ces trois époques, il croisera aussi le chemin de Kevin (Andre Holland à l'âge adulte), l'un de ses rares amis dans ce monde et pour qui il éprouve des sentiments très forts.


Le film est scindé en trois parties qui se suivent chronologiquement, et pour interpréter les personnages de Chiron et de Kevin le réalisateur a choisi trois acteurs pour les incarner à chaque période de leur vie.
L'histoire a pour toile de fond Miami, mais pas côté glamour et plage, ici il est question des quartiers défavorisés, des rues contrôlées par les dealers et où il n'y a que peu d'espoir de s'en sortir et d'avoir une vie meilleure.
A croire que c'est la période qui veut cela, mais en ce moment une ville est aussi un personnage à part entière de plusieurs films actuellement sur les écrans : Los Angeles dans "La La Land", Miami ici.
On ne peut pas dire que le film envoûte par la beauté de son arrière-plan, c'est ultra glauque, mais le charme se fait par les personnages et la mise en scène de Barry Jenkins.
Barry Jenkins a certainement filmé quelques scènes en caméra à l'épaule, il suit le mouvement de son personnage Chiron et ne le quitte que rarement.
Esthétiquement le film est beau, d'autant que plus Chiron avance dans l'âge adulte plus le film est tourné dans l'obscurité, pour finir sur une scène assez longue et importante ayant lieu de nuit.
Grandir dans un quartier tel que celui servant de toile de fond au film n'est pas aisé, mais quand en plus le personnage découvre qu'il est attiré par les hommes, c'st encore moins évident.
Tout cela est traité très pudiquement, d'autant que le réalisateur, ainsi que son scénariste, ont puisé dans leur propre vécu pour écrire cette histoire et créer les personnages.
Ce sont des lieux et un environnement familial qu'ils connaissent.
Certains pourront reprocher au film une certaine lenteur, je crois surtout que cette impression est due au fait que le personnage principal ne s'exprime pas beaucoup et souvent pas plus de trois mots à la fois.
Tout est dans l'attitude et les non-dits, à ce titre j'ai été saisie par la composition de l'acteur l'incarnant enfant car diriger un enfant n'est pas évident, ça l'est encore moins quand celui-ci n'a quasiment pas à s'exprimer et doit tout faire passer par son attitude.
Les personnages ont tous quelque chose d'attachant, la relation entre Chiron et Juan relève à la fois du mentor mais aussi du père de substitution, un peu comme Teresa sa compagne vis-à-vis de la mère biologique de Chiron qui ne sait pas s'en occuper, ne l'aime pas, le sait et pourtant lui reproche son éloignement quand elle-même l'a envoyé dormir ailleurs.
Au passage, l'actrice incarnant la mère a un rôle de composition qu'il fallait appréhender tant il était facile de sombrer dans la facilité et la caricature.
Pourtant, certains de ces personnages apparaissent peu à l'écran, notamment celui de Juan présent uniquement dans la première partie.
Je ne suis pas étonnée que l'acteur ait reçu au moins un prix d'interprétation pour son rôle, il campe assez justement cet homme trafiquant et vendant de la drogue qui s'attache à cet enfant et le prend sous son aile.
Tout comme la relation entre Chiron et Kevin est intrigante, si le spectateur sait ce que Chiron pense au fond de lui il n'en est pas forcément de même pour Kevin, qui est lui aussi à sa manière déchirer entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il doit paraître être.
D'ailleurs j'ai été surprise que le film se termine ainsi, j'ai un peu l'impression qu'il s'arrête au début de quelque chose, c'est à la fois frustrant car on aurait aimé en voir plus et beau car cela laisse libre court à l'imagination de chacun sur la suite de la vie de Chiron.
Je ne connais aucun des acteurs mais je ne peux que reconnaître qu'ils sont tous très justes dans leur jeu.
La musique a elle aussi son importance, elle est peu présente dans le film mais le thème principal illustrant le personnage de Chiron sait être présente aux rendez-vous importants.
Mon seul regret concernant ce film est d'ordre "matériel", ma séance a été quelque peu gâchée par deux personnes derrière moi fort dérangeantes tant du point olfactif que sonore (répondre à son téléphone qui sonne en pleine séance, vous y croyez vous ?), elles ont fini par quitter la salle avant la fin j'aurai nettement préféré qu'elles s'abstiennent tout simplement de venir, je n'étais pas la seule personne à être incommodée.
Ce film fait beaucoup parler de lui en ce moment, après les Golden Globes il s'annonce bien parti dans la course aux Oscars et cela ne m'étonnerait guère car, au-delà de la polémique sur des Oscars trop "blancs", c'est amplement justifié.


"Moonlight" est un très beau film racontant la quête d'un homme pour trouver sa place dans le monde dont le réalisateur Barry Jenkins est l'une des belles découvertes de ce début d'année 2017.


     
     

          

dimanche 12 février 2017

L'amie prodigieuse - Le nouveau nom d'Elena Ferrante


Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. (Gallimard)

Si vous vous rappelez, j'ai terminé le premier tome en m'esclaffant haut et forme dans une rame de TGV (quasiment vide) un "Oh !" de surprise tant le premier tome se terminait sur un moment crucial et en pleine apothéose, et bien le second tome est la continuité de l'histoire, à un détail près : le début ne commence pas exactement à la scène finale.
Lila s'est donc mariée, pour découvrir le jour de ses noces que son mari Stefano s'était acoquiné avec les Solara, la pègre locale même si cela n'est jamais dit explicitement.
Lila ayant du caractère, cela ne s'est pas bien fini, elle a dû céder à son mari et remplir de très mauvais gré son "devoir conjugal", subir les coups dudit mari jusqu'à ne plus devenir que l'ombre d'elle-même : "Mais sa condition d'épouse l'avait enfermée dans une sorte de récipient de verre, comme un voilier naviguant toutes voiles dehors dans un espace inaccessible où il n'y avait même pas la mer.".
Mais c'est bien mal connaître Lila que de croire qu'elle va se laisser abattre, malgré une mise en garde à l'égard de son amie Elena : "Méfie-toi de moi, Lenù, méfie-toi de ce que je dis et de ce que je fais !", la narratrice de l'histoire, elle rebondit lors d'un séjour à Ischia où elle prend pour amant Nino Sarratore.
Ce qu'elle ne sait pas, et d'ailleurs même si elle le savait elle s'en ficherait, c'est qu'Elena est depuis toujours éperdument amoureuse de Nino, qu'elle fréquente de temps à autre au lycée.

L'amitié et la rivalité entre Elena et Lila ne sont pas prêtes de s'arrêter.
Elena a beau être la narratrice de l'histoire, elle reste en partie insaisissable pour le lecteur, en tout cas pour moi, je la comprends et à la fois elle me surprend dans certains de ses choix.
Quant à Lila, elle est fidèle à elle-même, à son caractère si particulier, sa méchanceté, son intelligence hors norme, son acuité, sa douceur parfois : "Mais qu'est-ce qui s'est passé quand tu es venue au monde ? Un accident, un hoquet, une convulsion, ou bien la lumière s'est éteinte, une ampoule a éclaté, la bassine d'eau est tombée de la commode ? Il a bien dû se passer un truc pour que tu naisses comme ça tellement insupportable et différente des autres !", Lila est à part depuis toujours et elle le restera ainsi toute sa vie.
D'ailleurs, il ne faut pas oublier que l'histoire s'ouvre dans le premier tome par la disparition de Lila, une chose dont elle a souvent parlé et qu'elle a fini par mettre à exécution.
Avec le recul et les connaissances actuelles, Lila est certainement une surdouée dépassée par sa prodigieuse intelligence, un état qu'elle considère comme une maladie : "J'ai pas envie d'en parler, c'est une maladie, j'ai à l'intérieur de moi un vide qui me pèse !".
Mais j'aime aussi Elena la travailleuse, celle qui continue des études supérieures et écrit même un livre qui est publié lorsque s'achève le récit.
Lila, pour sa part, connaîtra un tout autre destin : abandonnée par son amant, mère d'un jeune garçon, elle décidera de quitter le domicile conjugal malgré la sécurité et l'aisance que peuvent lui procurer son mari et se retrouve à cohabiter avec Enzo Scanno, un ami d'enfance, qui a lui aussi fui le quartier, ils travaillent tous les deux dans une usine de salaison.
La relation entre les deux jeunes femmes est vraiment particulière, il est difficile de mettre des mots dessus, d'ailleurs Elena la narratrice n'y arrive pas.
Il y a à la fois de l'amour et de la haine, l'une ne peut aller complètement sans l'autre, Elena est stimulée par Lila et vice-versa.
Le lecteur, à l'image des autres personnages, ne peut qu'être spectateur de cette relation si particulière.
Au cours du récit, les personnages grandissent et évoluent, certains tournent mal, d'autres essayent de s'en sortir mais il n'y a pas grand chose à faire, le quartier reste viscéralement inscrit en eux et même à Pise Elena ne peut complètement s'en détacher, il finit toujours à un moment donné à revenir à elle.
Même si quelques semaines ce sont passées entre mes lectures de ces deux tomes, on revient assez vite dans l'histoire avec les différents personnages.
Dans ce tome, le récit ne se déroule plus uniquement à Naples mais également à Ischia, et autant vous dire qu'à la lecture des chapitres consacrés à cette partie je n'avais plus qu'une envie : aller à Ischia.
L'atmosphère est toujours autant réussie, outre les deux personnages principaux qui ne cessent de s'opposer tout en se soutenant mutuellement l'ambiance de cette époque dans cette ville si particulière d'Italie est particulièrement bien retranscrite.
Et autant vous dire que la fin est tout aussi haletante que dans le premier tome et m'a valu un nouveau "Oh !" de surprise, sauf que cette fois-ci j'étais chez moi et à part les araignées ça n'a dérangé personne.

"Le nouveau nom" est un deuxième tome tout aussi réussi que le premier, cette série promet de révéler encore de belles surprises, vivement la suite !


samedi 11 février 2017

Jackie de Pablo Larraín

     
     

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut. (AlloCiné)


Ce biopic s'intéresse à la First Lady Jacqueline Bouvier Kennedy, dite Jackie, du jour de l'assassinat de son mari John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 à ses funérailles qui auront lieu quelques jours après et qu'elle orchestrera d'une main de maître.
Qui était-elle ? Comment a-t-elle vécu ce drame ? Quelles étaient ses motivations ?


"I'm not First Lady anymore. You can call me Jackie."
C'est bel et bien ce que demande Jackie (Natalie Portman) à sa fidèle conseillère Nacy (Greta Gerwig) juste avant le début des funérailles de John F. Kennedy, et c'est l'un des axes majeurs de ce film.
A partir du 22 novembre 1963 début d'après-midi, Jackie n'est plus la First Lady, son mari a été assassiné sous ses yeux, Lyndon B. Johnson (John Carroll Lynch) prête serment dans l'avion Air Force One qui ramène la dépouille du président et devient le 36ème Président, tandis qu'à l'arrivée à Washington Bobby (Peter Sarsgaad), le frère de John, vient retrouver sa belle-sœur et la soutenir dans des jours qui s'avèrent encore difficiles.
Jackie va organiser des funérailles afin de célébrer l'homme que fut son mari, en s'inspirant de l'enterrement d'un autre président mort assassiné : Abraham Lincoln.
Jackie, femme admirée pour son élégance et sa culture, va ainsi marquer l'histoire et offrir au monde des images qui demeureront dans l'Histoire.
Mais plutôt que de narrer l'histoire en continu, le film est bâti sur un système élaboré de flashbacks sur les événements de Dallas mais également l'arrivée de Jackie à la Maison Blanche et le chantier de rénovation et de décoration dans lequel elle s'est lancée.
Pour ce faire, le film s'ouvre sur un journaliste (Billy Crudup) venant interviewer Jackie une semaine après l'enterrement de son époux, l'occasion pour elle de revenir sur cette journée à Dallas et celles qui ont suivi ainsi que sur les quelques années passées à la Maison Blanche, marquées par son passage dans une émission télévisée dans laquelle elle faisait visiter les appartements rénovés de la Maison Blanche.
J'ai apprécié le parti pris de Pablo Larraín dans la réalisation et le montage de ce film, si au début les retours en arrière peuvent surprendre voire apparaître comme décousus, ils ont finalement un ordre logique dans la retranscription faite par Jackie des événements vécus, d'autant qu'ils permettent au film de se conclure sur une belle image, celle des temps heureux avant l'assassinat, permettant ainsi au spectateur de refermer ce chapitre de l'Histoire sur une image positive.
Et puis Pablo Larraín fait glisser à merveille son actrice dans des images d'archives, le jeu entre passé/présent et archive/réalité est d'ailleurs une sublime mise en abîme de ce biopic qui n'en est au final peut-être pas complément un.
Pablo Larraín se démarque donc par une mise en scène avantageuse pour ses acteurs et quelque peu novatrice dans la façon de narrer l'histoire.
Tourné en grande partie dans les studios de la Cité du Cinéma à Saint-Denis, ce film a demandé une reconstitution minutieuse des décors de la Maison Blanche et a même bien failli ne jamais voir le jour tant le budget initial a été dépassé.
Le résultat au final est saisissant, la reconstitution historique est extrêmement bien faite tant au niveau des événements, des personnes que des décors dans lesquels ils évoluent.


L'autre point remarquable de ce film, c'est la performance des acteurs et tout particulièrement celle de Natalie Portman, tout simplement bluffante de ressemblance physique mais également dans la façon de parler.
Natalie Portman a fait un gros travail d'écoute des enregistrements de Jackie Kennedy pour reproduire sa voix nasillarde, traînante, ponctuée de pauses et trop articulée.
Résultat : un sans faute, il faut d'ailleurs voir le film en version originale ne serait-ce que pour savourer la performance de cette actrice, performance qui lui vaut une nomination aux Oscars et sans doute l'Oscar car sa performance est à mon avis supérieure à celle qu'elle avait dans "Black Swan" (et pourtant c'était déjà quelque chose).
Les autres seconds rôles sont eux aussi justes dans leur interprétation, notamment Greta Gerwig et Peter Sarsgaard.
Le souci du détail a été poussé au maximum, dans les tenues de Jackie (le fameux tailleur rose Chanel éclaboussé de sang), sa coupe de cheveux, ses sourcils.
N'ayant pas connu cette époque et ne la connaissant qu'à travers des images d'archives, j'ai été bluffée par la ressemblance.
A propos d'esthétique, Pablo Larraín a filmé en 16 mm, donnant ainsi un aspect brut à l'image.
Il n'hésite pas non plus à faire plusieurs mises en abîme, dont une évoquée précédemment, ainsi qu'une autre par rapport à la musique préférée de John F. Kennedy : la comédie musicale Camelot.
Camelot, la cité médiévale d'Arthur avec ses chevaliers et la quête du graal, comment ne pas y voir un miroir de l'ascension de John F. Kennedy au pouvoir avec la Maison Blanche en lieu et place de Camelot.
Cela donne d'ailleurs lieu à l'une des scènes fortes du film, avec une Natalie Portman mettant cette musique et déambulant dans les pièces de la Maison Blanche, à quelques heures de quitter définitivement ce lieu.
Jackie se révèle également une femme compliquée à saisir, il n'y a qu'à entendre l'interview avec Theodore H. White, elle ne le laissera pas écrire n'importe quoi mais elle cherche aussi, et le journaliste n'est pas dupe, à tordre quelque peu la réalité sur son mari afin de magnifier son héritage, alors qu'au final il n'avait que commencé à mettre certaines actions dont le successeur allait récolter les lauriers.
Jackie a d'ailleurs un très belle phrase pour parler de son défunt mari, un homme certes loin d'être parfait mais dont elle dit qu'à un moment donné il s'est perdu entre la réalité et l'apparence, entre l'être et la paraître.
La bande originale, quant à elle, accompagne joliment les images.


La famille Kennedy ne cesse depuis plusieurs années de fasciner les réalisateurs et quelques actrices ont déjà prêté leurs traits à Jackie, mais ce "Jackie" signé par Pablo Larraín, première réalisation Américaine de ce dernier, est servi par une Natalie Portman au sommet de son art et se révèle être un film chic et choc de ce début d'année 2017.


     
     

     
     

     
     

mercredi 8 février 2017

Petit pays de Gaël Faye


En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français… (Grasset)

Tout commence lorsque le narrateur, Gabriel, raconte son quotidien de cadre vivant en banlieue parisienne : "Ma vie ressemble à une longue divagation. Tout m'intéresse. Rien ne me passionne. Il me manque le sel des obsessions. Je suis de la race des vautrés, de la moyenne molle.", et que naît alors dans son cœur l'envie, la volonté, de retourner sur les traces de son enfance au Burundi.
En 1992, Gabriel a dix ans et vit dans ce pays avec son père, un entrepreneur Français, sa mère Rwandaise mais exilée depuis plusieurs années de son pays natal, et sa petite sœur Ana.
Gabriel a la vie d'un petit garçon tout à fait ordinaire, il va à l'école, a des copains avec qui il fait les quatre cents coups.
Mais des rumeurs commencent à parvenir à ses oreilles, il apprend l'existence des Hutus et des Tutsis : "J'ai découvert l'antagonisme Hutu et Tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre.", des heurts éclatent, ses parents se séparent, puis bientôt c'est la guerre civile au Burundi suivie du génocide des Tutsis au Rwanda d'avril à juillet 1994.
L'enfance de Gabriel va basculer dans un univers de violence et de haine qu'il ne soupçonnait pas.

J'ai le même âge que le personnage de Gabriel, j'avais donc 12 ans lors du génocide au Rwanda et je garderai à vie dans la tête les images d'alors, la découverte du mot machette, de ce qu'était cet engin et ce qu'il pouvait faire, puis des camps de réfugiés dans lesquels le choléra a sévi, là encore une maladie qui me semblait appartenir aux siècles passés et sur laquelle j'ai cauchemardé toute une nuit.
Pourtant, je ne garde aucun souvenir de la guerre civile au Burundi, sans doute parce qu'il n'en était que peu voire pas question dans les actualités, ou alors tout s'est mélangé dans mon esprit.
Je croyais d'ailleurs en ouvrant ce livre qu'il allait être question du génocide au Rwanda, oui mais en partie seulement, car le narrateur vit au Burundi, pays qui sera bientôt dévasté par une guerre civile qui durera de longues années, et il vivra par le biais de sa mère le génocide au Rwanda, lorsque celle-ci se rendra dans le pays dévasté à la recherche de sa famille, ou de ce qu'il en reste, s'il en reste quelque chose, une mère qui basculera dans la folie à son retour car "Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie.".
Sur le fond historique, ce roman est très intéressant car il mêle les deux histoires dont l'une est plutôt bien connue et l'autre moins à travers le regard d'un petit garçon qui voit son paradis se transformer en enfer : "Nous vivions sur le lieu de la Tragédie. L'Afrique a la forme d'un revolver. Rien à faire contre cette évidence.".
Au début, il y a l'interrogation, pourquoi cet appel à la haine, pourquoi les uns détestent les autres, des questions fondamentales et légitimes de la part d'un petit garçon, auxquelles son père répond peut-être de façon simpliste mais en rendant la réponse compréhensible pour un enfant de cet âge : "- La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c'est parce qu'ils n'ont pas le même territoire ? - Non, ça n'est pas ça, ils ont le même pays. - Alors ... ils n'ont pas la même langue ? - Si, ils parlent la même langue. - Alors, ils n'ont pas le même dieu ? - Si, ils ont le même dieu. - Alors ... pourquoi se font-ils la guerre ? - Parce qu'ils n'ont pas le même nez.".
Ne soyons pas hypocrites, nous avons tous entendu au moins une fois cette explication.
Mais les racines du génocide sont bien plus profondes, bien plus complexes.
Au fur et à mesure que l'univers de Gabriel bascule il grandit chaque jour un peu plus vite tandis qu'il voit chaque jour un peu plus son pays s'enfoncer dans une nuit sans fin faite de haine et de violence : "A ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même.".
Si Gabriel au début ne comprenait pas trop ce qui se passait et cherchait à préserver son insouciance il va finir par basculer dans l'indescriptible pour quiconque ne l'a pas vécu.
Ce roman n'est pas très épais mais il a une certaine puissance grâce à ce personnage de Gabriel.
Sans être autobiographique, Gaël Faye connaît le drame dont il parle, à tel point qu'il serait facile de croire que c'est autobiographique, d'autant qu'il s'agit d'un premier roman.
Et c'est sur ce point sur lequel je suis un peu partagée, je me dis que ce roman aurait peut-être gagné encore en puissance s'il avait été complètement autobiographique.
Ou alors c'est de l'avoir découvert en le lisant qui me fait dire cela, comme une mauvaise foi de lecteur gêné de voir une croyance s'écrouler.
Il n'en demeure pas moins que j'ai beaucoup apprécié le style de Gaël Faye, il n'est pas non plus étonnant que ce livre ait reçu notamment le Prix Goncourt des Lycéens, le sujet est maîtrisé et le personnage de Gabriel très attachant.
Le lecteur est indubitablement sous le charme de ce petit garçon et sous l'emprise du poids de l'Histoire, celle dont j'ai caressé un instant le fol espoir que tout ne serait peut-être pas tragique avant d'être rappelée bien sévèrement à l'ordre par la réalité.

"Petit pays" et son personnage de Gabriel resteront longtemps dans l'esprit des lecteurs, tout comme Gaël Faye dont le deuxième roman est désormais attendu avec impatience.