dimanche 18 février 2018

Dolores Claiborne de Stephen King


À Little Tall, on attend toujours de savoir ce qui s'est passé le 20 juillet 1963, jour de l'éclipse et de la mort de Joe, le mari de Dolores. Mais aujourd'hui, la police s'intéresse surtout aux circonstances du décès de Vera Donovan, dont Dolores fut la dame de compagnie pendant des décennies. (Albin Michel)

"Dolores Claiborne" s'inscrit dans une lignée de romans de Stephen King qualifiés de trilogie féministe avec "Jessie" et "Rose Madder".
C'est un thriller psychologique mais qui ne contient pas une horreur comme l'auteur a pu habituer son lectorat depuis quelques années.
La forme peut surprendre, le roman est un monologue, celui de Dolores Claiborne, face aux inspecteurs qui la soupçonnent du meurtre de Vera Donovan, sa riche employeuse.
Mais Dolores nie ce meurtre, bien décidée à rétablir la vérité sur ce qui s'est passé peu de temps avant mais aussi trente ans plus tôt lors d'une éclipse solaire où elle a tué son mari violent envers elle et leurs enfants : "Moi, c'est Dolores Claiborne, d'ici-même, Little Tall Island, notre petite île haute. Comme je disais, avec tout ce que j'ai à vous raconter, ça va être un vrai marathon jusqu'à ce que le jour se lève, et tu vas comprendre que je mens pas.".
Ce meurtre-là, Dolores ne le nie pas, pour la première fois elle va même révéler la vérité sur ce qui s'est passé, sur cet homme avec qui elle vivait et qui a dépassé les limites en s'en prenant à leur fille : "Mes yeux étaient grands ouverts, et je comprenais que je vivais avec un homme sans amour ni pitié qui croyait qu'il pouvait prendre tout ce qui passait à portée de sa main, même sa propre fille.".
Alors Dolores a agi, mais auparavant elle a été conseillée implicitement par Vera Donovan, cette femme qualifiée de garce par tous mais qui cache elle aussi un lourd secret expliquant son attitude :
"J'ai serré sa main, et j'ai pensé au monde dans quoi on vit - aux mauvais hommes qui ont parfois des accidents et aux femmes de valeur qui deviennent des garces.", et comme Dolores le dit si bien aux enquêteurs : "Et quand un mauvais homme a un mauvais accident, ça peut parfois être aussi une excellente chose.". 

Il est difficile de ne pas être touché par Dolores Claiborne, cette femme victime d'abus par un mari violent pendant de nombreuses années et qui portait sur ses épaules le poids de sa famille.
C'est une mère qui n'a pas hésité à protéger ses enfants, et aujourd'hui ses enfants n'en sont même pas conscients, d'ailleurs ils ne lui donnent quasiment jamais de leurs nouvelles : "C'est l'amour le plus fort qu'il y a dans ce monde, et c'est le plus terrible.".
Dolores est une femme seule, portant un lourd secret, et qui aujourd'hui se retrouve accusée d'un meurtre qu'elle n'a pas commis.
J'ai été touchée par cette femme, son histoire, et le courage qu'il lui a fallu pour se sortir de ce mauvais pas et continuer à vivre.
Il y a des scènes très poignantes, le paroxysme étant atteint avec l'éclipse de 1963, une scène assez longue qui est sans doute celle la plus importante du roman.
C'est la seule incursion du surnaturel dans ce roman, mais c'est aussi le moment clé qui permet le mieux de saisir le personnage de Dolores.
Stephen King n'est pas connu pour être le roi de la syntaxe et de la grammaire, cela donne des phrases avec des tournures plus que moyennes : "Si on se contentait des apparences, rien avait changé. Les choses semblent jamais changer beaucoup sur l'île ... si on regarde qu'à la surface.", mais l'intrigue l'emporte souvent sur le style, c'est une nouvelle fois le cas dans ce roman.
Je conseille également le film éponyme réalisé par Taylor Hackford avec Kathy Bates dans le rôle de Dolores Claiborne, c'est une adaptation très honnête du roman qui a su préserver toute sa sensibilité.

"Dolores Claiborne" est sans doute le plus beau personnage féminin créé par Stephen King que j'ai pu lire à ce jour, c'est en tout cas un bon roman qui découvrir ou re-découvrir cet auteur prolifique.


vendredi 16 février 2018

La métamorphose de Franz Kafka


«Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. [...] "Que m'est-il arrivé?" pensa-t-il. Ce n'était pas un rêve. [...] "Et si je continuais un peu à dormir et oubliais toutes ces bêtises", pensa-t-il, mais cela était tout à fait irréalisable, car il avait coutume de dormir sur le côté droit et il lui était impossible, dans son état actuel, de se mettre dans cette position. Il avait beau se jeter de toutes ses forces sur le côté droit, il rebondissait sans cesse sur le dos.» (Gallimard - Folio)

Je suis allée à Prague, je me suis dit à mon retour qu'il serait de bon ton de lire au moins une oeuvre de Franz Kafka, mon choix s'est porté sur "La métamorphose".
Le principe est simple : un beau matin Gregor Samsa, jeune voyageur de commerce, tente de se lever de son lit mais la surprise qui l'attend est de taille : "En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte.".
Gregor est sur le dos, il n'arrive pas à se redresser ni même à bouger, derrière la porte sa famille (son père, sa mère et sa sœur) s'inquiètent car d'ordinaire il est déjà parti au travail.
Un représentant de son employeur passe, la voix de Gregor commence à le trahir et c'est l'horreur lorsqu'il entrouvre la porte de sa chambre et que sa famille le voit ainsi.
Sa famille l'enferme dans sa chambre tout en décidant de le garder, Gregor vit dans une solitude terrible alors qu'il ne demande qu'un peu d'amour mais se transforme bien vite en charge pour sa famille : sans rentrée d'argent tous sont obligés de travailler tout en le cachant aux yeux du monde.
Quel sera l'impact et la conséquence de cette métamorphose ?

C'est une nouvelle, soit un texte court, néanmoins le style de Franz Kafka en fait une oeuvre qu'il faut prendre le temps de découvrir et d'analyser.
Si la métamorphose de Gregor est aussi soudaine qu'inexpliquée, elle va engendrer une propre métamorphose au sein de la famille : le père va voir remonter des envies de meurtre à l'égard de son propre fils et passer d'un statut apathique à vigoureux, la mère va le prendre en pitié tout en étant incapable de le regarder sans s'évanouir, quant à la sœur elle va s'en occuper jusqu'au jour où elle décide de se prendre en main, ainsi que le reste de sa famille, et précipite le rejet de Gregor, ce frère devenu bien encombrant sous sa forme d'insecte.
C'est à cette métamorphose que le lecteur assiste, ainsi qu'au rejet et à la chute du pauvre Gregor transformé malgré lui en un insecte répugnant, et c'est sans doute cette métamorphose qui donne son titre à la nouvelle, et non celle de Gregor.
Il y a évidemment beaucoup de Franz Kafka dans cette nouvelle, écrite très rapidement et suite à une difficulté de l'auteur de s'extraire de son lit un matin tant il attendait une lettre d'une jeune femme rencontrée quelques temps auparavant.
Je m'attendais à découvrir un peu Prague dans cette nouvelle, c'est plutôt raté car l'action est concentrée dans un huis-clos familial, par contre j'ai aimé le style incisif et sombre de Franz Kafka, ce qui m'a donné envie de lire d'autres récits où j'aurai peut-être un peu plus de chance d'y retrouver Prague.

Première incursion dans l'univers de Franz Kafka avec "La métamorphose", je vais bien entendu continuer mon exploration avec d'autres de ses récits.


mercredi 14 février 2018

Les animaux fantastiques : le texte du film de J. K. Rowling


J. K. Rowling, créatrice de la mythique saga Harry Potter, nous invite à découvrir une nouvelle ère du Monde des Sorciers, au côté du jeune explorateur et magizoologiste Norbert Dragonneau. (Gallimard Jeunesse)

Ayant beaucoup aimé le film de David Yates "Les animaux fantastiques", et attendant avec impatience la sortie cette année du deuxième volet de cette série, je me suis plongée avec plaisir dans le texte du film.
Certes, il n'y a pas les images, mais c'est avec bonheur que j'ai lu les dialogues tandis que dans le même temps je retrouvais les personnages et que les images du film me revenaient à l'esprit.
Norbert Dragonneau est un personnage attachant, plutôt timide, qui arrive à New York pour une raison bien particulière, avec son bestiaire d'animaux fantastiques contenu dans une valise, et va y vivre des aventures incroyables et faire des rencontres qui vont le marquer, à commencer par celle du si touchant moldu Jacob Kowalski :
"Norbert, au fait, pourquoi vous m'avez gardé avec vous ?
Norbert doit s'expliquer, ce qui n'est pas facile.
Norbert - Parce que je vous apprécie. Parce que vous êtes mon ami."
Et bien entendu les sœurs Tina et Queenie Goldstein.

J'invite quiconque a aimé le film à le découvrir sous un autre angle à travers ce livre, ce fut pour ma part une lecture certes rapide mais ô combien divertissante.


lundi 12 février 2018

L'amie prodigieuse - L'enfant perdue d'Elena Ferrante


À la fin de "Celle qui fuit et celle qui reste", Lila montait son entreprise d’informatique avec Enzo, et Elena réalisait enfin son rêve : aimer Nino et être aimée de lui, quitte à abandonner son mari et à mettre en danger sa carrière d’écrivain. Car elle s’affirme comme une auteure importante et l’écriture l’occupe de plus en plus, au détriment de l’éducation de ses deux filles, Dede et Elsa. L’histoire d’Elena et de Nino est passionnelle, et bientôt Elena vit au gré de ses escapades pour retrouver son amant. Lors d’une visite à Naples, elle apprend que Lila cherche à la voir à tout prix. (Gallimard)

Pendant plusieurs jours, j'ai arrêté de parler au monde, j'ai vécu dans ma bulle, si l'on me parlait je répondais : "Je ne peux pas, j'ai Elena Ferrante".
Un an que j'attendais la parution de ce dernier tome, un an que je me demandais ce qui allait arriver à Elena, à Lila, après un an d'attente je n'ai pas attendu une journée pour me plonger dans ce livre, c'était plus qu'un besoin c'était presque vital, rarement une série littéraire n'aura eu cet effet sur moi.
Et rarement une écrivain m'aura autant marquée, non pas par le mystère qui entoure son identité réelle, mais par son style si viscéral, par cette retranscription si juste de l'Italie, d'une époque, d'une ville : Naples.
A propos de Naples, Elena finit par y retourner, y vivre, l'appartement au-dessus de celui de Lila, avec ses deux filles issues de son mariage et sa dernière fille née de sa liaison passionnelle avec Nino, son amour de jeunesse.
Quant à Lila, elle ne change pas, toujours la même, toujours aussi versatile, insaisissable, mordante envers Elena pour la pousser au mieux : "Comme toujours, elle s'attribuait le devoir de me planter une aiguille dans le cœur, non pour qu'il s'arrête mais pour qu'il batte plus fort.".
Et là, le doute qui s'était insinué lors du troisième tome ne fut plus permis : ce n'est pas Lila la méchante, la jalouse, c'est Elena qui envie son amie, la jalouse, et comme c'est elle la narratrice, elle a bien failli prendre le lecteur à son jeu, mais il y a des phrases qui permettent de voir que le doute n'est plus permis et que l'envie ne va pas forcément dans le sens auquel on pensait : "Elle possédait une intelligence qu'elle n'exploitait pas : au contraire, elle la gaspillait comme une grande dame pour qui toutes les richesses du monde ne seraient que signe de vulgarité.".
Ce quatrième tome est effectivement celui de la maturité, pour Elenea en tout cas, qui prend conscience que depuis des années elle a une vision biaisée de sa relation avec Lila : "Moi, j'aimais Lila. Je voulais qu'elle dure. Mais je voulais que ce soit moi qui la fasse durer. Je croyais que tel était mon devoir. Et j'étais convaincue que c'était elle-même, fillette, qui me l'avait assigné.", et que cette amitié est le centre de sa vie, Lila est le centre de sa vie, quelque soit la distance ou les personnes présentes, comme le lui fait remarquer une de ses filles : "Avoir une véritable relation avec toi est impossible, tout ce qui compte pour toi, c'est ton travail et tante Lina, et il n'y a rien qui ne finisse aspiré là-dedans !".
Ce quatrième tome offre la vision d'une Elena égoïste, uniquement préoccupée par sa relation avec Nino et pour qui rien d'autre ne compte en dehors : "Ce qui comptait, c'était Nino et moi, et même scandaliser le petit monde du quartier me semblait une agréable façon de ratifier notre couple.", à tel point qu'elle s'oublie, oublie ses filles, mais le revers de la médaille sera cruel et la vérité finira par lui sauter aux yeux.
Et quand ce n'est pas Nino, c'est son travail qui l'occupe, et tout le temps, en toile de fond, Lila.

J'ai été frappée une nouvelle fois par la justesse de l'analyse des personnes, de la ville de Naples et des mécanismes régissant la vie des quartiers, c'est dit avec détachement mais sans aveuglement aucun : "A Naples, on était dans l'excès sans faux-semblants, de façon frontale et avec une satisfaction totale.", ce qui tendrait à prouver une nouvelle fois qu'Elena Ferrante a a minima vécue à Naples voire même elle y est née et y habite toujours.
Ce quatrième tome fait beaucoup appel au premier, c'est très intelligent car cela permet de mettre un point définitif à cette histoire et de lever le voile sur des mystères, mais cela montre aussi que dès le début l'auteur savait où elle voulait arriver, ce n'est pas toujours évident de tenir la construction d'un récit sur plusieurs tomes mais elle s'en est sortie avec brio.
Comme lors de ma lecture du premier tome, j'ai failli m’esclaffer haut et fort dans les transports en commun avec des mots que je ne répéterai pas ici tant la fin de la première partie du récit m'a laissée sur le cul.
Cela faisait bien longtemps qu'une auteur ne m'avait pas autant scotchée sur la durée avec un récit qui se déroule de façon fluide et dont rien dans la construction n'est laissé au hasard.
En toile de fond, c'est l'histoire de l’Italie qui se joue, pas juste celle d'un quartier de Naples.
Il y a tellement de richesse dans ce récit que je ne suis pas bien sûre d'avoir tout saisi à la première lecture, je reste marquée par contre par les deux personnages féminins si emblématiques : Lila et Elena, la reine blanche et la reine rouge, l'une étant le reflet inverse de l'autre dans un miroir.
J'espère sincèrement que l'adaptation télévisuelle en cours de ce récit saura conserver la richesse et la complexité de tous les personnages, car c'est bel et bien une comédie humaine à l'Italienne dont il est question dans ce récit, riche de toutes les personnalités qui la compose avec pour toile de fond l'une des villes emblématiques d'Italie : Naples.

"Contrairement aux récits, la vraie vie, une fois passée, tend non pas vers la clarté mais vers l'obscurité.", c'est avec ces mots que se termine ma chronique de ce quatrième tome de "L'amie prodigieuse", une saga littéraire qui me marquera encore pour longtemps et que je relirai dans quelques années, c'est une certitude, tout comme je retournerai à Naples m'imprégner de cette ville si sulfureuse et fascinante.

dimanche 11 février 2018

Voyage aux îles de la Désolation d'Emmanuel Lepage


Pour la mer — afin de la comprendre et de savoir la dessiner —, pour les Terres australes — qui sont comme la promesse d’un temps qui n’est plus —, en mars et avril 2010, pendant plusieurs semaines, Emmanuel Lepage a embarqué sur le Marion Dufresne, au départ de Saint-Denis de La Réunion, pour faire le voyage dans les T. A. A. F., les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Les Terres australes : îles de Crozet, d’Amsterdam, de Saint-Paul et, la plus connue, de Kerguelen, jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’empire, égarés dans l’immensité bleue à des milliers de kilomètres de toute terre habitée. Îles inconnues, sauvages, inhospitalières, mystérieuses. Battues par des vents violents, elles ne comptent d’humains que les scientifiques, de toutes disciplines, venus le temps de missions pouvant durer plusieurs mois, et les quelques militaires et contractuels chargés de faire fonctionner leurs bases d’habitation et de travail. Emmanuel Lepage, le Breton, en toute contradiction, n’avait jamais pris la mer. Il a été servi ! Cap au Sud ! (Futuropolis)

J'étais prévenue, une oeuvre d'Emmanuel Lepage est d'une beauté à couper le souffle, mais j'ai tout de même été surprise, et éblouie.
Pour ce récit, Emmanuel Lepage a pris la mer, direction les Terres Australes, à bord du Marion Dufresne en compagnie de scientifiques, pour essayer d'approcher ces îles lointaines, si sauvages et si belles : Crozet, Amsterdam, Saint-Paul, Kerguelen.
Belles et fascinantes, j'ajouterai : "Il me faudrait des jours, des semaines,, des mois même, pour appréhender ces lieux, en saisir l'essence, percer l'étrange fascination qu'ils exercent. Mais le temps manque et je ne suis pas seul. Une sourde frustration s'installe en moi et ne me quittera plus. Je ne fais que passer.", autant pour le lecteur que pour Emmanuel Lepage qui malgré sa crainte réussit à retranscrire toute la complexité et la beauté de ces paysages, de ces îles qui aujourd'hui ne servent que pour la recherche et qu'il faut préserver le plus possible de l'empreinte humaine.
Cette bande dessinée a un aspect documentaire intéressant à explorer et à découvrir, d'autant que ce sont des endroits que peu de personnes fréquentent et que le commun des mortels n'a même aucune chance d'aborder de près.
C'est aussi une aventure humaine que vit Emmanuel Lepage, en rencontrant des scientifiques, des personnes habituées à ces îles qui y retournent régulièrement dans le cadre de leur travail, mais aussi les marins du Marion Dufresne, toutes ces personnes enrichissant à la fois l'auteur et le lecteur par leurs anecdotes, leurs souvenirs.
Ce fut une communauté, des liens qui se créèrent comme seul une odyssée de ce type le permet : "C'est le crépuscule de notre communauté. Celle du Marion. Nous chemins vont s'éloigner, nous nous perdrons sans doute de vue, mais cela n’altérera en rien l'intensité de ce que nous avons vécu ensemble.", comme j'aurai aimé en faire partie !
Comme j'aimerai voir ces endroits au moins une fois dans ma vie !
Emmanuel Lepage offre des dessins qu'une qualité exceptionnelle, les paysages de ces îles sont à couper le souffle, il y a des planches en pleine page dont le terme magnifique pour les qualifier est encore trop peu, non seulement j'ai voyagé mais j'ai aussi eu l'impression d'être transportée dans un autre monde, voire sur une autre planète.
Difficile d'imaginer que de tels paysages existent bien sur Terre, c'est pourtant le cas et cette bande dessinée a le mérite de les mettre en lumière.
J'ai également été très sensible à la dimension écologique de ce récit, il met en lumière l'importance de préserver ces paysages et les espèces animales qui les peuplent, d'autant que l'on peut voir les dégâts que le présence de l'Homme ont pu causer à certains endroits.
Et alors je suis littéralement sous le charme du coup de crayon d'Emmanuel Lepage.

"Voyage aux îles de la désolation" est une bande dessinée de toute beauté qui invite au voyage et qui permet à chacun de s'enrichir sur un plan personnel, un voyage littéraire qui m'a bouleversée.

samedi 10 février 2018

Rétro cinéma 2017 - Portrait chinois

J'ai un peu tardé pour faire ma chronique sur les rétrospectives 2017 au cinéma, mais je réfléchissais à la forme à lui donner.
J'ai retenu celle du portrait chinois, car je n'arrivais pas à me fixer sur 10 films, il y en aura donc 12 qui auront marqué mon année 2017.
Ils sont classés par ordre de préférence, le choix ne fut pas simple car j'ai vu beaucoup de films en 2017 (je n'ai pas compté mais la moyenne est facilement d'un par semaine), beaucoup de bons films, certains m'ont particulièrement touchée et au moment de faire le bilan le choix est toujours difficile.
Je ne parlerai pas de "Django", "La promesse de l'aube", "Patti Cake$", "The Young Lady", "The Lost City of Z", "Loving", "Jackie", "Moonlight", "Lala Land", pourtant ces films sont très bons mais malheureusement tous ne peuvent pas figurer dans ma shortlist, j'ai fait le choix du cœur, des émotions et du ressenti.

Ma plus grande émotion : "120 battements par minute"


Mon plus beau voyage : "Le Caire Confidentiel"


Ma plus grande rêverie : "Blade Runner 2049"


Ma meilleure adaptation : "Au revoir là-haut"


Mon meilleur endroit : "Dans un recoin de ce monde"


Ma pépite incroyable : "Okja"


Ma belle découverte historique : "Lumière ! L'aventure commence"


Ma plus grande drôlerie : "Le sens de la fête"


Ma plus grande peur : "The Jane Doe Identity"


Ma plus grande injustice : "Detroit"


Ma plus grande révolte : "La belle et la meute"


Ma plus belle larme : "Le musée des merveilles"


Qui dit palmarès dit aussi pires films vus en 2017, voici le classement de mes 3 douleurs cinématographiques.

Mon ennui le plus profond : "Barbara" de Mathieu Amalric


Mon second ennui le plus profond : "Lucky" de John Carroll Lynch


Ma perplexité devant le vide abyssal : "Une femme fantastique" de Sebastian Lelio

vendredi 9 février 2018

Les huit montagnes de Paolo Cognetti


Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes. Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana, au cœur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers, puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié. Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son passé – et son avenir. (Stock) 

Il suffit de placer l'intrigue d'un roman en Italie pour que je cherche à le lire, il n'est donc pas étonnant que ce roman de Paolo Cognetti se soit retrouvé entre mes mains.
"Les huit montagnes", c'est l'histoire de Pietro, le garçon de la ville dont le père est féru de montagne, qui rencontre Bruno, le garçon de la montagne qui va l'initier aux secrets de la montagne.
Le père de Pietro aime plus que tout la montagne et la parcourir pendant de longues heures durant ses congés d'été, avant de repartir pour de longs mois en ville travailler : "L'hiver, la montagne n'était pas faite pour les hommes et il fallait la laisser en paix. Dans la philosophie qui était la sienne, qui consistait à monter et à descendre, ou plutôt à fuir en haut tout ce qui lui empoisonnait la vie en bas, après la saison de la légèreté venait forcément celle de la gravité : c'était le temps du travail, de la vie en plaine et de l'humeur noire.".
Pietro va suivre un temps son père, ainsi que Bruno, puis il va suivre son propre chemin, et finir par se réconcilier avec son passé qui, même si on le fuit, demeure.
Et puis Pietro va aussi découvrir et apprendre beaucoup sur la vie : "Je commençais à comprendre ce qui arrive à quelqu'un qui s'en va : les autres continuent de vivre sans lui.".

L'implantation de cette histoire, le Val d'Aoste, offre au lecteur des paysages splendides, une montagne à couper le souffle et des paysages encore sauvages qui n'ont pas été (encore) dénaturés par l'homme.
L'intrigue ne se situe pourtant pas si loin dans le passé.
L'histoire offre aussi deux personnages très différents mais tout aussi intéressants l'un que l'autre : Pietro qui va se rebeller, fuir loin pour finalement revenir à ses racines et se réconcilier avec son passé et particulièrement son père; et Bruno, l'enfant de la montagne qui ne la quittera jamais, même pour quelques heures, qui y connaîtra de grands bonheurs mais aussi des tristesses tout aussi profondes.
Chacun vivra des revers de vie différents, chacun les affrontera à sa manière et en sortira de toute façon grandi.
Pas tout à fait un roman d'apprentissage, c'est surtout un roman familial que livre-là Paolo Cognetti, avec une relation père-fils difficile pour Pietro, à toujours vouloir plaire à ce père féru de grands espaces en altitude et qui finira par se fâcher avec lui, mais tout autant pour Bruno avec un père absent et désintéressé de son fils.
Et puis pour chacun des deux garçons, il y a leur mère, qui jouera un rôle important dans leur vie, comme toute mère diront certains, pas forcément répondrai-je.
Sur le fond j'ai donc beaucoup aimé ce roman, un peu moins sur la forme car je trouve qu'il met un peu trop de temps à se mettre en place.
L'enfance des deux garçons prend une place importante, à tel point que j'ai même cru que tout le roman se déroulerait sur ce laps de temps.
J'ai nettement préféré le traitement de l'âge adulte, plus ramassé dans l'écriture tout en étant plus étalé dans le temps.
Quant à la fin, je ne m'y attendais certainement pas, mais c'est une belle conclusion à ce récit.

Belle découverte de Paolo Cognetti avec "Les huit montagnes", un roman de la rentrée littéraire 2017 qui s'est vu récompenser du Prix Médicis étranger.

mercredi 7 février 2018

La passe-miroir - Tome 3 La mémoire de Babel de Christelle Dabos


Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui, il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'information divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ? (Gallimard Jeunesse)

J'avais laissé une Ophélie complètement déboussolée, la revoici deux ans et quelques mois après la fin du second tome de la série "Le passe-miroir".
De retour sur son arche d'Anima, la voilà qui se morfond et prend la décision de rejoindre l'arche de Babel sous une fausse identité : "A Babel, les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir.".
Sous le pseudonyme de Miss Eulalie, elle mène l'enquête suite aux événements déclenchés sur l'arche de la Citacielle, découvre cette arche cosmopolite où le savoir règne en maître : "Certains humains sont des objets de leur vivant, Miss Eulalie.", tout en recherchant Thorn, ce mari si obtus pour qui elle s'est découvert une affection (ah ... loin des yeux, près du coeur) : ""Au fait : je vous aime." Où étaient-ils passés, ces cinq mots maladroits que Thorn lui avaient soufflés à l'oreille juste avant de disparaître de sa vie ?".
Et il se trouve qu'il y a un être sur Anima qui ressemble beaucoup en trait de caractère à Thorn : "C'était un être anguleux de corps comme de caractère, sans jamais une formule aimable, ni un geste galant, ni un mot d'humour, préférant la compagnie des chiffres à la société des hommes.".

J'ai été extrêmement déçue par ce troisième tome qui n'a malheureusement rien pour se rattraper, contrairement aux deux autres.
Il condense à lui seul les défauts constatés dans les deux premiers et les aggrave même.
L'histoire est très longue à démarrer, il ne se passe pas grand chose pendant une bonne partie du récit, l'intrigue, si tant est qu'il y en ait une, enfonce des portes ouvertes et tout est d'un prévisible ... .
Je regrette l’absence d'imagination et d'innovation, Ophélie est un personnage qui se traîne et perd le lecteur, tout comme son écharpe magique pendant une bonne partie du récit.
Ce que je craignais a fini par se produire, non seulement les personnages sont toujours aussi manichéens mais il ne fallait pas être sorcier pour deviner ce qui allait se produire dans ce troisième tome.
J'ai même eu l'impression que l'auteur s'essoufflait et ne savait plus trop quoi inventer pour ses personnages.
Changer d'arche n'a pas été suffisant, il manque à ce tome une réelle intrigue pour le rendre palpitant, dommage que cela ne soit le cas que dans les dernières pages, je me suis bien ennuyée avant d'en arriver-là.

Et dire que je pensais que c'était le dernier ... que nenni !
Mais je ne suis pas bien sûre de vouloir m'infliger de nouvelles souffrances en lisant un quatrième tome à paraître, qui lui-même ne serait peut-être pas encore la conclusion de cette histoire qui aurait pu être tellement mieux exploitée qu'elle ne l'est.