jeudi 7 mars 2019

Dark Matter de Blake Crouch


Un soir, en rentrant chez lui, Jason Dessen, professeur de physique, est agressé et kidnappé par un inconnu masqué. Quand il reprend connaissance, tout a changé : Daniela n’est plus sa femme, leur fils Charlie n’est jamais né, et Jason lui-même est un physicien de premier plan à l’aube d’une découverte fondamentale. Que lui est-il arrivé? Qui lui a volé sa vie, et pourquoi? Les réponses à ces questions entraîneront Jason sur les multiples chemins d’un voyage extraordinaire, au cours duquel il devra se confronter à son plus dangereux ennemi : lui-même. (J'ai Lu)

Le voyage dans le temps et la réécriture de sa propre histoire n'ont pas fini de faire parler d'eux, ni de faire couler l'encre.
On pourrait s'attendre à une énième version de ce type d'histoire, l'auteur a su être assez malin pour ne pas tomber dans le piège de la facilité et proposer une variation assez intéressante sur ce thème.
Le début est un peu poussif dans le sens où j'avais vite pigé les ficelles de l'intrigue et où la première réponse est longue, très longue, tandis que d'autres sont courtes alors que je serai bien restée un peu plus dans cet univers.
L'idée de départ est bonne mais Blake Crouch ne brille pas un style flamboyant, il faut bien le reconnaître.
C'est plat, le personnage manque de relief, de charisme, mon niveau d'empathie avec lui est resté proche de zéro.
L'auteur ne va pas non plus au bout de ses idées, il n'expose pas de réelles théories, si vous vous attendez à des révélations et à des explications, passez votre chemin.
Et la fin est d'un prévisible ... personnellement je l'avais vu venir tel un éléphant dans un corridor de métro.
Bref, tout cela est fort regrettable car la variation de départ était bien, mais le résultat lui ne l'est pas.
Et pourtant, on arrive à s'accrocher à la lecture car quelques idées sont bonnes et on finit par se piquer au jeu à vouloir connaître le fin mot de l'histoire.
Heureusement, car sinon j'aurai arrêter la lecture en cours de route et qu'importe ce qui arrivait au personnage.
Il y a clairement matière à en faire une adaptation cinématographique, mais en revoyant le scénario car sinon c'est un nanar assuré.
Et encore, le thème a déjà été abordé au cinéma ("Looper" par exemple), finalement oubliez l'adaptation et je m'en irai sans doute découvrir les romans "Wayward Pines" de cet auteur dont j'en ai entendu parler en grand bien.

"Dark Matter" appartient à la science-fiction médiocre alors que ce roman aurait pu être tellement meilleur et mieux explorer certaines pistes ainsi que développer des idées bonnes au départ mais trop vite laissées de côté.

lundi 4 mars 2019

Les cigognes sont immortelles d'Alain Mabanckou


À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge. (Seuil)

Quel régal que ce livre qui arrive si joliment à mêler le grave avec de l'humour, la grande histoire à la petite.
Michel vit avec Maman Pauline et Papa Roger à Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, il n'a aps sa langue dans sa proche et en tant que narrateur de l'histoire est bien souvent obligé de rappeler au lecteur ainsi qu'à lui-même qu'il doit se taire et s'arrêter là car : "sinon on va encore dire que moi Michel j'exagère toujours et que parfois je suis impoli sans le savoir.".
Mais tout bascule un jour de mars 1977 où le camarade président Marien Ngouabi est assassiné, la famille et la vie de Michel s'en retrouvent bouleversées mais c'est aussi tout un pays qui bascule dans l'inconnu et change brusquement de visage.
Outre le truculent et savoureux personnage de Michel, c'est sans doute la façon de mêler la petite histoire à la grande qui m'a autant séduite dans ce roman.
Le microcosme de la famille de Michel finit par être le reflet de ce qui se passe dans le pays, la fracture s'amorce doucement mais sûrement et tout le monde finit par plonger dans l'inconnu.
Le thème sous-jacent est grave, mais Alain Mabanckou réussi avec talent à insuffler de l'humour et quelques situations bien cocasses à son histoire, ainsi que de nombreuses anecdotes qui font de ce récit un savoureux moment de lecture.
L'auteur connaît son sujet et sait de quoi il parle, moi en tant que lecteur moins, pour ne pas dire pas du tout, mais Michel guide le lecteur dans les subtilités de son pays et lui fait une assez belle synthèse de son histoire, juste ce qu'il faut pour ne pas le perdre et lui donner la curiosité nécessaire d'aller en apprendre plus.
Avec cette lecture j'ai voyagé dans tous les sens du terme et cela faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivée en littérature.
Et qu'est-ce que je m'en veux de ne pas avoir découvert plus tôt la plume d'Alain Mabanckou, mais promis, je vais tâcher de palier sans tarder à cette lacune, pour ne pas dire grave erreur (sans exagération aucune, je ne m'appelle pas Michel après tout et je ne tiens pas à être impolie sans le savoir).

Véritable bonbon sucré-amer, "Les cigognes sont immortelles" est un livre truculent que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire et dont je vous recommande la lecture.

vendredi 1 mars 2019

Nous les filles de nulle part d'Amy Reed


Grace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte. Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents. 
Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets. Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules. (Albin Michel)

Je continue les lectures féministes commencées il y a plusieurs mois désormais pour m'intéresser à ce roman destiné à la base à un public adolescent.
Et bien coup de cœur et belle découverte !
Ces filles de nulle part m'ont touchée droit au cœur, leur combat est aussi le mien et quel plaisir de voir la jeunesse se retrousser les manches pour combattre les préjugés et les discriminations.
Grace est nouvelle mais elle a emménagé sans le savoir dans l'ancienne maison de Lucy qui a accusé l'année précédente trois garçons de Presscott de l'avoir violée.
Lucy est partie, mais elle a laissé un mot dans sa chambre qui marque Grace, et la pousse à réagir et à briser la loi du silence pour dénoncer les agissements de certains garçons, encouragés et conseillés par les articles d'un blog joliment nommé "Les vrais mecs de Prescott".
Avec ses nouvelles amies Rosina et Erin, toutes deux à la marge des autres élèves, elles vont créer un club dont le but est de libérer la parole des filles mais aussi de dénoncer et faire punir les agissements plus que répréhensibles de certains garçons.
C'est crédible du début à la fin, entre les scènes de harcèlement scolaire, les moqueries, les insultes, certains professeurs complices ou silencieux, les rumeurs qui circulent sur les uns et les autres, tout cela rappelle les années lycées et pas toujours de bons souvenirs (voire souvent).
L'histoire se passe aux Etats-Unis mais elle a le mérite d'être universelle et pourrait tout aussi bien se passer en France ou dans un autre pays.
J'ai beaucoup aimé les personnages, Grace évidemment mais aussi son amie Rosina qui bien que jeune travaille dur pour aider sa mère et qui non seulement appartient à une minorité mais est aussi homosexuelle, pas évident tous les jours surtout à l'âge de l'adolescence; ou encore la silencieuse et si étrange Erin, véritable petit génie qui a bien du mal à s'adapter au monde dit réel et à nouer des liens avec d'autres personnes.
Le roman alterne entre les différents personnages et de temps à autre livre un article du fameux blog donnant toutes les astuces aux garçons pour être de vrais mecs (et au passage comment violer les filles en les faisant picoler lors des fêtes, un classement de ses meilleurs coups, bref que du très sympathique à lire).
La solidarité qui règne entre les filles est belle à voir, même si elle n'est pas évidente au départ, et prouve que l'union fait la force, et que même les diversités peuvent se rejoindre pour une lutte juste.
Voilà un beau livre féministe qui s'adresse à un public adolescent, une très bonne façon d'éveiller les consciences et d'amener à s'interroger sur son engagement et la société dans laquelle on souhaite vivre.

Très belle découverte avec "Nous les filles de nulle part", un roman dont je recommande chaudement la lecture à n’importe quel âge et qui rappelle l'importance du féminisme et de l'engagement des femmes pour dire non et se faire entendre.

mercredi 27 février 2019

La fille qui avait bu la lune de Kelly Barnhill


Chaque année, les habitants du Protectorat abandonnent un bébé en sacrifice à la redoutée sorcière des bois. Ils espèrent ainsi détourner sa colère de leur ville prospère. Chaque année, Xan, la sorcière des bois, se voit contrainte de sauver un bébé que les fous du Protectorat abandonnent sans qu’elle ait jamais compris pourquoi. Elle s’emploie à faire adopter ces enfants par des familles accueillantes dans les royaumes voisins. Mais cette année, le bébé en question est différent des autres : la petite a un lien étrange avec la lune et un potentiel magique sans précédent. Contre son gré, Xan se voit obligée de la ramener chez elle et de persuader ses amis réticents d’élever cette enfant pas comme les autres. Ils la baptiseront Luna et ne tarderont pas à en devenir gâteux. Xan a trouvé comment contenir la magie qui grandit à l’intérieur de la petite, mais bientôt approche son treizième anniversaire, et ses pouvoirs vont se révéler. (Anne Carrière Editions)

Voilà un roman jeunesse qui a conquis l'Amérique et dont j'ai failli arrêter la lecture.
Parce que je trouvais que l'histoire mettait du temps à démarrer, que je ne voyais pas l'interaction des personnages entre eux et aussi parce que j'avais du mal à entrer dans l'ambiance.
Heureusement que j'ai continué car finalement l'histoire se met en place et se révèle plutôt jolie et porteuse d'espoir.
Les premières dizaines de pages ont été difficiles, je trouvais l'histoire plate et j'avais du mal à comprendre l'engouement suscité par le livre.
Et puis l'ambiance qui règne au Protectorat est particulièrement sombre, là aussi j'avais du mal à entrer dans l'intrigue parce qu'il me manquait des clés de compréhension qui venaient par la suite.
Au final j'ai beaucoup aimé cette histoire qui mêle magie, amour, espoir, courage, mais aussi haine, tristesse, chagrin, sacrifice.
Certains personnages sont particulièrement attachants (j'ai adoré le dragon), en fait ce sont même les êtres vivants autres que les humains qui m'ont le plus touchée.
Je trouve toutefois que ce roman est un peu trop court, manque de descriptions et que la fin est un peu trop brutale, laissant quelque peu le lecteur sur sa fin.
Par contre j'ai trouvé sa construction plutôt maligne, les chapitres alternent entre les personnages et des légendes distillées par une mère à son enfant, le tout prenant bien évidemment un sens lors de la révélation finale.
Pour le reste, je l'ai trouvé visuel et poétique, il semblerait qu'un projet d'adaptation en dessin animé soit en cours, et bien c'est une bonne chose car j'aurai sans doute plus apprécié l'histoire en la voyant sur un écran, j'aurai mis moins de temps à entrer dans l'intrigue en tout cas.

"La fille qui avait bu la lune" est un beau conte au long cours qui séduira un public de jeunes lecteurs, il a en tout cas le mérite de se démarquer d'autres livres du même genre et possède de nombreuses qualités.

lundi 25 février 2019

Avez-vous lu les classiques de la littérature ? de Soledad Bravi et Pascale Frey


Vous n’avez pas encore lu Gatsby le Magnifique ? Vous avez oublié comment se termine Au Bonheur des Dames et ne savez plus de combien de volumes se compose À la recherche du temps perdu ?…Pas de panique, ce recueil est fait pour vous ! Pascale Frey et Soledad Bravi résument en quelques pages de bulles malicieuses vingt grands classiques de la littérature. (Rue de Sèvres)

Alors ça, j'adore !
Déjà parce que je n'ai pas lu tous les classiques, et que je ne compte pas tous les lire, mais quand c'est fait avec une dose d'humour et un travail pas si simple de synthèse je dis oui.
Ce sont vingt grands classiques de la littérature qui sont ici résumés en quelques pages sous la forme de bulles malicieuses :


Avec au début une présentation de l'oeuvre et de l'auteur :


J'y ai redécouvert certains classiques lus dans ma jeunesse, dans le cadre scolaire ou plus tard, et d'autres dont je connaissais bien évidemment le nom et l'histoire mais que je n'avais pas lu pour autant, et que je ne tiens pas forcément à lire soit-dit en passant.
J'aime beaucoup le style et la présentation, c'est drôle et malicieux, ça dépoussière la littérature dite classique, ça peut sans doute donner envie à certains de découvrir l'oeuvre dans son intégralité, et mine de rien ça n'st pas si simple de résumer en quatre à six pages des romans qui font plus de cinq cents pages, je pense notamment à "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust ou encore de transcrire en image le roman épistolaire "Les liaisons dangereuses".
Soledad Bravi a fait à une autre publication dans cette maison d'édition pour retracer "L'Iliade et l'Odyssée" et bien j'ai envie de découvrir de quoi il en retourne.

Certains pourraient crier au scandale face à un tel ouvrage, pour ma part j'ai beaucoup aimé et j'ai passé quelques moments délicieux à découvrir ou redécouvrir des histoires classiques de la littérature.

vendredi 22 février 2019

Le ruban rouge de Lucy Adlington


Ella, quatorze ans, est couturière. Pour son premier jour de travail, elle plonge dans ce monde de rubans, d’étoffes et de soie qu’elle aime tant. Mais son atelier n’est pas ordinaire, et ses clients le sont encore moins. Ella est prisonnière du camp de Birchwood, où elle confectionne les vêtements des officiers. Dans ce terrible quotidien où tout n’est qu’affaire de survie, la couture lui redonnera-t-elle espoir ? (PKJ)

Aborder le thème de la Shoah et plus particulièrement des camps de concentration et d'extermination dans la littérature jeunesse est un exercice périlleux pas toujours réussi.
Lucy Adlington s'en tire plutôt bien, avec ses deux héroïnes Ella et Lily qui font connaissance à Birchwood, à l'atelier de confection.
Pour qui est jeune et ne connaît pas, Birchwood ne parlera peut-être pas, c'est le nom que donne l'auteur au terrible camp d'Auschwitz-Birkenau (terme anglais pour désigner la forêt de bouleau).
Il y a peu d'indices qui permettent à qui ne connaît pas bien l'Histoire de comprendre de quoi parle l'auteur, d'autant qu'elle reste quasi muette sur tous les à-côtés du camp, bien qu'elle évoque parfois les cheminées qui fument nuit et jour.
Je comprends cette forme d'ellipse et le non-recours à des termes directs puisque le roman peut s'adresser à un public jeune, mais je pense aussi que cette crainte à trop en dire ou être trop directe ne perde quelque peu un public jeune (pour tout dire j'ai trouvé un mot dans le roman en guise de commentaire dans le cadre du club de lecture jeunesse de la bibliothèque qui qualifiait le roman de bien mais un peu trop fantaisiste).
A trop vouloir bien faire l'auteur peut passer pour fantaisiste pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas bien l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, ou alors pour quelqu'un qui la connaît plutôt bien car malheureusement il y a quelques situations trop invraisemblables qui permettent aux personnages de s'en sortir plutôt bien.
Je pinaille, car dans l'ensemble ce roman est vraiment bien écrit et bien conçu, il a le mérite de montrer les différents visages des personnes : Ella c'est celle qui comprend que pour survivre il ne faut pas hésiter à faire des actes contre ses principes, Lily c'est la rêveuse qui croit encore en la gentillesse et en la bonté, Marta c'est celle qui a aussi compris comment survivre dans cet enfer en masquant tout sentiment et toute sensibilité.
Autant de facettes de l'âme humaine qui se révèlent dans de telles circonstances et véritable reflet de ce qu'ont été les réactions des uns et des autres dans cet enfer.
C'est là le point fort de ce roman à mes yeux, outre des personnages qui finissent tous par être attachants à leur manière.
Les quelques pages en fin de roman pour retracer la déportation et les conditions de vie sont utiles, elles apportent quelques précisions sur des lieux désignés par des termes imagés (le Grand Magasin pour désigner le Canada par exemple) et permettent d'amorcer un désir d'en apprendre plus sur cette page de l'histoire et sur le lieu où l'auteur a fait se dérouler sa fiction, ainsi qu'un dialogue autour de l'Holocauste.
Et en cette période de regain de haine et de violence, le message de ce roman est surtout un appel à la tolérance et à la paix, des valeurs qui auraient bien besoin d'être plus présentes dans notre quotidien car certains mots font mal et rappellent des pages sombres de l'histoire de l'Europe.

"Le ruban rouge" est un bon roman à destination des jeunes adultes pour aborder l'Holocauste et les camps de concentration et d'extermination, mais dont la lecture doit être suivie à mon avis d'une discussion pour bien expliquer le contexte historique et la dure réalité.

mercredi 20 février 2019

The Hate U Give (La haine qu'on donne) d'Angie Thomas


Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête. (Nathan)

En empruntant ce livre il me disait quelque chose, mais quoi ?
C'est en prenant le métro le lendemain que j'ai trouvé, le titre était le même qu'un film qui venait de sortir.
Et pour cause, puisque le film est l'adaptation de ce roman, premier d'Angie Thomas et déjà une belle renommée : finaliste du National Book Award et récompensé par le Printz Honor et William C. Morris Award.
Ce livre est un beau petit pavé de près de cinq cents pages mais se lit très facilement et très vite.
La raison ?
Une héroïne particulièrement attachante, une histoire révoltante et l'envie de savoir ce qui va lui arriver, comment elle va mener son combat.
Et surtout, une histoire qui ne tombe pas dans le pathos ni dans les clichés, mais qui offre au contraire la vision de personnages qui veulent s'en sortir, qui même s'ils habitent dans des quartiers difficiles ont des valeurs, des parents qui cherchent à ce que leurs enfants s'en sortent, et tout particulièrement un père qui a été membre d'un gang et qui désormais refuse le système et se bat pour que ses enfants aient une vie meilleure, en tout cas avec des choix, un luxe qu'il n'a pas connu.
J'ai trouvé que ce roman avait une résonance toute particulière après le film "BlackKklansman" de Spike Lee et les récentes affaires de bavures policières aux Etats-Unis à l'encontre de jeunes noirs qui ont eu la malchance d'être au mauvais endroit au mauvais moment.
C'est ce qui arrive à Khalil, face à un flic trop nerveux qui croit voir des choses il se retrouve tué de trois balles dans le dos, sous les yeux de son amie d'enfance Starr.
Au début, Starr ne va pas trop vouloir en parler, et puis elle va décider de raconter ce qu'elle a vécu pour que le policier soit sanctionné, mais là encore il s'en sort alors Starr va s'affirmer dans un combat pour que justice soit faite et pour qu'il n'y ait plus de nouveaux Khalil.
C'est aussi l'occasion de découvrir le véritable visage de certaines personnes qui l'entourent et qu'elle pensait des ami(e)s mais aussi que d'autres liens soient renforcés.
J'ai beaucoup aimé le personnage de Starr et son histoire, j'ai été touchée par son combat et la façon dont elle le mène.
J'ai également apprécié le style d'Angie Thomas, chapeau à la traductrice Nathalie Bru qui a su retranscrire les termes d'argot, ce qui n'était pas gagné car le style oral est plutôt typique et pas toujours évident à traduire ou tout du moins à trouver une concordance.
Il y a un rythme dans le roman et plus le lecteur avance dans sa lecture plus le temps se resserre à mesure que la rage monte en Starr et la pousse à mener un combat qu'elle pense et sait juste.

"The Hate U Give" est un très bon roman destiné prioritairement aux adolescents qui a su me toucher par le fond et le personnage brillant de Starr, je suis curieuse de voir ce que donne son adaptation en film.

mardi 19 février 2019

Grâce à dieu de François Ozon

       
     

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne. (AlloCiné)


Un film de François Ozon est pour ma part toujours un événement.
Je n’imaginais donc pas ne pas voir celui-ci, encore moins lorsqu’il a été annoncé en avant-première dans le cinéma que je fréquente et, cerise sur le gâteau, suivi d’un débat en présence de François Ozon (là aussi une première).
Autant le dire tout de suite, ce nouveau François Ozon est bel et bien un événement, ne serait-ce que par le sujet du film.
Le film est centré sur la création du collectif La parole libérée et sur le combat d’anciens scouts Lyonnais pour dénoncer les attouchements du père Bernard Preynat dont ils ont été victimes ainsi que le silence et la non-action de la hiérarchie ecclésiastique qui savait toutes ces années.
Au début, François Ozon n’envisageait pas un film mais de réaliser son premier documentaire, il a changé d’avis face à la réaction des membres du collectif et a bâti son film à partir des entretiens qu’il a eus, des témoignages publiés ainsi que des échanges épistolaires (tous ces documents sont disponibles sur le site du collectif).


Comme d’habitude chez François Ozon, et sans doute encore plus cette fois-ci, la mise en scène est particulièrement travaillée.
Ici, elle est bâtie de façon à dérouler l’histoire en suivant trois personnes différentes pour finir par faire un lien entre elles, l’exercice était tout sauf évident.
Car Alexandre est présent pendant les 45 premières minutes du film puis laisse la place à François, qui lui-même cède la sienne à Emmanuel avant que les trois protagonistes ne se rencontrent.
Cela fonctionne très bien à l’écran, il n’y a pas de temps mort et la trame se déroule comme une bobine de film, c’est tout à fait remarquable.
Ces trois personnages sont issus de milieux différents : Alexandre c’est la bourgeoisie, François la classe moyenne et Emmanuel c’est celui qui survit, qui a vu sa vie foutue en l’air par ce qu’il a vécu et qui souffre de problèmes médicaux liés à son traumatisme, preuve que la pédophilie touche n’importe qui dans n’importe quel milieu (et pour le poster de "Spotlight" dans le commissariat c’est réel, le film venait de sortir peu de temps auparavant au cinéma et était affiché sur le mur).
François Ozon c’est aussi un réalisateur qui a pour habitude de mettre en scène des personnages féminins forts, cette fois-ci ils sont masculins mais là aussi ce changement de genre convient très bien au réalisateur.
Et puis il s’entoure de comédiens tous plus excellents les uns que les autres : pour la troisième fois il fait appel au (rare) Melvil Poupaud, mais aussi à Denis Ménochet et Swann Arlaud pour les autres comédiens en tête d’affiche.
Pour résumer, le casting est excellent, et que dire des comédiens qui tiennent les rôles peu évidents du père Preynat et du cardinal Barbarin.


Ce film est un grand moment d’émotions, difficile de ne pas être révoltée face à cette histoire, à ce silence, à ces agissements qui ont perduré pendant des années et qui ont irrémédiablement marqué la vie et le psychisme des victimes.
C’est un film qui interroge beaucoup, sur la foi, sur sa propre foi lorsque l’on est croyant, sur l’attitude que l’on aurait : face à des victimes, face à de tels agissements ; en somme c’est un peu le miroir de l’âme de tout un chacun.
Pour avoir eu le privilège de voir le film en avant-première suivie d’un débat, les échanges m’ont apportée un nouvel éclairage sur le film, sur sa construction, le cheminement du réalisateur mais aussi des comédiens, sur les réactions qu’il a déclenché avant même de sortir en salle, sur la frilosité de certains face à un tel sujet (pour la première fois Canal + ne finance pas un film de François Ozon, c’est dire le courage de certains producteurs …), mais ce que je retiendrai surtout c’est l’émotion ressentie en entendant le témoignage de certaines personnes dans la salle, des mercis qui sont revenus plusieurs fois : merci d’avoir parlé, merci d’avoir créé un collectif parce que l’on aurait aimé que cela existe lorsque l’on s’est retrouvé confronté à ce problème, merci d’avoir retranscrit ce que l’on vit aussi justement dans votre film, mais aussi des excusez-moi parce que les personnes se mettaient à pleurer(alors qu’elles n’avaient certainement pas à s’excuser), et alors se dire que la vie peut être dure mais aussi belle, que l’Humain est fait de telle façon qu’il arrive à se reconstruire tout en ayant vécu des situations douloureuses, et que sa propre vie est loin, très loin d’être triste ou ratée ou terrible face aux parcours écorchés de certains qui chaque jour luttent pour se reconstruire.


"Grâce à dieu" est un très beau film rendant hommage au courage des victimes et à leur famille, sans doute le meilleur à ce jour de François Ozon, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire ?
(Le film sortira bien dans les salles le 20 février, et au passage il est reparti avec l’Ours d’Argent du festival de Berlin)