lundi 23 janvier 2017

Ouvert la nuit d'Edouard Baer

     
     

Luigi a une nuit pour sauver son théâtre. Une nuit pour trouver un singe capable de monter sur les planches et récupérer l'estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et le respect de sa meilleure amie - qui est aussi sa plus proche collaboratrice... et pour démontrer à la jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu'il existe aussi d'autres façons dans la vie d'appréhender les obstacles... (AlloCiné)


Luigi (Edouard Baer) est le directeur quelque peu fantasque, beau parleur et illusionniste d'un théâtre parisien, assisté dans ses tâches par sa meilleure amie Nawel (Audey Tautou), et qui se retrouve à avoir une nuit pour sauver son théâtre, trouver de l'argent pour payer les gens qui y travaillent et un singe afin d'assurer la première du lendemain soir.
Pour cela, il se retrouve flanqué de Faeza (Sabrina Ouazani), la jeune stagiaire de Sciences Po pétrie de certitudes et abordant la vie, son travail, ses études avec une certaine rigueur, qu'il va emmener dans le Paris de la nuit et lui montrer qu'il existe d'autres façons d'aborder les obstacles dans la vie.


Troisième long métrage d'Edouard Baer, "Ouvert la nuit" est à son image d'acteur : bavard, fantasque, loufoque, imprévisible.
L'ensemble est quelque peu assez déjanté et même si le spectateur voit les défauts de Luigi, c'est dingue ça, il n'arrive pas à lui en vouloir, à l'image des personnes de son équipe.
Le personnage de Luigi a un besoin constant de tester les autres et leurs limites, sous son apparence de bon copain il ne cesse pourtant de rappeler que c'est lui le patron, il fraternise mais c'est pour mieux diriger son petit monde, c'est aussi un lâche, d'un certaine façon.
La relation avec le personnage de Faeza fonctionne d'autant plus qu'elle est tout le contraire de lui : elle a un plan de carrière, elle aborde la vie de façon structurée et sans se lancer dans l'inconnu, pour autant son périple nocturne avec Luigi va lui permettre d'appréhender les choses différemment.
Outre le personnage de Luigi, l'atrait indéniable de ce film, c'est le couple improbable formé pour une nuit entre Faeza et Luigi.
Le duo fonctionne très bien, ils partagent quasiment les meilleures répliques du film.
Si j'aime beaucoup le jeu d'Edouard Baer, la belle découverte, ou plutôt redécouverte, c'est Sabrina Ouazani.
Voilà une actrice que je n'avais vu jusque-là que dans des rôles dits secondaires, ici elle tient le haut de l'affiche et j'ai beaucoup aimé son jeu, sa fraîcheur.
L'autre agréable surprise du côté du casting, c'est Audrey Tautou dans un rôle plutôt rafraîchissant pour une actrice qui ne me séduit pas toujours dans ses rôles et ses interprétations.
Bien évidemment, il faut aussi parler de Michel Galabru qui fait là l'une de ses dernières apparitions.
D'ailleurs, son petit rôle sert même à montrer ce que sont parfois obligés de faire les acteurs : face à une femme lui demandant sans cesse d'en faire moins - alors qu'il ne fait plus rien à part être lui-même et en avoir sa claque - il finit par se lever et rentrer chez lui puisque quitte à ne rien faire, il préfère faire cela chez lui.
Les autres acteurs sont eux aussi épatants et collent bien avec leurs personnages, le singe (enfin la) est aussi très expressif même si je m'attendais à ce que son rôle soit un tout petit plus importants.
Dans son film, Edouard Baer offre aussi une déambulation dans le Paris de la nuit, celui des bars, des fêtes improvisées, des rencontres incongrues, des lumières, le tout dans une insouciance qui malheureusement n'est plus tout à fait ce qu'elle était (i.e. ce film a été tourné avant le 13 novembre 2015).
C'est beau Paris la nuit, c'est même magique, cela donne en tout cas envie d'aller s'y promener et offre une autre perspective sur la capitale.
Pour conclure son film, Edouard Baer s'est même offert le luxe de demander à Alain Souchon de composer un titre, ce dernier a bien évidemment accepté et livre une composition de son cru en famille.


"Ouvert la nuit" est un road-movie nocturne dans Paris et décalé, servi par deux excellents comédiens et un Edouard Baer sans doute a son meilleur niveau en tant que réalisateur.

samedi 21 janvier 2017

La porte du ciel de Dominique Fortier


Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d'esclave. Elles sont l'ombre l'une de l'autre, soumises à un destin qu'aucune des deux n'a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d'une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées. Plus loin, dans l'Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l'image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l'écriture. (Les Escales)

Dans "La porte du ciel", Dominique Fortier traite du destin de deux fillettes, puis femmes, que tout oppose et que rien ne prédestinait à se rencontrer et à vivre ensemble : Eleanor est blanche, fille de médecin et épouse d'un propriétaire d'une plantation de coton, Eve est mulâtre, fille d'esclave; tout cela dans l'Amérique de la Guerre de Sécession.
Parfois, le récit est aussi ponctué de l'histoire de femmes qui cousent et assemblent des morceaux de tissus en attendant que leurs maris, leurs pères, leurs frères ou leurs fils reviennent des combats.

Sur le papier, ce récit avait beaucoup d'atouts pour me plaire, pour tout dire le chapitre d'ouverture était à la fois intrigant et poétique, mais au final mes attentes ont été déçues dans l'ensemble.
Le contexte, la Guerre de Sécession, est intéressant, d'autant qu'il est abordé de façon originale : à la fois de façon lointaine, par le prisme de femmes vivant loin du front, mais aussi par le biais de deux femmes qui se trouvent chacune d'un côté de la barrière, Eleanor est de par sa position contre l'abolition de l'esclavage, à l'inverse d'Eve.
Mais il y a aussi une certaine lucidité du personnage d'Eve quant à la précarité de son émancipation et sa relative liberté à la fin du conflit : "Ce mot de "liberté" et ses frères - "égalité", "émancipation", "union" - étaient des osselets qu'on secoue dans sa main avant de les jeter par terre, où ils forment des amoncellements précaires.".
L'auteur a su recréer les voix divergentes de l'époque qui a vu se désunir des états qui auparavant l'étaient ; "Dans des Etats portant de jolis noms de femmes, la Virginie, la Caroline du Sud, des voix s'élevaient, de plus en plus fortes, demandant : puisque les Etats avaient choisi de s'unir pour leur bénéfice commun, chacun n'était-il pas aussi libre de quitter cette union quand et comme il l'entendait ?".
Le fond historique est donc abordé par touche et sous un regard quelque peu différent.
Je n'ai rien non plus à dire sur la plume de Dominique Fortier, je l'ai trouvée belle et maniant assez bien l'art de l'ellipse, c'est effectivement une jeune auteur intéressante à suivre.
Néanmoins, les personnages me sont restés trop distants, entre une Eleanor qui subit sa vie et dont on ne sait pas trop ce qu'elle en pense, hormis vers la fin où elle commence simplement à se dévoiler, et une Eve qui reste muette quasiment pendant tout le récit.
Le lecteur ne sait finalement pas tant que cela les tourments intérieurs qui agitent ces personnages, c'est sûr il y a des murmures, mais cela s'arrête-là.
La relation entre Eleanor et Eve n'est pas non plus vraiment développée, elle n'est qu'amorcée alors que j'attendais quelque chose de plus approfondi, pas une relation restant au stade embryonnaire, d'autant que le lecteur voit rarement ces deux personnages en interaction l'un avec l'autre.
Sans doute y-a-t'il un peu trop d'ellipses dans cette histoire, dommage car cela se fait au détriment des personnages.
Construite comme un patchwork, l'histoire aurait pu être tellement autre chose, quant à l'auteur elle n'a pas réussi, et c'est regrettable, à créer la moindre empathie envers ses deux héroïnes féminines, alors que son style est pourtant agréable.

J'ai attendu quelque chose pendant toute ma lecture qui n'est jamais venu, voilà pourquoi "La porte du ciel" est un roman qui ne m'a finalement pas emballée et m'a même laissée sur ma faim.

Je remercie Babelio et les éditions Les Escales pour l'envoi de ce livre dans le cadre d'une rencontre avec Dominique Fortier.

vendredi 20 janvier 2017

Le meilleur et le pire du cinéma en 2016

Le moment le plus terrible, pour ma part, de l’année 2016 est venu.
(J’ai commencé à rédiger cet article le 30 décembre 2016 mais vous noterez que j’ai attendu début janvier pour le publier, il y a une excellente raison à cela. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore vu "Manchester by the Sea", et j’ai comme l’impression qu’il faut que j’attende de l’avoir vu pour boucler l’année 2016 de cinéma).
Et dire que je croyais que c’était le passage du 31 au 1er à minuit, que nenni !
En fait, le moment le plus terrible, c’est celui où je dois revenir sur les films vus en 2016 et en choisir 10.


Pourquoi choisir ?
Pourquoi 10 ?
Parce qu’il faut bien faire ressortir le meilleur de 2016, ceci est tout à fait subjectif et ne concerne que moi, je suis par ailleurs très ouverte pour recueillir dans les commentaires votre best-of cinéma 2016.
Et parce qu’il faut bien se limiter, mais j’ai une certaine, pour ne pas dire fâcheuse, tendance à feinter pour le chiffre 10.

Commençons par quelques chiffres, en 2016 ce sont 44 films vus (du pipi de chat pour certains mais pour moi ça veut dire beaucoup) et 2 cinémas fréquentés.
Pourquoi aller au diable vauvert engraisser de vilains groupes (qui ont même été contre le projet d'agrandissement du cinéma) quand il y a un cinéma de qualité dans ma ville ?
Aucune raison pour cela, ce qui explique que je fréquente assidûment mon cinéma municipal qui est certes classé Art et essais mais est aussi le plus grand de France (6 salles), propose des tarifs très doux (moins de 5 euros la séance), et diffuse tous les genres, toute l’année.
Le cinéma c’est aussi cela, s’ouvrir et découvrir autre chose.
Pour 2017, j’ai comme objectif d’y assister à une rencontre (i.e. participer à un événement), et enfin tester le restaurant ouvert en même temps.
A l'heure où je peaufine cet article, je viens même d'apprendre que ce cinéma va organiser des cours de cinéma ouverts à tous, je vais certainement me laisser tenter pour voir ce dont il s'agit.

Tous les films vus en 2016 ne peuvent pas rentrer dans ce classement, il m'a fallu faire un choix mais j'ai aussi une tendresse particulière pour certains films n'y figurant pas, à l'instar de "Brooklyn", "Room", "Café Society".

Maintenant place aux palmes et aux huées.

Mon meilleur en 2016

- 10 -

En 10ème position, j'ai choisi de mettre ex-æquo deux films "coup de poing" de l'année 2016.


Tout d'abord "Spotlight" de Tom McCarthy, inspiré de faits réels et traitant de l'enquête du Boston Globe ayant mis à jour un scandale sans précédent de pédophilie au sein de l'église Catholique.


Et puis la Palme d'Or du Festival de Cannes 2016, "Moi, Daniel Blake" de Ken Loach, un film vrai, humain, avec du cœur.

- 9 -

En 9ème position, le film qui a valu son premier Oscar à Leonardo DiCaprio : "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu.


Un film qui marque par la performance d'acteur et qui transporte le spectateur, en tout cas qui m'a transportée en territoire hostile pour assouvir une vengeance suite à une lâche trahison.

- 8 -

En 8ème position, un dessin animé : "La tortue rouge" de Michael Dubok de Wit.


Les dessins animés vus en 2016 ont été particulièrement bons, à l'instar de "Zootopie" (dont je n'ai pourtant pas parlé sur le blog faute de temps), le choix fut un peu difficile mais la poésie de "La tortue rouge" l'emporte sur les autres et lui permet de figurer dans le classement.

- 7 -

En 7ème position, un film de science-fiction (mais pas que) : "Premier contact" de Denis Villeneuve.


L'une des belles surprises de cette fin d'année, un film à la fois géopolitique, intimiste, poétique, le tout sous fond de science-fiction.

- 6 -

En 6ème position, "Frantz" de François Ozon.


Il ne me paraissait pas envisageable d'établir le classement des films vus en 2016 sans y faire figurer le si beau film à l'esthétique soignée de François Ozon, un réalisateur au sommet de son art.

- 5 -

En 5ème position, encore un prénom mais cette fois-ci féminin : "Julieta" de Pedro Almodovar.


Le réalisateur Espagnol est reparti (une fois encore) bredouille de Cannes, mais il est revenu à son meilleur avec ce sublime film à la fois troublant et passionnant.

- 4 -

En 4ème position, "Captain Fantastic" de Matt Ross.


Fable sociale, utopie, road-trip familial, "Captain Fantastic" est l'une des plus belles erreurs cinématographiques de l'automne 2016.

- 3 -

En 3ème position, de nouveau un film de science-fiction : "Midnight Special" de Jeff Nichols.


Ai-je déjà dit à quel point Jeff Nichols est talentueux ?
Son "Midnight Special" est l'un des plus beaux films de science-fiction que j'ai vu au cinéma ces dernières années, il a apporté un nouveau souffle à ce genre cinématographique, pour notre plus grand bonheur.

- 2 -

En 2ème position, "Manchester by the sea" de Kenneth Lonergan.


Quand je vous disais qu'il fallait que j'attende pour faire ce classement ... ça n'était pas des sornettes !
J'ai même hésité à le placer en numéro un, voire en ex-æquo et puis j'ai décidé de rester sur mon premier choix.
Film superbe, acteurs magnifiques, du très grand cinéma.

- 1 -

Et pour succéder à "Le fils de Saul" de László Nemes ... roulement de tambours ...


"Carol" de Todd Haynes !


Film vu en début d'année 2016 et qui n'a plus jamais quitté mon esprit, je suis restée toute l'année persuadée d'avoir vu l'un des plus beaux, si ce n'est le plus beau, films de l'année 2016, c'est donc tout naturellement qu'il prend la tête de ce classement 2016.

Mon pire en 2016

On ne peut malheureusement échapper au pire et en 2016 j’ai eu (le malheur) de voir quelques mauvais films dont voici sans plus tarder le "prestigieux" palmarès : 


En troisième position, "Des nouvelles de la planète Mars" de Dominik Moll.
Sur le papier et d’après la bande annonce ce film avait tout pour être déjanté, au final je suis ressortie désenchantée de cette séance.
Ce fut mon premier gros plantage cinéma de 2016.


En deuxième position, "Camping 3" de Fabien Onteniente.
Même pas drôle, même pas plaisir de revoir des têtes connues et d’en découvrir de nouvelles, gros ratage sur toute la ligne, même pas un bon moment de détente, rien à retenir de ce camping cru 2016.
Pendant longtemps ce film a occupé la première place de mon pire 2016, mais il a été détrôné il y a peu par …


"Brice3" de James Huth qui occupe la place de premier dans mon Top 3 des pires films vus en 2016.
J’ai conscience que c’est beaucoup d’honneur accordé à ce film qui mériterait d’être passé sous silence, mais je ne boude pas mon plaisir (un peu vachard) de casser ce film une nouvelle fois, à l’image du 2 qui fort heureusement pour nous ne verra jamais le jour.
Adieu Brice, casse-toi de nos écrans pour ne plus jamais y revenir et repose en paix au paradis de la casse.

Mes regrets en 2016

Car malheureusement, je n’ai pas pu tout voir, soit par faute de temps, soit parce que le film ne passait pas à mon cinéma (et comme vous l’avez lu plus haut, je suis extrêmement pointilleuse sur les cinémas que je fréquente et donc très attachée au cinéma de ma ville).
Et donc il  y a quelques films pour lesquels j’aurai tué père et mère que j’ai malheureusement ratés et pour lesquels je compte me rattraper.
Pêle-mêle je citerai : "Anomalisa", "Quand on a 17 ans", "Sing street", "Ma loute", "L'effet aquatique", "Toni Erdmann", "Dernier train pour Busan", "American Pasoral", "Diamond Island".

Mes non-regrets en 2016

Laissant ressortir mon côté vipère, je vais aussi vous parler des films que je n’ai volontairement pas été voir et pour lesquels je n’ai aucun, mais alors aucun regret.
En tête de classement se trouve "Elle" de Paul Verhoeven, désolée mais cette histoire et le propos me mettent très mal à l'aise, or de question d'aller voir un tel film en salle, mais il y a aussi "Les Tuche 2 - Le rêve américain", "Independance Day - resurgence", "Papa ou maman 2", "Les visiteurs - La révolution", "Le bon gros géant".

jeudi 19 janvier 2017

The Collection créée par Oliver Goldstick


Parlons un peu télévision et chiffons avec la série The Collection, une production Britannique (Amazon et BBC) et Française (France Télévisions).
On va tout de suite parler du sujet qui fâche : l'audience.
Elle n'a pas été au rendez-vous, en France en tout cas, et c'est dommage car cette série a un réel potentiel.
Normal dirons certains, elle a coûté la bagatelle de 22 millions d'euros.
Oui mais reconstituer le Paris de l'après-guerre et avoir quelques créations pour une série traitant d'une maison de haute couture ça a un coût.
Il ne reste plus qu'à espérer une saison 2 car la fin est vraiment (mais vraiment) frustrante.


Le pitch de départ est le suivant : l'histoire se passe en 1947, dans le Paris de l'après-guerre qui peine à se relever.
Pour conserver Paris comme capitale de la mode et faire renaître la haute couture Française, le gouvernement choisit une toute jeune maison de couture, la Maison Sabine.
A sa tête Paul (Richard Coyle), l'aîné, excellent dans les affaires et secondé par sa femme Américaine Helen (Mamie Gummer), sa première vendeuse Charlotte (Alix Poisson) et sa chef d'atelier Marianne (Irène Jacob), ainsi que par Victor (Alexandre Brasseur), son mystérieux homme à tout faire, mais devant traîner le poids de sa mère, Yvette (Frances de la Tour), qui s'immisce dans toutes les affaires, et jamais de façon heureuse.
Dans l'ombre il y a son cadet Claude (Tom Riley), le véritable génie de la famille, celui qui dessine toutes les collections et qui a ce qui manque cruellement à son frère : du talent, et qui manque ce dont a son frère de façon inné : le sens des affaires et la patience de traiter avec des femmes bourgeoises cherchant à rentrer dans des robes qui ne leur vont pas.
Mais Claude est un homme torturé, complexe, un peu comme tous les artistes direz-vous,
Il se trouve qu'au même moment, Nina (Jenna Thiam), la fille de Marianne et l'une des rares personnes que Claude apprécie, revient d'un séjour de plusieurs mois soit-disant auprès de sa tante, mais cette jeune femme porte en fait un secret.
Quant à Billy (Max Deacon), c'est un jeune photographe Américain venu se perdre à Paris et qui va flasher sur la belle mais énigmatique Nina ainsi que sur la Maison Sabine et son créateur Paul de façon plus générale.
Mais alors qu'un avenir glorieux s'annonce pour la Maison Sabine, certains cherchent au contraire à la salir en fouillant dans le passé trouble de Paul, car à cette époque en France les blessures de la guerre sont encore vives et la traque des collaborateurs n'est pas finie.


"L'important n'est pas ce qu'ils portent mais ce qu'ils cachent", telle est l'accroche de cette série en partie vraie, car il faut l'avouer, ce qu'ils portent est aussi intéressant.
Les costumes sont tout simplement magnifiques, il y a quelques robes que j'aurai volontiers essayées, mais outre cet aspect esthétique, ils sont aussi très fidèles au style de l'époque, à la façon de faire.
Pour être tout à fait franche, l'histoire s'inspire librement de celle de la Maison Dior, c'est pourquoi les créations de la Maison Sabine sont quelque peu en avance sur leur temps.
Il y a ainsi une scène plutôt légère de retouche d'une robe où Claude, le créateur (mais ça personne ou presque ne le sait) s'amuse à noter la longueur de tissu nécessaire et confronte ensuite son calcul avec ce que lui demande sa chef d'atelier.
Seul petit bémol, je doute qu'à cette époque les ateliers de couture, ou quel qu’autre corps de métier, employait des personnes de couleur mais là c'est un peu du détail et je chipote.
Ou encore lorsque Claude apprend à Nina, nouveau visage de la Maison Sabine, à marcher et à défiler avec des talons, en la faisant notamment valser pour qu'elle s'habitue au rythme et à la façon d'évoluer.
Le tout sur des musiques d'époque, notamment une chanson de Charles Trenet.


Car c'est aussi ça la révolution à la Maison Sabine, le nouveau visage de cette maque est issu des ouvrières de la Maison, le personnage de Nina saisissant cette opportunité qui lui est offerte, en grande partie grâce à Billy qui, rappelons-le, à eu un coup de cœur pour elle et n'a pas hésité à la photographier dans Paris de façon moderne pour l'époque.
Là encore, le scénario s'est inspiré de faits réels en narrant l'agression dont est victime Nina sur un marché alors qu'elle se fait photographier dans une somptueuse robe rouge.
C'est effectivement arrivé, il faut replacer les choses dans leur contexte : même deux ans après la fin de la guerre il y a encore des tickets de rationnement en France, une partie de la population a faim et chercher à vivre et se reconstruire, alors ce n'est pas avec grand plaisir que les gens voient débarquer de jolies filles paradant dans de somptueuses robes tandis qu'eux ont le ventre vide ou presque.
Cette série a eu le souci du détail, ce qui explique en partie son coût mais aussi sa qualité.


Paris est admirablement bien reconstituée, même si au final l'action a lieu à peu près dans les mêmes endroits : l'atelier de la Maison Sabine, le salon où l'on y reçoit les clientes, l'appartement de Claude et la terrasse où les ouvrières, comme Nina et son amie Juliette, se retrouvent le temps d'une petite pause bien méritée.
J'ai également apprécié la mise en scène, finement travaillée avec des jeux avec les miroirs - le reflet, l'importance de l'apparence mais aussi l'envers du décors et ce que cache le reflet - mais aussi via l'objectif de l'appareil photographique de Billy.
Une nouvelle fois, l'apparence est importante, tout comme le maquillage pour se parer d'un masque avant de faire sa prestation.
La mise en scène a su utiliser habilement et subtilement toutes ces références, j'ai énormément apprécié ce travail, malheureusement j'ai l'impression qu'il a été relégué au second plan dans les avis que j'ai pu lire.
Quant au casting, il est international car la production a fait appel à des acteurs Français (parlant évidemment parfaitement l'Anglais, langue dans laquelle la série a été tournée), Anglais et Américains.
Pendant les trois premiers épisodes l'actrice Mamie Gummer me faisait penser à quelqu'un, mais alors beaucoup, et puis j'ai fini par rechercher et là ça a fait tilt : c'est la fille de Meryl Streep.
Mais oui, voilà à qui elle me faisait penser ! (si, si, regardez la photo juste au-dessus)
Son rôle lui va très bien et elle a une certaine classe, ce qui est un plus non négligeable lorsque l'on tourne dans une série où la mode est à l'honneur.
Je ne connaissais au final que peu d'acteurs mais j'ai eu quelques belles surprises notamment Tom Riley (hum, oui, j'ai eu un petit coup de cœur), Jenna Thiam ou Richard Coyle.
Il est aussi plaisant de voir des acteurs comme Alix Poisson dans des rôles qui les changent de l'ordinaire.


L'histoire m'a séduite de par le contexte dans lequel elle se passe.
L'après-guerre est finalement peu évoqué dans les films ou les téléfilms, ici c'est abordé par le prisme de la mode et le milieu de la haute couture mais une bonne partie du quotidien des Français s'y retrouve : la peur encore présente pour les Juifs même si la guerre est finie, ces personnes disparues dans des camps d'où elles ne sont jamais revenues, les tickets de rationnement.
D'ailleurs, la guerre est finie mais certains journalistes sont à fouiller le passé pour y déterrer des cadavres
Mais la relation entre les deux frères est également intéressante car complexe et omniprésente tout au long de la série, avec comme trouble-fête leur mère.
Voilà un autre aspect qui m'a plu dans cette série : les relations entre les personnages, qu'il s'agisse des deux frères, d'une mère et de sa fille, d'un couple, ou d'amis (ou plus).
Le personnage le plus solaire, mais aussi le plus complexe, est bien évidemment Claude, le charme (voire même l'intérêt) de cette série repose en grande partie sur lui, sur son caractère, sa façon de voir les choses mais aussi dans les relations qu'il entretient avec autrui.
Même s'ils se crient parfois l'un sur l'autre, Claude aime son frère, sincèrement, tout comme le spectateur finit par découvrir qu'il s'entend bien avec sa belle-sœur.
Mais la relation qui intrigue le plus, pour ma part en tout cas, et pour de nombreuses raisons, c'est celle qu'il entretient avec Nina.
A mon avis, c'est quasiment l'une des seules personnes qu'il respecte véritablement et dont l'avis compte, mais c'est aussi plus que cela, et je ne peux pas en dire plus afin de ne pas dévoiler l'intrigue.
Nina est aussi un personnage qui m'a beaucoup touchée, le spectateur voit une jeune femme quasi éteinte, qui a perdu en grande partie sa joie de vivre, et ce n'est pas qu'à cause de la guerre.
Mais avec son innocence, sa candeur, elle est aussi un souffle de fraîcheur et ce n'est pas sans raison qu'elle devient le nouveau visage de la Maison Sabine.
Billy ne s'y trompe pas non plus, il s'éprend de ce personnage qui pourtant lui demeure en grande partie inconnu.
Nina est un personnage sensible, déchirée entre un homme qui ne sera jamais complètement à elle et un qui ne la comprendra jamais tout à fait, déchirée entre un choix fait par sa mère alors que son cœur lui dicte l'inverse, difficile de rester insensible et de ne pas s'y attacher.


Afin de ne pas lasser le spectateur, chaque épisode a été construit d'une façon bien particulière.
Le première épisode est construit sur le système du flashback, tout comme le quatrième.
Certains sont sombres dans la mise en scène, d'autres plus lumineux, le réalisateur a vraiment su adapter son scénario afin de ne pas lasser le spectateur.
Il y a ce que l'on voit, mais il y a aussi tout ce que l'on ne voit pas et qui est suggéré.
Néanmoins, c'est parfois un peu trop suggéré et certaines choses ne restent que survolées.
C'est dommage car cela n'aurait pas nui à la qualité de l'histoire.
Je pense notamment au personnage de Victor, énigmatique, qui malheureusement reste une énigme et n'est pas exploité comme il aurait dû l'être.
Il sort de l'ombre un peu trop tard dans le scénario, alors que le spectateur l'avait repéré depuis un moment déjà.
Mais l'apothéose des non-dits est atteinte dans le dernier épisode qui traîne trop en longueur et finit de façon très frustrante, car ne répondant quasiment à aucune question et laissant beaucoup de portes ouvertes quant au devenir des personnages.
Je ne m'attendais pas à une fin aussi ouverte, c'est regrettable car la réaction après huit épisodes est presque du dépit.
C'est pourquoi j'espère sincèrement qu'une deuxième saison verra le jour, sinon c'est beaucoup trop frustrant et même si j'ai une imagination débordante et que j'adore me faire des scénarii dans ma tête je trouverai dommage que cette série de qualité finisse ainsi.


"The Collection" est une série qui à mon avis n'a pas eu l'accueil qu'elle méritait, ou alors c'est la période de diffusion qui est en cause, alors qu'elle avait pourtant tout pour être un succès.
Qu'importe, car pour ma part j'ai énormément apprécié et il ne faut pas que le thème vous rebute.
Ça n'est pas une série parlant de chiffons à l'attention de princesses rêvant de belles tenues, non, c'est bien plus que cela, c'est une série sur les relations entre les êtres humains, qu'ils soient d'une même famille ou non, sur les secrets et les impacts qu'ils engendrent lorsqu'ils restent enterrés trop longtemps, mais aussi sur l'ambition, l'aveuglement, la sincérité et l'honnêteté.
J'espère qu'une saison 2 viendra répondre aux nombreuses interrogations soulevées et finalement laissées en suspens pour beaucoup.

mercredi 18 janvier 2017

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban de J. K. Rowling


Sirius Black, le dangereux criminel qui s'est échappé de la forteresse d'Azkaban, recherche Harry Potter. C'est donc sous bonne garde que l'apprenti sorcier fait sa troisième rentrée à Poudlard. Au programme : des cours de divination, la fabrication d'une potion de ratatinage, le dressage des hippogriffes... Mais Harry est-il vraiment à l'abri du danger qui le menace ? (Folio Junior)

Ce troisième tome réserve à notre petit sorcier à lunettes bien des péripéties, à commencer par un voyage dans le Magicobus afin d'échapper à la maison de son oncle et de sa tante, en passant par la fuite de Sirius Black de la prison d'Azkaban, un dangereux criminel recherché par le monde magique et les moldus.
Sirius Black, ce criminel que Harry va haïr lorsqu'il apprendra qu'il est lié à la mort de ses parents, à tel point que pour la première fois de sa vie il ressentira l'envie de tuer : "Pour la première fois de sa vie, il aurait voulu brandir sa baguette magique non pas pour se défendre, mais pour attaquer ... et même pour tuer.", mais les apparences pourraient aussi être trompeuses, de nombreuses révélations attendent Harry et ses amis Hermione et Ron au cours de cette troisième année à Poudlard.

Si la noirceur commençait à pointer doucement mais sûrement son nez dans cette saga littéraire, elle prend ici une toute autre dimension, à la fois avec le personnage mystérieux de Sirius Black, le seul sorcier ayant réussi à ce jour à s'enfuir de la forteresse d'Azkaban, mais aussi avec la présence de Lord Voldemort qui se renforce chaque fois un peu plus ainsi que des terribles gardiens d'Azkaban, les Détraqueurs, qui font un sacré effet à Harry : "Les Détraqueurs comptent parmi les plus répugnantes créatures qu'on puisse trouver à la surface de la terre. Ils infestent les lieux les plus sombres, les plus immondes, ils jouissent de la pourriture et du désespoir, ils vident de toute paix, de tout espoir, de tout bonheur, l'air qui les entoure. Même les Moldus sentent leur présence, bien qu'ils ne puissent pas les voir. Quand on s'approche trop près d'un Détraqueur, toute sensation de plaisir, tout souvenir heureux disparaissent. Si on lui en donne le temps, le Détraqueur se nourrit des autres jusqu'à les réduire à quelque chose qui lui ressemble - des êtres maléfiques, dépourvus d'âme.".
Il m'a fallu longtemps pour réussir à visualiser ce qu'étaient exactement les Détraqueurs, et pour tout dire, je n'aimerai pas croiser leur route, mais ils jouent aussi le rôle de mettre, pour la première fois dans la série, Harry en danger.
Fort heureusement, il y a aussi quelques passages assez drôles, notamment grâce aux cours de divination du professeur Trelawney, chargée de leur apprendre à lire les feuilles de thé et dans une boule de cristal : "Les conséquences de nos actions sont toujours si complexes, si diverses, que prévoir l'avenir est une entreprise difficile.", et qui promet à chaque fois à Harry une mort certaine et proche.
Face à ce professeur, la rationnelle Hermione n'y croit pas une seconde et finira par jeter l'éponge sur ce cours, une première pour ce personnage aussi attaché aux études et aux livres.
Dans ce tome, Harry, Ron et Hermione vont connaître leur première dispute, ils commencent à grandir et leurs sentiments changent aussi.
C'est en quelque sorte le début de la maturité, avec Harry qui commence à regarder et à voir les filles, mais c'est aussi un tome dans lequel Harry va grandir un peu plus vite que les autres tout en étant hanté par son passé et par le meurtre de ses parents.
Ce tome marque aussi l'arrivée d'un nouveau personnage que j'apprécie tout particulièrement : Remus Lupin.
J'aime énormément ce professeur, le meilleur de Défense contre les forces du mal selon les élèves de Poudlard, déjà parce qu'il ressent beaucoup d'empathie pour les autres mais aussi pour le lourd fardeau qu'il porte.
Avec Sirius Black, ce sont deux personnages importants et complexes qui débarquent dans la vie de Harry, ce sont aussi les deux seuls amis restants en vie de James Potter.
Une nouvelle fois, l'intrigue se déroule sur tout le récit, c'est là l'une des plus grandes réussites de J. K. Rowling : avoir réussi à créer une oeuvre aussi riche et à l'exposer avec autant de parcimonie et de justesse.

"Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban" est sans doute mon tome préféré de cette série pour tous les personnages que l'on y côtoie et les trames narratives qui s'y dessinent, une nouvelle fois le plaisir de la relecture fut intacte.

lundi 16 janvier 2017

Harry Potter et la chambre des secrets de J. K. Rowling


Harry Potter fait une rentrée fracassante en voiture volante à l'école des sorciers. Cette deuxième année ne s'annonce pas de tout repos... surtout depuis qu'une étrange malédiction s'est abattue sur les élèves. Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry et ses amis Ron et Hermione trouveront-ils le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? (Folio Junior)

Après une première année à Poudlard, l'école de sorcellerie, Harry Potter n'a qu'une hâte : quitter son oncle, sa tante et son affreux cousin, moldus de leur état, pour y retourner.
Mais voilà qu'une étrange créature nommée Dobby, un elfe de maison, a décidé du contraire et fait tout pour convaincre Harry de rester là où il est et de ne pas retourner à Poudlard : "Mais maintenant, à Poudlard, des choses terribles se préparent, peut-être même qu'elles se produisent en cet instant, et Dobby ne peut pas laisser Harry Potter demeurer ici, à présent que l'histoire est sur le point de se répéter, à présent que la Chambre des Secrets a été ouverte une nouvelle fois.".
Dobby insiste, Dobby n'hésite pas à recourir à des stratagèmes pour faire accuser Harry d'utilisation abusive de la magie afin que ce dernier soit renvoyé de Poudlard, car Dobby garde encore le souvenir cuisant de la période de toute puissance de Lord Voldemort et veut à tout prix sauvegarder Harry Potter, celui qui a réduit Voldemort à pas grand chose : "Dobby se souvient comment c'était quand Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était au sommet de sa puissance ! Nous, les elfes de maison étions traités comme de la vermine, Monsieur !".
Fort heureusement, Harry parvient à déjouer les pièges tendus par Dobby et avec son ami Ron ils font une arrivée plus que fracassante à Poudlard.
Mais il est vrai que cette nouvelle année ne sera pas de tout repos, car il se murmure que la Chambre des Secrets a été ré-ouverte et que l'horreur qu'elle contient circule de nouveau librement et commence à s'en prendre aux élèves issus de famille de moldus.
Mais."A Poudlard, une aide sera toujours apportée à ceux qui la demandent.", et Harry le découvrira bien assez tôt.

Continuant sur ma lancée j'ai commencé ce deuxième tome de Harry Potter tout de suite après le premier afin de rester dans l'ambiance et avec les personnages.
Si une certaine noirceur commençait à poindre le bout de son nez dans le premier, ici elle prend une nouvelle forme et son ombre règne durant une bonne partie de l'intrigue.
Evidemment, l'auteur s'adressant encore à un public jeune il n'y a pas de mort, juste l'évocation de la mort d'une élève il y a plusieurs dizaines d'années de cela, à l'époque où la Chambre des Secrets a été ouverte pour la première fois.
Mais nul ne sait, ou ne veut dire, ce que contient cette Chambre des Secrets, toutefois même les araignées fuient Poudlard pour se réfugier dans la forêt interdite, c'est dire si ce que cette Chambre contient doit être horrible.
C'est aussi l'occasion d'en apprendre plus sur un ancien élève de l'école, un certain Tom Jedusor, avec qui Harry partage beaucoup de points communs : comme lui il était orphelin, il vivait dans un orphelinat en dehors de l'école et sa seule joie dans la vie était de venir à Poudlard, c'est aussi lui qui a permis d'arrêter les agressions et qui a contribué à fermer la Chambre des Secrets.
Mais qui est vraiment Tom Jedusor ? Pourquoi personne jusqu'à présent n'en avait jamais parlé ?
L'auteur a su créer une intrigue qui continuera de se dérouler dans les prochains tomes et qui prend sa source ici, sans doute plus que dans le premier tome.
Outre le fait de retrouver Harry, Ron et Hermione, j'ai apprécié de découvrir un peu plus d'autres élèves de Poudlard ainsi que le mystère qui couve pendant une bonne partie de l'intrigue.
Il n'y a pas à dire, J. K. Rowling maîtrise son sujet et ses personnages, c'est bien écrit, il y a du suspens, il n'est donc pas étonnant que cette série littéraire ait eu autant de succès, succès qui ne se dément pas et continue encore.
Décidément, et au risque de me répéter, voilà une série que j'apprécie plus à chaque fois que je la relis car je la découvre à chaque fois avec un nouveau regard.

"Harry Potter et la chambre des secrets" est un très bon deuxième tome à cette série littéraire qu'il n'est plus nécessaire de présenter, le plaisir de la relecture restant intact.

dimanche 15 janvier 2017

La tortue rouge de Michael Dubok de Wit

     
     
À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain. (AlloCiné)


Un homme, une tortue, une plage *chabadabada chabadabada*
Une rencontre, le destin, la vie *chabadabada chabadabada*
C'est tout cela que raconte ce dessin animé, sans la chanson de Pierre Barouh.
Et sans dialogue, pas un, juste un cri, et puis c'est tout.
Les mots sont d'ailleurs inutiles face à tant de poésie.
Mais qui dit absence de dialogue dit musique soignée, et ici c'est clairement le cas : les silences sont respectés, la musique met en évidence les bruits de la nature comme le vent ou la mer, et parfois elle surgit à des moments inattendus, mais cela sonne toujours juste.


"La tortue rouge", c'est aussi une collaboration historique, ce dessin animé a en effet été cosigné par les studios Ghibli, une première pour eux qui jusque-là n'avaient jamais travaillé pour qui que ce soit d'autres qu'eux-mêmes.
Michael Dubok de Wit a pris son temps pour créer son dessin animé, il y a travaillé de 2006 à 2013, mais le résultat est là : cette histoire, au demeurant toute simple puisqu'elle raconte les grandes étapes de la vie d'un être humain, est tout simplement magnifique.
L'animation est un savant mélange de traditionnel, avec des dessins à la main, et de modernité, avec le recours au crayon numérique pour d'autres aspects du film.
Difficile de dire ce qui a été fait avec quoi, mais j'ai particulièrement apprécié les reconstitutions de la nature, toute cette île créée ainsi que la mer qui l'entoure.
Mais le passage le plus magnifique, et sans doute le plus sombre, est l'épisode du tsunami, peut-être parce que je me demandais ce qui allait se produire et que je n'ai compris qu'au dernier moment, à l'image des personnages; ou alors peut-être parce que cela détruit tout ce qui avait été construit jusque-là, une nouvelle vie qu'il faudra rebâtir.


Beaucoup de poésie dans cette oeuvre à la fois courte et intense : le cycle de la vie, un homme perdu échoué sur une île quelque peu hostile qui cherche à la fuir, mais dont le radeau est inexorablement détruit par quelque chose, une magnifique tortue rouge qui finira par s'échouer sur la plage et se transformer en compagne, puis viendra un enfant, puis cet enfant grandira et à son tour voudra partir pour découvrir ce qu'il y a ailleurs, puis la vieillesse et enfin la mort.
Certes, il n'y a pas de dialogue, mais les personnages communiquent entre eux par les regards, par des dessins, comme cette très belle scène sur la plage où chacun des parents explique à leur enfant d'où ils viennent et comment ils sont arrivés là.
La nature également joue un rôle important dans l'histoire, pendant longtemps elle sera hostile à l'homme puis il finira par s'en accommoder et faire avec.
Non seulement l'animation est réussie au niveau des personnages mais aussi de l'environnement.
Il n'est pas étonnant que ce film, pardon dessin animé, ait été primé à Cannes dans la catégorie Un certain regard, c'est un véritable petit bijou qui se regarde avec beaucoup de plaisir et d'émotion, à n'importe quel âge.


Si vous n'avez pas eu l'occasion de voir "La tortue rouge" lors de sa sortie dans les salles obscures, je vous invite à vous rattraper avec le DVD de ce dessin animé, l'un des plus beaux et des plus poétiques de l'année 2016.

Merci Claire et Wildside pour ce DVD ! 


     
     

     
     

     
     

     
     

samedi 14 janvier 2017

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan

     
     

Après le décès soudain de son frère Joe (Kyle Chandler), Lee (Casey Affleck) est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick (Lucas Hedges). Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi (Michelle Williams) et de la communauté où il est né et a grandi. (AlloCiné)


Il est des réalisateurs, comme Kenneth Lonergan, que l'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam, et qui un beau jour sortent un film au titre passe-partout avec en tête d'affiche un acteur talentueux mais plutôt discret (pour ne pas dire rare) à l'écran, et alors là c'est la surprise, la révélation, le choc.
Oh bien sûr, vous avez déjà entendu ces mots pour parler de ce film, vous vous dites que trop de compliments tue le compliment, voire même vous passe l'envie de le voir.
Oui mais là non, ce n'est pas le cas, tous les éloges pour ce film sont justifiés et il serait vraiment regrettable de passer à côté de ce si beau drame.
D'une simple histoire familiale, au décès de son frère Joe Lee vient s'occuper de son neveu Patrick dont il est désigné comme tuteur, Kenneth Lonergan va sublimer l'ensemble et les personnages pour livrer une histoire émouvante, qui touche au plus profond de soi.
Il faut dire que Kenneth Lonergan est dramaturge et scénariste à l'origine, les codes du drame il connaît donc, et il est ami avec Matt Damon, producteur du film et envisagé pendant un temps dans le rôle de Lee, lui-même ami avec la famille Affleck.
Aucune surprise donc de retrouver au casting Casey Affleck, dans l'un des plus beaux rôles de sa carrière.
Le film a un rythme lent mais maîtrisé, la mise en scène est non seulement harmonieuse mais elle est aussi calculée au millimètre près, il n'y a aucune fausse note, aucun dérapage, tout est sous contrôle pour le plus grand plaisir des yeux.
Il n'y a pas de pathos ni un côté larmoyant, ce qui aurait pu très vite arriver avec un film de ce genre, il y a au contraire beaucoup d'empathie.
C'est en tout cas ce que j'ai ressenti à l'égard du personnage de Lee, cet homme démoli intérieurement à la suite du drame qu'il a vécu à Manchester avec sa femme Randi de qui il est aujourd'hui séparé, incapable de se reconstruire et de vivre, tout simplement.
Il est condamné à vivre à perpétuité avec ce drame, tout comme Randi qui pourtant a choisi un autre chemin mais reste marquée à jamais par ce passé qui les unit.
Mais Patrick également a appris à vivre avec le spectre de la mort, son père souffrant d'un problème cardiaque qui devait inexorablement entraîner sa mort, ce qui s'est effectivement passé après quelques années.
Tout cela, le spectateur le découvre par le biais de flash-back savamment orchestrés.


Outre l'histoire, les personnages et la mise en scène, "Manchester by the sea" brille par un casting de choix sans pour autant être du quatre étoiles.
On ne va pas se voiler la face, elle a bien grandi Michelle Williams, et à chaque fois que je l'ai vue dans un film j'ai apprécié son jeu d'actrice.
Ici, pour ne pas déroger à d'habitude, elle est tout simplement juste et illumine tragiquement l'histoire et les personnages.
De la série "Demain à la une" au cinéma il n'y avait qu'un pas qu'a franchi Kyle Chandler, acteur qui j'ai eu l'occasion de voir dans un autre grand film de 2016 (i.e. "Carol"), outre celui-ci.
Quant à Casey Affleck, j'avais eu l'occasion de le découvrir dans l'excellent "Gone Baby Gone" signé par son frère Ben, il est tout simplement fabuleux dans ce rôle d'un homme physiquement présent mais mentalement figé dans le drame qui s'est déroulé il y a plusieurs années, à tel point qu'il ne réagit plus vraiment à rien, y compris lorsque son ex-femme lui avoue, en pleurs, l'aimer encore, sans doute l'une des scènes les plus émouvantes de ce film qui en contient pourtant un certain nombre.
Il a un côté je-m'en-foutiste, alors qu'il n'en est rien, qui va parfaitement avec le personnage de Lee, son jeu semble totalement naturel, voire même inné, et si ce n'est pas peu dire qu'il a un regard magnifique il a également une présence à l'écran.
Casey Affleck dégage quelque chose, c'est sûr, et cela ne m'étonnerait pas que ce rôle lui permette de remporter quelques prix, cela serait en tout cas pleinement justifié.
Malgré les dialogues et les flash-back, il y a aussi quelques silences magnifiques, qui permettent de faire passer l'émotion.
Ainsi, Patrick finit par comprendre la raison des réactions de son frère et son impossibilité à s'occuper de lui, non pas parce qu'il ne l'aime pas ou quoi que ce soit d'autre, tout simplement parce qu'il n'est plus possible à Lee de revenir vivre à Manchester, comme si de rien n'était, car le passé est toujours présent, tout le temps, partout où il va, et cela est trop dur pour lui.
D'ailleurs, le jeune acteur, Lucas Hedges, incarnant Patrick est juste dans son interprétation, son personnage offrant d'ailleurs les quelques piques d'humour échangées avec son oncle.
Il y a peu de musique mais elle est toujours admirablement utilisée, elle est assez simple et cadre bien avec les paysages, l'histoire et les émotions qu'elle véhicule.
Il n'y a bien que le cinéma Américain, ou presque, capable de faire un drame aussi magistral.
Quelle claque cinématographique !
J'ai commencé l'année 2016 au cinéma en beauté avec "Carol" de Todd Haynes, je l'ai clôturée avec tout autant de brio avec ce "Manchester by the sea".


"Manchester by the sea" est un superbe film dramatique, l'un des plus beaux films de 2016 qui touche l'âme et le cœur et dont il serait fort dommage de se priver.