mardi 19 février 2019

Grâce à dieu de François Ozon

       
     

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne. (AlloCiné)


Un film de François Ozon est pour ma part toujours un événement.
Je n’imaginais donc pas ne pas voir celui-ci, encore moins lorsqu’il a été annoncé en avant-première dans le cinéma que je fréquente et, cerise sur le gâteau, suivi d’un débat en présence de François Ozon (là aussi une première).
Autant le dire tout de suite, ce nouveau François Ozon est bel et bien un événement, ne serait-ce que par le sujet du film.
Le film est centré sur la création du collectif La parole libérée et sur le combat d’anciens scouts Lyonnais pour dénoncer les attouchements du père Bernard Preynat dont ils ont été victimes ainsi que le silence et la non-action de la hiérarchie ecclésiastique qui savait toutes ces années.
Au début, François Ozon n’envisageait pas un film mais de réaliser son premier documentaire, il a changé d’avis face à la réaction des membres du collectif et a bâti son film à partir des entretiens qu’il a eus, des témoignages publiés ainsi que des échanges épistolaires (tous ces documents sont disponibles sur le site du collectif).


Comme d’habitude chez François Ozon, et sans doute encore plus cette fois-ci, la mise en scène est particulièrement travaillée.
Ici, elle est bâtie de façon à dérouler l’histoire en suivant trois personnes différentes pour finir par faire un lien entre elles, l’exercice était tout sauf évident.
Car Alexandre est présent pendant les 45 premières minutes du film puis laisse la place à François, qui lui-même cède la sienne à Emmanuel avant que les trois protagonistes ne se rencontrent.
Cela fonctionne très bien à l’écran, il n’y a pas de temps mort et la trame se déroule comme une bobine de film, c’est tout à fait remarquable.
Ces trois personnages sont issus de milieux différents : Alexandre c’est la bourgeoisie, François la classe moyenne et Emmanuel c’est celui qui survit, qui a vu sa vie foutue en l’air par ce qu’il a vécu et qui souffre de problèmes médicaux liés à son traumatisme, preuve que la pédophilie touche n’importe qui dans n’importe quel milieu (et pour le poster de "Spotlight" dans le commissariat c’est réel, le film venait de sortir peu de temps auparavant au cinéma et était affiché sur le mur).
François Ozon c’est aussi un réalisateur qui a pour habitude de mettre en scène des personnages féminins forts, cette fois-ci ils sont masculins mais là aussi ce changement de genre convient très bien au réalisateur.
Et puis il s’entoure de comédiens tous plus excellents les uns que les autres : pour la troisième fois il fait appel au (rare) Melvil Poupaud, mais aussi à Denis Ménochet et Swann Arlaud pour les autres comédiens en tête d’affiche.
Pour résumer, le casting est excellent, et que dire des comédiens qui tiennent les rôles peu évidents du père Preynat et du cardinal Barbarin.


Ce film est un grand moment d’émotions, difficile de ne pas être révoltée face à cette histoire, à ce silence, à ces agissements qui ont perduré pendant des années et qui ont irrémédiablement marqué la vie et le psychisme des victimes.
C’est un film qui interroge beaucoup, sur la foi, sur sa propre foi lorsque l’on est croyant, sur l’attitude que l’on aurait : face à des victimes, face à de tels agissements ; en somme c’est un peu le miroir de l’âme de tout un chacun.
Pour avoir eu le privilège de voir le film en avant-première suivie d’un débat, les échanges m’ont apportée un nouvel éclairage sur le film, sur sa construction, le cheminement du réalisateur mais aussi des comédiens, sur les réactions qu’il a déclenché avant même de sortir en salle, sur la frilosité de certains face à un tel sujet (pour la première fois Canal + ne finance pas un film de François Ozon, c’est dire le courage de certains producteurs …), mais ce que je retiendrai surtout c’est l’émotion ressentie en entendant le témoignage de certaines personnes dans la salle, des mercis qui sont revenus plusieurs fois : merci d’avoir parlé, merci d’avoir créé un collectif parce que l’on aurait aimé que cela existe lorsque l’on s’est retrouvé confronté à ce problème, merci d’avoir retranscrit ce que l’on vit aussi justement dans votre film, mais aussi des excusez-moi parce que les personnes se mettaient à pleurer(alors qu’elles n’avaient certainement pas à s’excuser), et alors se dire que la vie peut être dure mais aussi belle, que l’Humain est fait de telle façon qu’il arrive à se reconstruire tout en ayant vécu des situations douloureuses, et que sa propre vie est loin, très loin d’être triste ou ratée ou terrible face aux parcours écorchés de certains qui chaque jour luttent pour se reconstruire.


"Grâce à dieu" est un très beau film rendant hommage au courage des victimes et à leur famille, sans doute le meilleur à ce jour de François Ozon, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire ?
(Le film sortira bien dans les salles le 20 février, et au passage il est reparti avec l’Ours d’Argent du festival de Berlin)

jeudi 14 février 2019

Glass de M. Night Shyamalan

       
     

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes. (AlloCiné) 


M. Night Shyamalan est capable du pire comme du meilleur, de signer des films géniaux ("Sixième sens" pour n’en citer un) et d’autres de facture nettement inférieure ("Le village" est bien, j’avais juste découvert le twist longtemps avant la fin).
Ce réalisateur a même failli disparaître des écrans après plusieurs échecs cuisants, cela aurait été dommage car j’ai toujours trouvé qu’il avait de bonnes idées même lorsque ses films étaient ratés ("Phénomènes" par exemple), c’est avec peu de moyens qu’il est revenu sur le devant de la scène en signant le formidable "Split", dont la scène finale annonçait du lourd, du très lourd, et laissait le spectateur pantois, en faisant le parallèle avec un film réalisé plus de dix ans auparavant : "Incassable", film que j’avais apprécié moyennement lors de sa sortie en salle.
Aujourd’hui je comprends mieux l’impression ressentie en sortant de la salle de cinéma à l’époque, il manquait "Split" et "Glass" pour boucler la boucle comme on dit et donner toute sa dimension au film.


Petit rappel, dans "Incassable" David Dunn était révélé à lui-même comme un super-héros, un homme incassable résistant à tout (à l’époque il était le seul survivant d’une catastrophe ferroviaire), enfin aidé dans cette révélation par Elijah Price, alias Mr Glass, le vilain à l’origine notamment du déraillement de train et qui n’attendait qu’un signe pour tester sa théorie comme quoi les super-héros existent réellement ; dans "Split" le spectateur faisait la connaissance de Kevin Crumb, capable d’endosser 23 personnalités différentes dont l’une était particulièrement attendue : La Bête, raison pour laquelle Kevin et ses multiples personnalités kidnappaient des jeunes filles, Casey étant la seule à avoir été laissée vivante par La Bête.
Glass est dans la continuité immédiate de Split, David Dunn a entrepris de traquer La Bête, aidé de son fils pour toute la partie technologie et dans la confidence de la réelle nature de son père depuis plusieurs années, tandis que La Bête continue de kidnapper des jeunes filles et de faire parler d’elle.
Ça, c’est la première partie du film, où les personnages évoluent en extérieur et sont encore libres de leur mouvement, avec une formidable scène d’affrontement entre David et La Bête.
Et puis le film bascule dans sa deuxième partie, où David et Kevin sont enfermés dans un asile psychiatrique et y retrouvent Elijah, tous trois font face à une psychiatre qui tentent de les convaincre qu’ils n’ont pas de super-pouvoirs, ainsi que le spectateur.


C’est assez culotté de proposer ce qui apparaît comme un film d’action en le faisant se dérouler en grande partie dans un lieu clos (et donc au final ce n’est pas un film d’action).
Mais cette deuxième partie a une dimension psychologique forte : à l’image des personnages, le spectateur doute.
Doute de la réelle nature des personnages, mais aussi de ce que le réalisateur a voulu lui montrer depuis deux films.
Mais en étant un petit peu attentif vous pourrez avoir la puce à l’oreille, ce fut le cas pour moi même si j’étais loin d’avoir deviné l’ampleur de la révélation finale. M. Night Shyamalan continue sa réflexion entamée il y a plus de quinze ans sur les pouvoirs et les super-héros, dans un film à l’encontre des codes de ce genre et bien loin des effets spéciaux et/ou des personnages détenant leurs pouvoirs suite à des accidents ou des origines extra-terrestres.
Voilà un éclairage nouveau sur ce thème, une vision que je trouve véritablement fascinante et qui fait toute la puissance de cette désormais trilogie.
C’est extrêmement malin de la part du réalisateur, j’aime énormément toute la philosophie qui se dégage du film ainsi que les questions qu’il soulève, notamment celle de ce qui nous façonne, de ce qui détermine notre force et notre esprit.
Par contre, je tiens à préciser qu’il me paraît essentiel d’avoir vu "Incassable" et "Split" avant "Glass", certes ce dernier comporte de nombreuses références et pourrait se voir sans les deux autres mais ce serait passer à côté de beaucoup de subtilités et pour le coup moins bien comprendre l’œuvre dans son ensemble.
Et pour conclure, parlons de la performance des acteurs. James McAvoy livre, dans "Split" comme dans "Glass", une performance éblouissante, endossant 23 personnalités auxquelles il arrive à donner vie (d’ailleurs il serait inutile qu’il précise à chaque changement de personnalité, le spectateur finit par les reconnaître et n’est pas complètement crétin, et tant pis s’il n’a pas vu l’opus précédent pour mieux savoir les reconnaître).
Je me doutais que c’était un grand comédien, sa prestation le prouve ici complètement.
Quant à Bruce Willis, le voilà ressuscité après des années d’errance, un peu à l’image du réalisateur il était perdu pour la cause si j’ose dire, et là, la magie opère : il ré-endosse l’imperméable de David Dunn et rappelle à tout un chacun que oui, il sait jouer, oui c’est un comédien, tant mieux car on avait par l’oublier ces dernières années.
Mention spéciale également à Spencer Treat Clark interprétant Joseph Dunn, le réalisateur a été assez malin pour reprendre le comédien qui l’incarnait dans "Incassable".
Belle performance également de Samuel L. Jackson, ainsi que de Sarah Paulson, inquiétante à souhait avec ses cols roulés, et de la jeune Anya Taylor-Joy.
Visuellement, le film est très réussi, bien que réalisé avec des moyens modestes, j’ai tout particulièrement apprécié le jeu de couleurs ainsi que les mises en scène.
J’espère qu’un coffret sortira avec les trois films, il me tarde de pouvoir les revoir à la suite car ce sont des films que l’on peut voir plusieurs fois car tout n’est pas visible au premier visionnage.


"Glass" est un film qui ne laisse pas de glace, il clôt de façon intelligente la trilogie entamée avec "Incassable" et continuée avec "Spilt", en proposant un film sur les super-héros bien loin des franchises Marvel et tut le tintouin, et re-propulse M. Night Shyamalan sur le devant de la scène, rappelant à tous ceux qui avaient pu l’oublier et/ou le critiquer à quel point ce réalisateur est génial.

mardi 12 février 2019

Le château de Cagliostro de Hayao Miyazaki

       
     

Le célèbre Lupin dévalise un casino mais s’aperçoit que les billets volés sont des faux. En compagnie de son acolyte Jigen, Lupin enquête sur cette fausse monnaie qui le conduit au château de Cagliostro. Ils apprennent alors qu’une princesse, enfermée dans le château, détiendrait la clé d’un fabuleux trésor. (AlloCiné) 


Ce premier film d’animation de Hayao Miyazaki (ô vénérable maître de l’animation) était resté inédit jusqu’alors sur les écrans Français.
J’ai eu l’occasion de le voir début janvier, en avant-première, et j’ai fait le choix d’aller le voir dans les salles obscures plutôt que d’attendre un passage à la télévision ou de bénéficier d’un DVD pour le voir (car s’il était inédit sur la toile il était disponible en support visuel).
Cette œuvre est inspirée d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, le personnage principal est un voleur gentleman au grand cœur, et les références à l’œuvre de Maurice Leblanc ne s’arrêtent pas là.
On y retrouve des thèmes chers à Miyazaki : une ville engloutie, des références à un passé dramatique subi par l’un des personnages et qui va finir par s’en souvenir, et évidemment la présence d’engins volants (des avions ici), un incontournable dans l’univers de Hayao Miyazaki.
On sent clairement les inspirations de Hayao Miyazaki qui vont précéder ses autres œuvres, même si d’un point de vue graphique je dirai que ce film d’animation est une ébauche de ce que seront les autres.
J’ai eu la sensation que le réalisateur cherchait encore un peu son style graphique, ou alors c’était le style des années 70, ce n’est pas que je n’ai pas aimé mais c’est un cran en-dessous de ses autres œuvres pour ma part (et cela peut un peu dérouter au premier abord).
L’autre surprise du film c’est l’humour, il est drôle du début à la fin, de par les personnages mais aussi les situations (certaines sont franchement rocambolesques), et ça c’est quelque chose que je n’ai plus retrouvé, ou peu, par la suite dans les films d’animation de Hayao Miyazaki (au contraire, les thèmes abordés sont graves, à l’image du réalisateur qui prend de l’âge et mûrit).
La musique a également un rôle important, avec une belle chanson de générique, un classique chez Hayao Miyazaki.


"Le château de Cagliostro" est une première œuvre fort intéressante de Hayao Miyazaki, mêlant humour et aventure, un joli film d’animation qui ravira petits et grands.

lundi 11 février 2019

Rétro cinéma 2018 – Portrait chinois

Et si je ne devais retenir que quelques films de 2018 ?
Et si je ne répondais pas à la question ?
Il m’est toujours difficile de trier et de faire un choix, en 2018 j’ai vu beaucoup de films (dont certains tardent un peu à être chroniqués mais patience)

Comme l'an passé, je me livre à l'exercice du portrait chinois pour revenir sur 2018.

Ma plus belle chevauchée : "The Rider" de Chloé Zhao


Ma plus grande vengeance : "Three billboards, les panneaux de la vengeance" de Martin McDonagh


Ma plus grande révolte : "BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan" de Spike Lee


Ma plus grande émotion : "Girl" de Lukas Dhont


Ma plus grande rêverie : "La forme de l’eau" de Guillermo del Toro


Ma plus belle larme : "A Star is born" de Bradley Cooper


Ma plus belle chanson : "Le retour de Mary Poppins" de Rob Marshall


Ma meilleure réunion : "Une affaire de famille" de Hirokazu Kore-eda


Ma plus belle tenue : "Phantom Thread" de Paul Thomas Anderson


Ma meilleure adaptation : "Ready Player One" de Steven Spielberg


Ma plus grande mélancolie : "Mektoub my love : Canto Uno" d’Abdellatif Kechiche


J'aurai pu également parler de "Les frères Sisters" de Jacques Audiard, "Leave no trace" de Debra Granik, "First man" de Damien Chazelle, "Pentagon papers" de Steven Spielberg (2 films en 2018 tout de même), "The Disaster artist" de James Franco, "La douleur" d’Emmanuel Finkiel, "Call me by your name" de Luca Guadagnino, malheureusement il faut bien faire un choix et ne retenir que les films m'ayant marquée le plus et durablement.

Et je vais également aborder les déceptions de 2018.

Ma baignade la moins convaincante : "Le grand bain" de Gilles Lellouche


Ma perplexité devant une première réalisation : "Wildlife – Une saison ardente" de Paul Dano


Ma perplexité devant la mise en scène la plus foutraque : "Don’t worry he won’t get far on foot" de Gus Van Sant


Ma griffe la plus cinglante : "Les animaux fantastiques 2 – Les crimes de Grindelwald" de David Yates


Bonne année 2019 de cinéma !

mercredi 2 janvier 2019

Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne


Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d'un rêve d'enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour. (Dargaud)

Cocorico ! Un Français dans l'espace, dans la Station spatiale internationale !
C'était en 2017, c'était Thomas Pesquet.
Thomas Pesquet, présenté comme "le gendre idéal", il faut dire que le bonhomme file de sacrés complexes à beaucoup de monde : il est jeune, il est talentueux, il est intelligent, il parle au moins cinq langues, il est sportif, il a suivi une formation de titan, il est parti dans l'espace, il est sympathique, et le bougre, c'est qu'il a publié régulièrement des photographies de la Terre vues de l'ISS à damner des saints.
Mais quel est son défaut ? Non mais parce qu'il en a forcément un, au moins un !
(Si vous trouvez faites-moi signe car je cherche encore, et même dans "Rendez-vous en terre inconnue" il était d'une humanité et d'une disponibilité folles)

Marion Montaigne propose ici de retracer le parcours de Thomas Pesquet, de sa petite enfance à son retour sur Terre en juin 2017, avec une approche humoristique et vulgarisatrice.
Inutile de se voiler la face plus longtemps, c'est drôlement bien fait et sacrément intelligent, un petit bijou d'humour et de descriptions ainsi que d’anecdotes toutes plus amusantes les unes que les autres.
Bon, je ne suis pas hyper fan du dessin, le style n'est pas franchement ma came mais dans l'ensemble ça passe bien et c'est contrebalancé par l'histoire.
J'ai appris énormément de choses en lisant cette bande dessinée : sur Thomas Pesquet, son parcours et sa formidable aventure, mais aussi dans le domaine de l'espace, les grandes aventures spatiales et les astronautes qui ont marqué l'histoire.
C'est extrêmement bien fait dans le sens où l'auteur a fait de nombreuses recherches et les explique de façon ludique et compréhensible par tous, elle lève aussi le voile sur bon nombre de points que l'on ne soupçonne pas lors des entraînements pour aller dans l'espace (les toilettes et leur gestion, les accidents qui peuvent arriver, comment réparer et surtout rester attentif les uns aux autres).
Mais avec les entraînements, il y a la sélection : difficile, impitoyable, une aventure hors du commun mais qui nécessite un investissement personnel énorme et beaucoup de sacrifices.
Au-delà de la belle aventure, Thomas Pesquet a travaillé dur pour vivre son rêve d'enfant, il a dû passer de nombreuses sélections, subir des entraînements extrêmes, il a fait preuve d'une abnégation qui ne peut que susciter le respect, et l'admiration.
Je serai bien incapable de faire tout ce qu'il a accompli pour en arriver là, j'ai énormément aimé voir l'envers du décors d'autant que l'auteur a un humour corrosif que j'apprécie beaucoup.
La bande dessinée est d'une belle épaisseur, et limite à la fin on en redemanderait encore, j'ai passé de bons moments en compagnie de Thomas Pesquet et de ses petits camarades de l'espace et j'ai la nette sensation de me coucher moins bête désormais.
Je comprends que ce roman graphique ait rencontré un tel succès lors de sa parution, il est très bien fait et bourré d'humour, c'est une belle façon de prolonger l'aventure spatiale de Thomas Pesquet et d'en apprendre plus sur la personne et sur l'univers.

"Dans la combi de Thomas Pesquet" est une découverte savoureuse de cette fin d'année que je recommande chaudement, d'ailleurs je vais m'empresser de découvrir les autres œuvres de Marion Montaigne, je conclurai sur les mots de Vannevar Bush : "La science doit être un bien public qui n'a pas à être rentable.".

mardi 1 janvier 2019

Le retour de Mary Poppins de Rob Marshall

       
     

Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages plein de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy. (AlloCiné)


Oui, j'aime Mary Poppins, et alors ?
Oui, je connais les chansons, et alors ?
Oui, j'attendais cette suite autant que je la craignais, et alors ?
Et bien j'ai été enchantée par ce film, une vraie bouffée d'oxygène en cette fin d'année, ça chante, ça danse, c'est truffé de bons sentiments, bref c'est exactement tout ce que j'ai aimé dans le premier et que j'ai retrouvé ici, en un peu plus moderne.
"Mary Poppins" était en avance sur son temps, par les effets spéciaux (incursion dans le dessin animé notamment), mais aussi par les chorégraphies et les chansons ainsi que les thèmes abordés (Mary Poppins étant une célibataire convaincue et la mère des enfants Banks une suffragette militante).
C'est l'un des films de Walt Disney qui a le plus marqué toute une génération et les suivantes mais il a aussi fait polémique du fait du mécontentement de la créatrice de Mary Poppins, Pamela L. Travers, en voyant ce qu'en avait fait Walt Disney qui avait passé outre ses nombreuses exigences (et en un sens, tant mieux).
C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles elle a refusé de son vivant qu'une suite voit le jour.
Mais tout est bien qui finit bien (enfin tout est relatif en fonction du point de vue que l'on adopte), et voici le grand retour de Mary Poppins.


Dès les premières images c'est un enchantement de retrouver Londres, son ciel, sa brume, ses bâtiments Victoriens, le 17 allée des cerisiers, la famille Banks et Jack, l'allumeur de réverbère voyant toujours la vie du bon côté qui va servir de narrateur à l'histoire.
Si l'histoire du premier film était touchante, celle-ci l'est encore plus à mes yeux car elle trouve racine sur un drame qui a marqué il y a peu la famille Banks.
Si les larmes ne viennent peut-être pas aux yeux dans le premier opus, il n'en est pas de même ici.
J'ai donc trouvé un peu plus de profondeur à l'histoire, les enfants sont moins turbulents mais ils essayent de se comporter un peu trop en adulte, et n'y arrivent finalement pas, tandis que leur père Michael est dépassé par les événements et que sa sœur Jane, militante pour le droit des ouvriers et toujours là pour aider son frère, découvre la situation.
L'arrivée de Mary Poppins est donc plus que bienvenue pour redonner le sourire à la petite famille et enchanter les vies des personnes la composant.
Mais cette fois-ci Mary Poppins va faire bien plus que cela, si elle était sur la réserve dans le premier ici elle est toujours presque parfaite en tout (hormis son petit côté narcissique) mais elle n'hésite pas à non seulement se mêler des affres de Michael Banks mais aussi des sentiments de Jack et de Jane.
Et un peu de romance, j'ai toujours trouvé que c'était ce qui manquait un peu au premier opus, j'ai donc été enchantée d'en voir un soupçon à l'écran (juste ce qu'il faut, ni plus ni moins).
Quel plaisir de retrouver des personnages connus qui ont grandi, Jane et Michael sont toujours aussi attachants, et quel plaisir également d'en découvrir de nouveaux : la nouvelle génération Banks mais aussi Topsy, la cousine de Mary Poppins, ainsi que Jack l'allumeur de réverbères toujours optimiste et joyeux.


Ça chante, ça danse, j'adore le côté musical du film ainsi que les chorégraphies d'autant qu'ici les chansons sont encore plus nombreuses que dans le premier opus.
Certes, il n'y a pas de réelle originalité, mais certaines scènes sont à couper le souffle, j'ai particulièrement apprécié la scène d'ouverture ainsi que celle de la chorégraphie avec les allumeurs de réverbères, le plus grand numéro de chant et de danse du film.
J'ai également apprécié une scène de bain dans le début du film, je rêve désormais de voir des dauphins surgir de ma baignoire.
Et que dire de la marque de fabrique de Mary Poppins avec l'incursion dans le dessin animé, j'aime beaucoup cette technique qui ne vieillit pas, et petit clin d’œil avec le retour des adorables pingouins.
Les décors sont particulièrement léchés, tout comme les chorégraphies, il faut dire que Rob Marshall a l'habitude des comédies musicales, un genre qui lui réussit.
Les costumes sont également très beaux, le travail de reconstitution a été colossal mais le rendu est admirable et le spectateur retrouve immédiatement l'atmosphère de Mary Poppins et ce de Londres si magnifié qu'il donne envie d'y retourner par le premier Eurostar.
Côté casting, Emily Blunt tient bien le rôle de Mary Poppins, plaisir de revoir à l'écran Emily Mortimer et Ben Whishaw et découverte de Lin-Manuel Miranda dans le rôle de Jack, apparemment un comédien/chanteur/danseur de talent dont je vais suivre de près le travail.
Quelques grands noms du cinéma tiennent de petits rôles : Colin Firth et Meryl Streep, et si Julie Andrews n'a pas voulu apparaître pour ne pas voler la vedette à Emily Blunt Dick Van Dyke fait une petite apparition dans le film.
Il n'y a pas de fausse note dans ce film, c'est un enchantement pour les yeux, ce le fut en tout cas pour les miens, et je reverrai avec grand plaisir dans les années à venir.


"Le retour de Mary Poppins" m'a littéralement emballée en cette fin d'année, j'ai adoré cette comédie musicale doublée de fantaisie qui devrait plaire aux petits comme aux grands, courez-y donc pour mettre de la magie dans vos vies, et de la Luminomagifantastique.

lundi 31 décembre 2018

Everybody knows d'Asghar Farhadi

       
     

A l’occasion du mariage de sa sœur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au cœur d’un vignoble espagnol. Mais des événements inattendus viennent bouleverser son séjour et font resurgir un passé depuis trop longtemps enfoui. (AlloCiné) 


Un film d’Asghar Farhadi est toujours attendu avec impatience, celui-ci l’était d’autant plus qu’il s’agissait d’une incursion dans une histoire 100% européenne mettant en scène un couple à la vie : Penélope Cruz et Javier Bardem.
Le réalisateur a osé sortir des sentiers battus et de sa zone de confort, voilà un acte que j’apprécie toujours de la part d’un réalisateur, en partant sur une histoire se déroulant dans un petit village d’Espagne, un lieu qu’il ne maîtrise pas mais qu’il arrive pourtant à sublimer à l’écran.
Comme bien souvent dans ses films il y a évidemment une dimension psychologique forte, tout comme les personnages qui cachent des secrets qui vont finir par exploser au grand jour.
C’est aussi un film d’ambiance, tout est beau et joli au début, tout commence par se noircir lors d’une soirée de fête pour se teinter de suspicion sur et de la part de tout le monde.
Car tout le monde sait mais tout le monde se tait et Laura voit sa vie exploser en tentant de démêler le vrai du faux.


Difficile de ne pas penser à Alfred Hitchcock devant ce film, il y a beaucoup du maître dedans, mais aussi une bonne dose de modernité portée par deux comédiens sans fard au sommet de leur art.
Si j’aime énormément Penélope Cruz chez Pedro Almodovar elle a ici un jeu excellent, elle dégage beaucoup à l’écran et ce rôle de mère lui va à la perfection (encore plus je trouve qu’à l’époque de Volver, sans doute parce qu’elle est devenue mère entre temps et que cela se ressent dans la façon d’aborder cette histoire).
Quant à Javier Bardem il dégage systématiquement quelque chose à l’écran, c’est une force, une présence, il a un côté instinctif très prononcé qui lui vaut d’être toujours juste dans ses interprétations.
Certes, je sentais un peu venir le rebondissement final, mais j’ai tout de même apprécié cette histoire malsaine qui peut mettre mal à l’aise, que j’ai trouvée pour ma part parfaitement maîtrisée.
Les émotions passent bien à l’écran, tout comme le côté thriller psychologique, voilà une mise en scène et un jeu d’acteurs maîtrisés à la perfection et qui donnent envie de voir d’autres films de cette trempe.


"Everybody knows" est un film psychologique cruel qui prouve une nouvelle fois toute l’étendue du talent d’Asghar Farhadi.

dimanche 30 décembre 2018

Les animaux fantastiques 2 : Les crimes de Grindelwald de David Yates

       
     

1927. Quelques mois après sa capture, le célèbre sorcier Gellert Grindelwald s'évade comme il l'avait promis et de façon spectaculaire. Réunissant de plus en plus de partisans, il est à l'origine d'attaque d'humains normaux par des sorciers et seul celui qu'il considérait autrefois comme un ami, Albus Dumbledore, semble capable de l'arrêter. Mais Dumbledore va devoir faire appel au seul sorcier ayant déjoué les plans de Grindelwald auparavant : son ancien élève Norbert Dragonneau. L'aventure qui les attend réunit Norbert avec Tina, Queenie et Jacob, mais cette mission va également tester la loyauté de chacun face aux nouveaux dangers qui se dressent sur leur chemin, dans un monde magique plus dangereux et divisé que jamais. (AlloCiné)


Voilà l’un des films que j’attendais le plus en cette fin d’année 2018, et voilà l’une des plus grandes déceptions de cette année 2018.
Et le mot déception est faible tant je suis ressortie mitigée, agacée de cette séance, avec la sensation de m’être fait rouler dans la farine et en me demandant si j’irai voir les prochains films (c’est dire).
Le premier volet était pourtant réussi, certes sans un grand scénario, mais avec des personnages attachants, dont les relations fonctionnaient, et surtout des animaux fantastiques en pagaille et dont le rôle était bien défini.
Pourtant le film commençait bien, les premières minutes en tout cas avant que tout ne parte en cacahuète.
Le terrible Gellert Grindelwald est en prison, rendu muet (et sincèrement je m’en réjouissais, parce que Johnny Depp n’est plus l’acteur qu’il a été et ne pas l’entendre pendant le film me convenait tout à fait), sur le point d’être envoyé en Europe pour y être jugé de ses crimes.
Et alors là … le voyage se fait avec des chevaux censés être visibles uniquement par les personnes ayant vu des morts, or tout le monde voit les chevaux, et très vite Grindelwald s’échappe dans un tourbillon d’images sans queue ni tête et un ciel très sombre qui n’aide en rien à la compréhension des images.
Et là, le calvaire commence.


On retrouve un Norbert Dragonneau moins gauche que dans le premier volet, toujours avec ses animaux sauf qu’il y en a peu, hormis un petit bestiaire en début de film dont on se demande à quoi il sert (un peu comme la jeune fille travaillant avec lui et complètement en amour d’un Norbert aveugle et maladroit), on retrouve aussi Jacob, l’une des belles surprises du premier volet, Tina et Queenie, et tout ce beau monde part en direction de Paris où Gellert a trouvé refuge et réunit ses partisans.
Evidemment, un petit passage par Poudlard au préalable, avec un Albus Dumbledore jeune mais fidèle à lui-même : il ne se charge pas des sales besognes mais trouve toujours une bonne poire pour le faire à sa place (notez que j’aime beaucoup ce point de vue, cela démystifie le personnage), et la valse des incohérences continuent : Minerva McGonagall qui n’a rien à faire à Poudlard à cette époque en tant que professeur, un Paris très américanisé, et toute une flopée de personnages qui malheureusement ne sont que survolés et dont on se demande ce qu’ils viennent faire dans l’histoire. On découvre notamment que Nagini est une jeune fille dotée d’une malédiction la transformant en serpent et qu’à terme elle restera dans le corps de cet animal, quant à savoir comment elle s’acoquinera avec Voldemort le mystère reste entier, mais j’avoue avoir lu une théorie fort intéressante sur le sujet qui pourrait se révéler audacieuse. Et d’audace, le film en manque beaucoup, malheureusement pas d’incohérences et d’idées farfelues qui partent dans tous les sens.


Non seulement le scénario est inexistant, mais que dire des facilités montrées à l’écran : Grindelwald prévoit la Seconde guerre mondiale, sans surprise lui-même cherche à exterminer les non-sorciers et à garder uniquement les sorciers de sang pur (notez que Voldemort n’inventera donc rien quelques décennies plus tard), le niveau d’originalité ne frôle pas le néant, il l’atteint.
N’attendez pas à voir des animaux fantastiques, ils sont peu présents et hormis les bébés niffleurs je cherche encore leur utilité (l’espèce de gros chat, mouais) ; n’attendez pas des personnages éblouissants, ils sont nettement en retrait voire quasi inexistants et le seule personnage qui aurait mérité un peu plus d’attention pourrait connaître un destin tragique dès ce film ; n’attendez pas des combats extraordinaires, c’est trop convenu et peu original.
Je suis encore furieuse du traitement réservé à certains personnages, je ne m’attendais pas à ce twist final mais dire qu’il m’a déçue est un euphémisme, en plus de ne pas être justifié.
J’ai eu l’impression dans ce film que quasiment tous les personnages étaient d’un égoïsme démesuré et que chacun ne voyait pas plus loin que le but de son nez.
Où sont les héros ? Les courageux ? Ceux qui prennent des décisions et réalisent des actions avec panache ?
Vraisemblablement ils se sont perdus en chemin ou évaporés, je suis d’autant plus surprise, dans le mauvais sens du terme, que J. K Rowling a participé au scénario et est à l’origine des incohérences et/ou rebondissements saugrenus du film.
Quant aux comédiens, heureusement que quelques-uns, dont Eddie Redmayne, Dan Fogler, Jude Law, tirent leur épingle du jeu car les autres sont d’une médiocrité à faire peur, en grande partie parce que leurs personnages sont mal écrits, sans parler de Johnny Depp qui a oublié depuis quelques années ce qu’est être comédien et s’est perdu (dommage qu’il essaye de se rattraper ici, le rôle aurait pu lui convenir mais c’est encore une fois une déception).
Ce n’est pas la magie qui m’est montée au nez mais la moutarde à l’issue de la projection.
Il semblerait que j’ai été prise pour une moldu de l’année, je n’apprécie pas du tout.


"Les animaux fantastiques 2 : Les crimes de Grindelwald" est l’un des pires films de 2018, une déception monumentale dont il ne faut rien garder ni retenir et surtout s’abstenir de le voir (ainsi que des prochains volets s’ils sont dans le même moule de médiocrité et non de magie).