samedi 21 avril 2018

Gen d'Hiroshima - Tome de Keiji Nakazawa


Notre héros est désormais un homme ; il a trouvé sa voie : il sera dessinateur. Regardant les presque dix années qui déjà le séparent de la Bombe, et tout en continuant de vivre, il se sent plus que jamais investi du devoir de mémoire. (Vertige Graphic)

Ce dixième volume (déjà !) de Gen d'Hiroshima se déroule en 1953, soit presque 10 ans après la bombe atomique.
Gen continue son apprentissage du dessin, il vit toujours avec Ryûta et Katsuko, ne semble plus avoir de nouvelles de ses frères, et va connaître sa première histoire d'amour avec Mitsuko, qui va se révéler être la fille de son patron qu'il n'aime pas car ce dernier ne cesse de glorifier les soldats et la guerre.
Mais cette histoire va connaître une fin tragique car dix ans après les conséquences de la bombe sont toujours présentes et les gens continuent de mourir de mystérieuses maladies qui se déclenchent subitement et ne leur laissent qu'un mince espoir de survie.
Gen va devoir affronter un nouveau drame et une fois de plus relever ses manches pour avancer et continuer sa vie.

Il n'y a rien de réellement nouveau dans ce dixième et dernier tome de la série, les personnages luttent pour leur survie, si ce n'est pas une maladie liée à la bombe qui les ronge ils peuvent tomber entre les mains des yakuzas ou de la drogue, comme l'un des amis de Gen.
Génération livrée à elle-même, voici ce que je retiens de la vie des jeunes gens dans l'après-guerre.
Où des jeunes gens comme Ryûta, ou encore Gen, doivent se battre quotidiennement pour s'offrir un avenir, en espérant rester en vie le plus longtemps possible pour voir leurs rêves se concrétiser : "Quelle que soit la difficulté, je baisserai pas les bras ! Je resterai en vie plus que jamais !".
Une nouvelle fois Gen va devoir se battre, partir pour la grande ville pour y faire des études et vivre de son art, faire entendre et connaître sa parole au monde entier pour essayer de le changer : "Tu dois te battre pour ton avenir ! Pour être quelqu'un de bien qui parle au monde entier !".
Et comme un leitmotiv dans toute cette série il y a encore des images du bombardement atomique dans ce tome, il y en a d'ailleurs dans chacun, pour rappeler que cela a existé, les horreurs qui en ont découlé, et que sans ce bombardement les personnages n'en seraient pas au même point aujourd'hui.
Le bombardement atomique a traumatisé une génération, l'auteur en tout cas le fut c'est pourquoi il ne cesse d'en dessiner des images, afin que personne n'oublie jamais, et ne recommence.
Mais c'une génération qui se bat aussi pour que la guerre n'ait plus jamais lieu et surtout que des horreurs comme les bombardements atomiques ne se reproduisent plus.
Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Le constat est amère, les gouvernements successifs n'ont été issus que d'une droite ouvertement nationaliste qui a fait le lit du négationnisme, à tel point qu'aujourd'hui la majorité des Japonais ignorent, sinon nient, leurs terribles responsabilités dans la Seconde Guerre Mondiale (réflexion issue des notes de fin de tome de l'édition 2007, peut-être cela a-t-il évolué aujourd'hui).
Avec cette autobiographie plus ou moins romancée, Keiji Nakazawa a fait plus que raconter le bombardement atomique, il a surtout livré un témoignage exceptionnel sur le Japon d'après-guerre, rendant compte de l'évolution d'une nation où l'arrogance impérialiste fait place au désespoir d'une défaite humiliante à partir de laquelle une nation va devoir se reconstruire.
Tout cela à travers le prisme des petites gens qui malgré eux vont vivre l'Histoire à travers leur multitude d'histoires personnelles.
Je ne cacherai pas que j'ai été triste de quitter Gen et ses amis, parce que j'aurai voulu savoir ce qu'il advenait d'eux, tout particulièrement ses amis car pour Gen il est facile de le deviner quand on s'intéresse à la vie de l'auteur.
Mais surtout, il n'est plus possible aujourd'hui d'interroger Keiji Nakazawa, ou qu'il livre d'autres œuvres sur cette période de l'Histoire, parce qu'il est mort il y a quelques années, emporté par le cancer (ô surprise), alors qu'il avait sans doute encore tant de choses à raconter, à dessiner.
Il reste son oeuvre majeure, "Gen d'Hiroshima", dont la place au panthéon de la littérature est plus que mérité.

"Gen d'Hiroshima" est une oeuvre complexe sous des abords simples qui reste encore trop méconnue et pas forcément appréciée à sa juste valeur.
Pour ma part, j'ai le sentiment d'avoir découvert l'une des histoires les plus remarquables sur la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences que je place au même niveau que "Maus" d'Art Spiegelman.

dimanche 15 avril 2018

Harry Potter et l'enfant maudit de J. K Rowling, Jack Thorne et John Tiffany


Être Harry Potter n'a jamais été facile et ne l'est pas davantage depuis qu'il travaille au cœur des secrets du ministère de la Magie. Marié et père de trois enfants, Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, tandis que son fils Albus affronte le poids d'un héritage familial dont il n'a jamais voulu. 
Quand passé et présent s'entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : les ténèbres surviennent parfois des endroits les plus inattendus. (Gallimard)

J'ai attendu que la frénésie se calme pour découvrir ce nouvel opus de Harry Potter, sous forme de théâtre cette fois-ci.
La pièce démarre plusieurs années après la fin du dernier tome du roman, les deux aînés du couple Potter vont à Poudlard mais rien ne se passe bien pour le jeune Albus qui se retrouve à Serpentard, se lie d'amitié avec le fils Malfoy, et a beaucoup de mal à supporter l'héritage familial et son prestigieux père, lui qui n'a rien demandé et a bien du mal à aligner une formule ou une potion correctement.
L'appel des ténèbres n'est alors jamais loin, et une ombre sinistre du passé que tout le monde croyait à jamais disparu refait surface, Voldemort est de retour : "Tu vois toujours avec mes yeux, Harry Potter.", et pire, le passé pourrait être modifié et certaines personnes ne jamais avoir existé ou être déjà mortes : "Alors - tout simplement - la plupart de ceux qui sont présents dans cette salle auront disparu, nous n'existerons plus et Voldemort détiendra à nouveau le pouvoir.".
Père et fils vont se lancer dans une quête commune, découvrir que les ténèbres peuvent surgir d'endroits où l'on ne s'y attendait pas, et peut-être avoir une relation plus apaisée.

Ce qui frappe à la lecture de cette pièce c'est l'impression d'avoir quitté les personnages et l'univers magique hier, mais surtout le lecteur y découvre un Harry Potter quelque peu changé, en difficulté car n'arrivant pas à communiquer avec l'un de ses enfants, avançant comme excuse qu'il n'a jamais eu de modèle familial, dont les mots sont parfois blessants et vont plus loin que la pensée.
En somme, un Harry Potter loin de l'image de perfection qui pouvait être faite précédemment, un Harry Potter qui en veut aussi à Dumbledore, ce dernier lui offrant une sacrée leçon de vie à travers un tableau : "Harry, il n'existe pas de réponse parfaite dans ce monde d'émotions et de désordre. La perfection est hors de portée de l'espèce humaine, hors de portée de la magie. Dans chaque instant rayonnant de bonheur, il y a cette goutte de poison : la conscience que la douleur reviendra. Pour un humain, souffrir, c'est comme respirer.".
Cela fut une belle surprise de cette lecture, outre la forme retenue pour cette histoire : une pièce de théâtre.
Je serai même très curieuse de voir ce que cela donne sur scène tant il y a des changements de décors à quasiment chaque scène.
C'est vraiment bien fait, visuel, il y a une intrigue même si certaines ficelles sont faciles à deviner, et quel plaisir de retrouver des personnages connus et d'en découvrir de nouveau.
Décidément, l'univers de Harry Potter est indémodable, universel, et ne prend pas une seule ride, pour le plus grand bonheur des lecteurs du monde entier.

"Harry Potter et l'enfant maudit" offre une nouvelle renaissance à la saga Harry Potter qui a vu le jour il y a déjà plus de vingt ans et rappelle, si tant est que vous ayez pu l'oublier, à quel point J. K. Rowling a marqué la littérature mondiale.

samedi 7 avril 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré


Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. (Grasset)

J'ai dans les quinze ans, c'est un samedi après-midi et je travaille sur mes devoirs avec la radio, une émission sur le cinéma (et oui, déjà à l'époque. Je dois en grande partie à Remo Forlani mon amour du cinéma, mais ceci est une autre histoire).
L'invitée du jour est Isabelle Carré, une comédienne plutôt jeune et méconnue mais que j'apprécie déjà beaucoup et que j'ai vu plusieurs fois au cinéma.
Elle parle d'elle, de ce qui l'anime, de ce qu'elle aime faire, de la danse qu'elle pratique pour se défouler, du théâtre.
Dans le fond, elle ne parle pas vraiment d'elle-même, ou alors superficiellement, mais ça je ne l'ai compris qu'aujourd'hui.
J'aime cette actrice, je n'ai cessé de la suivre dans ses rôles depuis lors mais jamais au grand jamais je n'aurai pu me douter de ce qui se cachait derrière cette personne qui apparaissait si équilibrée, si sûre d'elle, banale en somme.
Jamais je n'aurai pu deviner ce qu'a été son enfance, le secret de son père qui a fait exploser sa famille, ses tentatives de suicide, cette vie de quasi bohème qu'elle mène encore adolescente seule dans un appartement, et sa rencontre avec le théâtre qui lui sauve la vie en quelque sorte et lui permet de trouver sa voie et de tracer son chemin.
Au fond, Isabelle Carré a bien raison de dire : "Je suis une actrice connue, que personne ne connait.".
Et c'est dans ce premier livre qu'elle se dévoile, en repartant sur les traces de son enfance et de cette famille dans laquelle elle a grandi, et rêvé surtout, car ses parents n'ont jamais mis de limites à leurs enfants contrairement à d'autres : "Certains adultes s'inquiètent de voir les enfants rêver.", il faut dire aussi que cette enfance se passe dans les années 70.

Isabelle Carré nous parle tout d'abord de sa mère, cette jeune femme issue de la bourgeoisie, enceinte et donc cachée dans un appartement de banlieue et qui au dernier moment va refuser que son enfant soit adopté et au contraire le garder, et l'élever avec un homme qu'elle a rencontré quelques mois avant et qui l'accepte tel qu'elle est, son sauveur d'une certaine façon mais qui demandera la monnaie de sa pièce quelques années plus tard : "Dans les films, les héros sauvent toujours les femmes en détresse sans contrepartie, pour la beauté du geste. Et dans la vraie vie ?".
La petite Isabelle naît, puis son frère, et la fratrie est joyeusement élevée dans un appartement qui voit défiler du beau monde, le père est artiste, la mère s'essaye à beaucoup de choses, mais la petite Isabelle a cette impression et ce rêve récurrent que sa mère ne la voit pas : "Je sais bien que ce n'est qu'un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer : ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d'aucun danger, elle n'est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s'en va.".
Et puis la famille explose, le père reconnaît officiellement son homosexualité, part vivre avec un homme, et tout va à vau-l'eau : la mère est en dépression, Isabelle aussi, après une tentative de suicide elle est hospitalisée et c'est alors que vient la révélation, celle de faire du théâtre pour expurger ce trop-plein qui l'habite : "Et si c'était la solution, s'inscrire dans un cours de théâtre, accepter que ça déborde ? Il y aura la sécurité du cadre, du cadre de scène, ou celui défini par la caméra, pour contenir, s'autoriser, et m^me encourager ce qui, dans la vie courante, est toujours en trop.".
Il est difficile d'imaginer que toute cette enfance et cette adolescence se cache derrière cette actrice si connue, toutes des douleurs et ces épreuves racontées pour la première fois.
Si au début l'auteur parle beaucoup de sa mère, s'attarde sur cette femme aux prises avec les conditions de son milieu qui finit par s'en affranchir et donc rompt les ponts avec sa famille, après avoir brossé son enfance elle part dans plusieurs directions en mélangeant un peu les époques mais sans jamais perdre le lecteur.
La finalité de ce livre c'est de raconter son vécu, de permettre au lecteur, qui bien souvent sera aussi un spectateur, de découvrir Isabelle Carré hors champ.
Elle a des mots durs pour décrire la famille d'où elle est issue : "Je suis le fruit d'un malentendu, d'une lettre déchirée trop vite. Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s'avouer quelle sorte de vie il souhaitait déjà, et ma mère jetant sa dernière chance au panier. Le fruit de deux orgueils blessés, qui se sont réchauffés un moment.", mais dans le même temps elle est aujourd'hui apaisée, elle a fait le deuil de sa colère qui la poussait à s'auto-détruire, elle a fini par accepter qui elle était et d'où elle venait.
J'ai beaucoup apprécié son style, ainsi que sa franchise, j'ai senti qu'il n'y avait plus de rancune, il y a eu beaucoup de douleur mais aujourd'hui tout cela appartient au passé.
Le métier de comédienne a été libérateur pour elle, c'est un exutoire à ses démons, j'ai d'ailleurs trouvé très émouvant le passage où elle liste tous les rôles interprétés au cinéma, à la télévision ou au théâtre.
Elle a été tout cela, mais aujourd'hui elle est elle-même, et pour la première fois elle livre sa vie privée, elle a osé le faire, aller jusqu'au bout, c'est à la fois beau et émouvant tout en étant réussi.
Difficile de ne pas être touchée par cette confession qui a changé le regard que je poserai désormais sur cette comédienne et ses rôles.

Avec "Les rêveurs" Isabelle Carré tombe le masque de la comédienne pour dévoiler la femme qui se cache derrière, un premier roman tout en sensibilité et à fleur de peau, une découverte émouvante.

lundi 2 avril 2018

Ready Player One de Steven Spielberg

       
     

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu'un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d'un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant. (AlloCiné)


Il y a un an je découvrais et je lisais "Player One" d'Ernest Cline, roman de science-fiction truffé de références aux années 80, et j'apprenais que Steven Spielberg allait l'adapter au cinéma.
Le film est désormais sur les écrans depuis quelques jours, alors le résultat est-il à la hauteur des espérances ?
Je ne cacherai pas qu'à la vue de la bande annonce j'avais quelques doutes : des divergences avec le livre sautaient aux yeux, la différence majeure concernant l'apparence physique de Wade alias Parzival dans l'OASIS.
Mais la curiosité étant plus forte que tout j'avais hâte de voir cette adaptation en grand écran, d'autant que Steven Spielberg aime avoir recours à la technologie et n'a jamais déçu jusqu'à présent dans ce genre de film.


Après une introduction permettant au personnage principal de se présenter et de parler du monde en 2045, de l'OASIS, le monde virtuel dans lequel les gens se réfugient, de ses créateurs et de la chasse à l’œuf qui s'est ouverte il y a cinq ans à la mort de James Halliday, l'un des pères fondateurs de l'OASIS connu sous le pseudonyme d'Anorak dans le monde virtuel, l'action démarre enfin.
Cette introduction est bien évidemment nécessaire, tout particulièrement si vous n'avez pas lu le livre ou alors il y a longtemps, car il faut se mettre dans le bain et se plonger dans l'univers.
Ce n'était pas gagné dès le départ, d'autant que le roman d'Ernest Cline prenait le temps de poser son sujet, mais l'auteur ayant contribué au scénario il a su transcrire l'univers de son roman dans un format plus court tout en permettant au spectateur de comprendre les tenants et les aboutissants (l'autre scénariste est Zak Penn pour l'information).
Le roman d'Ernest Cline est lui-même truffé d’œufs de Pâques : i.e. de références aux années 80 et à la pop culture, dont des films de Steven Spielberg.
Par souci de modestie, le réalisateur a décidé de supprimer les références à ses films et de n'en garder que deux, mais il a eu l'intelligence de truffer le film de références à la pop culture et au cinéma.
Pour citer pêle-mêle des personnages ou des objets croisés : King Kong, le T Rex de Jurassic Park, Alien (le monstre mais aussi les armes), Zelda, Chucky, Akira, Retour vers le futur, mais la plus grande scène est sans doute celle dédiée à Shining avec la reproduction de l'Overlook hôtel et ses chambres, enfin la chambre 237 surtout.
Non seulement le réalisateur a truffé le film de références mais il en joue aussi, provoquant le rire de la salle lors de certaines scènes.
J'ai réellement apprécié que les références aient été conservées dans le film, même si elles sont présentées de manière différente, c'était ce qui faisait en grande partie le charme du roman et qui restera sans doute du film.


Pour que le film garde tout son attrait, il fallait évidemment que les personnages se rencontrent assez rapidement, je parle des personnages du monde réel puisqu'ils se connaissent déjà dans l'OASIS.
Il n'était donc pas envisageable que Wade continue à être un loup solitaire trop longtemps, mais la surprise concernant l'un des personnages a été conservé je suis donc plutôt satisfaite des libertés qui ont été prises.
Quant au personnage de Wade qui connaît une évolution physique dans le roman je comprends que cela n'ait pas été possible dans un format de deux heures.
Tout comme IOI et les Sixers sont évoqués et présents mais pas de façon aussi fouillée que dans le livre.
Art3mis se retrouve à la tête d'une rébellion, pourquoi pas, la mode est apparemment aux jeunes femmes fortes et courageuses, disons que le personnage a été arrangé pour permettre aux filles de s'identifier à quelqu'un.
Tye Sheridan a été choisi pour incarner Wade, ce jeune acteur ne m'est pas inconnu et il colle finalement bien au personnage tel qu'il est rpésenté dans le film.
Les actrices comme Olivia Cooke et Lena Waithe m'étaient inconnues, par contre Steven Spielberg a aussi fait appel à des acteurs plus connus comme Ben Mendelsohn ou Mark Rylance, acteur qui a déjà participé à deux autres films du réalisateur.
Le casting se révèle donc bien pensé par rapport aux personnages et servira sans doute de tremplin pour les jeunes comédiens.


L'autre point fort de ce film est dans sa réalisation et le recours aux effets spéciaux, tout particulièrement à la réalité virtuelle.
L'histoire alterne entre le monde réel et celui virtuel de l'OASIS, même si Steven Spielberg a déjà travaillé avec la motion capture il a dû ici recourir aux dernière technologies en matière de réalité virtuelle pour réaliser le film dans un univers alternatif.
C'est extrêmement bien fait et je regrette même de ne pas l'avoir vu en 3D, ce qui amène sans doute un plus à l'ensemble.
Les acteurs ont également dû travailler en motion capture, une première pour eux, afin d'alterner entre le réel et le virtuel.
D'un point de vue technique le film est particulièrement réussi, il n'aurait pas été possible de le réaliser sans toutes ces possibilités, d'autant que l'histoire se passe en grande partie dans l'OASIS.
J'attendais beaucoup visuellement de "Valérian et la cité des mille planètes", j'en viendrai presque à dire que ce film est plus discret à ce niveau, il en jette moins mais ça passe mieux (je sais, ça n'est pas bien de comparer ... mais parfois c'est nécessaire).
De voir également en images cette histoire m'a permis de mieux visualiser certaines choses décrites dans le livre comme les piles de Columbus que j'avais du mal à m'imaginer lors de ma lecture.
Pour la photographie, Steven Spielberg a fait appel à un habitué : Janusz Kaminski, et je dois dire que son travail est tout à fait remarquable et sert à merveille le film.
Pour la musique, Steven Spielberg n'a pas pu faire appel à son fidèle John Williams, déjà pris avec celle de "Pentagon Papers", c'est donc Alan Silvestri qui prend le relais et ma foi, j'ai beaucoup aimé l'ambiance sonore dégagée par le film.
Décidément, Steven Spielberg nous a régalé avec deux films à l'écran en quelques mois, d'un genre totalement différent mais tout aussi maîtrisé l'un comme l'autre, et si vous pensiez que Steven Spielberg était un peu out voire déjà à la retraite c'est raté, il revient au meilleur de sa forme avec ce "Ready Player One" et m'emballe de nouveau en tant que cinéaste comme il y a quelques années.
J'envisage même très sérieusement de l'ajouter à ma cinémathèque lors de sa sortie, notamment dans sa version en 3D (et pour ceux me connaissant il est très rare que j'achète des films et surtout que j'attende leur sortie pour le faire immédiatement).


Le game est loin d'être over, la partie ne fait que commencer, alors "Ready Player One" et go dans les salles de cinéma pour voir ce très bon film de science-fiction signé Steven Spielberg.


       
     
 

       
     

dimanche 1 avril 2018

Razzia de Nabil Ayouch

       
     

A Casablanca, entre le passé et le présent, cinq destinées sont reliées sans le savoir. Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte.


Face à l'excellent "Much loved" le nouveau film de Nabil Ayouch a de quoi surprendre, dans le bon sens du terme, et au final on devine une passerelle entre ce film et le précédent.
Le précédent film de Nabil Ayouch avait déclenché une vive polémique à sa sortie, au point d'être interdit au Maroc, alors qu'il ne faisait que montrer et parler de la réalité des prostituées au Maroc (je vous invite également à lire l'excellent "Sexe et mensonges La vie sexuelle au Maroc" de Leïla Slimani qui consacre d'ailleurs un chapitre au film et à son réalisateur).
Ce film-ci se passe sur deux époques (début des années 1980 et 2015), suit le parcours de plusieurs personnages, dont des femmes, et se conclut sur une montée de violence dans ce pays dû justement aux réformes entreprises au début des années 80 qui ont en quelque sorte anéanti l'esprit critique.
Cette vision du Maroc est sans concession et loin, bien loin, du cliché des plages, de la mer, du soleil, des vacances sous le signe de la détente et du farniente.
Car la population souffre : les jeunes n'arrivent pas à trouver du travail, même bardés de diplômes, les femmes sont critiquées, jugées, insultées si elles ne se conforment pas à la règle (formidable scène lorsque le personnage de Salima se promène en robe courte et qu'elle se fait insulter, elle relève encore plus sa jupe, pas pour provoquer mais pour montrer qu'elle est libre), d'un côté il y a toute une partie de la population de Casablanca qui vit misérablement et de l'autre il y a une population aisée, où les jeunes vivent dans des maisons luxueuses, rêvent à l'amour, regardent les pop-stars tout en respectant la religion.
Là encore le contraste est fort, entre une jeune fille aisée qui rêve à l'amour et aux relations sexuelles tout en profitant du confort et de l'argent face à une autre du même âge qui travaille comme servante et se réjouit d'épouser un homme deux fois plus âgé qu'elle parce qu'il va lui offrir sa forme de vie rêvée.


"I want to break free", c'est sans doute l'un des messages de ce film scandé en chanson par l'un des personnages qui ne jure que par Freddie Mercury et Queen.
Ce jeune homme qui n'arrive pas à s'en sortir et à vivre de sa passion pour la musique m'a évidemment touchée, mais c'est vraiment le personnage de Salima qui m'a le plus interpellée.
Complexe, c'est une femme moderne qui rejette les conventions et veut vivre comme elle l'entend, quitte à finir seule si c'est ainsi qu'elle peut accéder à sa liberté.
C'est une révolte moins violente que prône ce personnage, mais comme les autres elle va finir par acquérir son indépendance.
Il y a une violence latente pendant le film qui monte crescendo et finit par exploser dans des scènes finales quasi hallucinantes tant le déchaînement est incontrôlé et résultant d'une cocotte trop pleine qui a fini par exploser.
Maryam Touzani a écrit le scénario avec Nabil Ayouch, c'est la première fois qu'elle est comédienne et cela ne se ressent pas.
Elle est aussi la compagne du réalisateur et la fiction a rejoint la réalité car elle a appris qu'elle était enceinte pendant le tournage, tandis que le personnage qu'elle incarne cherchait au début à avorter notamment via un massage traditionnel, cette nouvelle est même tombé juste avant de tourner cette scène.
Mais Nabil Ayouch a voulu dire beaucoup de choses dans son film, sans doute trop car il perd parfois le spectateur qui finit par être confus face à tous les messages que le réalisateur a voulu transmettre.
Ainsi, cette vois narrative m'a gênée car elle n'apporte pas grand chose de plus au film et elle aurait à mon sens être pu supprimer au montage.
Il manque parfois un fil entre les deux époques de l'histoire, disons que l'un des fils est laissé trop longtemps de côté avant de revenir vers la fin.
C'est un peu dommage car j'ai senti que le réalisateur avait envie de dire beaucoup de choses, malheureusement ce n'était peut-être pas possible en un seul film tant les sujets sont complexes et méritent de s'y intéresser.
C'est le léger bémol que j'apporterai à l'ensemble, pour le reste j'ai bel et bien inscrit Nabil Ayouch dans ma liste de réalisateurs à suivre.
D'ailleurs j'aimerai beaucoup participer à un échange avec ce réalisateur après une projection car pour les deux films vus jusqu'à présent je trouve qu'une projection seule ne suffit pas et que le débat mérite d'être continué ensuite.


"Razzia" est un film fort et engagé d'un réalisateur qui a beaucoup de choses à dire et qui devrait continuer à ouvrir les yeux sur la réalité de la vie au Maroc, un film qui marque et fait réfléchir encore plusieurs jours après l'avoir vu.

mercredi 28 mars 2018

Mektoub my love : Canto uno d'Abdellatif Kechiche

       
     

Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin - le mektoub - peut décider. (AlloCiné)


J'ai appris qu'Abdellatif Kechiche tournait un nouveau film par les difficultés financières qu'il rencontrait pour assurer le financement, j'ai même ouï dire qu'il aurait vendu sa Palme d'Or pour finir ce film.
Et puis rien, silence radio.
Et un beau jour au cinéma une musique, des images, des jeunes gens qui s'amusent, dansent, se cherchent, s'embrassent, aucune surprise quand le nom du réalisateur s'affiche à l'écran.
Après "La vie d'Adèle", le réalisateur a cherché ce qu'il allait faire : une histoire au Moyen-Âge, une suite à son précédent film (qui aurait d'ailleurs dû être en deux volets), puis il a décidé d'adapter un roman de François Bégaudeau et de faire ce qui lui tenait à cœur depuis tant d'année : un film en plusieurs volets, une forme de comédie humaine au cinéma.
Il fallait oser, et il n'y avait sans doute qu'un réalisateur de la trempe d'Abdellatif Kechiche pour le faire.


Nous sommes à l'été 1994 à Sète, Amin est revenu passer les vacances chez ses parents et il en profite pour revoir Ophélie son amie d'enfance et traîner avec Tony, son cousin grand séducteur.
Amin partage son temps entre le restaurant familial, la plage, les bars, les boîtes de nuit, et l'univers feutré de son atelier photo.
Fasciné par les figures féminines qui l'entourent et qu'ils rencontrent aussi au gré de l'été, Amin observe.
Il ne parle pas beaucoup mais il regarde, l'été, la chaleur, les sentiments qui agitent les cœurs et les corps.
Le recours à un appareil photographique par le personnage est d'ailleurs un prisme intéressant pour le découvrir ainsi que les personnes qui l'entourent, cela devient presque un film dans le film.
Il y a Tony, ce cousin beau parleur qui charme, séduit, et auquel ne succède que les larmes.
Fort contraste entre les deux garçons, l'un est aussi volubile que l'autre est muet, l'un est sûr de lui et n'hésite pas à se lancer dans un jeu de séduction tandis que l'autre n'ose pas et se contente d'observer.
Et puis il y a Ophélie, cette amie d'enfance aux formes plus que voluptueuses qui envoûte les hommes aussi bien que les femmes, de qui l'on médit dans le dos mais que l'on ne peut s'empêcher d'apprécier en face pour sa gentillesse.
Et pour qui Amin ressent des sentiments : platoniques ou non ?
J'ai du mal à avoir une réponse tranchée après avoir vu le film.
Comme à son habitude, Abdellatif Kechiche filme sous toutes les coutures son actrice phare pour en montrer toute la sensualité qui s'en dégage, sans jamais basculer dans le vulgaire.
Je crois que l'on va parler longtemps des fesses d'Ophélie Bau (et même de ses formes), elle a le boule qui chamboule et de quoi émoustiller le spectateur dans son fauteuil de cinéma.
Je n'ai jamais vu à ce jour un réalisateur autre qu'Abdellatif Kechiche sublimer autant ses comédiennes, jamais elles n'auront été autant si bien filmées et jamais elles ne le seront plus par la suite.
De quoi donner envie de tourner avec ce réalisateur.


La force d'Abdellatif Kechiche, c'est aussi de filmer de telle façon que l'on oublie que c'est un film que l'on regarde tant on a l’impression d'assister à des scènes du quotidien, à des personnes de la "vraie" vie.
Le film est assez long (presque 3 heures) mais je n'ai pas vu le temps passer, limite je n'aurai rien eu contre 30 minutes de plus (et j'ai soupiré de soulagement quand j'ai appris que la suite était dores et déjà tournée, je craignais de devoir attendre des années avant de la voir).
Ce naturalisme omniprésent dans les films de ce réalisateur est dû en grande partie à sa façon de filmer mais sans doute aussi au fait qu'il n'hésite pas à prendre des personnes n'ayant jamais joué devant une caméra au préalable.
Et des pépites inconnues, il y en a quelques-unes dans ce casting.
Comme Ophélie Bau, Lou Luttiau (espiègle au possible), Shaïn Boumedine, Alexia Chardard.
Première apparition à l'écran, et pour tout dire ils crèvent l'écran, mais comme à chaque fois dans un film de ce réalisateur.
Et puis il y a aussi des visages connus de cet univers si particulier : Salim Kechiouche et Hafsia Herzi, révélée il y a dix ans par ce même réalisateur qui lui offre un autre très beau rôle.
Quel plaisir de revoir cette actrice à l'écran, et surtout je ne l'ai jamais vu autant irradier à l'écran que lorsque c'est Abdellatif Kechiche qui la filme.
Outre sa façon particulière de fonctionner et de tourner, Abdellatif Kechiche aime le naturalisme dans ses films, ici la scène la plus représentative de son univers est celle du vêlage d'une brebis.
Certains diront que cette scène est trop longue, pour ma part je ne trouve pas d'autant qu'elle représente une symbolique forte par rapport à la scène suivante.
C'est aussi ce que j'apprécie chez ce cinéaste, il n'est jamais bavard et le spectateur finit par deviner et comprendre de lui-même les émotions des personnages.
J'ai été envoûtée par la mise en scène, ce film transporte littéralement le spectateur et j'avais l'impression de faire parti du décors et de l'histoire.
Grande leçon de cinéma qui, je l'espère, sera vu par le plus grand nombre (mais j'en doute étant donné le nombre de copies du film) et qui m'a fait me rappeler à quel point les films de ce réalisateur me touchent et me remuent au plus profond de moi.


Abdellatif Kechiche signe un beau et grand film avec "Mektoub my love : Canto uno", dans la lignée de ses précédents qui m'habite encore plusieurs jours après l'avoir vu, et je n'ai qu'une hâte : voir le canto due de cette magnifique comédie humaine.


       
     

lundi 26 mars 2018

The Disaster Artist de James Franco

       
     

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s'y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n'y a pas qu'une seule méthode pour devenir une légende ! (AlloCiné)


Je n'avais jamais entendu parler du film "The Room" jusqu'alors, ni de Tommy Wiseau, bonne ou mauvaise chose ?
Si je n'avais pas eu un petit coup de cœur pour James Franco (et son sourire) dans la série "22/11/63" je ne serai peut-être pas non plus allée voir ce film (bonjour la midinette).
Et j'aurai raté quelque chose.
C'est tout d'abord une réalisation de James Franco et la première fois que je vois un film de ce comédien, et alors que le film aurait facilement pu tourner en ridicule Tommy Wiseau il offre au contraire un retour sur cette aventure sans méchanceté ni lynchage.
C'est en découvrant le livre éponyme de Tom Bissell et Greg Sestero (meilleur ami de Tommy Wiseau et l'un des acteurs principaux de "The Room") que James Franco a eu envie de l'adapter.
Cela a au moins le mérite de faire connaître cette histoire car je crains fort qu'en dehors des Etats-Unis elle n'était pas forcément connue (bon, et entre nous, qui perdrait du temps à voir et/ou à parler de ce qui est considéré comme l'un des plus grands nanars de tous les temps, si ce n'est le plus grand).
Tommy Wiseau est un homme mystérieux, nul ne sait d'où il vient ni quel âge il a, il n'empêche qu'il a financé de sa poche le film (6 millions de dollars tout de même), il a payé pour qu'il reste à l'affiche 2 semaines afin d'être sélectionné aux Oscars (mouahaha, désolée c'est plus fort que moi), il a viré plusieurs membres de l'équipe technique qui n'avaient pas la même vision que lui, et il a choisi de tourner en numérique et en pellicule.
Why ! But why !
Le film retrace bien le parcours de Tommy et de son ami Greg, apprenti comédien qui ne réussit pas, dans cette folle aventure d'un film qui aurait dû être un drame et a fini en nanar.
James Franco a été respectueux vis-à-vis des protagonistes, même si Tommy Wiseau aurait voulu un autre acteur pour l'incarner, genre Johnny Depp (le plus connu of course), c'est vraiment appréciable, j'ai ri évidemment mais jamais de façon méchante ou pour me moquer.
Et je trouve aussi qu'il rend hommage d'une certaine façon à Tommy Wiseau.


Le réalisme a été poussé loin, à la fois dans l'incarnation des personnages mais aussi dans les scènes où le film est tourné (au passage j'ai adoré cette mise en abîme particulièrement bien réussie).
"The Room" a été décortiqué et étudié pour reproduire devant l'écran la façon de filmer, avec toutes les erreurs que le film comporte, les attitudes des personnages, les répliques.
Je vous invite d'ailleurs à ne pas partir trop tôt car il y a après le générique une superposition des scènes originales et celles du film avec les répliques, c'est bluffant et prouve à quel point le travail a été soigné.
Outre la narration de cette histoire presque incroyable, ce film est aussi un hommage à James Dean, immense comédien dont il est question et qui est la source d'inspiration de Tommy et Greg.
Bon, clairement le résultat n'est pas là, mais il y a du James Dean malgré tout.
Pour sa première réalisation James Franco s'est entouré d'une équipe qu'il connaît particulièrement bien, cela se sent que c'est un film de potes fait avec des potes.
C'est évidemment une comédie, difficile de ne pas rire, et d'une certaine façon je crois qu'il deviendra culte parce que "The Room" l'est.
Ah la fameuse réplique : "I didn't hit her. I did nooooottttttt. Oh hi Mark !", celle-là restera gravée à jamais dans mon esprit (et je vous invite à voir les images).
Le personnage (ou la personne ?) de Tommy Wiseau est difficilement discernable, mais la relation d'amitié (improbable) qui se noue à l'écran est intéressante.
Là encore, cette relation aurait pu voler en éclat, et bien ils sont toujours amis dans la vraie vie !


Pour le casting, James Franco a fait appel à son frère Dave pour le rôle de Greg Sestero.
C'est la première fois qu'ils jouent ensemble à l'écran, je dois dire que James Franco a fait un beau cadeau à son frère qui malheureusement n'est pas toujours à la hauteur du rôle.
Il est bien, mais il n'est pas exceptionnel, il faut dire que James Franco, qui ne souhaitait pas incarner Tommy Wiseau à l'origine, livre une performance éblouissante en Tommy.
Certes, il y a eu une grande préparation de maquillage et de postiches (il n'est même pas évident à reconnaître au début), mais il a aussi travaillé l'allure et je trouve que sa prestation fait partie des meilleures de sa carrière (et promis, le sourire n'y est pour rien cette fois-ci).
Il a également fait un gros travail sur la voix et la prononciation.
James Franco est resté dans la famille pour ce casting, il offre l'un des rôles féminins principaux à Alison Brie qui n'est autre que la compagne de son frère.
Il se paye aussi quelques grandes comédiennes comme Sharon Stone ou Melanie Griffith pour des apparitions.
La bande son est sympathique également, elle permet de retourner au début des années 2000 (et en l'écrivant j'ai l’impression d'être déjà nostalgique).


"The Disaster Artist" est un portrait plein d'empathie sur un artiste, si nul soit-il pour l'opinion générale, et une réussite à tout point de vue pour James Franco qui y tient l'un des meilleurs rôles de sa carrière si ce n'est le meilleur.


       
     

dimanche 25 mars 2018

Lady Bird de Greta Gerwig

       
     

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.


Le film s'ouvre sur une citation de Joan Didion : "Anybody who talks about California hedonism has never spent a Christmas in Sacramento.", à partir de là le ton du film est donné et tout n'est, heureusement, pas dit.
Christine, qui tient à ce qu'on l'appelle du surnom qu'elle s'est donnée : Lady Bird, est donc en dernière année de lycée à Sacramento.
Son rêve : partir sur la côte Est pour y vivre son rêve, se sortir de cette fichue ville de Sacramento où elle se sent à l'écart et surtout ne pas ressembler à sa mère, butée mais aimante, qui ne compte pas ses heures au travail pour garder sa famille à flot.
Si au début Lady Bird est touchante, le spectateur finit bien vite par découvrir la vraie nature de ce personnage, à tendance égoïste qui fait du mal autour d'elle, aussi bien à sa famille qu'à sa meilleure amie.
Au passage, c'est une belle déclaration d'amour à la ville de Sacramento que fait la réalisatrice à travers ce film.
C'est une jeune fille qui a un but bien précis et qui compte bien l'atteindre, pour cela elle est aveugle aux personnes l'entourant et leur fait bien souvent du mal.
Finalement, elle a le comportement typique d'une adolescente, et en cela le spectateur peut s'identifier à elle, qu'importe d'où l'on vienne car ce qu'elle ressent on l'a tous ressenti à un moment donné.
Greta Gerwig a réussi à montrer les défauts de son personnage sans que le spectateur se mette à ne plus l'aimer, c'est assez fort pour être souligné.
Elle a également réussi à insuffler de la tendresse et de l'humour dans ce film qui comporte aussi des passages graves et durs, c'est un savant mélange bien dosé qui fonctionne à l'écran.
En somme, pour une quasi première réalisation c'est une réussite sans fausse note et sans erreur, Greta Gerwig a travaillé son sujet, s'est inspirée d'elle-même pour créer le personnage de Lady Bird et a su doser les émotions.
Je n'ai vu que peu de films où elle est comédienne mais j'ai tout à fait retrouvé son univers et ce qu'elle dégage dans ce film.


L'époque à laquelle est située l'histoire est également intéressante : quelques mois après les attentats du 11 septembre, les portables n'en étaient qu'à leur début et surtout il n'y avait pas de smartphone, ce qui sert l'histoire pour le coup et lui évite de tomber dans certaines facilités.
Il y a aussi une certaine psychose qui règne, c'est une bonne idée d'avoir placé l'intrigue à cette époque, c'est une photographie de l'Amérique post-11 septembre 2001 d'un prisme différent de celui politique, j'aime assez ce parti-pris.
La symbolique d'un personnage choisissant de se baptiser d'un autre nom est forte également, c'est notamment l'un des fils conducteurs de l'histoire et une belle façon pour le personnage d'évoluer.
La photographie est aussi travaillée et contribue à mettre en valeur la ville de Sacramento.
Côté casting, Greta Gerwig a fait appel à la talentueuse Saoirse Ronan (alors, ça se prononce comment ?), une actrice que j'ai apprécié dans d'autres films et qui livre ici une prestation émouvante de sensible de cette Lady Bird.
Face à elle, sa mère est incarnée par une Jessie Metcalf inspirée, la relation mère-fille fonctionne d'ailleurs bien à l'écran, pour l'anecdote l'une des premières scènes du film lorsqu'elles sont en voiture a en fait été tourné à la fin, une fois que la complicité entre les actrices étaient établies.
Du côté des hommes, j'ai revu Lucas Hedges (que l'on croise beaucoup au cinéma ces temps-ci), ainsi que LA coqueluche du cinéma du moment : Timothée Chalamet (à moins que vous n'ayez pas entendu parler de sa prestation dans "Call me by your name"), qui conforme sa présence à l'écran et les espoirs qui reposent sur lui.
J'ai passé un bon moment de cinéma en compagnie de ces personnages, je me suis sentie plus légère en sortant de la salle, prête à m'envoler comme une coccinelle.


Avec "Lady Bird" Greta Gerwig offre un film à la fois bouleversant et drôle saupoudré de nostalgie, où sa maîtrise de l'art des dialogues sert ses personnages et sa mise en scène, une belle réussite pour un passage derrière la caméra.