jeudi 8 décembre 2016

Les animaux fantastiques : vie et habitat de J. K. Rowling


Il est rare qu'une maison de sorciers ne compte pas dans sa bibliothèque un exemplaire des "Animaux fantastiques". Désormais et pour une période limitée dans le temps, les Moldus vont avoir à leur tour la possibilité d'apprendre où vit le Quintaped, ce que mange le Puffskein et pourquoi il vaut mieux ne pas laisser dans le jardin une soucoupe de lait destinée à un Knarl… (Gallimard Jeunesse)

La pauvre moldu que je suis a été plus que ravie de pouvoir enfin découvrir le livre de Newt Scamander (Norbert Dragonneau en Français) sur les animaux fantastiques : où les trouver et comment prendre soin d'eux.
Car oui, pour la première fois dans l'histoire de la magie, ce livre est enfin mis entre les mains des moldus après leur avoir soigneusement caché l'existence de ces animaux pendant des dizaines d'années : "Cette édition a toutefois un objectif plus ambitieux que de donner des conseils à un public de sorciers. En effet, pour la première fois dans l'histoire des vénérables éditions Obscurus, l'un de ses ouvrages sera désormais accessible à des lecteurs moldus.".
En prime, nous avons droit de découvrir ce livre à travers l'exemplaire de Harry Potter, le lecteur a donc droit à des annotations du jeune sorcier et de son ami Ron.
A la lecture de cet ouvrage se déclinant sous la forme d'un abécédaire vient une question : pourquoi prendre autant de soins à recenser, à décrire ces animaux et à expliquer comment prendre soin d'eux ou comment s'en méfier pour se déjouer des mauvais tours qu'ils peuvent nous jouer, et bien la réponse est somme toute évidente, d'autant plus qu'aujourd'hui nous, moldus, pourront également y veiller : "Il reste maintenant à évoquer la question à laquelle nous avons tous, au fond de notre cœur, une réponse : pourquoi continuons-nous, à titre collectif et individuel, à nous donner tant de mal pour protéger et cacher tous ces animaux magiques, même les plus sauvages et les plus indomptables ? La réponse, bien sûr, la voici : pour que les générations futures de sorcières et de sorciers puissent à leur tour s'émerveiller de leur étrange beauté et de leurs pouvoirs comme nous-mêmes en avons eu le privilège.".
En tant que non sorcière j'ai été ravie de découvrir la plupart de ces créatures, certaines n'étant pas inconnues, ainsi que d'avoir quelques explications quant au monstre du Loch Ness et au Yéti.
Cet abécédaire est très bien conçu et les commentaires de Harry et de Ron rendent la lecture encore plus agréable.
Bien évidemment, je ne regarderai plus mon jardin et ma pelouse de la même façon, je serai plus vigilante à l'avenir et j'espère sincèrement ne pas croiser la route de certaines des créatures présentées dans le livre.
D'ailleurs, quand j'y pense, il y a quelques temps j'ai eu des bruits en provenance de mon grenier, ne serait-ce pas un animal fantastique qui s'y serait niché ?
Décidément, l'univers de Harry Potter est riche et ne cesse de nous surprendre.
Pour ma part, j'y prends de plus en plus de plaisir au fur et à mesure que je le découvre ou le re-découvre.

Ce petit livre se lit très rapidement et constitue un bon complément si, comme moi, vous avez été voir "Les animaux fantastiques" sans l'avoir lu au préalable.

mercredi 7 décembre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Tome 3 : La bibliothèque des âmes de Ransom Riggs


Dans le Londres d’aujourd’hui, Jacob Portman et Emma Bloom se lancent à la recherche de leurs amis enlevés par les Estres. Ils retrouvent leur trace grâce au flair aiguisé d’Addison, l’illustre chien particulier doué de parole. Bientôt, au bord de la Tamise, ils font la connaissance de Sharon, un géant bourru qui, moyennant une pièce d’or, propose de leur faire traverser le fleuve. Ils rejoignent ainsi l’Arpent du Diable, une boucle temporelle à la réputation effroyable où séjournent les particuliers les moins recommandables, où pirates et malfaiteurs commettent leurs forfaits en toute impunité. Jacob et Emma ne se sont pas trompés : l’ennemi a bien établi son QG dans l’Arpent, derrière les murs d’une forteresse imprenable. (Bayard Jeunesse)

Si le deuxième tome de "Miss Peregrine et les enfants particuliers" m'avait déçue, à la limite ennuyée, je dois reconnaître que ce troisième tome relève le niveau, fort heureusement ai-je envie d'ajouter.
Jacob et Emma se retrouvent dans le Londres d'aujourd'hui, un univers bien connu de Jacob par contre beaucoup moins d'Emma, mais celle-ci fait entièrement confiance au garçon, d'autant qu'avec eux se trouve Addison, le courageux chien parlant.
A eux trois ils sont décidés à aller libérer leurs amis et les Ombrunes, et sur le bord de la Tamise ils font connaissance avec Sharon, un individu très inquiétant, qui va les conduire dans un endroit encore plus inquiétant : une boucle temporelle à la réputation effroyable dans laquelle on trouve ce qui se fait de pire dans le monde des Particuliers baptisée l'Arpent : "Nous avions l'impression d'entrer dans les profondeurs de l'enfer, escortés par la mort en personne.".
Nos jeunes héros ne sont pas au bout de leur peine, car dans l'Arpent ils ont peut-être quelques amis mais surtout beaucoup d'ennemis et le chemin vers la liberté sera long et semé d'embûches.

L'action revient au premier plan dans ce tome et c'est tant mieux, car après de longs passages où il ne se passait pas grand chose dans le précédent je craignais le pire.
Jacob a enfin décidé d'arrêter de se regarder le nombril en geignant sur son peu d'expérience et découvre au contraire qu'il a un don réellement particulier et fort utile : outre le fait de voir les Sépulcreux et de les sentir approcher, il découvre qu'il peut également les contrôler, un don qui va leur être bien utile dans cet univers particulièrement hostile.
J'ai l'impression que Ransom Riggs a retrouvé un sursaut de créativité, déjà les photographies servant à illustrer ce volume sont nettement plus importantes et intéressantes que précédemment, mais il a aussi eu la bonne idée d'introduire de nouveaux personnages, comme Sharon, ou encore l'un des troublants frères de Miss Peregrine.
Car de l'intrigue, des rebondissements et de nouveaux personnages, il y en a énormément dans ce troisième tome, voire peut-être un peu trop car c'est le seul reproche que j'aurai à lui faire : par moment j'aurai souhaité plus de détails ou plus de précisions mais la dernière partie du récit est un peu trop précipitée à mon goût et aurait bien mérité quelques pages de plus pour approfondir certaines choses qui ne sont que survolées.
La boucle de l'Arpent est fascinante, sa description fait froid dans le dos mais c'est enfin le sursaut d'action et de renouveau que j'attendais dans ce roman.
Ce lieu et les personnages qui la peuplent sont bien exploités, ma remarque précédente s'applique surtout à quelques-uns des nouveaux personnages dont le lecteur ne fait que découvrir partiellement le passé et ce qui les a conduit à se retrouver dans cette boucle punitive.
Je pense notamment aux frères de Miss Peregrine, que le lecteur découvre en quelque sorte et dont il ne va finalement pas apprendre grand chose, tout du moins pour ma part pas autant que je l'aurai souhaité.
Par contre, le grand-père de Jacob revient une nouvelle fois dans l'intrigue et j'ai particulièrement apprécié ce point, c'était un personnage, même mort, qui manquait dans le tome précédent et qui ici va prendre une autre envergure et sur lequel Jacob va une nouvelle fois changer de regard.
Le dénouement final, particulièrement l'explication sur l'enlèvement des Ombrunes par les Estres, est malheureusement un peu trop vite expédié et que dire de cette fin que j'ai trouvé quelque peu décevante, dommage car l'ensemble de ce tome atteignait le même niveau que le premier.
L'auteur a accordé une importance toute particulière aux personnages et n'a pas hésité à confronter son héros Jacob a des choix cornéliens : "J'avais un choix difficile à faire; un choix auquel je ne m'étais encore jamais vraiment confronté.".
Ce jeune garçon se retrouve évidemment confronté à un choix : rester dans une boucle avec les enfants particuliers, dont Emma, et Miss Peregrine; ou bien reprendre le cours de sa vie dans sa famille et dans ce cas, il aura beaucoup, beaucoup d'explications à fournir.
Outre l'aspect sombre de l'histoire, ce choix est aussi très difficile et donne de la profondeur au personnage de Jacob et de façon plus générale à l'intrigue.
Rien n'est facile et rien ne peut non plus se terminer comme tout le monde le souhaiterait : dans la joie et la félicité pour chacun.

"La bibliothèque des âmes" conclut assez bien la série de "Miss Peregrine et les enfants particuliers" créée par Ransom Riggs, un nouvel auteur jeunesse qui, je l'espère, réussira à s'affranchir de cette saga pour en créer une nouvelle et ne se contentera pas d'utiliser le filon de celle-ci.

mardi 6 décembre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Tome 2 : Hollow City de Ransom Riggs


Jacob et les enfants particuliers sont désemparés : Miss Peregrine, changée en Oiseau, est prisonnière de son état, suite à l’attaque des Estres, des âmes damnés, sur l’île de Cainholm. Les voilà donc livrés à eux-mêmes ! Après avoir essuyé une tempête entre Cainholm et le continent, Jacob et ses amis s’échouent sur une rive de Grande-Bretagne, en 1940, alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage. Ils sont aussitôt pris en chasse par des Estres déguisés en soldats, qui veulent à tout prix capturer l’Oiseau. Les enfants fuient à travers la forêt, et se réfugient dans une boucle temporelle abandonnée par une certaine Miss Wren. Là vit une curieuse ménagerie d’animaux singuliers. Parmi eux, Addison, un chien parlant, un ému-rafe – croisement improbable entre une girafe et un âne –, des poules qui pondent des œufs explosifs, et un chimpanzé fantasque. Addison leur explique que Miss Wren est partie à Londres pour tenter de libérer ses sœurs Ombrunes, capturées par les Estres. Et il leur apprend que c’est la dernière Ombrune en liberté. Jacob, Emma, Enoch, Olive, Bronwyn, Millard, Horace, Hugh décident de la rejoindre au plus vite, car elle est la seule personne capable de redonner à la directrice de l’orphelinat sa forme humaine. (Bayard Jeunesse)

C'est de voir le film de Tim Burton qui m'a donné envie de lire la suite de cette histoire créée par Ransom Riggs (et pour tout dire j'ai découvert qu'en plus d'un deuxième tome il y en avait aussi un troisième).
Si j'avais beaucoup apprécié la lecture du premier tome, je préfère annoncer tout de suite la couleur : j'ai été nettement moins emballée par ce deuxième tome, pour ne pas dire déçue.
Peut-être parce que j'ai laissé passer du temps entre ces deux lectures, mais je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme que j'avais connu avec la découverte de cet auteur et de son univers si particulier.
Certes, le principe est resté le même : l'auteur a bâti son histoire à partir de photographies, mais celles présentes dans ce deuxième tome sont nettement moins impressionnantes que dans le premier, sauf peut-être celle servant de couverture.
J'ai retrouvé les enfants particuliers mais le personnage de Jacob ne m'a paru aussi intéressant que précédemment.
Après avoir quitté le monde "réel", il vit désormais avec les enfants particuliers, dans le but de retrouver Miss Peregrine qui a été capturée à la fin du premier tome.
Tous les enfants promettent à Jacob un bel avenir, qu'il va réaliser de grandes choses, mais ce dernier au lieu d'aller de l'avant et de découvrir son talent en faisant confiance aux autres passe beaucoup trop de temps à se plaindre et à douter de lui, à tel point que ça finit par en être agaçant : "Comment les autres, qui maîtrisaient si bien leurs talents particuliers, pouvaient-ils fonder autant d'espoirs sur moi ? J'avais découvert le mien depuis quelques jours seulement, et je commençais à peine à comprendre en quoi il consistait.".
De même, sa relation avec Emma est quelque peu agaçante, dans un autre contexte cela aurait pu être mignon mais là je trouve que c'est trop niais et cela se fait au détriment de l'action.
Le plus gros reproche que je ferai à ce tome, c'est d'être trop bavard et de ne pas privilégier assez l'action.
Certes, de nouveaux personnages rentrent en scène, comme Addison, un chien parlant, ou un ému-rafe, fort heureusement cela permet de donner un peu de souffle à ce récit car je crois bien que sans ça je n'aurai même pas été lire le dernier tome.
L'action n'avance pas beaucoup par contre j'ai pu constater que certains Particuliers étaient plus mis en avant, comme Hugh ou Bronwyn, par contre j'ai aussi découvert que certains étaient un peu trop geignards, à l'image d'Olive.
Toute cette jolie compagnie ne m'a pas autant séduite que précédemment et l'auteur s'est enlisé dans cette histoire, en espérant qu'il arrive à s'en dépêtrer dans le dernier tome.

Dans "Hollow City", la magie du premier tome de "Miss Peregrine et les enfants particuliers" a disparu ou en tout cas n'a pas su me séduire, néanmoins je vais aller jusqu'au bout et le troisième et dernier volume de cette oeuvre originale créée par Ransom Riggs.

lundi 5 décembre 2016

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre et Christian De Metter


1919. Au sortir de la guerre, la société française peine à ménager une place aux anciens poilus devenus encombrants, et les trafics les moins glorieux vont bon train. Albert Maillard, modeste comptable qui a sauvé la vie d’Édouard Péricourt, jeune fils de bonne famille, juste avant la fin des combats, tente de les faire vivre de retour à Paris. Édouard, défiguré, refuse de reprendre contact avec les siens et imagine une gigantesque arnaque à la nation pour tenter de se projeter dans une vie nouvelle, ailleurs. (Rue de Sèvres)

Tout commence pendant la Guerre, la Grande, celle de 14-18, qui d'ailleurs est en train de toucher à sa fin, pour la plus grande joie de certains soldats mais aussi pour le plus grand désespoir d'autres : "Pour un héros, une fin de guerre, c'est comme une défaite.".
C'est pourquoi, afin de se couvrir encore de gloire, le lieutenant Pradelle n'a pas hésité à mentir à ses hommes pour les envoyer à la mort, dans un sursaut de gloire et de dernier geste héroïque.
Le souci, c'est que sa petite combine n'a pas été oubliée car, malheureusement pour lui, le soldat Albert Maillard, modeste comptable dans le civil, s'en est sorti et a au passage a sauvé la vie Edouard Péricourt, fils de bonne famille, qui s'en tire tout de même avec une moitié de gueule arrachée.
Le lieutenant Pradelle a beau faire pour se débarrasser de ces deux soldats encombrants, il n'y arrive pas : "Il essaie de se débarrasser de moi de moi et de mon pote.".
Qu'importe, car en 1919 Pradelle s'est refait une santé en épousant une fille de bonne famille, tandis que des poilus comme Albert Maillard peinent à retrouver une place dans la société civile, d'autant qu'il traîne avec lui le défiguré Edouard qui refuse de revoir sa famille ainsi.
Mais si Edouard n'est plus doué de la parole et n'a qu'une moitié de visage, il va avoir l'idée du siècle, enfin l'arnaque du siècle : vendre des monuments aux morts, les dessins, et se barrer à l'étranger avec l'argent récolté : "Non, vous vendez les monuments, c'est tout. Vous touchez les acomptes et après vous vous barrez avec la caisse ! Et vous partez dans les colonies !", ça a du panache comme idée, et quel beau pied de nez à cette société civile qui ne veut pas entendre parler des soldats et encore moins des mutilés.

Je résiste depuis quelques temps déjà et malgré les avis élogieux à lire le roman de Pierre Lemaitre.
Toutefois, apercevant la bande dessinée qui en a été tirée sur un rayonnage de bibliothèque, j'ai décidé de découvrir cette histoire ainsi.
Et ce ne fut peut-être pas le choix le plus judicieux, car qui dit bande dessinée dit condensé et là, l'histoire l'a sans doute sacrément été car j'ai pour ma part bien ressenti les ellipses lors de la lecture.
Parfois l'intrigue s'accélérait, j'avais presque l'impression qu'il manquait des passages et je n'ai surtout pas compris pourquoi il y avait par moment en filigrane la mère d'Albert Maillard qui commentait la vie de son fils.
Je me suis dit qu'elle avait certainement un autre rôle ou alors une place dans la narration dans le roman.
Dans le fond, j'ai bien aimé cette histoire d'escroquerie sous forme de revanche envers la nation, mais j'ai bien compris qu'il y avait aussi quelques vides à combler avec le roman.
Sur l'aspect graphique de la bande dessinée, je suis partagée.
La mise en couleurs est vraiment belle, avec des dominantes de couleurs en fonction de l'intrigue : marron pour la guerre, bleuté et nuances d'automne, qui cadrent bien avec le contexte et les personnages.
Par contre j'ai très moyennement apprécié les traits des personnages, j'ai mis du temps à bien les distinguer et à les reconnaître, ce qui est d'autant plus vrai au début lorsque l'action se passe dans les tranchées, alors quand en plus l'histoire est synthétisée ... .
Et alors je ne comprends absolument pas le choix de l'illustration pour la couverture car cela dévoile un moment clé de cette histoire, c'est vraiment un choix de mauvais goût et il y avait sûrement mieux à proposer.
Bref, je ne suis pas totalement fan du travail de Christian De Metter mais cette bande dessinée a au moins le mérite de m'avoir donné envie de lire le roman qui est certainement plus dense et qui permettra, je n'en doute pas, de donner encore plus de poids aux personnages et de combler les blancs constatés à la lecture de cette bande dessinée.

"Au revoir là-haut" peut être intéressant à découvrir pour qui a déjà lu le roman, je suis partagée sur cette bande dessinée qui a de bons et de moins bons aspects mais qui m'a en tout cas convaincue que j'avais sans doute plus à y gagner à lire le roman dont elle est tirée.

dimanche 4 décembre 2016

Une vie de Stéphane Brizé

     
     
Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler. (AlloCiné)


Après plusieurs années d'études loin des siens, Jeanne Le Perthuis de Vauds (Judith Chemla) rentre parmi les siens et retrouve son père (Jean-Pierre Darroussin), sa mère (Yolande Moreau) et sa sœur de lait Rosalie (Nina Meurisse).
Jeanne est une jeune femme protégée, avec des rêves pleins la tête et une certaine idée de la droiture, à l'occasion d'un déjeuner elle rencontre Julien de Lamare (Swann Arlaud), jeune homme criblé des dettes de son père.
Malgré les mises en garde et questions de ses parents, elle l'épouse.
Mais ce dernier se révèle très vite pingre, brutal, volage, puisqu'il met enceinte Rosalie et veut ensuite la chasser.
Jeanne commence peu à peu à perdre ses illusions.


Après "La loi du marché", Stéphane Brizé a pris un tout autre chemin pour son nouveau film, en décidant d'adapter le classique de Guy de Maupassant "Une vie".
Quoique ... ces deux films ne sont pas diamétralement opposés car Jeanne, à l'image de Thierry, a une haute idée de la vie et des valeurs importantes.
Jeanne a une totale, naïve diront certains, confiance en l'Homme. Elle ne pourra jamais imaginer du mal dans un être humain, et surtout pas en Julien, son mari.
Pourtant, ce dernier la malmène, la traite d'enfant, la sépare de ses parents bien-aimés, la trompe, tout d'abord avec Rosalie puis avec Gilberte de Fourville (Clotilde Hesme), se révèle pingre en diminuant le bois utilisé pour le chauffage, à tel point que Jeanne finit par attraper une infection pulmonaire.
A partir de cette première tromperie, Jeanne commence peu à peu à perdre ses illusions.
Pourtant, elle continue à y croire, mais elle va de nouveau déchanter en découvrant la nouvelle infidélité de son mari.
Puis, une fois ce dernier mort, c'est son fils Paul qui va lui causer de nombreux soucis, accumulant des dettes, ne donnant des nouvelles à sa mère que pour lui réclamer de l'argent.
Terrible vie que celle de Jeanne, mais une vie qui sera aussi ponctuée de beaux et tendres moments.
Le film couvre presque trente ans de la vie de Jeanne, pour cela il y a eu un travail sur le maquillage et la coiffure de Judith Chemla, travail remarquable car non seulement le personnage vieillit ben à l'écran mais son apparence reflète aussi son état physique et psychologique.
J'avais précédemment vu l'adaptation de ce livre à la télévision par Elizabeth Rappeneau, malgré quelques écarts par rapport au récit le scénario est assez fidèle à l'oeuvre originale.
Et encore, je dirai même que le scénario, signé par Stéphane Brizé et Florence Vignon, a "modernisé" certains points de l'histoire, à l'image de la mort de Julien et de sa maîtresse, que je trouve nettement plus dramatique et esthétique dans le film par rapport à la version littéraire qui devait l'être à son époque.
L'avantage des textes de Guy de Maupassant, à l'image d' "Une vie" publié en 1883, c'est qu'ils restent extrêmement modernes dans les thèmes qu'ils traitent.
Malgré une histoire se déroulant au dix-neuvième siècle en Normandie, les péripéties de Jeanne sont toujours d'actualité : adultère, mensonge.
Si bien que Jeanne est un personnage pour lequel le spectateur ressent une profonde empathie.


Le film de Stéphane Brizé se remarque également pour sa mise en scène irréprochable et très travaillée.
En choisissant de tourner en format quasi carré 1.33 et caméra à l'épaule, le réalisateur enferme son héroïne dans la boîte de sa vie et dont elle n'arrive plus à s'extraire, entraînant par la même occasion le spectateur dedans, mais il capte aussi toute la vie qui anime ce personnage.
Stéphane Brizé a recours à des ellipses tout au long du film, mais il a aussi adopté pour un découpage intéressant des scènes : lorsque Jeanne est joyeuse le spectateur passe d'une scène à l'autre sur la vision d'une Jeanne vieillie, en noir, le long d'un chemin sous la pluie semblant porter toute la misère de son existence sur ses épaules;  a contrario, lorsque Jeanne traverse des moments difficiles elle se remémore des instants joyeux, ce qui permet également de combler des trous coupés lors des ellipses.
C'est un travail que j'ai beaucoup apprécié et qui donne une dimension toute particulière à ce film, c'est à la fois moderne tout en conservant le cœur classique de l'histoire.
Il y a également de très belles scènes, notamment une Jeanne se promenant face à une mer déchaînée, d'ailleurs la Normandie est aussi un personnage très présent dans ce film, une région qui finalement est restée à peu près la même en plus d'un siècle.
Ce qui m'a sans doute le plus touchée dans cette mise en scène, c'est le choix du réalisateur de tourner plusieurs scènes avec Jeanne et son père en train de jardiner, toujours à des moments clés de l'histoire.
C'est une belle façon de montrer l'attachement de Jeanne envers son père, et dans d'autres scènes envers sa mère, c'est aussi une forme d’exutoire pour ce personnage qui va connaître de nombreux tourments.
La bande sonore du film est assez épurée, pour les thèmes musicaux Stéphane Brizé a fait le choix du piano forte, l'ancêtre du piano actuel, sinon il n'y a que le bruit de la nature : les oiseaux qui chantent, le vent qui souffle, la mer qui roule ses vagues venant se briser sur les rochers et les cailloux de la plage.
Comme dans son précédent film, j'ai également pu apprécier la justesse du casting, avec une Judith Chemla éblouissante, une révélation pour ma part, une actrice habituée des planches au théâtre et qui habite littéralement le personnage de Jeanne.
Face à elle quelques acteurs connus, comme Jean-Pierre Darroussin (j'ai passé le film à chercher qui était l'acteur derrière le rôle du père tant je ne l'ai pas reconnu) et Yolande Moreau, et d'autres moins, mais tous sont très justes dans leur rôle et donnent vie à la perfection à tous les personnages créés par Guy de Maupassant qui, décidément, n'ont pas pris une ride.


Stéphane Brizé signe une belle adaptation moderne d' "Une vie", célèbre roman de Guy de Maupassant, dans laquelle il a su mettre sa patte et confirme être un réalisateur talentueux.

samedi 3 décembre 2016

Brice 3 de James Huth

     
     

Brice est de retour. Le monde a changé, mais pas lui. Quand son meilleur ami, Marius, l’appelle à l’aide, il part dans une grande aventure à l’autre bout du monde… Les voyages forment la « jaunesse » mais restera-t-il le roi de la casse ? (AlloCiné)


Lui c'est Brice, ex roi de la casse ascendant snowboarder, roi de la loose et des vannes bidons, en passe de faire de Jean Dujardin le nouveau roi des nuls du cinéma Français.
Brice (Jean Dujardin) n'a pas changé, enfin si, avant il était drôle, il faisait des vannes avec des jeux de mots, aujourd'hui il ne reste que l'éternel adolescent bercé par ses rêves dont il est le seul à y croire, une personne profondément antipathique et égoïste.
Son meilleur ami Marius (Clovis Cornillac) l'appelle au secours via une bouteille à la mer, Brice, sa planche sous le bras, file à l'aéroport le rejoindre, en faisant au préalable un détour par Hossegor pour y retrouver son pire ennemi, Igor (Bruno Salomone).
Et c'est parti pour de nouvelles aventures pour Brice.
Ou pas.


Le film est découpé en trois parties : la première se passe à Nice, avec Brice et ses proches, c'est-à-dire Edwige (Noëlle Perna, qui est venue se perdre dans ce film) et des touristes asiatiques venant prendre des cours de casse; la deuxième se déroule à Hossegor où Brice retrouve Igor en fâcheuse posture face au nouveau roi de la plage, Gregor (Alban Lenoir); et la troisième en Thaïlande ou je ne sais où, sur une île paradisiaque où Brice retrouve Marius et va devoir aider ce dernier à récupérer des terres dont une population locale a été expulsée.
Brice, ça a toujours été du grand n'importe quoi, mais ici encore plus que d'habitude et en prime, ce n'est même pas drôle.
Si la première partie passe bien, la deuxième commence un peu à lasser, quant à la troisième c'est du grand n'importe quoi.
Exit les bonnes vannes du premier opus, les jeux de mots à gogo (car oui, j'ai vu le premier et oui, j'avais ri), il ne subsiste plus grande chose dans cette nouvelle mouture dix ans après la première.
Rien n'est drôle, les scènes sont pathétiques, comme les personnages, avec un Brice qui donne envie de lui coller des baffes tant il est insupportable.
Et tant Jean Dujardin fait n'importe quoi face à la caméra.
Ce qui m'a d'ailleurs fait dire à la sortie que j'arrêtais de regarder des films avec Jean Dujardin, depuis "The Artist" il a perdu de sa superbe et un personnage comme OSS 117 lui va nettement mieux que ce Brice qu'il a pourtant créé.
Inutile de compter sur la mise en scène, il n'y en a aucune et James Huth n'a de réalisateur que le nom.
Il ne dirige rien, il n'arrive à rien, bref il ne sert à rien.
Clovic Cornillac est en-dessous de tout, Bruno Salomone est sans doute venu pour faire plaisir à son ami Jean Dujardin bref, il n'y a franchement rien à retenir de ce film, que ce soit du scénario, des vannes, des acteurs.
Moi qui pensais rire j'ai peut-être souri deux fois, je n'ai pas passé un bon moment et j'aurai sans doute mieux fait de rester chez moi que d'apporter du cash à Brice.
Je ne comprends pas ce parti-pris de ne pas faire évoluer d'un iota ce personnage, voire même de le faire régresser.
Car ne vous y trompez pas, au final il n'aura toujours rien appris, toujours rien retenu et continuera de plus belle.
Et alors le choix d'une narration par un Brice plus âgé face à des enfants à la montagne, ... ridicule alors qu'il aurait pu y avoir un soupçon de morale mais non, Brice est Brice mais parfois il faut aussi savoir faire évoluer un personnage.
Rassurez-vous, cette épidémie de non-rire dans la salle de cinéma n'a pas touché que moi, toute la salle est restée silencieuse durant le film, c'est dire !
Après la salade Niçoise, Nice a désormais sa daube Niçoise.


Mieux vaut se casser une jambe que d'aller voir "Brice 3", d'ailleurs peut-être aurai-je mieux fait de me casser de la salle tant c'est un navet et encore, le navet il sert pour faire la cuisine "Brice 3", lui, il est comme le deuxième "i" de Hawaii : il ne sert à rien.

Retour sur les lectures de novembre 2016


Côté roman, ce mois de novembre a été houleux, avec du très bon comme le formidable roman pour adolescents de Joyce Carol Oates ou le très beau "Brooklyn" et de la demi-teinte avec "Dans la lumière" de Barbara Kingsolver.
Pour contreblanacer, les bandes dessinées ont ellles toutes été à la hauteur bien que dans des genres différents, de la franchise "Walking Dead" qui ne cesse de se renouveler à deux très beaux titres issus de la collection Signé aux éditions Le Lombard.
Notez que ce mois de novembre a été en partie placé sous le signe du fantastique avec la lecture du petit livre de J. K. Rowling suite au scénario original qui en a été tiré et est sorti sur les écrans mi-novembre, j'ai d'ailleurs continué sur cette voie début décembre, ainsi que le dernier tome de la saga de Ransom Riggs.
Mon gros coup de coeur va sans nul doute à Joyce Carol Oates, une auteur qui ne cesse de m'étonner et dont la plume est vraiment magnifique, mais je ne peux également que vous conseiller "Brooklyn", à la fois le livre et le film qui en a été tiré.
Novembre, et apparemment début décembre également, n'a pas été un mois toujours évident pour la lecture, c'est pourquoi j'ai compensé avec des bandes dessinées, un format plus court qui m'a permis de garder l'envie de lire durant ce mois.
Le seul constat un peu navrant que je fais, c'est que je n'ai sorti aucun livre de ma PAL, après de nombreuses sortie cet été j'ai quelque peu réduit le rythme pour privilégier notamment des emprunts à la bibliothèque.
Qu'importe, l'important c'est de garder le plaisir de lire, donc de choisir ses lectures en fonction de ses envies et non de ses contraintes.

Emprunté à la bibliothèque

"Walking Dead Tome 19 Ezéchiel" de Robert Kirkman et Charlie Adlard
"Walking Dead Tome 20 Sur le sentier de la guerre" de Robert Kirkman et Charlie Adlard
"Brooklyn" de Colm Tóibín
"Sykes" de Pierre Dubois et Dimitri Armand
"Old Pa Anderson" de Hermann et Yves H.
"Zarbie les yeux verts" de Joyce Carol Oates

Divers

"Miss Peregrine et les enfants particuliers - Tome 3 : La bibliothèque des âmes" de Ransom Riggs
"Dans la lumière" de Barbara Kingsolver
"Les animaux fantastiques : vie et habitat" de J. K. Rowling

Zarbie les yeux verts de Joyce Carol Oates



Francesca est surnommée Franky mais aussi Zarbie les yeux verts, lorsque l’adolescente rebelle pointe sous la carapace. Elle habite à Seattle avec sa sœur Samantha et leur demi-frère Todd. Elle a tout pour être heureuse : un père riche et célèbre, une mère artiste et adorable, une somptueuse maison. Elle voue à son père Reid Pierson, un reporter sportif célèbre, une véritable vénération. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Franky sent bien que quelque chose ne va pas. (Scripto)

Francesca, surnommée Franky, est la fille de Reid Pierson, ancien sportif désormais devenu un célèbre reporter dans ce milieu, et de Krista, une femme au foyer avec un côté artiste.
Elle a un demi-frère, Todd, né d'une précédente union de son père, et une petite sœur : Samantha.
Cette jolie et riche famille Américaine bien comme il faut habite à Seattle.
Mais les apparences sont parfois trompeuses, sous la jeune fille sage se cache son double rebelle que Franky appelle Zarbie les yeux verts : "Tu devrais voir tes yeux ! Zarbie les Yeux Verts ! T'es complètement cinglée !", un personnage qui la désinhibe, d'autant que Franky se rend bien compte qu'à la maison aussi quelque chose ne va pas, sa mère Krista passant de plus en plus de temps loin de ses enfants et de son mari dans son chalet à Skagit Harbor où elle se consacre à son art.
Femme au foyer en mal de création ou femme cherchant à fuir quelque chose ou quelqu'un ?

J'ai découvert Joyce Carol Oates avec "Mudwoman", une lecture exigeante mais fantastique qui m'avait permis d'apprécier la très belle plume de cette auteur.
Je savais qu'elle avait aussi écrit quelques romans pour la jeunesse, c'est donc avec un récit de ce cru que j'ai continué ma découverte de cette auteur.
L'avantage d'un roman destiné aux adolescents, en tout cas quand il s'agit de Joyce Carol Oates, c'est que c'est un peu plus abordable d'un point de vue psychologique que ses livres à destination des adultes, c'est en tout cas ce qu'il m'a semblé.
Mais que l'on ne se méprenne pas, la psychologie des personnages, ici de Franky et de son père Reid, est extrêmement travaillée et fouillée.
La personnalité de Franky, et par ricochet de Zarbie, est assez particulière, pour ne pas dire perturbée, par les événements qui se déroulent au sein de son foyer : ils ne disent pas leur nom mais la jeune fille le ressent et sait sans le dire ce que subit sa mère.
Disons que Zarbie est une façon pour elle d'affronter la vérité sans toutefois le faire directement, un parti pris que j'ai énormément apprécié.
Ainsi, quand Franky sait au fond d'elle ce qui se passe et pourquoi sa mère a fui le foyer familial, elle préfère se ranger du côté de son père et finit même par détester sa mère et avoir à son égard des mots durs et blessants : "Elle était si faible, si pathétique ! Elle ne me faisait même plus de peine, à présent, tout ce que je voulais, c'était m'éloigner d'elle.".
Et même après la disparition mystérieuse de celle-ci, ce sentiment de protection, voire d'auto-défense, se renforce encore plus, la menant même à refuser de parler, et par conséquent de dire la vérité, lors des entretiens avec les enquêteurs : "Personne ne peut me forcer à me souvenir. J'ai le droit d'oublier.".
Zarbie est peut être une forte tête mais Franky est une jeune fille en souffrance, tout comme sa sœur Samantha, que d'ailleurs parfois elle n'hésite pas à repousser afin de pas affronter le chagrin qui l'habite également.
Ce personnage m'a beaucoup touchée, je trouve son attitude et ses réactions très réalistes pour une jeune fille de cette âge et je suis agréablement surprise de voir à quel point Joyce Carol Oates a su frapper juste dans la réaction de ses personnages et leurs attitudes.
L'autre personnalité forte et fascinante de ce roman, c'est bien entendu Reid Pierson, ce père à l'amour toxique, il n'y a pas d'autre terme pour le désigner.
Qu'est-ce que j'ai eu envie de hurler en lisant sa façon d'agir, un mot s'est imposé d'emblée dans mon esprit pour le qualifier : pervers narcissique.
Et clairement, c'en est un.
A tel point que très rapidement s'instaure un climat malsain et une certaine tension qui ne se relâchent qu'à la fin de la lecture.
Une nouvelle fois Joyce Carol Oates m'a bluffée avec son style, ici très sec, et sa tenue irréprochable de la tension psychologique qu'elle a instauré dans ce récit.
Elle livre-là un roman pour adolescents subtil qui ne peut donner qu'envie de découvrir cette auteur.
Tout y est juste et parfaitement analysé, c'est tout à fait abordable par les adolescents à partir de 13 ans, voilà une lecture qui me marquera certainement encore longtemps.

"Zarbie les yeux verts" est un roman psychologique particulièrement sensible et émouvant, mené d'une main de maître par Joyce Carol Oates, un livre dont je recommande vivement la lecture.