dimanche 15 juillet 2018

Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadona et Antonio Piazza

       
     

Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès. (AlloCiné) 


Avant un séjour en Italie quoi de mieux que d’aller voir un film Italien ?
Soyons clair, ce n’est pas l’idée du siècle que j’ai eu, non que le film soit mauvais, au contraire, mais c’est l’ambiance qui s’en dégage qui m’ a profondément marquée.
Présenté comme une transposition moderne de l’histoire de Roméo et Juliette avec en toile de fond la mafia, l’histoire est avant tout inspirée d’un fait réel plutôt inconnu en dehors des frontières Italiennes.
Le 23 novembre 1993, Giuseppe di Matteo, fils d’un mafieux repenti, est enlevé par des hommes habillés en policiers qui lui disent qu’ils vont l’emmener voir son père, alors sous protection policière, ce qui est évidemment un mensonge puisque ses ravisseurs appartiennent à la mafia.
Giuseppe restera 779 jours et nuits entre les mains de ses ravisseurs, sera déplacé d’une cachette à une autre, subira des sévices, son calvaire finissant le 11 janvier 1996, il n’est alors qu’une larve humaine que ses ravisseurs étranglent, son corps est dissous dans l’acide et ne sera donc jamais retrouvé, son père n’ayant jamais cessé sa collaboration avec la police.


Giuseppe (Gaetano Fernandez) est donc un jeune garçon comme un autre, il fascine l’une de ses camarades de classe, Luna (Julia Jedlikowska), et les deux jeunes gens entament une histoire d’amour comme l’on peut en avoir une dans les 12/13 ans.
Giuseppe est enlevé, et Luna refuse la disparition du garçon, le silence de tout le monde, et le peu d’intérêt que cet enlèvement suscite.
Tous les moyens sont bons : des affiches, se teindre les cheveux en bleu, interpeller les gens dans la rue ou sur la place, et Luna se refuse au silence, à l’oubli, à faire comme si la vie continuait et que Giuseppe n’avait jamais existé.
Elle finit par trouver un moyen d’entrer en communication avec le garçon (métaphoriquement parlant), à travers le lac qui constitue un passage d’un monde à l’autre.


Le film est présenté comme une transposition de Roméo et Juliette, c’est tout à fait le cas à une légère exception près, que je ne dévoilerai pas ici, et cette belle histoire m’a touchée fortement.
En prenant des adolescents cela colle avec les personnages de Roméo et Juliette, ici il n’est point question de familles rivales mais plus d’une rivalité entre mafieux et repentis, puisque l’enlèvement de Giuseppe est en représailles du repentir de son père.
J’ai beaucoup aimé la dimension fantastique donnée à l’histoire, avec le rôle important du lac comme transition entre le monde réel et celui fantasmé par Luna pour retrouver Giuseppe et maintenir un lien avec lui.
Il y a une forme de poésie morbide dans cette histoire et la mise en scène est particulièrement soignée.
Je ne cacherai pas que les conditions de l’enlèvement, de détention et l’exécution finale de Giuseppe m’ont mis mal à l’aise, mais c’est aussi ce qui fait que plusieurs semaines après avoir vu le film il reste gravé dans ma mémoire.
Les comédiens sont tous excellents dans leur interprétation, à commencer par les jeunes, mais les adultes ne sont pas en reste et la mère de Luna a de quoi foutre un peu les jetons avec son côté, comment dire … psychorigide ?
Pas bien sûre que le terme soit approprié mais il faut voir le film pour comprendre.
Et puis il se dégage du film une ambiance typiquement Italienne, pour ne pas dire Sicilienne, on est transporté le temps du film dans cette forêt et ce petit village pas très éloigné de la mer.
J’avais entendu parler des réalisateurs mais pas encore vu leurs films, celui-ci m’a beaucoup plu et je vais bien évidemment m’intéresser à leur filmographie.
Je retiens en tout cas que le duo fonctionne bien dans leur réalisation et qu’il est très prometteur dans le cinéma Italien, une bonne chose car cela fait bien longtemps que j’attends que le renouveau de ce cinéma, voire même qu’il retrouve son prestige d’antan.


"Sicilian Ghost Story" est un beau film onirique qui a su me mettre mal à l’aise dans le bon sens du terme, réalisé par un duo de réalisateurs qu’il va falloir suivre car ils vont continuer à faire parler d’eux dans les années à venir.

vendredi 13 juillet 2018

Don’t worry, he won’t get far on foot de Gus Van Sant

       
     

Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… Il crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie. (AlloCiné) 


Biopic signé Gus Van Sant, c’est la bande annonce qui m’a attirée vers ce film.
Et puis en principe Joaquin Phoenix est excellent dans ses interprétations.
Ce n’est pas tant la prestation des acteurs que je reproche à ce film, mais la réalisation en elle-même. Joaquin Phoenix est bon, mais il n’est pas éblouissant, idem pour Rooney Mara.
Celui qui tire à peu près son épingle du jeu est Jonah Hill, dans un rôle qui semble avoir été fait pour lui.
Et si les comédiens ne sont pas éblouissants, c’est pour ma part bel et bien à cause de la réalisation et de la mise en scène de Gus Van Sant complètement ratée.
Pourtant, ce n’est pas la première fois que ce réalisateur s’intéresse à la transposition à l’écran d’un fait réel.


Le découpage temporel est déjà chaotique, il est donc difficile de s’y retrouver ou de suivre le fil lorsque l’on passe d’un John Callahan alcoolique en fauteuil à un autre plus sobre pour le voir à l’époque où il marchait encore puis revenir à ses débuts en fauteuil.
C’est un peu comme cela pendant tout le film, j’aurai préféré une histoire présentée chronologiquement.
Là il y a trop de sauts dans le temps, je n’ai plus eu envie de me concentrer pour tout comprendre.
Idem pour le parcours de John aux alcooliques anonymes, tout son apprentissage est développé et puis vers la fin tout s’accélère et on tait au spectateur au moins trois des étapes.
La découverte du dessin par John est là aussi mal présentée, et au final n’occupe pas une si grande place que cela dans le film.
 Ses dessins sont drôles, cela ne ressort malheureusement pas tant que cela dans le film.
Il y a énormément d’humour noir dans ses dessins, et il fallait un sacré courage et une bonne dose d’autodérision pour les faire, dommage que cela ne transparaisse pas vraiment dans le film car le personnage de John est bien souvent à la limite du détestable.
Même si c’était le cas dans la vraie vie il n’était quand même pas que cela, j’ai l’impression que le film présente la personne sous son plus mauvais jour ou presque, pourtant j’ai réussi à entrevoir la réalité derrière le masque.
Et puis la mise en scène n’est pas franchement recherchée, trop sobre elle manque d’un petit quelque chose qui aurait pu rendre ce film beaucoup plus émouvant.


Je crains fort que "Don’t worry, he won’t get far on foot" ne soit pas allé bien loin dans le box-office, la faute à un manque total de relief et à une réalisation chaotique.

dimanche 8 juillet 2018

Challenge d'été 2018 - Destination PAL par Lili Galipette


Cet été encore, Lili Galipette est heureuse de nous convier à son bord pour une destination d'été vers note PAL.

PAL ? Pile A Lire (les livres qui s'accumulent, s'accumulent, d'accumulent ...)

Le voyage commence le 20 juin jusqu'au 1er septembre.

Le but : dégommer sa PAL et surtout prendre plaisir à lire !

Cette année, comme en 2017, j'ai choisi de participer avec une PAL d'été, sélectionnée dans mes livres "papier" et numériques.

Ma PAL d'été

Dark Matter de Blake Crouch
Prête à tout de Joyce Maynard
Ils vivent la nuit de Dennis Lehane
Le club Jane Austen de Karen Joy Fowler
Astérix et le transitalique de René Goscinny et Albert Uderzo, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad
Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson
Mercy Mary Patty de Lola Lafon
Ravage de René Barjavel
Le voyageur imprudent de René Barjavel
Le grand secret de René Barjavel
Malevil de Robert Merle
La mort est mon métier de Robert Merle
Le puits des histoires perdues de Jasper Fforde
Les raisins de la colère de John Steinbeck
Autorité de Jeff VanderMeer
Acceptation de Jeff VanderMeer
Ce que murmurent
Jézabel d'Irène Némirovsky
La balle de Lila K de Blandine Le Callet
La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier
Les années d'Annie Ernaux
Mange, prie, aime d'Elizabeth Gilbert
La condition pavillonnaire de Sophie Divry
Miss Alabama et ses petits secrets de Fannie Flagg
Le passeur de Lois Lowry
Toute la lumière que nous ne pouvons voir d'Anthony Doerr
Best love Rosie de Nuala O'Faolain
Les suprêmes d'Edward Kelsey Moore
Carrie de Stephen King
Christine de Stephen King
I.R.L d'Agnès Marot
Princesse Maorie de Bernard Simonay
Le secret du mari de Liane Moriarty
La tente rouge d'Anita Diamant
13 raisons de Jay Asher
La liste de Shiobhan Vivian
Nos étoiles contraires de John Green
Le monde de Charlie de Stephen Chbosky
Eleanor & Park de Rainbow Rowel
Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
Cantique des plaines de Nancy Huston
Méridien de sang de Cormac McCarthy
Le dernier homme de Margaret Atwood
Le temps du déluge de Margaret Atwood
MaddAddam de Margaret Atwood
L'empire du soleil de J. G. Ballard
Les douze pendules de Théodule d'Alfred Hitchcock
Fais-moi peur de Malika Ferdjoukh
La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens
Franck Tome 1 de Cossu et Bocquet
Le monde de Milo de Marazano et Ferreira

dimanche 3 juin 2018

Les misérables d'après l'oeuvre de Victor Hugo, dessins SunNeko Lee

L

Dans la France chaotique du XIXe siècle, Jean Valjean sort de prison. Personne ne tend la main à cet ancien détenu hormis un homme d’église, qui le guide sur la voie de la bonté. Valjean décide alors de vouer sa vie à la défense des miséreux. Son destin va croiser le chemin de Fantine, une mère célibataire prête à tout pour le bonheur de sa fille. Celui des Thénardier, famille cruelle et assoiffée d’argent. Et celui de Javert, inspecteur de police dont l’obsession est de le renvoyer en prison ! Une fresque historique et sociale, à travers les yeux de Valjean, pour redécouvrir les injustices et la vie difficile des Français, dans un contexte révolutionnaire. (Nobi Nobi)

*Toussote un peu gênée*
Je n'ai pas lu le roman de Victor Hugo, ô je connais pourtant l'histoire mais l'occasion ne s'est jamais présentée, je n'ai pas travaillé cette oeuvre à l'école, pourtant je me souviens avoir vu de bonnes adaptations en film de ce célèbre roman.
Alors en manga, qu'est-ce que cela donne ?
Autant le dire tout de suite, lire l'adaptation d'un grand roman, pour ne pas dire monument, de la littérature Française avec des dessins de style Japonais cela fait vriller l’œil au début, et puis on s'y habitue.
Dans le fond, ce n'est pas ce qui m'a le plus dérangée dans cette lecture, j'ai la sensation que la trame majeure de l'histoire y est mais qu'il en manque tout de même une partie.
Par moment j'ai eu l'impression qu'il y avait des sauts dans l'histoire, puis un retour en arrière pour expliquer la situation présente, bref que certains raccourcis ont été pris.
C'est une histoire dense et ce n'était pas gagné de la transcrire au format manga, pour le coup cela se lit bien et à part cette impression de sauts dans l'histoire c'est plutôt bien fait.
Maintenant ce n'est pas pour autant que je pense lire le roman, ou alors pas tout de suite, et inutile de me siffler j'assume totalement.

Cette adaptation en manga ne ravira sans doute pas les puristes de cette œuvre mais elle peut consister un bon début pour permettre à un lectorat jeune de commencer à découvrir les chefs-d'œuvre de la littérature Française.

samedi 21 avril 2018

Gen d'Hiroshima - Tome de Keiji Nakazawa


Notre héros est désormais un homme ; il a trouvé sa voie : il sera dessinateur. Regardant les presque dix années qui déjà le séparent de la Bombe, et tout en continuant de vivre, il se sent plus que jamais investi du devoir de mémoire. (Vertige Graphic)

Ce dixième volume (déjà !) de Gen d'Hiroshima se déroule en 1953, soit presque 10 ans après la bombe atomique.
Gen continue son apprentissage du dessin, il vit toujours avec Ryûta et Katsuko, ne semble plus avoir de nouvelles de ses frères, et va connaître sa première histoire d'amour avec Mitsuko, qui va se révéler être la fille de son patron qu'il n'aime pas car ce dernier ne cesse de glorifier les soldats et la guerre.
Mais cette histoire va connaître une fin tragique car dix ans après les conséquences de la bombe sont toujours présentes et les gens continuent de mourir de mystérieuses maladies qui se déclenchent subitement et ne leur laissent qu'un mince espoir de survie.
Gen va devoir affronter un nouveau drame et une fois de plus relever ses manches pour avancer et continuer sa vie.

Il n'y a rien de réellement nouveau dans ce dixième et dernier tome de la série, les personnages luttent pour leur survie, si ce n'est pas une maladie liée à la bombe qui les ronge ils peuvent tomber entre les mains des yakuzas ou de la drogue, comme l'un des amis de Gen.
Génération livrée à elle-même, voici ce que je retiens de la vie des jeunes gens dans l'après-guerre.
Où des jeunes gens comme Ryûta, ou encore Gen, doivent se battre quotidiennement pour s'offrir un avenir, en espérant rester en vie le plus longtemps possible pour voir leurs rêves se concrétiser : "Quelle que soit la difficulté, je baisserai pas les bras ! Je resterai en vie plus que jamais !".
Une nouvelle fois Gen va devoir se battre, partir pour la grande ville pour y faire des études et vivre de son art, faire entendre et connaître sa parole au monde entier pour essayer de le changer : "Tu dois te battre pour ton avenir ! Pour être quelqu'un de bien qui parle au monde entier !".
Et comme un leitmotiv dans toute cette série il y a encore des images du bombardement atomique dans ce tome, il y en a d'ailleurs dans chacun, pour rappeler que cela a existé, les horreurs qui en ont découlé, et que sans ce bombardement les personnages n'en seraient pas au même point aujourd'hui.
Le bombardement atomique a traumatisé une génération, l'auteur en tout cas le fut c'est pourquoi il ne cesse d'en dessiner des images, afin que personne n'oublie jamais, et ne recommence.
Mais c'une génération qui se bat aussi pour que la guerre n'ait plus jamais lieu et surtout que des horreurs comme les bombardements atomiques ne se reproduisent plus.
Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Le constat est amère, les gouvernements successifs n'ont été issus que d'une droite ouvertement nationaliste qui a fait le lit du négationnisme, à tel point qu'aujourd'hui la majorité des Japonais ignorent, sinon nient, leurs terribles responsabilités dans la Seconde Guerre Mondiale (réflexion issue des notes de fin de tome de l'édition 2007, peut-être cela a-t-il évolué aujourd'hui).
Avec cette autobiographie plus ou moins romancée, Keiji Nakazawa a fait plus que raconter le bombardement atomique, il a surtout livré un témoignage exceptionnel sur le Japon d'après-guerre, rendant compte de l'évolution d'une nation où l'arrogance impérialiste fait place au désespoir d'une défaite humiliante à partir de laquelle une nation va devoir se reconstruire.
Tout cela à travers le prisme des petites gens qui malgré eux vont vivre l'Histoire à travers leur multitude d'histoires personnelles.
Je ne cacherai pas que j'ai été triste de quitter Gen et ses amis, parce que j'aurai voulu savoir ce qu'il advenait d'eux, tout particulièrement ses amis car pour Gen il est facile de le deviner quand on s'intéresse à la vie de l'auteur.
Mais surtout, il n'est plus possible aujourd'hui d'interroger Keiji Nakazawa, ou qu'il livre d'autres œuvres sur cette période de l'Histoire, parce qu'il est mort il y a quelques années, emporté par le cancer (ô surprise), alors qu'il avait sans doute encore tant de choses à raconter, à dessiner.
Il reste son oeuvre majeure, "Gen d'Hiroshima", dont la place au panthéon de la littérature est plus que mérité.

"Gen d'Hiroshima" est une oeuvre complexe sous des abords simples qui reste encore trop méconnue et pas forcément appréciée à sa juste valeur.
Pour ma part, j'ai le sentiment d'avoir découvert l'une des histoires les plus remarquables sur la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences que je place au même niveau que "Maus" d'Art Spiegelman.

dimanche 15 avril 2018

Harry Potter et l'enfant maudit de J. K Rowling, Jack Thorne et John Tiffany


Être Harry Potter n'a jamais été facile et ne l'est pas davantage depuis qu'il travaille au cœur des secrets du ministère de la Magie. Marié et père de trois enfants, Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, tandis que son fils Albus affronte le poids d'un héritage familial dont il n'a jamais voulu. 
Quand passé et présent s'entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : les ténèbres surviennent parfois des endroits les plus inattendus. (Gallimard)

J'ai attendu que la frénésie se calme pour découvrir ce nouvel opus de Harry Potter, sous forme de théâtre cette fois-ci.
La pièce démarre plusieurs années après la fin du dernier tome du roman, les deux aînés du couple Potter vont à Poudlard mais rien ne se passe bien pour le jeune Albus qui se retrouve à Serpentard, se lie d'amitié avec le fils Malfoy, et a beaucoup de mal à supporter l'héritage familial et son prestigieux père, lui qui n'a rien demandé et a bien du mal à aligner une formule ou une potion correctement.
L'appel des ténèbres n'est alors jamais loin, et une ombre sinistre du passé que tout le monde croyait à jamais disparu refait surface, Voldemort est de retour : "Tu vois toujours avec mes yeux, Harry Potter.", et pire, le passé pourrait être modifié et certaines personnes ne jamais avoir existé ou être déjà mortes : "Alors - tout simplement - la plupart de ceux qui sont présents dans cette salle auront disparu, nous n'existerons plus et Voldemort détiendra à nouveau le pouvoir.".
Père et fils vont se lancer dans une quête commune, découvrir que les ténèbres peuvent surgir d'endroits où l'on ne s'y attendait pas, et peut-être avoir une relation plus apaisée.

Ce qui frappe à la lecture de cette pièce c'est l'impression d'avoir quitté les personnages et l'univers magique hier, mais surtout le lecteur y découvre un Harry Potter quelque peu changé, en difficulté car n'arrivant pas à communiquer avec l'un de ses enfants, avançant comme excuse qu'il n'a jamais eu de modèle familial, dont les mots sont parfois blessants et vont plus loin que la pensée.
En somme, un Harry Potter loin de l'image de perfection qui pouvait être faite précédemment, un Harry Potter qui en veut aussi à Dumbledore, ce dernier lui offrant une sacrée leçon de vie à travers un tableau : "Harry, il n'existe pas de réponse parfaite dans ce monde d'émotions et de désordre. La perfection est hors de portée de l'espèce humaine, hors de portée de la magie. Dans chaque instant rayonnant de bonheur, il y a cette goutte de poison : la conscience que la douleur reviendra. Pour un humain, souffrir, c'est comme respirer.".
Cela fut une belle surprise de cette lecture, outre la forme retenue pour cette histoire : une pièce de théâtre.
Je serai même très curieuse de voir ce que cela donne sur scène tant il y a des changements de décors à quasiment chaque scène.
C'est vraiment bien fait, visuel, il y a une intrigue même si certaines ficelles sont faciles à deviner, et quel plaisir de retrouver des personnages connus et d'en découvrir de nouveau.
Décidément, l'univers de Harry Potter est indémodable, universel, et ne prend pas une seule ride, pour le plus grand bonheur des lecteurs du monde entier.

"Harry Potter et l'enfant maudit" offre une nouvelle renaissance à la saga Harry Potter qui a vu le jour il y a déjà plus de vingt ans et rappelle, si tant est que vous ayez pu l'oublier, à quel point J. K. Rowling a marqué la littérature mondiale.

samedi 7 avril 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré


Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. (Grasset)

J'ai dans les quinze ans, c'est un samedi après-midi et je travaille sur mes devoirs avec la radio, une émission sur le cinéma (et oui, déjà à l'époque. Je dois en grande partie à Remo Forlani mon amour du cinéma, mais ceci est une autre histoire).
L'invitée du jour est Isabelle Carré, une comédienne plutôt jeune et méconnue mais que j'apprécie déjà beaucoup et que j'ai vu plusieurs fois au cinéma.
Elle parle d'elle, de ce qui l'anime, de ce qu'elle aime faire, de la danse qu'elle pratique pour se défouler, du théâtre.
Dans le fond, elle ne parle pas vraiment d'elle-même, ou alors superficiellement, mais ça je ne l'ai compris qu'aujourd'hui.
J'aime cette actrice, je n'ai cessé de la suivre dans ses rôles depuis lors mais jamais au grand jamais je n'aurai pu me douter de ce qui se cachait derrière cette personne qui apparaissait si équilibrée, si sûre d'elle, banale en somme.
Jamais je n'aurai pu deviner ce qu'a été son enfance, le secret de son père qui a fait exploser sa famille, ses tentatives de suicide, cette vie de quasi bohème qu'elle mène encore adolescente seule dans un appartement, et sa rencontre avec le théâtre qui lui sauve la vie en quelque sorte et lui permet de trouver sa voie et de tracer son chemin.
Au fond, Isabelle Carré a bien raison de dire : "Je suis une actrice connue, que personne ne connait.".
Et c'est dans ce premier livre qu'elle se dévoile, en repartant sur les traces de son enfance et de cette famille dans laquelle elle a grandi, et rêvé surtout, car ses parents n'ont jamais mis de limites à leurs enfants contrairement à d'autres : "Certains adultes s'inquiètent de voir les enfants rêver.", il faut dire aussi que cette enfance se passe dans les années 70.

Isabelle Carré nous parle tout d'abord de sa mère, cette jeune femme issue de la bourgeoisie, enceinte et donc cachée dans un appartement de banlieue et qui au dernier moment va refuser que son enfant soit adopté et au contraire le garder, et l'élever avec un homme qu'elle a rencontré quelques mois avant et qui l'accepte tel qu'elle est, son sauveur d'une certaine façon mais qui demandera la monnaie de sa pièce quelques années plus tard : "Dans les films, les héros sauvent toujours les femmes en détresse sans contrepartie, pour la beauté du geste. Et dans la vraie vie ?".
La petite Isabelle naît, puis son frère, et la fratrie est joyeusement élevée dans un appartement qui voit défiler du beau monde, le père est artiste, la mère s'essaye à beaucoup de choses, mais la petite Isabelle a cette impression et ce rêve récurrent que sa mère ne la voit pas : "Je sais bien que ce n'est qu'un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer : ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d'aucun danger, elle n'est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s'en va.".
Et puis la famille explose, le père reconnaît officiellement son homosexualité, part vivre avec un homme, et tout va à vau-l'eau : la mère est en dépression, Isabelle aussi, après une tentative de suicide elle est hospitalisée et c'est alors que vient la révélation, celle de faire du théâtre pour expurger ce trop-plein qui l'habite : "Et si c'était la solution, s'inscrire dans un cours de théâtre, accepter que ça déborde ? Il y aura la sécurité du cadre, du cadre de scène, ou celui défini par la caméra, pour contenir, s'autoriser, et m^me encourager ce qui, dans la vie courante, est toujours en trop.".
Il est difficile d'imaginer que toute cette enfance et cette adolescence se cache derrière cette actrice si connue, toutes des douleurs et ces épreuves racontées pour la première fois.
Si au début l'auteur parle beaucoup de sa mère, s'attarde sur cette femme aux prises avec les conditions de son milieu qui finit par s'en affranchir et donc rompt les ponts avec sa famille, après avoir brossé son enfance elle part dans plusieurs directions en mélangeant un peu les époques mais sans jamais perdre le lecteur.
La finalité de ce livre c'est de raconter son vécu, de permettre au lecteur, qui bien souvent sera aussi un spectateur, de découvrir Isabelle Carré hors champ.
Elle a des mots durs pour décrire la famille d'où elle est issue : "Je suis le fruit d'un malentendu, d'une lettre déchirée trop vite. Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s'avouer quelle sorte de vie il souhaitait déjà, et ma mère jetant sa dernière chance au panier. Le fruit de deux orgueils blessés, qui se sont réchauffés un moment.", mais dans le même temps elle est aujourd'hui apaisée, elle a fait le deuil de sa colère qui la poussait à s'auto-détruire, elle a fini par accepter qui elle était et d'où elle venait.
J'ai beaucoup apprécié son style, ainsi que sa franchise, j'ai senti qu'il n'y avait plus de rancune, il y a eu beaucoup de douleur mais aujourd'hui tout cela appartient au passé.
Le métier de comédienne a été libérateur pour elle, c'est un exutoire à ses démons, j'ai d'ailleurs trouvé très émouvant le passage où elle liste tous les rôles interprétés au cinéma, à la télévision ou au théâtre.
Elle a été tout cela, mais aujourd'hui elle est elle-même, et pour la première fois elle livre sa vie privée, elle a osé le faire, aller jusqu'au bout, c'est à la fois beau et émouvant tout en étant réussi.
Difficile de ne pas être touchée par cette confession qui a changé le regard que je poserai désormais sur cette comédienne et ses rôles.

Avec "Les rêveurs" Isabelle Carré tombe le masque de la comédienne pour dévoiler la femme qui se cache derrière, un premier roman tout en sensibilité et à fleur de peau, une découverte émouvante.

lundi 2 avril 2018

Ready Player One de Steven Spielberg

       
     

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu'un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d'un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant. (AlloCiné)


Il y a un an je découvrais et je lisais "Player One" d'Ernest Cline, roman de science-fiction truffé de références aux années 80, et j'apprenais que Steven Spielberg allait l'adapter au cinéma.
Le film est désormais sur les écrans depuis quelques jours, alors le résultat est-il à la hauteur des espérances ?
Je ne cacherai pas qu'à la vue de la bande annonce j'avais quelques doutes : des divergences avec le livre sautaient aux yeux, la différence majeure concernant l'apparence physique de Wade alias Parzival dans l'OASIS.
Mais la curiosité étant plus forte que tout j'avais hâte de voir cette adaptation en grand écran, d'autant que Steven Spielberg aime avoir recours à la technologie et n'a jamais déçu jusqu'à présent dans ce genre de film.


Après une introduction permettant au personnage principal de se présenter et de parler du monde en 2045, de l'OASIS, le monde virtuel dans lequel les gens se réfugient, de ses créateurs et de la chasse à l’œuf qui s'est ouverte il y a cinq ans à la mort de James Halliday, l'un des pères fondateurs de l'OASIS connu sous le pseudonyme d'Anorak dans le monde virtuel, l'action démarre enfin.
Cette introduction est bien évidemment nécessaire, tout particulièrement si vous n'avez pas lu le livre ou alors il y a longtemps, car il faut se mettre dans le bain et se plonger dans l'univers.
Ce n'était pas gagné dès le départ, d'autant que le roman d'Ernest Cline prenait le temps de poser son sujet, mais l'auteur ayant contribué au scénario il a su transcrire l'univers de son roman dans un format plus court tout en permettant au spectateur de comprendre les tenants et les aboutissants (l'autre scénariste est Zak Penn pour l'information).
Le roman d'Ernest Cline est lui-même truffé d’œufs de Pâques : i.e. de références aux années 80 et à la pop culture, dont des films de Steven Spielberg.
Par souci de modestie, le réalisateur a décidé de supprimer les références à ses films et de n'en garder que deux, mais il a eu l'intelligence de truffer le film de références à la pop culture et au cinéma.
Pour citer pêle-mêle des personnages ou des objets croisés : King Kong, le T Rex de Jurassic Park, Alien (le monstre mais aussi les armes), Zelda, Chucky, Akira, Retour vers le futur, mais la plus grande scène est sans doute celle dédiée à Shining avec la reproduction de l'Overlook hôtel et ses chambres, enfin la chambre 237 surtout.
Non seulement le réalisateur a truffé le film de références mais il en joue aussi, provoquant le rire de la salle lors de certaines scènes.
J'ai réellement apprécié que les références aient été conservées dans le film, même si elles sont présentées de manière différente, c'était ce qui faisait en grande partie le charme du roman et qui restera sans doute du film.


Pour que le film garde tout son attrait, il fallait évidemment que les personnages se rencontrent assez rapidement, je parle des personnages du monde réel puisqu'ils se connaissent déjà dans l'OASIS.
Il n'était donc pas envisageable que Wade continue à être un loup solitaire trop longtemps, mais la surprise concernant l'un des personnages a été conservé je suis donc plutôt satisfaite des libertés qui ont été prises.
Quant au personnage de Wade qui connaît une évolution physique dans le roman je comprends que cela n'ait pas été possible dans un format de deux heures.
Tout comme IOI et les Sixers sont évoqués et présents mais pas de façon aussi fouillée que dans le livre.
Art3mis se retrouve à la tête d'une rébellion, pourquoi pas, la mode est apparemment aux jeunes femmes fortes et courageuses, disons que le personnage a été arrangé pour permettre aux filles de s'identifier à quelqu'un.
Tye Sheridan a été choisi pour incarner Wade, ce jeune acteur ne m'est pas inconnu et il colle finalement bien au personnage tel qu'il est rpésenté dans le film.
Les actrices comme Olivia Cooke et Lena Waithe m'étaient inconnues, par contre Steven Spielberg a aussi fait appel à des acteurs plus connus comme Ben Mendelsohn ou Mark Rylance, acteur qui a déjà participé à deux autres films du réalisateur.
Le casting se révèle donc bien pensé par rapport aux personnages et servira sans doute de tremplin pour les jeunes comédiens.


L'autre point fort de ce film est dans sa réalisation et le recours aux effets spéciaux, tout particulièrement à la réalité virtuelle.
L'histoire alterne entre le monde réel et celui virtuel de l'OASIS, même si Steven Spielberg a déjà travaillé avec la motion capture il a dû ici recourir aux dernière technologies en matière de réalité virtuelle pour réaliser le film dans un univers alternatif.
C'est extrêmement bien fait et je regrette même de ne pas l'avoir vu en 3D, ce qui amène sans doute un plus à l'ensemble.
Les acteurs ont également dû travailler en motion capture, une première pour eux, afin d'alterner entre le réel et le virtuel.
D'un point de vue technique le film est particulièrement réussi, il n'aurait pas été possible de le réaliser sans toutes ces possibilités, d'autant que l'histoire se passe en grande partie dans l'OASIS.
J'attendais beaucoup visuellement de "Valérian et la cité des mille planètes", j'en viendrai presque à dire que ce film est plus discret à ce niveau, il en jette moins mais ça passe mieux (je sais, ça n'est pas bien de comparer ... mais parfois c'est nécessaire).
De voir également en images cette histoire m'a permis de mieux visualiser certaines choses décrites dans le livre comme les piles de Columbus que j'avais du mal à m'imaginer lors de ma lecture.
Pour la photographie, Steven Spielberg a fait appel à un habitué : Janusz Kaminski, et je dois dire que son travail est tout à fait remarquable et sert à merveille le film.
Pour la musique, Steven Spielberg n'a pas pu faire appel à son fidèle John Williams, déjà pris avec celle de "Pentagon Papers", c'est donc Alan Silvestri qui prend le relais et ma foi, j'ai beaucoup aimé l'ambiance sonore dégagée par le film.
Décidément, Steven Spielberg nous a régalé avec deux films à l'écran en quelques mois, d'un genre totalement différent mais tout aussi maîtrisé l'un comme l'autre, et si vous pensiez que Steven Spielberg était un peu out voire déjà à la retraite c'est raté, il revient au meilleur de sa forme avec ce "Ready Player One" et m'emballe de nouveau en tant que cinéaste comme il y a quelques années.
J'envisage même très sérieusement de l'ajouter à ma cinémathèque lors de sa sortie, notamment dans sa version en 3D (et pour ceux me connaissant il est très rare que j'achète des films et surtout que j'attende leur sortie pour le faire immédiatement).


Le game est loin d'être over, la partie ne fait que commencer, alors "Ready Player One" et go dans les salles de cinéma pour voir ce très bon film de science-fiction signé Steven Spielberg.