lundi 22 janvier 2018

Downsizing d'Alexander Payne

       
     

Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le "downsizing". Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours. (AlloCiné)


Pour ce premier film de l'année 2018 chroniqué, je vous propose ... de rétrécir !
Le film commence mystérieusement : un scientifique fait des essais sur une souris, le spectateur ne voit rien du résultat obtenu mais le scientifique clame haut et fort que ça y est, ils ont réussi.
Un an plus tard se tient une conférence, et là est révélé une expérience menée depuis plusieurs mois : la réduction d'humains à une taille d'environ 12 cm, réduisant la place occupée sur Terre mais aussi les déchets.
Devant un écran de télévision, le jeune Paul Safranek (Matt Damon) découvre ce processus et en est ébahi.
Les années passent, les processus de réduction d'êtres humains via l'opération dite de "downsizing" se multiplient, permettant ainsi aux personnes d'augmenter considérablement leur niveau de vie dans des cadres de vie qui leur sont dédiés.
Paul a pris de la bouteille, il est désormais marié à Audrey (Kristen Wiig), sauf que la vie est toujours aussi difficile pour lui (il habite toujours dans la maison de son enfance) et bientôt, ils se laissent séduire par l'opération de downsizing afin de rejoindre une communauté dans laquelle vit déjà un couple d'amis.
Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu, mais une chose est sûre : Paul va vivre une aventure qui changera sa vie de façon radicale.


La bande annonce du film est particulièrement bien faite, elle est intrigante, plante le décors sans trop en dire, et ne reflète qu'une facette du film qui est bien plus riche (il dure d'ailleurs un peu plus de deux heures).
Pour ce premier film vu en 2018, c'est une belle surprise, j'ai particulièrement apprécié la mise en scène et les effets spéciaux qui non seulement sont très bien faits mais ne se ressentent absolument pas à l'écran.
Miniaturiser des acteurs n'est jamais une chose aisée, ici le procédé passe comme une lettre à la poste, à tel point que j'ai parfois oublié que le personnage était désormais un modèle réduit d'environ 12 cm.
Tourné en grande partie en Norvège, le film offre aussi des paysages à couper le souffle.
Et une réflexion sur l'écologie et l'impact de l'Homme sur la planète.
"Downsizing" est clairement un film écolo, c'est en tout cas le point de départ des travaux des scientifiques qui cherchent à réduire l'impact de l'Homme sur la planète, prédisant une fin proche de l'espèce humaine.
Sauf que cette bonne et généreuse idée de départ n'a pas anticipé les travers qu'un tel mode de vie pouvait engendrer - au final, que l'on soit petit ou grand certains cherchent des combines pour trouver de l'argent et exploiter des gens, la misère est toujours présente et cachée -, l'idéologie de départ vire même en secte.
Limite le message final véhiculé pourrait être pessimiste, mais le film se conclut tout de même sur une note d'espoir grâce à la générosité de certaines personnes vis-à-vis des plus démunis, l'espèce humaine à taille réelle ou réduite n'est donc pas entièrement pourrie.


Outre l'aspect écologique du scénario, ce film équivaut aussi au genre littéraire du roman picaresque, grâce au personnage de Paul Safranek.
Paul est un gentil garçon, honnête, un peu pathétique comme lui fait remarquer son excentrique voisin Dusan (excellent Christoph Waltz), qui au travers de son périple plutôt pittoresque va croiser diverses couches de la population et changer son regard sur la vie.
Et tout cela grâce à une femme, Ngoc Lan Tran (Hong Chau), une Vietnamienne emprisonnée dans son pays et réduite de force qui va filer une sacrée leçon de vie (et de courage) à Paul.
C'est sans doute ce qui m'a le plus plu dans ce film, l'évolution du personnage de Paul, son ouverture d'esprit sur le monde et sur les autres, et arrêter de se concentrer uniquement sur soi.
Le casting est une franche réussite, Matt Damon est excellent dans son interprétation, tout comme Christoph Waltz, et la révélation du film est sans nul doute Hong Chau qui tient la dragée haute à ses collègues masculins.
Il y a une flopée de seconds rôles qui donnent une profondeur au film (Laura Dern dans sa baignoire), je n'ai pas vu le temps passer dans mon fauteuil.
Je ne trouve vraiment rien à redire à ce film qui tient toutes ses promesses et offre un beau moment de spectacle.


"Downsizing" est un grand film de ce début 2018, mon conseil est de courir le voir et de se laisser réduire - et séduire - par celui-ci !


       
     

       
     

dimanche 21 janvier 2018

Breaking the wall de Claire Gratias


Berlin, juillet 1989. À l'Est, Markus Schloss se mure brutalement dans un silence incompréhensible et rumine un passé douloureux. À l'Ouest, Klaus Weber accepte pour la première fois de raconter son histoire à une documentariste française. À la croisée de leurs deux destins, une même jeune fille, Anna, dont le Mur a brisé les rêves. Et pour tous les trois, l'ombre de la trahison et la volonté de comprendre. (Syros)

Mon regard a été attiré par ce livre sur un présentoir de la bibliothèque, l'histoire et le thème m'ayant intéressée je l'ai donc emprunté.
L'histoire alterne entre plusieurs récits, d'abord en 1989 avec du côté Est Markus, victime d'un accident vasculaire cérébral, et du côté Ouest Klaus, racontant pour la première fois comment il a pu passer d'un côté à l'autre à une documentariste Française; puis avec le journal intime d'Anna, plusieurs années en arrière, une jeune femme que les deux hommes ont connu et dont le Mur a brisé ses rêves.
L'introduction du récit est mystérieuse, elle ne prendra un sens qu'à la fin, et comme moi vous irez sans doute la relire pour l'apprécier pleinement.
J'ai beaucoup apprécié cette histoire, d'abord parce qu'elle se passe en Allemagne en 1989, quelques jours avant la chute du Mur, un événement qui m'a marquée enfant, mais aussi parce qu'il est plutôt rare de trouver - en tout cas pour ma part - en littérature des romans traitant de la vie à cette époque à la fois du côté Est et du côté Ouest.
Ce roman a le mérite de proposer les deux points de vue ainsi que d'aborder la police secrète régnant à l'Est et espionnant toute la population pour notamment éviter les fuites à l'Ouest.
Klaus a pu fuir, mais le prix à payer fut cher et aujourd'hui, comme beaucoup d'autres, il rêve de la chute du mur et d'une réunification des deux côtés : "Je trouve que l'Allemagne a payé bien cher le prix de la Seconde Guerre mondiale. Depuis vingt-huit ans, elle souffre dans sa chair et doit continuer à vivre coupée en deux, déchirée par une blessure qui ne guérit pas.".
Au milieu de ces hommes il y a Anna, dont le récit est proposé par le prisme de son journal intime, une jeune femme touchante avec ses rêves et ses envies, mais dont le destin sera lui aussi cruel à cause du Mur et de la Stasi.

Ce roman jeunesse a reçu plusieurs prix littéraires historiques, c'est amplement mérité car le sujet est très bien traité, complètement à la portée d'un public jeune, et les personnages sont attachants.
J'ai apprécié la construction narrative ainsi que le style de Claire Gratias, je ne regrette absolument pas de l'avoir emprunté en grande partie pour sa couverture et son titre rappelant la chanson "The Wall" de Pink Floyd, cela m'a permis de découvrir cette auteur jeunesse dont je chercherai à lire d'autres romans.
J'ai trouvé tout à fait ce que je cherchais dans ce récit qui, mine de rien, est bien documenté sur les conditions de vie à Berlin Est.
Même si une bonne partie de l'histoire est dramatique, l'auteur réussit à finir sur une forme de note d'espoir, je trouve cela appréciable et pas forcément évident de prime abord étant donné le thème traité.
Au passage, ce n'est pas la première fois que je lis un roman édité chez Syros et je constate à chaque fois que cette maison d'édition propose des auteurs et des textes de qualité, à recommander pour tous ceux, notamment les adolescents, qui chercheraient une bonne maison d'édition jeunesse pour y piocher leurs prochaines lectures.

Je conseille la lecture de "Breaking the wall" de Claire Gratias à tous ceux, jeunes ou moins jeunes, cherchant un récit historique sur le Mur de Berlin et la vie du côté Est de la fin des années 60 à la chute du Mur.

samedi 20 janvier 2018

Gen d'Hiroshima - Tome 6 de Keiji Nakazawa


Trois années ont passé depuis que la bombe atomique a ravagé Hiroshima ; les survivants tentent de reprendre le cours d'une vie qui, si elle n'aura plus jamais rien de " normal ", doit néanmoins continuer. Plus que jamais dans ce nouveau volume, Gen et ses compagnons sont les témoins des fossés qui divisent et déchirent le peuple japonais : victimes de la bombe qui effraient ceux que l'explosion a épargnés ; sans-abris qui côtoient les profiteurs et les mafieux enrichis par la guerre. (Vertige Graphic)

Ce sixième tome de "Gen d'Hiroshima" se déroule du printemps 1948 à l'été 1949, soit une période de temps plutôt courte mais marquant un tournant dans le Japon d'après-guerre.
La situation est toujours très tendue, la nourriture manque, les yakuzas profitent de plus en plus du système, mais la révolte gronde au sein de la population qui n'hésite plus à se rebeller, une agitation sociale gagne les villes et les travailleurs.
Dans le même temps, c'est la montée du communisme en Chine, et les Américains n'ont qu'une seule crainte : que cette idéologie gagne le Japon.
C'est pourquoi des dialogues s'instaurent entre les Américains et les Japonais pour rétablir la situation.
Gen a onze ans, il a mûri mais ses tribulations ne sont pas finies pour autant, la vie est difficile, la rancœur est tenace vis-à-vis de ceux ayant voulu la guerre et des Américains pour les bombes atomiques lâchées sur le Japon : "C'est sur ceux qui ont oublié nos souffrances ... qui ont déclenché la guerre et qui mènent encore la belle vie qu'il faut jeter des pierres !".
La mère de Gen est gravement malade, elle ne peut que constater, affaiblie, les efforts de ses enfants et de leurs amis pour lui rendre la vie plus facile et la soigner : "C'est si dur ! Si injuste ! Dire que des enfants subissent tout cela à cause d'une bombe ! Leur vie est bien dure ... si dure.".
Survivre reste donc un combat quotidien face à l'injustice et la misère.

Sans doute fallait-il cet ouvrage pour se rendre compte des souffrances endurées par les Japonais, des difficultés de survie dans les années d'après-guerre et de la mise au ban de la société des victimes des deux bombardements atomiques.
Plusieurs années ce sont passées mais des maladies continuent toujours de se déclarer, tandis que les personnes brûlées sont traitées comme des pestiférés.
Au hasard d'une déambulation, Gen va sauver du suicide une jeune femme dont il a croisé le chemin dans les jours ayant suivi le bombardement d'Hiroshima : Natsue, brûlée au visage et dont la carrière de danseuse s'est stoppée net en 1945.
Natsue n'en peut plus de cette vie, elle ne cherche qu'à mourir, pourtant Gen va l'emmener vivre avec ses amis et finit par lui montrer qu'il y a pire situation que la sienne, et que les gens n'abandonnent pas mais cherchent au contraire à s'en sortir malgré tout.
Une claque nécessaire pour Natsue, mais aussi pour Katsuko, elle aussi marquée par les brûlures sur son corps.
Des vies brisées, il n'y a presque que cela dans cette série, mais des vies qui se reconstruisent malgré tout et portent l'espoir d'une vie meilleure.
Dans les années qui ont suivi les bombardements atomiques les suicides ont été monnaie courante, particulièrement chez les femmes.
J'ai aussi été marquée par les choses que des enfants ont dû faire pour survivre, à l'image de Ryûta qui n'hésite pas à voler un clan de yakuza pour permettre à la mère de Gen d'être hospitalisée, ce qui lui vaudra la maison de correction pendant plusieurs mois.
Les enfants devaient devenir des adultes et assumer des tâches et la survie de leur famille ou de ce qu'il en restait, voilà ce qui frappe à la lecture de cette histoire.
Les dessins pourraient laisser penser que les personnages ne grandissent pas, il n'y a pas de modification frappante dans l'apparence de Gen, mais les années qui s'écoulent se ressentent dans les propos et les attitudes des personnages.

En tout cas ce récit me tient toujours autant à cœur et c'est avec beaucoup d'émotion que je suis le devenir de Gen dans le Japon d'après-guerre, avec un sixième tome aussi riche en émotions que les précédents.

jeudi 18 janvier 2018

Gen d'Hiroshima - Tome 5 de Keiji Nakazawa


Hiver 1947-1948. Tandis que Gen se remet de la perte de sa jeune sur, il fait bientôt une nouvelle découverte qui va le bouleverser : les Américains, loin de chercher à soigner les victimes des radiations, sen servent comme cobayes. (Vertige Graphic)

Avec ce cinquième tome de "Gen d'Hiroshima", l'action se déroule de l'automne 1947 au printemps 1948, soit quelques mois, les conditions de vie sont toujours aussi difficiles pour les Japonais d'autant qu'ils vont bien vite découvrir que les Américains les utilisent comme cobayes comme vérifier les effets des bombes atomiques plutôt que de chercher à les soigner.
Comme le dit si bien Gen : "La guerre est pas finie ! Pour nous elle durera toujours ! On l'oubliera pas !", et c'est effectivement bien le cas avec des personnes qui luttent chaque jour pour trouver de quoi manger tout en développant des maladies mystérieuses que personne ne sait soigner pour certaines personnes de Nagasaki et Hiroshima qui semblaient épargner par les effets de la bombe jusque-là : "La guerre du Pacifique prit fin avec l'explosion de la bombe atomique mais la peur engendrée par les radiations fut à l'origine d'un nouveau combat pour ceux qui y furent exposés. L'administration Américaine interdisait formellement toute information au sujet de la bombe. Les cris de douleur de ses 300 000 victimes furent étouffés.".
Et plutôt que de les soigner, les Américains se contentent de faire des relevés et d'étudier les cadavres pour apprendre et découvrir les effets de ces bombes.
Autant dire que cela ne fait qu'exacerber l'amertume des Japonais face aux occupants.

Gen et sa famille vont de nouveau être frappé par le sort, la mère de Gen qui jusque-là ne semblait pas trop atteinte par les radiations de la bombe se met à vomir du sang et tombe gravement malade.
Le mot d'ordre est alors de trouver de l'argent pour la faire hospitaliser, tandis que des orphelins tentent de survivre, quitte à devenir yakusa.
C'est l'amertume qui prédomine dans ce tome, celle des difficultés de la vie quotidienne mais aussi celle face aux conséquences de la bombe qui continue de marquer les gens dans leur chair et surtout celle envers les Américains qui ne font qu'utiliser les personnes comme cobayes.
Pour Gen, encore enfant, le constat est amer : les mêmes personnes, haut placées, qui ont souhaité la guerre se déclarent aujourd'hui pacifistes et continuent de bien vivre et s'enrichir tandis que d'autres souffrent : "Papa avait raison ! Quelques riches ont fait la guerre en disant que c'était pour le pays ou pour l'empereur mais c'est nous et Ryûta qui souffrons ! Les responsables de la guerre et leurs complices vivent toujours bien ! Les responsables de la bombe aussi ! On devrait les punir pour qu'ils recommencent plus jamais !".
Ce fut une réalité historique, malgré les purges faites par l'armée Américaine et le procès qui s'est tenu pour les criminels de guerre (l'équivalent du procès de Nuremberg pour le Pacifique), certaines personnes ont toujours accès au pouvoir.
C'est aussi l'époque des rumeurs qui envahissent le pays vis-à-vis des forces d'occupation et de leur attitude envers les victimes des deux bombardements atomiques.
J'aime tout particulièrement la solidarité qui se crée entre les jeunes personnages, ils s'entraident, n'hésitent pas à faire les quatre cents coups et font parfois preuve de maturité, même s'ils demeurent des enfants.
De façon implicite est également abordée la problématique des brûlés par les radiations qui portent sur eux les stigmates de la bombe et sont rejetés par le restant de la population, à l'image de cette petite fille qui retourne dans l'école uniquement la nuit.
Une triste réalité encore d'actualité pour ceux que l'on nomme les hibakusha.
L'horreur n'est sans doute plus dans les dessins, quoi qu'il soit régulièrement fait référence aux scènes d'apocalypse juste après la bombe d'Hiroshima, mais elle est dans le quotidien, entre les privations, les maladies, les profiteurs.

Ce témoignage est tout simplement bouleversant et c'est toujours avec autant d'émotion que je le découvre, "Gen d'Hiroshima" est décidément une grande oeuvre littéraire indispensable.

mardi 16 janvier 2018

Le chameau sauvage de Philippe Jaenada


Halvard Sanz, gentil garçon naïf, découvre la notion de problème, s'en inquiète, puis, en désespoir de cause, se rassure. (J'ai lu)

Halvard Sanz est un gentil garçon, il est même bien brave comme on dit, et dans ma bouche (ou sous mes doigts) ceci n'est pas un compliment, loin de là.
Halvard est naïf, mais d'une naïveté qui m'a agacée plutôt qu'attendrie, il vit comme ça, au jour le jour : "La vie est belle, peut-être, pleine de moments magnifiques, faciles à vivre, de plaisirs faciles à atteindre, mais je ne me rends compte de rien.", puis rencontre Pollux Lesiak et décide que c'est la femme de sa vie, sauf que celle-ci s'évapore.
Pendant un an il va un peu la chercher, coucher à droite à gauche tout en se rappelant que Pollux est la femme de sa vie : "Je m'y prenais sans doute maladroitement - aller chercher l'âme d'une femme entre les jambes de toutes les autres, ce n'est sans doute pas la bonne méthode - mais il fallait bien que je fasse quelque chose. On ne peut pas rester sans rien faire. On ne peut pas s'arrêter.", puis faire le point sur sa lamentable vie : "J'avais rencontré Pollux Lesiak un an plus tôt, j'avais décidé de changer après l'avoir perdue, et en un an, je m'étais transformé en un lamentable automate. C'était réussi, ma fuite. Un triomphe. Splendide. Je ne m'intéresse plus à personne et je n'intéresse plus personne. Un bilan remarquable.", et continuer ainsi, en attendant de recroiser peut-être Pollux Lesiak.

Si Halvard est pitoyable à mes yeux, ce livre l'est tout autant.
Premier roman de Philippe Jaenada je ne comprends pas comment il a pu être primé, car je n'y ai vraiment rien trouvé d'innovant ni justifiant le devenir de cet auteur.
L'histoire aurait pu m'intéresser mais je n'ai pas franchement apprécié la construction (i.e la course pour retrouver celle que l'homme a décrété comme femme de sa vie) et surtout pas du tout le personnage de Halvard.
Je n'ai rien trouvé dans ce personnage qui m'a permis de m'y intéresser un tant soit peu, je n'apprécie ni sa façon d'être ni ses raisonnements, c'est tout à fait le genre de personnage littéraire à qui j'ai envie de coller une baffe.
A partir de là difficile d'apprécier la lecture, dont le récit a par moment tendance à stagner quand j'attendais un peu plus de rebondissement.
Le style ne m'a pas non plus marquée, en prime je trouve qu'il fait un peu vieillot et rappelle vraiment les années 90, année de sa parution.
Je n'ai pas trouvé l'histoire drôle ou loufoque, je n'ai à aucun moment souri alors que le résumé pouvait le laisser penser.
Je comprends que ce livre de Philippe Jaenada soit plutôt méconnu, il n'a vraiment rien de transcendant et en cela comporte une bonne partie des défauts d'un premier roman.
Quant au chameau sauvage ... et bien il faut attendre les dernières pages pour avoir l'explication du titre du roman et de la présence d'un chameau sauvage, sincèrement cela arrive bien trop tardivement et pour ma part cela ne va absolument pas changer ma vision de la vie comme vanté par la quatrième de couverture.
Allez, seul point positif : j'aime bien la couverture de l'ancienne édition.

Je vais plutôt m'empresser d'oublier "Le chameau sauvage" ainsi que son auteur et reléguer cette lecture dans la catégorie des accidents.

dimanche 14 janvier 2018

Gen d'Hiroshima - Tome 4 de Keiji Nakazawa


Dans ce quatrième volume de la saga Gen, les membres rescapés de la famille Nakaoka sont enfin réunis. L'action, moins condensée que dans les trois volumes précédents, se déroule sur deux années, qui correspondent aux débuts de l'occupation américaine et à la découverte des conséquences mortelles des radiations nucléaires. Dans un pays en ruines où règnent désormais le non-droit et la loi du plus fort, le jeune Gen continue d'inventer, pour lui, sa famille et ceux qui croisent leur chemin, des moyens de survie. (Vertige Graphic)

Contrairement aux précédents volumes, celui-ci a une histoire moins condensée puisqu'elle se déroule sur deux années, de septembre 1945 à septembre 1947, marquant ainsi la fin de la guerre et les débuts de l'occupation du Japon par l'armée Américaine.
Le Japon a capitulé, dans les conditions que l'on connaît, et l'armée Américaine occupe désormais le territoire, en charge de rétablir un gouvernement, de veiller au rétablissement de conditions économiques respectant le traité signé, mais aussi de veiller au rapatriement des Japonais étendus sur plusieurs pays et, dans une moindre mesure, de s'occuper de la reprise de l'agriculture et de s'assurer que chacun a suffisamment accès aux aliments esssentiels.
Comme l'on pourrait s'en douter, l'armée d'occupation ne s'intéresse pas à ce point pourtant essentiel, ce qui fait que la population Japonaise vit dans des conditions déplorables: manque de blé, de riz, d'accès aux biens de première nécessité, aux soins, et où la plupart des endroits ont subi de graves dégâts causés par les bombardements, notamment ceux atomiques.
Le ressentiment de la population Japonaise est donc fort vis-à-vis des occupants, en particulier pour le jeune Gen : "Je comprends ce que tu ressens. Moi aussi je voudrais leur faire payer ce qu'ils nous ont fait. Mais on ne peut rien faire. Nous avons perdu. On ne peut qu'oublier et continuer à vivre."

Si les tomes précédents montraient déjà un Gen se débrouillant par tous les moyens possibles pour faire vivre sa famille, celui-ci montre que c'est le cas dans toutes les familles ou presque, certaines femmes n'hésitant pas à troquer leurs charmes pour quelques biens de première nécessité, et certains soldats n'hésitant pas à se servir directement voire même à violer des femmes.
La guerre n'est jamais belle mais l'après-guerre non plus.
Il est aussi question des yakusas, ces clans de mafieux qui vont profiter des ruines du Japon pour s'imposer et bâtir leur fortune, quitte à engager de nombreux orphelins errants dans les ruines pour accomplir les basses tâches, destin qui attend le jeune et attachant Ryûta.
Après être apparu comme des guerriers sûrs d'eux et de leur domination sur le monde asiatique, les Japonais se présentent désormais comme pacifistes.
Force est de constater une nouvelle fois toute la puissance de cette œuvre dans un récit qui se lit d'une traite et offre une vision différente du Japon, une vision qui permet de rendre compréhensible ce pays, entre ce qu'il a été avant guerre, pendant puis après la guerre.
J'ai été touchée par les conditions de vie de Gen et de sa famille, et plus généralement des Japonais à cette époque.
Le personnage de Gen est vraiment très attachant, à la fois petit garçon espiègle et joueur mais aussi plus posé et prêt à tout pour aider sa famille et d'autres enfants.
C'est l'une des choses un m'a le plus frappée dans cette histoire, bien que miséreuse la famille de Gen n'hésite pas à aider d'autre orphelins en leur offrant un toit ou à manger, ainsi que de l'affection.
Voici une belle preuve de solidarité, ce qui n'était pas monnaie courante au Japon à cette époque.
Et puis le temps a beau commencé à passer, les horreurs de la bombe sont toujours présentes et s'ancrent dans le quotidien des rescapés, c'est aussi ce qui ressort de cette histoire.

Ce quatrième volume de "Gen d'Hiroshima" est tout aussi passionnant que les précédents et permet même à l'histoire de prendre une autre dimension en s'inscrivant définitivement dans la grande ainsi en dans les œuvres majeures de la littérature sur la Seconde Guerre Mondiale.

lundi 8 janvier 2018

Black Out de Brian Selznick


L’histoire de deux enfants, l’une en mots, celle de Ben, l’autre en images, celle de Rose, qui, à deux époques différentes, partent en quête d’identité dans la ville de toutes les passions : New York. Ben, parce qu’il découvre une nuit, dans la maison de sa défunte mère, un livre sur les musées avec une dédicace : « Pour Danny, de tout mon cœur, M », décide de partir à la recherche de son père. 
Rose, une jeune sourde-muette, parce qu’elle ne supporte plus de vivre chez son tuteur, part retrouver sa mère, actrice. (Bayard Jeunesse)

Peu après avoir vu le film "Le musée des merveilles", je me suis précipitée en bibliothèque pour emprunter le roman dont il est tiré, et bien je ne regrette pas car le livre est tout aussi beau que le film.
Le livre est imposant : un peu plus de 600 pages, mais il se lit extrêmement vite car les seules parties écrites concernent le récit de Ben; le récit de Rose, sourde et muette, étant constitué de dessins de l'auteur.
Les deux époques s'alternent, jusqu'à ce que le destin réunisse Rose et Ben à New York, et que Ben trouve enfin les réponses à ses questions sur son père : "En réfléchissant aux différents maillons qui l'avaient mené jusqu'ici, Ben s'émerveilla qu'on puisse en remonter la chaîne, comme sur une carte de chasse au trésor, à partir d'un livre, d'une tortue et d'un cabinet provenant d'une ancienne exposition, pour arriver à Walter, à Rose, à Danny, à Elaine et, enfin, à lui.".
Le chemin sera long et parsemé d'embûches, mais c'est un voyage qui vaut le coup, aussi bien pour Rose à son époque que Ben à la sienne.
J'ai été touchée par l'histoire de ces deux personnages que la vie n'a pas épargné : Rose parce qu'elle est sourde et muette mais surtout rejetée par sa mère, une célèbre actrice, et mal aimée par son père; Ben car il vient de perdre sa mère dans un tragique accident et qu'il ne sait rien de son père, sa mère ayant toujours refusé de lui en parler.
A noter que Ben est également sourd d'une oreille, et que suite à un coup de foudre il va perdre l'ouïe à sa deuxième oreille.
L'auteur a pris soin de se renseigner sur le monde des sourds et muets, les perceptions qu'ils ont du monde, ce qu'ils ressentent, comment ils s’épanouissent dans le vie et appréhendent le monde; mais aussi comment il est possible de perdre définitivement l'ouïe avec l'orage et plus particulièrement la foudre(et donc pour cela il faut déjà être sourd d'une oreille).
Malgré la tristesse de l'histoire, il y a aussi des moments de joie, la naissance d'une belle amitié, et de nouvelles rencontres qui vont changer la vie de Ben.
Comme quoi tout espoir n'est pas perdu et que "Nous sommes tous au fond du trou, mais certains regardent les étoiles".
Le graphisme du livre est magnifique, j'ai aussi pu apprécier à quel point le film était fidèle au roman, tout y est : la chanson "Space Oddity", le cabinet des merveilles, les déambulations dans New York à travers le musée d'histoire naturelle et la maquette de la ville, et si la fin n'est pas différente je trouve qu'elle passe mieux à la lecture et n'a pas ce côté abrupt que l'on peut ressentir à la fin du film.

La lecture de "Black Out" fut un véritable moment de plaisir, belle découverte de cet auteur dont je lirai les autres romans qui se prêtent apparemment très bien aux adaptations cinématographiques.

dimanche 7 janvier 2018

Paddington 2 de Paul King

       
     
Paddington coule des jours heureux chez les Brown, sa famille d’adoption, dans un quartier paisible de Londres, où il est apprécié de tous. Alors qu’il recherche un cadeau exceptionnel pour les cent ans de sa tante adorée, il repère un magnifique livre animé, très ancien, chez un antiquaire. Pas de temps à perdre : il enchaîne les petits boulots pour pouvoir l’acheter ! Mais lorsque le précieux ouvrage est volé, Paddington est accusé à tort et incarcéré. Convaincus de son innocence, les Brown se lancent dans une enquête pour retrouver le coupable. (AlloCiné)


Paddington est de retour !
Je suis littéralement tombée sous le charme de cet ours gourmand, gaffeur, drôle et si attachant; c'est donc sans hésitation que j'ai filé voir ce deuxième opus dans les salles obscures.
Et bien non seulement c'est toujours aussi bien, mais c'est même encore mieux et ces nouvelles aventures de Paddington pourraient surpasser le premier volet !
Désormais Paddington vit avec les Brown et coule des jours paisibles dans cette famille, faisant également le bonheur des habitants du quartier, sa seule préoccupation étant de trouver un cadeau pour l'anniversaire de sa tante.
Et le cadeau idéal, Paddington le trouve, le seul petit hic, c'est que ce livre sur Londres coûte très cher, Paddington va enchaîner les emplois pour gagner de l'argent.
Mais ce que l'ours ne sait pas, c'est qu'un comédien sur le retour convoite ce livre qui révélerait où un trésor a été caché, et que lorsque ce dernier le vole dans un magasin d'antiquités c'est Paddington qui est arrêté et envoyé derrière les barreaux.


Paddington continue d'enchaîner les mésaventures, après avoir traité de la tolérance et de l'acceptation d'autrui, ce film traite de l'innocence mais aussi de la facilité avec laquelle certaines personnes se détournent des autres dès que celles-ci se trouvent accusées d'avoir commis quelque chose.
Fort heureusement pour lui, Paddington est optimiste et plein de sagesse, il s'évertue à ne jamais se départir de sa joie de vivre et cherche à voir le meilleur en chacun, ce qui lui sera d'une grande aide en prison.
Non seulement ce film véhicule un beau message de tolérance mais il est aussi très drôle.
Certaines scènes font sourire tandis que d'autres franchement rire aux éclats (ah la cantine en prison !).
Paddington est d'une fraîcheur savoureuse, il est innocent et parfois naïf mais il a bon cœur et il fait fondre tout le monde.
Le scénario aurait pu être simpliste mais il amène du rebondissement, je le trouve bien élaboré alors que parfois ce genre de film se contente d'aligner les situations comiques.
Outre mon attachement à Paddington, j'aime aussi la famille des Brown, une famille soudée dans laquelle il y a toujours une personne pour rappeler aux autres ce qu'il convient de faire.
Le casting est le même que dans le premier opus, je trouve les comédiens particulièrement bons dans leur rôle et convenant très bien aux personnages.
Si dans le précédent opus Nicole Kidman campait une méchante taxidermiste, ici c'est Hugh Grant qui joue le méchant comédien faisant emprisonner Paddington et cherchant à faire main basse sur le trésor.
Le comédien livre ici une prestation jouissive doublée d'autodérision, j'ai même l'impression que c'est le rôle qui l'a le plus amusé ces dernières années.
Et puis ce film est aussi un prétexte pour se promener dans Londres, cette ville si fascinante à découvrir de jour comme de nuit, à tel point que j'ai bien envie d'y retourner.
Pour tout dire, j'ai même très envie de découvrir les aventures de Paddington en littérature, et qu'importe mon âge !


"Paddington 2" est un excellent film de fin d'année qui plaira aux petits comme aux grands et que je recommande donc vivement !