mercredi 2 août 2017

Okja de Joon-Ho Bong

     
     

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s'est occupée sans relâche d'Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l'animal jusqu'à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l'entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.
Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu'elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s'emparer du destin d'Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée. (AlloCiné)


"Okja", c’est l’une des polémiques du Festival de Cannes 2017.
Faut-il crier au loup parce que Netflix se met à produire des films sans les sortir en salle et en les diffusant uniquement à ses abonnés ?
Faut-il boycotter Netflix ?
Quel avenir pour les distributeurs au cinéma ?
J’aurai tendance à dire que si les circuits classiques de distribution sont de plus en plus frileux et refusent d’accorder des financements à certains films et bien oui, que Netflix ou d’autres y mettent les moyens pour leur permettre de voir le jour.
Surtout après avoir vu le résultat avec "Okja", je suis confortée dans cette idée.
Quant aux quelques salles qui ont programmé ce film en France, tandis que d’autres l’ont déprogrammé (Forum des Images, Max Linder Panorama), je dirai également qu’il y a des salles de cinéma, et donc des directeurs/trices de la programmation, qui en ont et d’autres qui sont frileux !
J’ai la chance d’avoir vu le film dans l’unique salle en région parisienne qui a maintenu sa programmation, le Georges Méliès à Montreuil, si j’ai déjà tendance à bénir en temps ordinaire ce cinéma, là je l’ai carrément adoré.
Merci à Stéphane Goudet de s’être battu pour avoir le film et d’avoir maintenu sa programmation.
A ceux qui ont appelé au boycott de ce film et/ou de Netflix, je répondrai par un appel au boycott des MK2, UGC et Pathé-Gaumont qui eux n’ont même pas cherché à le diffuser et affichent donc clairement la couleur : ce n’est pas le cinéma qui les intéresse mais uniquement l’argent.
Je l’ai déjà dit et je le redis, je suis une fervente défenseuse des cinémas indépendants et ce n’est pas près de changer.
Maintenant place au film.


Visuellement, "Okja" est une œuvre atypique, ne serait-ce que par le fameux cochon avec sa peau de pachyderme.
Le film commence par une introduction quasi sympathique, avec l’atypique (décidément !) chef d’entreprise Lucy Mirando (Tilda Swinton) annonçant au monde la création de supers cochons, par le fameux docteur Johnny Wilcox (Jake Gyllenhaal), répartis partout dans le monde pour une durée de dix ans.
Puis l’histoire se découpe en deux parties distinctes, la première est idyllique avec la découverte d’Okja dans les collines de Corée du Sud et sa relation forte avec la jeune Mija (Seo-Hyun Ahn) qui s’est occupée d’elle depuis toujours, et la deuxième nettement plus sombre où Okja est emmenée de force aux Etats-Unis pour servir les desseins de la société de Lucy Mirando tandis que Mija se lance à sa rescousse en acceptant de faire alliance avec un groupe mené par Jay (Paul Dano) et dont le but est de dénoncer les activités de la société Mirando et libérer les animaux.


Je dirai presque heureusement qu’il y a cette première partie pour apporter de la lumière, de la beauté, des moments de tendresse et quelques sourires car la deuxième partie est nettement plus dure et sombre et met en avant les pires côtés de la nature humaine (à tel point que j’ai déconseillé à un collègue de la faire regarder par son fils de sept ans).
Tout commence plutôt bien, les scènes sont grandioses, à l’image des paysages, et la relation entre Mija et Okja ferait fondre le cœur à n’importe qui.
C’est d’ailleurs cette relation qui est le ciment du film, et elle est d’une beauté rare car pure et inconditionnelle.
Le front de libération des animaux (appelons-les comme cela) offre sans doute la scène la plus drôle de tout le film avec une course poursuite en camion qui passerait par de la loufoquerie à grande échelle, et il faut bien profiter de ces derniers instants de sourire car la suite est sombre, très sombre.
J’ai été marquée par le virage que prend le réalisateur dans son histoire, il y a des scènes excessivement dures qui remuent le cœur, même si l’on parle d’animaux génétiquement modifiés les scènes se déroulant à l’abattoir m’ont rappelé l’arrivée des déportés dans les camps de la mort.
Le plus cruel dans tout cela, c’est aussi que cela marque la fin de l’innocence d’Oka et surtout celle de Mija, bien que Jay tente de la préserver.
Cette petite fille va découvrir la noirceur de l’âme humaine et traverser des épreuves qu’elle n’aurait jamais dû avoir à connaître, c’est une façon brutale, mais malheureusement réaliste, de traiter de la fin de l’innocence et la découverte du monde réel, la fin des illusions en quelque sorte.
Derrière l’histoire, le réalisateur a selon moi cherché à véhiculer un message écologique et de paix, c’est en tout cas ce que j’ai ressenti à la fin du film.


"Okja" est véritablement un film de cinéma, à voir sur grand écran pour l’apprécier pleinement (et attendez bien la fin du générique sous faute de rater une dernière scène).
Les paysages sont magnifiques, l’animal est impressionnant, il y a des scènes d’action, d’autres plus sombres, c’est clairement le genre de film qui s’apprécie sur grand écran et non sur un écran de télévision ou pire, d’ordinateur.
La mise en scène est conçue intelligemment, il n’y a pas de temps mort et j’ai également apprécié le traitement des couleurs fait par le réalisateur.
Quant au casting, Tilda Swinton est exceptionnelle (pardon, pléonasme) dans ce rôle où elle est grimée et loin d’être à son avantage, d’autant que son personnage est particulièrement antipathique.
Quelle grande actrice, qui n’hésite pas à se métamorphoser d’un rôle à l’autre et accepte de camper des personnages qui sont pourtant loin d’être glorieux.
Concernant Jake Gyllenhaal, si vous aviez une belle image sexy de cet acteur je ne peux que vous invitez à voir le film, votre regard changera peut-être après l’avoir vu dans ses bermudas et ses chemises ridicules, car lui aussi n’a pas un rôle de gentil mais il livre une prestation comme rarement je lui ai connue.
Le casting pour les seconds rôles est lui aussi intéressant, mention toute particulière au front de libération des animaux dont le combat (sans violence) et l’attitude m’ont touchée, d’autant que ce groupe apporte un côté décalé au film et un vent de fraîcheur.
Après "The Snowpiercer" Bong Joon-Ho signe un film fort réussi et m’a grandement donné envie de découvrir ses autres réalisations, car voilà un réalisateur à suivre de près qui sait se renouveler et proposer des films originaux.


"Okja" est un grand film de cinéma (je persiste et je signe) et l’une des œuvres cinématographiques les plus ambitieuses qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années, l’un des films les plus marquants de l’année 2017 pour ma part.


     
     

     
     

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