dimanche 14 octobre 2012

Quartier lointain de Jirô Taniguchi


Transporté dans la peau de l'adolescent qu'il était à 14 ans, Hiroshi redécouvre son passé en questionnant sa famille et ses amis. Il le revit également, et lorsque le jour approche où son père a disparu sans explication, Hiroshi se demande s'il peut changer ce passé ou s'il doit le revivre, impuissant. (Casterman)

Marié, père de deux filles, Hiroshi par le biais du hasard se trompe de train et se retrouve dans la ville de son enfance.
Ses pas le conduisent jusqu'au cimetière où repose sa mère et c'est là qu'il tombe dans un sommeil profond pour se réveiller ... dans son passé, à l'époque de ses 14 ans, mais dans sa tête il a toujours son âge actuel de 48 ans.
Il redécouvre alors son quartier, sa maison, sa famille : "Ce quartier autrefois familier, je l'avais cru lointain, à jamais enfoui dans ma mémoire. Je me tenais pourtant en son coeur, immobile et désorienté.", ses amis à l'école, et se rend compte qu'il est retourné l'année où son père a quitté le domicile pour ne jamais y revenir.
Hiroshi va alors tenter de changer le passé, de trouver la raison qui a conduit son père à les abandonner et de tout faire pour qu'il change d'idée et reste avec eux.

Thème maintes fois abordé en littérature, la question "Peut-on changer son passé ?" est ici abordée sous l'angle d'un retour dans le passé, mais où un garçon de 14 ans se retrouve affublé de l'esprit et de la connaissance du futur d'un homme de 48 ans : "Comme chaque matin, je me suis réveillé avec l'espoir d'ouvrir les yeux sur ma vie d'adulte ... Mais rien n'avait changé, j'avais toujours 14 ans ... Une chose était différente pourtant, c'étaient les 14 ans : ... Ils n'étaient plus les mêmes "qu'avant".".
Il est illusoire de croire à un conte de fée et à une fin heureuse, malgré les atouts dans son jeu Hiroshi ne pourra pas rebattre les cartes de son passé pour le changer : "Le passé ... Finalement, j'avais été incapable de le changer ... J'avais 14 ans, j'étais collégien et j'étais un bon à rien.".
A la place, son esprit d'adulte lui permettra de s'ouvrir aux autres, d'être plus mâture que ses 14 ans :"Avec le temps nous croyons grandir ... Mais la maturité n'est qu'un leurre, une entrave à notre âme libre d'enfant.", et finalement, grâce à cela, d'apprendre le passé de ses parents, comment ils se sont rencontrés et quelle vie ils menaient avant, et pour lui, d'ouvrir les yeux sur sa vie actuelle, de redécouvrir sa famille, avec qui il vit mais d'une façon aveugle, habitué à la routine et au quotidien.

"Quartier lointain" est un livre difficile à classer, il tient à la fois de la bande dessinée, du manga, du roman graphique, les deux volumes faisant à eux deux un peu plus de 400 pages.
L'histoire est prenante et touchante, et surtout, elle est construite de façon intelligente, apportant une variation  sur le thème du retour dans le passé, étant donné que le personnage principal garde son esprit d'adulte dans un corps d'enfant.
"Quartier lointain" est également une palette d'émotions, il y a à la fois de la nostalgie, de la tristesse, une forme de mélancolie, mais aussi de l'humour, des situations cocasses, et les premiers émois de l'adolescence et de l'amour.
Servi par des dessins de qualité, ce récit se lit avec beaucoup de plaisir, d'autant que le graphisme de Jirô Taniguchi est agréable à voir et transmet parfaitement au lecteur les paysages, les lieux de l'action, les émotions des personnages, sans oublier quelques précisions culinaires apparemment chères à l'auteur, puisqu'il était déjà question de nourriture dans "Les années douces".
Je mettrai un petit bémol : les dessins sont en noir et blanc, uniquement les six premières pages sont en couleur et je n'ai pas compris la raison de ce changement : le noir et blanc pour le retour dans le passé aurait été compréhensible, or là, même lorsque Hiroshi revient dans le présent le noir et blanc reste; à moins qu'il ne s'agisse d'une erreur lors de l'impression de cette intégrale.
La mise en couleur était d'ailleurs jolie, c'est quelque peu frustrant de ne voir que quelques pages en couleur et le reste en noir et blanc, d'autant que cela n'aurait pas dénaturé l'histoire ni ne lui aurait ôté sa profondeur et les sentiments qui s'en dégagent.
J'ai été touchée par l'histoire et par la beauté du graphisme, l'oeuvre de Jirô Taniguchi me plaît décidément beaucoup et se laisse découvrir avec plaisir.

"Quartier lointain" de Jirô Taniguchi est un magnifique roman graphique japonais où cohabitent des émotions diverses et qui, sous couvert d'une histoire presque banale, cache une forme de philosophie et de questions existentielles qui apportent quelques réponses au personnage principal mais surtout en soulèvent d'autres qui restent sans réponse, le mystère gardant ainsi toute sa saveur.

Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre T


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