samedi 13 octobre 2012

Twisted Tree de Kent Meyers


Twisted Tree, dans le Dakota du Sud, a tout de la petite ville silencieuse, au coeur de la nature sauvage qui s'étend à perte de vue. Mais l'infinie solitude des grands espaces rend chacun prisonnier de ses obsessions : sur l'autoroute 91, un tueur en série assassine la jeune Hayley Jo. Dans un troublant jeu d'écho, les âmes tourmentées des habitants se racontent alors tour à tour, dévoilant les minuscules tragédies de cette communauté du Midwest. De Sophie Lawrence, qui fait mine de s'occuper de son beau-père invalide pour mieux se venger de lui, à Shane, qui se recrée une vie au fil des lettres adressée à sa mère, douze voix se font entendre, comme autant de pièces décisives pour reconstituer le puzzle complexe des relations humaines. Avec Twisted tree, Kent Meyers, dont l'écriture a été comparée à celle de Raymond Carver et d'Annie Proulx, signe un roman polyphonique sensible et singulier. (Gallmeister)

"Twisted Tree" est sans conteste un livre à multiples facettes.

Le premier chapitre plonge le lecteur dans la tête d'un tueur en série, mais pas n'importe lequel : celui de l'autoroute I-90.
Sa cible : les jeunes filles anorexiques.
En les tuant, il pense réaliser un chef d'oeuvre, il se croit un pur génie, mais un génie incompris : "Les artistes ont toujours eu confiance en l'avenir. Un jour, ils découvriront son oeuvre. Son génie sera dévoilé au grand jour.".
Sa victime lors de cette ouverture originale est la jeune Hayley Jo, originaire de la ville de Twisted Tree, dans le Dakota du Sud.
Là, je croyais que l'histoire allait être la traque de ce tueur, ou tout du moins que cela servirait de base au récit, que nenni !
J'ai été retournée comme une crêpe par Kent Meyers car le second chapitre n'a pas grand chose à voir avec le premier, tout comme le troisième avec les premier et second et ainsi de suite.

L'auteur a choisi de bâtir son récit à travers des tranches de vie de certains habitants de Twisted Tree.
Il s'agit par exemple de Sophie Lawrence qui fait semblant de s'occuper de son beau-père invalide, d'Angela Morrison qui a du mal à s'adapter à la vie dans une ferme éloignée et à sa cohabitation avec des crotales, de Caleb qui fut prêtre il y a des années de cela, de Leonard qui va se retrouver à acheter d'occasion la voiture du tueur de l'autoroute I-90.
Car si ce tueur en série est relégué à l'arrière plan, il réapparaît brièvement à la fin, l'auteur profitant ainsi de l'occasion pour raconter au lecteur ce qu'il est advenu de lui.
Et si sa victime Hayley Jo n'est jamais présentée de son vivant, elle est au coeur de la majorité des récits ou en est le point de départ.
Chaque chapitre pourrait presque constituer une nouvelle, mais le tout mis bout à bout donne un formidable récit et les chapitres se font écho les uns aux autres, bâtissant ainsi une histoire solide et crédible, ancrée à la fois dans le passé et les souvenirs de certains personnages et dans le présent, l'après Hayley Jo.

Parfois réaliste : "Les hommes parlent comme ça. C'est idiot. C'est idiot et moche, et c'est pas drôle du tout. Mais ce ne sont que des mots. Si tu n'arrives pas à faire la différence entre les paroles et les actes, tu vas te mettre dans le pétrin toute ta vie. Toi et tout le monde autour de toi."; parfois baignant dans le traditionnel indien ou les superstitions : "J'ai peur de voir une nuit, dans le faisceau de mes phares, les femmes Valen parader devant moi, l'une à la peau déchiquetée, ses enfants accrochés à ses basques, l'autre avec un trou dans la poitrine et des serpents enroulés autour d'elle, ses yeux scrutant ses mains vides, cherchant à lire les lettres, son esprit toujours empêtré dans leur contenu, mais incapable de savoir où elles ont bien pu passer."; ce récit est très marqué par la nature sauvage du Dakota du Sud, et il se dégage de l'écriture de Kent Meyers un réalisme saisissant qui permet au lecteur de visualiser très facilement les lieux de l'action, les paysages, et de se les approprier.
Âmes sensibles aux serpents s'abstenir de la lecture de ce livre, il est question de crotales dans des situations qui ont réussi à me filer la chair de poule : "Là, j'en voyais partout, enroulés comme un puzzle qui ne se déferait jamais. Des serpents sur le plancher, sur le tableau de bord, accrochés au dossier des sièges. Et ce n'était pas le pire. Il y en avait sur tout son corps, lovés en huit sur sa poitrine presque disparue, des collier-serpents autour de ses chevilles et des poignets osseux. Des serpents dans ses cheveux, serrés autour de ses pieds. Couronnée et chaussée de serpents.".
Classé en catégorie Nature Writing, "Twisted Tree" m'a offert une vision nette et précise de cet état d'Amérique du Nord, et cela faisait bien longtemps qu'un livre ne m'avait pas ainsi transportée dans la nature sauvage et à l'état brut des Etats-Unis, loin des villes qui ne dorment jamais.

Construit comme un puzzle et illustrant toute la complexité des relations humaines, "Twisted Tree" de Kent Meyers est un livre vivant, servi par une écriture précise et maîtrisée, et décrivant de façon saisissante et réaliste le côté sauvage de la nature du Dakota du Sud qui s'étend à perte de vue, avec au beau milieu de ces paysages une petite ville silencieuse mais dont les habitants ont beaucoup à dire au lecteur.

Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre M


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