jeudi 29 août 2013

Noir dehors de Valérie Tong Cuong


Une nuit d'août étouffante à New York. Soudain, c'est la panne générale. Tout s'arrête. Naomi, la si jolie " pute à crack " enfermée en compagnie de l'énigmatique Bijou, dans un bar clandestin de Brooklyn, Simon, l'avocat médiatique, bloqué au 36e étage d'une tour déserte du Financial District, et Canal, ainsi baptisé depuis qu'on l'a trouvé nourrisson sur le trottoir de Canal Street, à Chinatown, voient leur destin basculer. La ville qui ne dort jamais devient une scène chaotique où s'entrechoquent les plus extrêmes solitudes. (Le Livre de Poche)

New York est une ville cosmopolite, emblématique du melting pot des populations : "C’était ça, New York. Des gens de toutes les couleurs, de tous les âges, de tous les genres.".
Aussi, il ne serait pas aberrant d’y faire se rencontrer des personnes qui n’ont rien en commun entre elles.
C’est ce que réussit brillamment Valérie Tong Cuong dans ce roman choral.

C’est une chaude journée d’août à New York, chacun est à son travail, dans sa petite vie, sans forcément se soucier des autres et soudain, c’est la panne général d’électricité : "Mais c’est la panne, le hasard de la vie ou peut-être la volonté mystérieuse du Seigneur.", et alors tout l’ordinaire est bousculé.
Naomi, une jeune fille prostituée de force dans un bar clandestin et veillée par Bijou, en profite pour s’échapper avec son amie.
Simon Schwartz, avocat riche et arrogant, se trouve coincé au trente-sixième étage d’une tour du Financial District proche de Ground Zero, victime d’une cheville douloureuse, à penser à son amour virtuel, à détester sa femme bien réelle, à être indifférent ou presque à ses deux enfants, et ne devant son secours qu’à un veilleur de nuit.
Quant à Canal, recueilli bébé par une famille de Chinatown et baptisé en l’honneur de l’endroit où il fut trouvé, Canal Street, il prend et découvre la liberté suite à un incendie qui ravage le magasin où il travaillait et vivait jusque là, ayant découvert par lui-même Confucius et guidant sa vie selon les préceptes du maître.
Tous ces destins vont se croiser dans une église, accueillant des réfugiés de cette panne.

Alternant les points de vue, Valérie Tong Cuong livre au lecteur les pensées les plus intimes de ces trois personnages, les faisant basculer dans l’introspection, la folie, la rédemption, se payant le luxe d’offrir au personnage de Noemi un coup de foudre sur celui de Canal : "Il avait les traits fins, peut-être vingt-cinq ou trente ans, et quelque chose d’aussi beau que naïf qui m’aurait fait du bien si j’avais eu la force d’être encore émue.".
Construit sur la base de monologues, ce roman est un chant à la vie, avec pour toile de fond une ville de New York où, pour une fois, les destins ne font pas que se croiser mais se mêlent aussi les uns aux autres et où les personnes prennent le temps d’en rencontrer d’autres.
C’est aussi le récit d’une entraide humaine qui tend vers la fraternité, la panne obligeant chacun à se soucier de l’autre.
C’est de plus très bien écrit, dans un style qui reflète toute la complexité des sentiments humains.

"Noir dehors" est non seulement l’œuvre qui m’a permis de découvrir Valérie Tong Cuong mais également de redécouvrir des quartiers typiques de New York dans une très belle histoire humaine racontée à plusieurs voix qui débouche sur un sentiment universel : l’amour, mais également l’espoir.

Livre lu dans le cadre du challenge New York en littérature 2013

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