dimanche 20 juillet 2014

Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar


Cette oeuvre, qui est à la fois roman, histoire, poésie, a été saluée par la critique française et mondiale comme un événement littéraire. En imaginant les Mémoires d'un grand empereur romain, l'auteur a voulu "refaire du dedans ce que les archéologues du XIXe siècle ont fait du dehors". Jugeant sans complaisance sa vie d'homme et son oeuvre politique, Hadrien n'ignore pas que Rome, malgré sa grandeur, finira un jour par périr, mais son réalisme romain et son humanisme hérité des Grecs lui font sentir l'importance de penser et de servir jusqu'au bout. (Folio)

Jusqu'à mai dernier, le nom d'Hadrien ne me disait pas grand chose hormis qu'il avait été un empereur romain, quant à l'oeuvre de Marguerite Yourcenar que l'on m'avait conseillée de lire depuis quelques années déjà ça ne me tentait pas follement (éventuellement quand j'aurais atteint la cinquantaine ...).
Et tout ça a changé, parce que je suis allée à Rome, que j'ai vu des représentations d'Hadrien et surtout sa très belle villa, et qu'une lecture commune a été organisée pour ce roman.
Marguerite Yourcenar a mis vingt ans à écrire ce roman, ses notes en fin de volume sont d'ailleurs intéressantes à découvrir, ne serait-ce que pour les réflexions de l'auteur et son long travail de recherche, ses interrogations quant à la création de cette oeuvre littéraire.
Elle a pris le parti de le rédiger à la première personne du singulier, c'est ainsi Hadrien qui s'adresse à une personne inconnue au début puis que le lecteur comprend être Marc Aurèle, son successeur.
Mais au-delà de ce testament autobiographique, Hadrien s'adresse en tout premier lieu au lecteur et réussit à créer avec lui un lien qui persistera jusqu'à la fin.
Hadrien revient sur son parcours, sa carrière de guerrier qui l'a poussé à voyager : "Etranger partout, je ne me sentais particulièrement isolé nulle part.", à être curieux, et qui a contribué à forger son caractère et sa grandeur d'âme, ce qui aboutira par le désigner au dernier instant par Trajan comme son successeur : "Tout ce qui depuis dix ans avait été fiévreusement rêvé, combiné, discuté ou tu, se réduisait à un message de deux lignes, tracé en grec d'une main ferme par une petite écriture de femme.".
Mais Hadrien ne se résume pas à un guerrier et ensuite à un empereur, c'est aussi un homme passionné par l'Histoire, l'Art, les Lettres et dont les passions, qu'elles soient spirituelles ou charnelles, sont poussées à l'extrême.
Hadrien est un homme entier fait de contrastes : "J'hébergeai ainsi l'officier méticuleux, fanatique de discipline, mais partageant gaiement avec ses hommes les privations de la guerre; le mélancolique rêveur des dieux; l'amant prêt à tout pour un moment de vertige; le jeune lieutenant hautain qui se retire sous sa tente, étudie ses cartes à la lueur d'une lampe, et ne cache pas à ses amis son mépris pour la manière dont va le monde; l'homme d'Etat futur.".
Le moment le plus évocateur de tout ceci est la partie consacrée à sa relation avec le jeune Antinoüs pour qui j'irai jusqu'à dire qu'il a presque complètement perdu la tête : "Ce beau lévrier avide de caresses et d'ordres se coucha sur ma vie.".
La rédaction de ses mémoires est l'occasion pour Hadrien de se souvenir et de faire revivre les personnes qui ont compté dans son existence : "La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneur des morts qu'ils ont cessé de chérir. Toute douleur prolongée insulte à leur oubli.", c'est d'ailleurs une forme d'hommage qui leur est rendue.
Mais ce roman est aussi l'occasion de tenter de reconstituer ce qui a pu traverser la tête d'un empereur, sur les choix qu'il a pu faire et la façon de diriger un empire aussi grand que celui de Rome qui à cette époque rayonne sur une bonne partie du monde : "Aux corps physiques des nations et des races, aux accidents de la géographie et de l'histoire, aux exigences disparates des dieux ou des ancêtres, nous aurions à jamais superposé, mais sans rien détruire, l'unité d'une conduite humaine, l'empirisme d'une expérience sage. Rome se perpétuerait dans la moindre petite ville où des magistrats s'efforcent de vérifier les poids des marchands, de nettoyer et d'éclairer leurs rues, de s'opposer au désordre, à l'incurie, à la peur, à l'injustice, de réinterpréter raisonnablement les lois. Elle ne périrait qu'avec la dernière cité des hommes.".
J'ai trouvé l'exercice particulièrement intéressant, d'autant plus que l'auteur s'est vraiment piquée au jeu et a tout fait pour laisser penser qu'il s'agissait bel et bien des mémoires de cet empereur.
Sans doute que toutes les vérités historiques ne sont pas présentes, au même titre qu'Hadrien est quelque peu indulgent avec lui-même concernant les dernières années de son règne et sur son propre caractère, poussant ainsi le lecteur à se renseigner sur la vérité historique pour y découvrir ce qui est tu dans le roman.
Le style et la plume de Marguerite Yourcenar sont tout simplement merveilleux et c'est avec un plaisir extrême que je me suis plongée dans ces pseudos-mémoires (et j'ai bien fait de ne pas attendre d'avoir la cinquantaine pour lire ce livre !), retournant ainsi le temps de quelques pages flâner dans la somptueuse Villa Adriana à Tivoli.

Avec "Mémoires d'Hadrien", Marguerite Yourcenar livre une magnifique méditation d'un Hadrien mourant, empereur romain qui fait partie des rares à être mort dans son lit et non assassiné, et signe-là un roman historique d'une grande richesse documentaire porté par une plume envoûtante qui a le mérite de mettre à nu un empereur un peu trop méconnu qui gagnerait pourtant à l'être.


Portrait d'Hadrien, British Museum


Le Canope, Villa Adriana, Tivoli

Livre lu dans le cadre d'une Lecture Commune organisée par Nathalie

Livre lu dans le cadre du Challenge Il Viaggio



Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger





Livre lu dans le cadre du Challenge Destination PAL


Livre lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 - Catégorie Prénom : HADRIEN

4 commentaires:

  1. Ravie que cette lecture t'ait plu alors que ce n'est pas facile à lire. Il est vrai que le lire au retour de Rome nous permet de replonger dans l'atmosphère des palais romains.
    Et j'avais aussi repérer cette citation avec le lévrier !

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    1. Merci pour cette lecture commune car j'aurais encore attendu pour le lire et cela aurait été dommage ! Ca m'a replongée dans Rome, en fait j'ai même envie de retourner à Rome ... .

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  2. J'en garde un bon souvenir même si c'est assez flou.

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    1. Peut-être une occasion de le relire !

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