samedi 19 janvier 2013
Le faucon de Malte de Dashiell Hammett
Beaucoup auraient remué ciel et terre pour se l'approprier, ce faucon. Certains y avaient déjà laissé leur peau. Le détective Miles Archer lui-même y était resté. Il n'était pas de taille à lutter contre le trio équivoque que formaient l'efféminé Joël Cairo, l'éléphantesque Gutman et son jeune protégé Wilmer. Mais l'associé de Miles, Sam Spade, rusé, tenace, entreprenant jusqu'au cynisme, les manoeuvre comme des enfants. Il esquive même de justesse les pièges que lui tend Brigid O'Saughnessy, la fausse ingénue, et touche au but. Mais saura-t-il tirer profit de cette victoire ? (Gallimard)
Bienvenue dans le San Francisco noir, où les cadavres sont semés le long des routes tandis que quatre personnes courent après un mystérieux faucon pour se l'approprier.
Même le détective Miles Archer y a laissé sa peau, pourtant il ne semblait pas facile à berner bien qu'alléché par l'ingénue (ou pas) Brigid O'Saughnessy aka Miss Wonderly.
C'est Sam Spade, son associé, qui reprend l'affaire en main, et avec lui, pas question de le berner ni même de l'énerver, San Francisco c'est chez lui, son territoire : "Peut-être auriez-vous pu réussir sans moi si vous m'aviez fichu la paix. Maintenant, c'est trop tard. Pas à San Francisco. C'est oui ou non; et tout de suite.".
La gent féminine a apparemment des avis bien tranchés sur ce Sam Spade, pour Brigid O'Saughnessy c'est un homme à séduie et à berner, pour Effie Perine, sa secrétaire c'est : "Sam Spade, tu es le plus beau salaud de la création - quand tu veux t'en donner la peine. Parce qu'elle a agi sans te consulter, tu restes là sans bouger, alors que tu sais qu'elle est en danger, qu'elle pourrait être ...", c'est en tout cas un personnage avec de l'envergure et qui ne laisse pas indifférent.
"Le faucon de Malte" est un policier dans la pure tradition du polar noir, avec un détective haut en couleur, avec de l'esprit et de la gouaille, toujours à la limite de la légalité et de l'illégalité, gravitant autour de belles femmes dont certaines sont fatales et de mauvais garçons.
L'auteur a réussi à créer parfaitement cette atmosphère de noirceur qui ne quitte jamais le lecteur, et si ce dernier avait encore quelques doutes le caractère polar du récit il n'y a qu'à voir le vocabulaire employé par l'auteur pour comprendre tout de suite où on a mis les pieds : "T'as filé comme un pet sur une toile cirée." et ceci pendant tout le récit.
J'ai beaucoup apprécié ce côté polar noir que j'ai trouvé bien maîtrisé de bout en bout ainsi que le personnage de Sam Spade, imprévisible avec un côté cynique, ainsi que les autres personnages : Joel Cairo, un voleur effeminé, Gutman et son jeune protégé Wilmer, la vaillante et si dévouée Effie Perine et la mystérieuse Brigid O'Saughnessy.
Néanmoins, c'est un polar à l'ancienne et l'action a plus lieu dans les échanges verbaux que dans les faits.
Tout se joue dans des scènes en intérieur, entre les personnages, le lecteur n'est à aucun moment maître de la situation et il ne peut pas se forger une idée sur le coupable car il y a des retournements de situation qui interviennent systématiquement en fin de chapitre.
Cela m'a quelque peu déroutée dans ma lecture et je reconnais que je n'ai qu'à moitié apprécié le fait de tout découvrir dans des dialogues, les personnages sont trop indéterminables et versatiles pour que le lecteur puisse à un moment donné les saisir au vol.
De plus, le manque de réelle action fait que le récit reste trop linéaire et plat.
Dans le fond, il n'y a pas de véritable intrigue, d'autant plus que le faucon dont il est question apparaît tardivement dans le récit pour retomber très vite tel un soufflé raté.
Enfin, l'intrigue se situe à San Francisco et je regrette que cette ville soit si peu présente dans l'histoire.
Tout d'abord pour la raison évoquée ci-dessus : pas d'action en plein air tout se joue en intérieur confiné, ensuite parce que j'aurais aimé découvrir les bas-fonds de San Francisco ou a minima une ambiance, là, il ne se dégage rien du récit et l'histoire aurait presque très bien pu se passer dans une autre ville des Etats-Unis.
"Le faucon de Malte" est intéressant à lire pour le côté polar noir des années 30 à 50 mais son intrigue uniquement verbale et concentrée dans des salons déroutent le lecteur et font que ce livre a quelque peu vieilli, c'est en tout cas mon ressenti bien que je sois décidée à lire d'autres romans de cet auteur pour continuer à découvrir son univers.
Et puis, il faudrait aussi que je visionne la version cinématographique avec Humphrey Bogart.
Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre H
Livre lu dans le cadre du challenge Lettres San Franciscaines
Dans la ville des veuves intrépides de James Cañón
Baroque, foisonnante, éblouissante de fantaisie, la chronique tragico-burlesque d'une bourgade perdue au fin fond de la Colombie. Un roman brillant, inventif, hilarant, par le fils spirituel de Garcia Marquez et de Vargas Llosa.
Depuis ce jour où les guérilleros ont débarqué et réquisitionné tous les hommes du village, Mariquita tombe en ruine. Seules, livrées à elles-mêmes, les femmes ne savent plus à quel saint se vouer. Qu'à cela ne tienne. De ménagères soumises, d'épouses dociles, les femmes vont se transformer en leaders politiques de choc, instigatrices flamboyantes d'un nouvel ordre social. Ainsi, les très moustachues soeurs Morales décident de remédier à leur condition de célibataires frustrées en créant un bordel ambulant ; Francisca, la veuve d'un grippe-sou notoire, mène la grande vie après avoir découvert le magot de son mari. Et surtout, Mariquita peut compter sur la tenace Rosalba, la veuve du brigadier, auto-proclamée maire, et sur le padre Rafaël, seul rescapé de la gent masculine, qui n'hésite pas à se porter volontaire pour assurer la procréation de la nouvelle génération... (Belfond)
Un jour, les guérilleros sont venus dans le village de Mariquita perdu au fin fond de la Colombie, ils ont pris tous les hommes et depuis : "Son Mariquita chéri s’était mué en un village de veuves dans un pays d’hommes.".
Il ne reste que les femmes, quelques enfants et le prêtre : "Un village habité par des femmes courageuses vivant en autarcie, qui travaillaient la terre du lever au coucher du soleil, et qui ne baisseraient jamais les bras, pas même dans les situations les plus épouvantables. Un village laissé à l'écart par les maladies et les tragédies, oublié par la mort.".
Il va leur falloir apprendre à vivre dans cette nouvelle communauté, à s'organiser, à apprivoiser leurs pulsions sexuelles car forcément, cette absence d'hommes va finir par peser sur toutes ces femmes.
Ainsi, les soeurs Morales vont mettre en place un bordel ambulant tandis que les filles du bordel de Mariquita vont finir par déserter ce village, le prêtre va se proposer comme géniteur pour repeupler Mariquita et permettre à une nouvelle génération de voir le jour, pour qu'au final toutes ces femmes finissent par se découvrir des affinités entre elles, et tant pis pour la génération future de Mariquita.
Les femmes vont réfléchir sur les hommes et sur leurs rapports avec ces derniers : "Finalement, les douze jeunes filles en arrivèrent à la conclusion que Dieu leur avait donné deux yeux pour mieux regarder les hommes, deux oreilles pour mieux entendre ce que les hommes auraient à dire, deux bras pour les embrasser et deux jambes pour les enlacer mais un seul coeur à offrir. Les hommes, quant à eux, aimaient avec leurs testicules, et Dieu leur en avait donné deux.", devoir apprendre à composer, créer une nouvelle communauté avec de nouvelles règles.
Dans son récit fantaisiste, James Cañón repousse les limites du possible en proposant le quotidien sur plusieurs années de cette bourgade de Colombie.
Il donne vie à une communauté de femmes peuplée de caractères aussi divers que variés avec comme personnage moteur celui de Rosalba, auto-proclamée maire de Mariquita.
Des erreurs, elle va en commettre énormément, elle ne va presque d'ailleurs faire que ça, prendre de mauvaises décisions, faire des listes et des listes de priorités pour ne jamais rien commencer, se laisser manipuler par le prêtre.
Au final, c'est le personnage qui évolue le plus et qui apprend sans doute le plus de ses erreurs, même si dans une certaine mesure elle continue à se montrer tyrannique sur certains aspects.
Dans une forme de communisme, elle proposera à la communauté de mettre tous leurs biens en commun, que chacun travaille à la production de quelque chose, et dans l'esprit de la Révolution Française elle va imposer une nouvelle mesure du temps, un nouveau calendrier.
C'est le personnage qui représente l'aspect politique du livre.
A contrario, Julia est celui qui condense l'essentiel de la féminité.
Chaque femme, chaque portrait peint par l'auteur touchent le lecteur.
Elles ont toutes un petit quelque chose qui plaît, qui intéresse, qui amuse, il n'y a pas une histoire identique, il y a une multitude d'histoires qui finissent par se télescoper pour faire un tout.
L'autre aspect particulièrement développé par l'auteur, c'est le féminisme.
Il présente dans son histoire des femmes plus débrouillardes que les hommes, qui prennent des décisions, savent s'imposer et finissent par très bien se passer des hommes dans leur vie quotidienne, à commencer par le prêtre, véritable serpent tenté par la chair et qui finit par sombrer dans une folie meurtrière : "Mais votre Dieu n'habite pas dans ce village, padre [...] Il nous a lâchées, et vous êtes vraiment têtu pour continuer à croire en lui.".
Pourtant, il n'abandonne pas complètement les hommes puisque l'auteur ponctue chaque chapitre par le témoignage d'un homme, guérillero, militaire ou paramilitaire.
L'amour ne leur est pas non plus interdit, comme le démontre la très belle histoire entre Santiago et Pablo, sans doute celle qui m'a le plus émue.
Enfin, cette histoire s'illustre par un côté fantaisiste et c'est sans doute sur ce point que j'aurai quelques remarques à faire.
C'est un aspect que j'ai aimé mais je trouve que l'auteur aurait pu aller beaucoup plus loin dans cette fantaisie et qu'il s'est trop retenu, ce qui fait qu'au final je ne sais trop comment classer son roman.
Par exemple, lorsque les jeunes garçons atteignent l'âge du duel qui devra les départager entre celui qui choisira sa femme et ceux qui seront utilisés comme mâles reproducteurs ils se réveillent tous en croyant qu'ils sont en train de se transformer en femme : l'un a des seins, l'autre ses règles; au final, j'ai compris que ce n'était que le reflet de leurs peurs mais j'aurai préféré y voir une réelle audace de l'auteur, une vraie transformation en fille pour que ces garçons s'adaptent en quelque sorte à la nouvelle Mariquita, comme le personnage de Julia anciennement Julio.
Là, l'auteur se contente de le fantasmer et de passer assez vite à autre chose, comme s'il était peu sûr de lui sur un terrain inconnu.
Roman féministe, loufoque, avec des situations cocasses et des moments plus tristes, "Dans la ville des veuves intrépides" est un premier roman qui ne se démarque pas par une originalité hors du commun mais il y a tout de même quelque chose dans la plume de James Cañón qui interpelle le lecteur et ne le laisse pas insensible à cette histoire de femmes qui réinventent le temps et la vie du petit village de Mariquita en plein coeur de la Colombie.
Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices.
vendredi 18 janvier 2013
Main dans la main de Valérie Donzelli
Quand Hélène Marchal et Joachim Fox se rencontrent, ils ont chacun des vies bien différentes. Hélène dirige la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier, Joachim, lui, est employé d’un miroitier de province. Mais une force étrange les unit. Au point que, sans qu’ils puissent comprendre ni comment, ni pourquoi, ils ne peuvent plus se séparer. (AlloCiné)
Après le magnifique et bouleversant "La guerre est déclarée", Valérie Donzelli fait son retour au cinéma avec son nouveau film "Main dans la main".
Sujet audacieux que Valérie Donzelli a filmé, celui de la rencontre entre Hélène Marchal dirigeant l'école de danse de l'Opéra Garnier et Joachim employé d'une miroiterie à Commercy.
Tout les oppose, pourtant après un baiser ils se retrouvent inséparables, à faire les mêmes mouvements et à aller dans la même direction.
Si ça ce n'est pas du coup du foudre.
Ce film de Valérie Donzelli pourrait
s’inscrire dans la catégorie OFNI – Objet Filmé Non Identifié tant il brille
par son côté décalé qui vient bousculer le petit monde paisible du cinéma
français.
Valérie Donzelli ose bousculer les codes
et ça lui réussit.
Elle propose une histoire d’amour sur
fond fantastique, l’amour fou qui lie deux êtres l’un à l’autre et les rend
indissociables l’un de l’autre, et si ses personnages ne chantent pas (et
encore il y a exception pour la chanson de fin) ils dansent.
Esthétiquement, son film est réussi
et travaillé à la perfection.
Les scènes mimées entre les
personnages de Hélène et Joachim sont bien synchronisées, cela déclenche du
burlesque, notamment toute la déambulation dans l’Opéra Garnier alors que ces
deux personnages viennent d’être collés l’un à l’autre, ainsi que de belles
scènes chorégraphiées.
Car il n’y a pas que la danse dans ce
film, il y a aussi ce jeu de marionnettes pour les deux personnages principaux
qui a sûrement nécessité beaucoup de travail pour arriver à un tel résultat.
Côté burlesque, le film regorge de
scènes qui en sont des petites pépites, qu’il s’agisse de Jérémie Elkaïm en
tutu au milieu de jeunes filles dans un cours de danse de Valérie Lemercier ou
de Valérie Donzelli en robe légère tenant à montrer sa chorégraphie avec son
voisin (en short) sur une chanson de Bonnie Tyler.
J’ai d’ailleurs trouvé que ce film se
divisait en deux parties, la première, et sans doute la plus longue, est plus
orientée vers des situations comiques, puis elle finit par amorcer une descente
vers le drame tandis que la deuxième est vraiment ancrée dans ce genre, avec
l’affrontement de deux solitudes, la maladie d’un proche, et la rupture entre
Joachim et sa sœur Véro.
On ne fait pas d’omelettes sans
casser des œufs, et bien pour cette histoire il en est de même. Jusqu’à présent
Joachim a vécu une relation fusionnelle avec sa sœur, le fait de se retrouver
collé à une femme qui est à son opposé va finir par le libérer.
Car, comme toute histoire d’amour
dans un conte, la femme et l’homme n’ont pas grand-chose en commun, ici c’est
l’alliance de la parisienne chic avec le provincial modeste.
Pourtant, au contact l’un de l’autre
ils vont finir par se découvrir, par s’apprécier.
L’une des plus belles scènes du film
est sans doute celle où Joachim fait à Hélène une chorégraphie de Pina Bausch,
parce qu’il avait trouvé ça joli.
C’est l’un des moments clés du film
qui marque le basculement des sentiments de ces deux personnages l’un envers
l’autre.
L'autre atout indéniable du film, c'est le casting, avec des acteurs jouant très justement et véhiculant beaucoup d'émotions.
Valérie Donzelli offre de beaux rôles à ses acteurs, elle doit apprécier Valérie Lemercier dans la vie, en tout cas c'est le sentiment que j'ai eu en voyant le rôle qu'elle lui a offert.
Quant à Jérémie Elkaïm, elle lui offre de nouveau un très beau rôle lui permettant d'exprimer toute une palette de sentiments devant une caméra.
Jérémie Elkaïm est d'ailleurs à mon avis un acteur trop peu utilisé, hormis dans les films de Valérie Donzelli et de "Polisse" je trouve que le cinéma français lui accorde peu de place et c'est bien dommage.
Il est de plus difficilement indissociable de Valérie Donzelli, comme précédemment ils ont tous les deux co-écrits le film et restent proches dans la vie quotidienne.
C'est un duo qui fonctionne bien, à l'écriture comme à l'écran.
J’ai retrouvé la « patte »,
la marque de fabrique de Valérie Donzelli : elle agrémente son film de
scènes filmées avec grain d’image, comme un film de famille projeté lors d’une
soirée, ainsi qu’un narrateur, le même d’ailleurs que pour son précédent film,
qui intervient dans l’histoire, pour prendre parfois le relai et faire
accélérer temporellement le film.
Quant à la bande originale, elle est
toujours particulièrement soignée, celle-ci ne fait pas exception à la règle.
Outre les airs de musique classique
attribués au personnage de Hélène Marchal elle offre plus de modernité à ceux
pour Joachim, glisse quelques chansons et confie le reste de la création à
Peter von Poehl.
Néanmoins, je trouve que l’histoire
s’essouffle avant la fin et fait un peu trop de surplace.
Déjà que le film n’est pas long,
Valérie Donzelli a épuisé un peu trop rapidement son idée.
Dommage car elle regorge d’idées
toutes plus intéressantes les unes que les autres.
C’est le défaut de ce film, une
histoire qui part sur les chapeaux de roue et qui retombe d’elle-même, la fin
ne rattrape pas ce sentiment de manque que j’ai pu ressentir.
Je trouvé également que la
réalisatrice a été trop bavarde par moment avec l’utilisation de la voix de
narration, elle est utilisée un peu trop inégalement dans le film et de façon
trop condensée d’un seul coup.
Main dans la main comporte quelques
défauts et quelques maladresses néanmoins, j’en retiens son côté burlesque et
novateur, dans lequel Valérie Donzelli ose bousculer l’ordinaire pour livrer un
conte tragi-comique dont l’amour est le point d’orgue.
Et il va falloir que je visionne dès
que possible La reine des pommes, car Valérie Donzelli m’apparaît comme bien
prometteuse dans le cinéma français et continuera à faire parler d’elle, à
surprendre le spectateur et à se renouveler à chaque film.
mardi 15 janvier 2013
Valérian Tome 10 Brooklyn station terminus Cosmos de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)
Voilà que Valérian s'est fait la belle avec une inconnue, qu'il vient de passer la nuit avec elle pendant que Laureline essaye de démêler la situation dans la constellation de Cassiopée et qu'elle fait pour sa part tout un tas de rencontres peu charmantes : "Je crains que tu n'aies même pas compris que la ceinture d'Elsinn est assurément un endroit dangereux ... très dangereux en réalité puisqu'en continuant à enquêter sur mon désintégrateur oublié, j'ai été attaquée par la secte des Rapolinks ... misogynes absolus réfugiés sur un rocher sinistre, ils détectent on ne sait comment tout ce qui est femelle et le pourchassent jusqu'à la mort.", d'où elle réchappe : "Mais seulement pour être ensuite lapidée par un gang de malfrats qui pratiquent assez agressivement la télétransportation du caillou pointu." pour finalement s'en sortir et réussir à contacter Valérian le joli coeur : "Un miracle en effet, mais qui m'a tout juste valu de manquer être bouffée crue pendant une réparation extérieure par les infects chiens de l'espace dressés par d'autres voyous extradés de toutes les planètes de Cassiopée.".
"Pas mon habitude de philosopher ainsi, mais avec ces mises en phase, cet oiseau, que sais-je encore, je ne suis plus tout à fait moi-même.", allez, on va dire que c'est ça mon pauvre Valérian.
"Valérian et Laureline" est clairement une bande dessinée féministe, dans ce dixième volume c'est encore une fois Laureline qui vient en aide à Valérian et qui le met en garde, ce garçon étant décidément bien incapable de se gérer par lui-même.
Et c'est qu'elle n'est pas commode la petite Laureline, non seulement elle emprunte une tenue deshébillée à une amie maquerelle pour piéger les deux méchants mais j'ai senti poindre la jalousie et m'est avis que Valérian a passé un sale quart d'heure à son retour : "J'espère même que ça te fera réfléchir parce que toi, tu rentres par tes propres moyens et par le plus court chemin dès que j'en aurai terminé ... inutile de te dire que j'attends quelques explications. Il n'y a pas que sur les fusées closes de Cassiopée que sévissent d'horribles grognasses.".
Il quitte rapidement la France pour Brooklyn, toujours accompagné de Monsieur Albert, car la clé de l'énigme serait dans cette ville, pas totalement inconnue pour Valérian puisque l'action s'y situait déjà dans le premier volume de la série.
Cette fois-ci les auteurs choisissent de nous montrer le quartier de Brooklyn et quasi exclusivement de nuit.
Du côté du scénario, l'histoire est relativement bien ficelée et il n'y a pas de bavardages inutiles dans ce volume.
La résolution de l'intrigue intervient assez vite mais c'est surtout la fin qui est surprenante, du point de vue d'une révélation de Monsieur Albert mais également sur le plan esthétique, je la trouve d'ailleurs assez réussie.
Les graphismes sont réussis et il y a de belles scènes d'actions, l'opposition entre passé et présent étant aussi bien faite que dans le volume précédent.
"Brooklyn station terminus Cosmos" est la parfaite suite de "Métro Châtelet direction Cassiopée" et renoue avec les éléments qui ont fait le succès des premiers volumes de cette série : un scénario qui tient la route, des graphismes réussis et imaginatifs.
La tenue de l'intrigue en deux volumes est également un point qui m'a plu, qui m'a réconciliée avec cette série et m'a donné envie de lire les volumes suivants.
Livre lu dans le cadre du club de lecture BD - Bandes dessinées de l'Imaginaire de Babelio
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge New-York en littérature 2013
dimanche 13 janvier 2013
Valérian Tome 9 Métro Châtelet direction Cassiopée de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)
Les deux derniers opus des aventures de Valérian et Laureline, agents spatio-temporels, m'avaient quelque peu refroidie car ils étaient loin d'être passionnants et novateurs heureusement, ce neuvième tome redresse la barre et m'a réconciliée avec cette série.
Dès le début le lecteur entre dans l'histoire, il est plongé directement dans l'aventure et découvre que Laureline et Valérian sont séparés, l'une parcourt le cosmos à la recherche d'informations tandis que l'autre est sur Terre au vingtième siècle en compagnie de Monsieur Albert pour enquêter sur d'étranges apparitions qui ont lieu en France, mais qu'ils arrivent à communiquer grâce à un nouveau système implanté dans chacun de leur cerveau.
L'histoire se déroule donc sur deux niveaux et est séparée équitablement entre les deux héros.
Pour Valérian, c'est sa présence sur Terre au vingtième siècle qui le fait réfléchir : "Étrange de penser que tous ces pauvres bougres inconscients de ce qui les menace et cavalant vers leur métro matinal sont nos ancêtres." ainsi que sa collaboration avec l'étrange Monsieur Albert; pour Laureline, c'est un parcours intergalactique pour comprendre ce qui se passe sur Terre et qui s'est apparemment déjà produit sur d'autres planètes, tout en gardant un oeil sur son pauvre Valérian : "Déjà que ce pauvre garçon n'a jamais eu la tête bien solide, cette affaire va me l'esquinter...".
Même séparés Laureline veille toujours sur Valérian et Valérian s'inquiète toujours pour elle, ce système de communication mis en place est l'une des raisons de la réussite de cette histoire et de son intérêt pour le lecteur, en plus d'une intrigue apparemment complexe et bien développée par les auteurs.
L'apparition du personnage de Monsieur Albert éveille également la curiosité du lecteur, c'est la première apparition de ce personnage mais quelque chose me dit que ça ne sera pas la dernière et qu'il nous réserve sans doute des surprises.
Du côté des dessins, Jean-Claude Mézières est resté classique pour tout ce qui concerne l'évocation de la France de 1980, il se permet beaucoup plus de fantaisie avec Laureline et les différentes planètes qu'elle visite, en terminant par l'inquiétante Zomuk où les quatre forces élémentaires du temple eau, terre, feu, air ont été dérobées.
Du côté de l'histoire et des dialogues, Pierre Christin s'est repris et s'est amélioré, mais il reste encore à certains moments un peu trop bavard sur des détails qui n'apportent rien à l'histoire, notamment au début avec "Tu sais que dans la constellation de Cassiopée l'hyperespace est interdit tant la zone est peuplée" qui n'a aucune relation avec l'histoire et qui n'intéresse pas plus le lecteur.
"Métro Châtelet direction Cassiopée" retrouve le niveau des premiers albums de cette série, grâce à une intrigue mystérieuse et prenante se déroulant sur Terre en 1980 avec Valérian et dont la solution pourrait venir du futur avec Laureline.
Le fait de répartir cette histoire sur deux volumes permet aux auteurs de redonner du souffle à leur série et c'est une bonne chose car les deux opus précédents étaient décevants.
Suite et fin de cette histoire dans "Brooklyn Station terminus Cosmos".
Livre lu dans le cadre du club de lecture BD - Bandes Dessinées de l'Imaginaire de Babelio
Seul dans Berlin de Hans Fallada
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quangel, désespérés d'avoir perdu leur fils au front, qui inondent la ville de tracts contre Hitler et déjouent la Gestapo avant de connaître une terrifiante descente aux enfers. De Seul dans Berlin, Primo Levi disait, dans Conversations avec Ferdinando Camon, qu'il était " l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ". Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité. (Gallimard)
"Ils n'ont qu'à obéir. C'est le Fürher qui réfléchit."
Il est trop facile et trop réducteur de penser que tous les allemands ont obéi et suivi aveuglément Hitler en cessant de réfléchir, lui accordant une confiance totale et prenant la moindre de ses déclarations pour parole d'évangile.
Non, tous les allemands n'ont pas été nazis, tous les allemands n'ont pas été antisémites, pourtant on se pose bien peu souvent la question de savoir ce qui se passait réellement en Allemagne à cette époque et quel était le ressenti de la population civile.
"Seul dans Berlin" a le mérite de lever le voile sur ces questions, de traiter du quotidien d'allemands et de leur prise de position par rapport au régime du IIIè Reich.
Bienvenue à Berlin en mai 1940, plus précisément dans l'immeuble du 55 rue Jablonski.
Il y a les Quangel qui viennent de perdre leur fils unique, Madame Rosenthal une juive qui se cache, les Persicke avec le benjamin jeune recrue des SS et faisant la fierté de sa famille, le conseiller Fromm un individu mystérieux ayant travaillé auparavant dans la justice.
A côté il y a aussi Enno Kluge qui vit aux crochets des femmes et pourrit la vie de sa femme Eva, factrice, et Emil Borkhausen, un individu particulièrement louche qui monnaye des informations.
Toutes ces personnes vont se croiser, s'observer, se dénoncer, faire affaire, entre ceux qui soutiennent le IIIè Reich comme les Persicke, les SS et la Gestapo : "Et pourquoi tant de raffut pour la mort d'une Juive ? J'ai assez à faire avec les vivants.", ceux qui choisissent de sombrer dans l'alcool et vivre d'expédients : "Nous sommes tous des hommes, mais nous différons en ceci que nous ne nous pendons pas tous quand nous avons trop bu.", ceux qui choisissent de résister et de dénoncer Hitler et son régime comme les Quangel qui vont se mettre à semer des lettres dans Berlin en espérant les faire circuler dans la population, cette idée ayant germé dans leur esprit grâce à l'action de résistance à laquelle participait la fiancée de leur fils, Trudel Baumann.
Et puis il y a quelques personnes neutres dont le lecteur ne sait pas trop la position comme le conseiller Fromm, un personnage secondaire mais qui intervient toujours à un moment critique.
La construction de ce livre est astucieuse et bien pensée.
L'histoire s'ouvre avec Eva Kluge et se termine avec elle, tandis que le milieu de l'histoire est ponctué par un intermède campagnard qui la met en scène.
Ce n'est pas un personnage clé de l'histoire mais il en est quand même la voûte et sert de repère au lecteur.
Les autres personnages interviennent tout au long de l'histoire, les points de vue s'alternant de l'un à l'autre, parfois ces personnages se croisent, s'observent et se craignent.
En dehors de la population hétéroclite de cet immeuble, il y a la police, la terrible Gestapo, qui fait peser sur toute l'histoire un climat de suspicion : "Dans son sous-sol obscur, elle avait cru passer complètement inaperçue; et voilà qu'elle venait de s'apercevoir qu'elle était constamment espionnée (comme tout le monde à cette époque, d'ailleurs).".
Cette peur qui habitait tous les allemands, ou presque, à cette époque est bien retranscrite dans le récit et les conflits intérieurs sont bien présents : certains choisissent de dénoncer le régime même s'ils doivent en payer le prix de leur vie, tandis que d'autres se jugent plus lâches car ils choisissent de ne pas entrer ouvertement en opposition avec le régime et de vivre leur vie le plus tranquillement possible, comme Trudel Baumann qui revient sur ses engagements premiers dans la résistance, et enfin il y a ceux qui collaborent avec le régime.
Certains peuvent juger que les actions des Quangel sont ridicules et sans impact, c'est d'ailleurs presque ce qui transpire du récit, mais pour moi il n'y a pas de petites actions et le battement d'aile d'un papillon peut avoir des répercussions bien grandes.
Ici, c'est le cas : même si la très grande majorité des lettres des Quangel ont fini entre les mains de la police sans avoir circulées ni même avoir été lues, elles touchent forcément quelques personnes, d'autant plus que dans le même temps d'autres actions de résistance ont lieu dans la population, comme des sabotages.
Le sort des Juifs est également abordé en toile de fond, il est beaucoup question des camps de travail au début du live où sont déportés les allemands qui s'opposent au IIIè Reich ou qui ne sont pas assez productifs, mais bien vite il circule dans la population que les Juifs sont arrêtés et déportés.
Ceci a d'ailleurs pour conséquence que certains allemands cessent de croire en Dieu : "Songe à tout ce qu'ils ont pu faire aux Juifs et à d'autres peuples sans en être punis ! ... Crois-tu vraiment que Dieu existe, mère ?".
A tout cela, il faut également ajouter le réalisme de toute la partie du récit retraçant les tortures par les SS pour faire avouer les personnes, l'emprisonnement dans des conditions plus qu'insalubres, les jugements expéditifs où même l'avocat de la défense enfonce plutôt qu'il n'aide l'accusé.
La multitude de personnages ne m'a pas dérangée, au contraire, elle permet d'avoir différents points de vue et de ne pas traiter la population allemande en la mettant dans un seul panier : celui du nazisme.
Du point de vue de l'écriture, c'est maîtrisé de bout en bout, mais j'ai trouvé que toutes les parties n'étaient pas égales du point de vue de la fluidité de lecture, certaines se lisant plus rapidement que d'autres.
C'est une histoire sombre et réaliste, j'ai apprécié de lire cette histoire qui parle de la résistance allemande, elle sort des sentiers battus et permet d'ouvrir ses opinions et de sortir du champ de la facilité.
De plus, le titre est particulièrement bien choisi, car si l'histoire fait se mêler une multitude de personnages au final chacun d'eux est seul face à lui-même et face au nazisme.
Je n'aurai qu'un petit reproche à faire au niveau des repères spatio-temporels, ils sont trop peu présents et sans s'en rendre compte le lecteur passe de 1940 à 1942, j'aurais aimé que l'auteur soit un peu plus précis à ce sujet, mais c'est bien le seul petit reproche que je peux lui faire.
"Seul dans Berlin" est le dernier livre écrit par Hans Fallada en 1947 et c'est une réussite, car à travers une multitude de personnages il traite de la résistance allemande et du quotidien des allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale d'une façon très réaliste, un sujet bien rare en littérature et qui ne laisse pas le lecteur indemne la lecture achevée.
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre F
samedi 12 janvier 2013
Blanche Neige et autres contes de Jacob et Wilhelm Grimm
« Miroir, mon beau miroir, quelle est la plus belle de tout le pays ? » La réponse sera fatale à Blanche-Neige. Provoquant la jalousie de sa marâtre, la beauté de la jeune femme la promet à la flèche du chasseur, aux bêtes féroces et à la pomme empoisonnée. Les sept nains n’y pourront rien, un prince peut-être… Aux royaumes imaginaires des frères Grimm, Blanche-Neige rejoint dans ce recueil Peau d’âne, Cendrillon, la Belle au bois dormant, Hänsel et Grethel, Tom Pouce et bien d’autres éternels chefs-d’œuvre – connus et moins connus – de romantisme, de terreur et d’amour. (Pocket)
Blanche Neige
Ce conte a déjà été lu auparavant, mon avis ici.
Hänsel et Grethel
Quelle triste histoire que celle de ces deux enfants que leurs parents décident d'abandonner dans la forêt pour pouvoir survivre et qui les accueillent avec hypocrisie lorsque ceux-ci reviennent après avoir habilement déjoué le piège : "Mauvais enfants, pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous avons cru que vous ne vouliez plus revenir.".
Ce qui devait arriver arrivât, les parents finirent par semer leurs enfants et Hänsel et Grethel échouèrent dans la maisonnette en pain et gâteau de la sorcière : "Les sorcières ont les yeux rouges et la vue courte, mais elles ont le nez fin comme les animaux et sentent l'approche des hommes.".
Je trouve que "Hänsel et Grethel" est un conte dur, loin d'être tendre avec les enfants et encore moins avec les adultes.
Les adultes sont présentés comme des personnes pétries de mauvaises intentions : abandonner ses propres enfants dans la forêt, les dévorer pour la sorcière.
Les enfants eux sont présentés comme des être innocents mais pourvus de malice et d'intelligence qui leur permettent de se sortir de chaque mauvais pas, avec toutefois des traits de gourmandise et de cupidité, puisqu'ils n'hésitent pas à s'emparer d'une partie des trésors de la sorcière.
Quant aux adultes méchants, ils sont bien entendus punis : la sorcière meurt brûlée vive et quant à la mère des enfants, instigatrice de leur perte dans la forêt : "Cet homme n'avait pas eu une heure de repos depuis qu'il avait abandonné ses enfants dans la forêt; sa femme d'ailleurs était morte."
Fruit du hasard ou pas, les méchants sont des femmes et ceux éprouvant des remords des hommes.
Je note une incohérence dans la version Pocket, au début il est mentionné que la femme est leur belle-mère : cela est issu d'une version remaniée du conte par les frères Grimm; à la fin il s'agit de leur mère : cela provient du conte initial.
Quoi qu'il en soit, mère ou belle-mère elle reste une femme pétrie de mauvaises intentions et faisant peu de ces des deux enfants.
"Hänsel et Grethel" est un conte qui se termine bien, fort heureusement, mais qui est dur dans son propos et peu tendre envers les jeunes et les moins jeunes.
La Belle au bois dormant
Une reine et un roi se désespèrent de ne pas avoir d'enfant jusqu'à ce que leur voeu soit exaucé. Le roi organise alors une très belle fête et invite la famille, les amis, mais aussi les femmes sages du royaume qui sont au nombre de treize.
Petit problème néanmoins : "Il y en avait treize dans le royaume mais comme il n'y avait que douze assiettes en or dans lesquelles elles devaient manger, l'une d'elle devrait rester chez elle.".
Bien évidemment, celle non invitée prit la mouche et jeta un mauvais sort à l'enfant : "La fille du roi se piquera avec un fuseau lors de sa quinzième année et en tombera morte.", que la dernière sage modifia en un profond sommeil de cent années.
La fille du roi se pique effectivement à un fuseau et plonge, ainsi que tout le château, dans un sommeil de cent années : "Alors il courut dans le pays la légende de la Belle au Bois Dormant car c'est ainsi que fut nommée la fille du roi, si bien que tous les fils de roi se rendaient dans le royaume et voulaient fendre la haie vive.", jusqu'à l'arrivée d'un prince qui va réveiller tout ce beau monde.
Ce conte a un côté féerique et enchanteur et fait sans doute partie de mes préférés car il n'y a pas vraiment de violence dedans ni de personnages stigmatisés ou de différence flagrante entre hommes et femmes, tous sont traités sur un pied d'égalité.
L'histoire est belle et toute simple, je ne vais pas m'étendre sur les analyses psychanalytiques où ce conte montrerait en fait les différentes phases de la vie d'une femme (l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, l'âge adulte, la fécondité, la vieillesse) et où la malédiction du sang qui coule est à assimiler au cycle menstruel car ce conte me convient très bien sans pousser plus loin mes réflexions.
Après l'abandon des enfants dans la forêt et leur rencontre avec une sorcière anthropophage "La Belle au bois dormant" est un havre de paix et de repos ... mais pas pour cent ans !
Cendrillon
Cette fille avait pourtant tout pour réussir : des parents aimant, une famille riche, mais voilà que sa mère décède et que son mère se remarie avec une affreuse femme mère de deux fillettes désagréables et que tout ce beau monde ne trouve rien de mieux que de la réduire à l'état de servante vêtue de haillons et se couchant dans les cendres du foyer : "Elle paraissait donc toujours sale et poudreuse, et c'est pourquoi on la surnomma Cendrillon."
Le prince donne un bal, Cendrillon, grâce à la magie s'y rend et sublime le prince, tandis que sa belle-mère et ses demi-soeurs n'y croient guère : "Elles ne pensaient guère à Cendrillon qu'elles avaient laissée au logis dans les cendres." et que son père espère secrètement que c'est elle.
Ce conte est très beau et relativement doux, je dis bien relativement car le père de Cendrillon n'a pas le beau rôle, il ne fait rien pour aider sa fille ni lui montrer qu'il tient un tant soit peu à elle, il est dominé par sa nouvelle femme et ne semble guère vouloir faire d'effort pour changer quoi que ce soit; cette notion de douceur est aussi à relativiser car la belle-mère va jusqu'à ordonner à ses deux filles de se mutiler pour pouvoir chausser la pantoufle d'or, niveau amour maternel ce n'est pas envisageable.
L'atout de ce conte c'est la part de magie qu'il contient, avec l'arbre providentiel qui permet à Cendrillon d'obtenir les plus belles robes de bal, et qui efface le côté un peu plus noir de l'histoire.
Il y a également la présence d'oiseaux, les amis de Cendrillon, qui vient renforcer ce côté magique et permet à l'héroïne de se sentir moins seule, car s'il y a bien une morale à ce conte c'est sans doute que pour obtenir ce que l'on veut il ne faut compter que sur soit pour preuve, Cendrillon ne compte que sur elle-même et la magie pour se rendre au bal puisque son père est incapable de la défendre et de lui prodiguer tout l'amour qu'un père doit avoir envers sa fille.
"Cendrillon" fait partie de mes contes préférés pour son personnage féminin attachant et la magie présente dans l'histoire et que je ressens à la lecture.
Le petit chaperon rouge
Ce conte est une illustration de la jeunesse qui se laisse pervertir et attirer par le côté obscur, ici matérialisé par un loup, qui décide de faire son casse-croûte avec le petit chaperon rouge et sa grand-mère : "Elle est jeune, elle est tendre, ce sera un bon morceau, bien meilleur que la vieille; il faut m'y prendre adroitement pour les happer toutes les deux.".
Il s'agit ici de la version heureuse du conte où l'arrivée du chasseur permet de sauver le petit chaperon rouge et la grand-mère.
Toutefois, la morale de l'histoire n'est pas bien subtile et les ficelles sont grosses, il y est question d'obéissance et des conséquences en cas de non respect des consignes, ceci sert d'ailleurs de leçon au petit chaperon rouge qui ne recommencera plus : "De ta vie tu ne t'écarteras plus de la route pour courir dans le bois, quand ta mère te l'aura défendu.".
Il est quasiment impossible de ne pas y voir aussi certains avertissements quant à la sexualité et l'anthropophagie, la couleur du chaperon n'est d'ailleurs sans doute pas due au hasard mais mûrement réfléchie.
Cette version ne se limite pas à l'arrivée du chasseur qui sauve les deux personnages féminins, il y a une suite qui illustre les leçons tirées par la mère-grand et le petit chaperon de leur mauvaise rencontre avec le loup puisqu'elles piègent un loup qui tentait de faire la même chose et qui finit par se tuer.
"Le petit chaperon rouge" est un conte qui amuse lorsque l'on est enfant avec la galette et le pot de beurre, les grandes dents, les grandes oreilles et qui fait réfléchir lorsque l'on est plus grand du fait des messages que son histoire véhicule.
C'est un conte qui se lit selon deux niveaux.
Tom Pouce
Un laboureur et sa femme se lamentent de ne pas avoir d'enfant, la femme émet le souhait d'avoir un enfant même "pas plus gros que le pouce, je m'en contenterais, et nous l'aimerions de tout notre coeur.", son souhait finit par se réaliser mais "La femme, sur ces entrefaites, devint souffrante, et, au bout de sept mois, elle mit au monde un enfant bien constitué dans tous ses membres, mais qui n'avait qu'un pouce de haut.".
Il s'agit sans doute d'un des contes les moins violents, dans le sens où il se termine bien et où surtout ce ne sont pas les parents qui vendent leur enfant par cupidité mais celui-ci qui le leur suggère, étant sûr de pouvoir les rejoindre bien vite après.
Il y a de l'amour dans cette histoire, même si je ne cautionne pas complètement le fait de vendre son enfant, même à sa demande et même si celui-ci n'est pas plus haut qu'un pouce.
"Tom Pouce" est l'un des contes les moins violents que j'ai pu lire où le personnage pas plus haut qu'un pouce est joyeux, aimant, de bons conseils et courageux, en somme une jolie petite histoire d'amour avec ses parents.
Peau-de-toutes-bêtes (Peau d'Âne)
Ce conte est sans doute l'un des plus choquants qu'il m'ait été donné de lire : un père qui veut épouser sa propre fille : "Je veux épouser ma fille, car elle est le vivant portrait de ma femme morte, et je ne trouve nulle part une fiancée qui lui ressemble." !
L'inceste est poussé très loin dans ce conte, c'est à la limite malsain de le lire à de jeunes enfants tant le message qu'il véhicule est contraire aux bonnes moeurs.
De plus, j'ai dû faire des recherches sur ce conte car la traduction dans ce recueil n'est pas bonne, à le lire on comprend que Peau-de-toutes-bêtes finit par épouser son père, après recherche il semblerait que non.
Le problème, c'est que son père est désigné comme le roi et la personne qu'elle finit par épouser l'est de la même façon, cela ne simplifie pas la lecture et la compréhension.
J'aurai pu apprécier le côté magique avec les trois robes, l'une dorée comme le soleil, l'autre argentée comme la lune et la dernière aussi scintillante que les étoiles, la fuite de cette jeune fille qui se refuse à accéder à la volonté de son père, au final je suis restée sur cette histoire d'inceste et l'emploi du terme "roi" pour désigner son père et le prince m'a plus embrouillée dans ma lecture qu'autre chose.
"Peau-de-toutes-bêtes" est loin d'être un conte magique, enchanteur, prêtant à la rêverie, il est au contraire désenchanteur et fait froid dans le dos.
Les musiciens de la ville de Brême
Un conte assez sympathique qui met en scène des animaux décidant de se regrouper et de partir à la ville de Brême pour y être musicien.
C'est gentil mais ce n'est pas une grande histoire, elle n'a pas la classe d'une Cendrillon ou d'une Belle au bois dormant.
Toutefois, je ne garderai pas un souvenir de ce conte que j'ai d'ailleurs déjà presque oublié sitôt lu.
Le lièvre et le hérisson
Difficile de ne pas penser à une fable de Lafontaine à la lecture de ce conte où un hérisson finit par piéger un lièvre.
C'est une histoire gentille qui se lit avec le sourire, mais ce n'est pas un conte qui me marquera et j'aurai, à mon avis, bientôt oublié.
Le petit pou et la petite puce
Ce conte n'est qu'une variation de l'effet papillon, je n'ai pas pris de plaisir en le lisant car le style est trop lourd, chaque personnage (animal, végétal ou humain) ne fait que reprendre la phrase du précédent pour la compléter.
Cela finit par être lassant et pas très facile à lire, heureusement que ce conte ne fait que deux pages, d'autant plus que la fin n'est ni surprenante ni originale.
La princesse sur les pois
Le manuel de la parfaite princesse le spécifie bien : une vraie princesse ne peut dormir que sur un vrai matelas, en cas de doute glissez en-dessous des petits pois, si la demoiselle se plaint le matin d'avoir mal dormi alors il s'agit bien d'une princesse.
Ce conte fait parti des plus connus, je l'ai lu ici avec trois pois, dans mon souvenir il n'y en avait qu'un : "Lorsqu'on on eût apporté les matelas, elle y mit trois pois, l'un au pied du lit, un autre au milieu et le troisième au chevet; puis on ajouta encore six matelas, puis les draps et les édredons.".
Il est vrai que l'histoire est trop invraisemblable pour que l'on y croit un seul moment (sérieusement, mal dormir avec autant de matelas parce qu'on y sent les pois c'est trop gros), mais "La princesse sur les pois" reste une lecture plaisante et rapide, qui laisse quelques souvenirs mais n'est pas forcément le conte qui m'a le plus marquée.
Les trois frères
Il est clairement question dans ce conte de l'amour, un sentiment fort qui unit les personnes malgré des mises en concurrence ou des tentatives de perturbation de la bonne entente régnant entre les mêmes membres d'une famille, ici c'est le père qui tient ce rôle en offrant sa maison à celui de ses trois fils qui aura fait le plus preuve d'adresse.
Malgré ce challenge, les frères finissent par rester unis et vivre heureux ensemble : "Ensuite, comme ils s'aimaient tous trois beaucoup, ils ne voulurent pas se séparer, et continuèrent de vivre ensemble dans la maison paternelle, où ils exercèrent chacun leur métier.".
Néanmoins, je ne peux m'empêcher d'y trouver un petit quelque chose à redire qui tient au fait qu'ils vivent en complète autarcie sans jamais se marier et finissent par mourir ensemble ou presque.
Ceci est dommage et n'illustre pas vraiment des valeurs d'ouverture sur le monde alors que le message premier de ce conte était pour moi un message d'amour.
Là, il s'agit finalement d'un amour exclusif et centré sur la proche famille sans s'intéresser aux autres.
La mort la plus douce pour les criminels
La morale de conte ultra court est sans nul doute "tel est pris qui croyait prendre".
Un homme ayant rendu de grands services à son prince commet un jour un crime pour lequel il est jugé et condamné à mort, mais du fait des services rendus par le passé le prince lui laisse la possibilité de choisir sa mort.
Mais l'homme est bien malin et il trouve la meilleure mort qu'il soit en quelque sorte : "Puisqu'il est entendu que que je dois mourir, tout en déplorant la rigueur d'un destin cruel, je vous avouerai franchement que mourir de vieillesse m'a toujours paru la mort la plus douce".
Jolie petite morale pour ce conte qui se lit extrêmement vite.
Les deux compagnons en tournée
"Les montagnes ne se rencontrent pas, mais les hommes se rencontrent, et souvent les bons avec les mauvais.".
C'est ainsi que le chemin d'un gentil tailleur croise celui d'un sombre cordonnier qui finira par lui crever les deux yeux en échange de nourriture et, alors que le tailleur a récupéré des yeux et la vue, cherchera à entacher la bonne réputation dont il jouit auprès du roi.
J'ai beaucoup aimé ce conte à la morale simple mais efficace et je trouve que son placement en dernière position dans ce recueil le dessert quelque peu.
Certes, ce n'est pas le conte le plus connu, mais il gagne à l'être et il mériterait, à mon sens, d'être mieux présenté dans ce recueil.
L'histoire est agréable à lire, avec des rebondissements, évidemment une morale très présente, de la méchanceté mais contrebalancée par la gentillesse du tailleur dont le caractère évolue d'ailleurs au fil de l'histoire.
"Les deux compagnons en tournée" est un conte agréable à lire qui clôt ce recueil de quelques contes des frères Grimm.
Ce recueil comprend les principaux contes des frères Grimm, qu'il s'agisse de "Blanche Neige", "Hänsel et Grethel", "Le petit chaperon rouge", "Cendrillon", "La Belle au bis dormant", mais aussi certains moins connus comme "Les deux compagnons en tournée" qui méritent pourtant de l'être.
Si j'ai apprécié des contes comme "Cendrillon" ou "La Belle au bois dormant", certains soulèvent tout de même des questions, comme "Blanche Neige" ou "Hänsel et Grethel", qui n'apparaissent pas lorsqu'on les lit plus jeunes, tandis que "Peau-de-toutes-bêtes" m'a clairement fait hérisser le poil tant l'histoire d'inceste qu'il véhicule est malsaine et met mal à l'aise à la lecture.
Certaines traductions sont aléatoires, notamment dans "Hänsel et Grethel" où au début il s'agit de la belle-mère et à la fin de la mère et "Peau-de-toutes-bêtes" où l'homme, qu'il s'agisse du père ou du prince, est désigné par le terme de "roi".
Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'une édition à bas coût que les traductions doivent être elles aussi au rabais, cela gâche quelque peu la lecture et provoque des incohérences dans l'histoire.
"Blanche Neige et autres contes" reste un recueil plaisant des contes de Grimm pour les découvrir ou bien les relire, et à chacun de se faire sa propre opinion sur chaque conte et chaque morale présente.
Les contes "Blanche Neige", "Hänsel et Grethel", "La Belle au bois dormant", "Cendrillon", "Le petit chaperon rouge" ont été lus dans le cadre du challenge La face cachée des Disney.
lundi 7 janvier 2013
Les Hauts de Hurlevent d'Andrea Arnnold
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Angleterre – XIXème siècle. Heathcliff,
un enfant vagabond, est recueilli par M. Earnshaw qui vit seul avec ses deux
enfants, Hindley et Cathy, dans une ferme isolée. Heathcliff est bientôt
confronté aux violences de Hindley, jaloux de l’attention de son père pour cet
étranger. Le jeune garçon devient le protégé de Cathy. A la mort de M.
Earnshaw, Cathy est courtisée par le fils de riches voisins, laissant peu à peu
Heathcliff à la merci de Hindley. A l’annonce du prochain mariage de Cathy,
Heathcliff s’enfuit. L’attachement fraternel qu’il vouait à Cathy se transforme
alors en un amour obsessionnel. (AlloCiné)
Si "Les Hauts de Hurlevent" est
l’unique roman d’Emily Brontë il a pourtant été adapté plusieurs fois, que ce
soit au cinéma, en opéra, en ballet.
La réalisatrice Andrea Arnold a
choisi de se démarquer en basant son film sur le côté sombre de l’œuvre.
Ici, point d’histoire d’amour
romanesque et fantastique, mais une histoire d’obsession tragique qui détruit
l’autre pour le conduire à la mort.
C’est noir du début à la fin sans la
moindre lueur d’espoir, l’ensemble du film est déprimant à la limite de
l’oppressant avec des tortures d’animaux, des coups, une histoire qui évolue en
vase clos et une absence totale de musique faisant ressortir le moindre son.
Effectivement, il n’y a pas de
musique de tout le film, hormis une chanson pendant le générique de fin, mais
les sons sont très présents : le vent, la pluie, les animaux, les pleurs,
les cris, la branche frappant le carreau.
Cela renforce le caractère du film et
son côté noir mais cela a aussi tendance à finir par créer un malaise dans la
salle.
Point de fantôme donc, mais une
branche venant frapper au carreau et rappelant à Heathcliff le souvenir de
Catherine.
La nature est d’ailleurs omniprésente
pendant tout le film, les paysages tiennent une place importante, le film a été
tourné en décors réels et certainement dans les conditions climatiques réelles,
cela se ressent à l’écran.
Il y a bien plus souvent du vent et
de la pluie que du soleil, ceci étant le reflet de la vie des personnages.
Esthétiquement ce film est un vrai
parti pris et une réussite, notamment les scènes où adultes Catherine et
Heathcliff se souviennent furtivement d’images de leur enfance, mais il a le
défaut de sa qualité en ce sens que parfois il se veut trop esthétique en
comportant trop de gros plans sur des animaux, ce qui pourrait laisser à penser
que la réalisatrice s’est amusée avec sa caméra comme si c’était un nouvel
objet à essayer ou qu’elle cherchait à tourner un Microcosmos transposé au 19ème
siècle.
Une scène m’a d’ailleurs
particulièrement marquée, celle où Catherine entraîne Heathcliff à regarder la
lande du haut d’un rocher, cette scène est entièrement tournée avec le soleil
face à la caméra.
La réalisatrice a également choisi de
tourner certaines scènes avec une caméra en mouvement qui suit les acteurs,
j’aime assez ce principe car il permet au spectateur de vivre le film, ici on
se promène à cheval où on court sur la lande.
Un autre point positif à ce film est
que la réalisatrice montre les personnages de façon assez proche de la
réalité : ils sont sales et crasseux, ils se roulent dans la boue et dans
la lande, Catherine n’est pas jolie dans le sens classique du terme mais la
réalisatrice a choisi de mettre en valeur sa chevelure brune et son regard.
Quant à Heathcliff il est par
certains côtés approchant de la description qui en est faite dans le
livre : un personnage à la peau mate typé gitan.
Du côté des acteurs, je ne les
connaissais pas jusque alors, Catherine est interprétée par Shannon Beer pour la
partie jeune et Kaya Scodelario pour la partie adulte et Heathcliff est
interprété par Solomon Glave pour la partie jeune et James Howson pour la
partie adulte.
Néanmoins, je trouve que le scénario
est mal équilibré entre la partie axée sur la jeunesse, longue et sans doute la
plus riche et la plus intéressante ; et celle axée sur l’âge adulte, plus
courte et expédiant un peu trop à mon goût la relation complexe unissant
Catherine et Heathcliff.
Il est aussi à regretter que la
réalisatrice, également co-scénariste, ait choisi de faire l’impasse sur toute
une partie du roman, elle aussi complexe et riche sur les relations et les
personnages gravitant autour de Heathcliff et de sa vengeance.
Je suis toujours dubitative quant à
l’adaptation cinématographique d’une œuvre aussi riche et dense, elle nécessite
à chaque fois un parti pris du ou des scénariste(s), ce film n’y fait pas
exception.
"Les Hauts de Hurlevent" d’Andrea
Arnold n’est pas un film facile d’accès et il ne s’adresse pas à tout public,
il est un parti pris de l’œuvre d’Emily Brontë réussi esthétiquement mais qui
fait néanmoins l’impasse sur certains aspects du livre pour se concentrer sur
d’autres, notamment la noirceur.
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