mercredi 14 septembre 2016

Par un matin d'automne de Robert Goddard


Fin des années 1990. Leonora Galloway part en France avec sa fille afin de se rendre à Thiepval, près d'Amiens, au mémorial qui honore les soldats - dont de nombreux Britanniques, comme son père - tombés durant la bataille de la Somme, lors de la Grande Guerre. Le 30 avril 1916 est la date officielle de son décès. Or Leonora est née près d'un an plus tard. Ce qui pourrait n’être qu’un banal adultère cache en fait une étrange histoire, des secrets de famille, sur lesquels plane l'ombre d'un meurtre jamais résolu et où chaque mystère en dissimule un autre… Dans ce livre envoûtant, Robert Goddard allie l'atmosphère des plus grands romans anglais à un sens du suspense et de la reconstitution historique remarquables. (Le Livre de Poche)

C'est à la fin de sa vie que Leonora Galloway se décide à raconter la vérité à sa fille sur un secret de famille la concernant et qu'elle a gardé pour elle pendant plusieurs dizaines d'années.
Pour cela, il faut retourner en 1916, durant la Première Guerre Mondiale.
A Thiepval, près d'Amiens, figure sur le monument aux morts le nom de son père et la date de son décès, le 30 avril 1916.
Petit problème, Leonora est née un an plus tard.
Qui était son père ?
C'est ce que propose de raconter à sa fille - donc aux lecteurs - Leonora.

Je ne m'explique pas le classement de ce roman dans la catégorie policier, car il s'agit plus d'une fresque familiale à secret qu'une enquête policière à proprement parler.
En attendant, je qualifierai ce livre de page-turner, il se lit rapidement malgré sa taille car le lecteur finit par être pris dans l’intrigue et n’a qu’une envie : connaître la suite.
Pour ma part j'avais de gros doutes sur le mystère entourant la naissance de Leonora, il s'avère que j'avais raison donc des esprits perspicaces arriveront facilement à deviner ce qui se cache derrière tant de mystère.
Mais, je le redis, l’auteur a été malin et a su créer de nombreux rebondissements, peut-être un peu trop d’ailleurs car par moment l’intrigue aurait gagné à être condensée.
A travers son récit, Leonora arrive bien à reconstituer une époque ainsi que ses conditions de vie dans le manoir familial où l’ambiance est très pesante et où Leonora n’a pas le luxe d’approfondir plus le mystère de sa naissance en des temps troublés : "La vérité est un luxe inabordable en temps de guerre.".
Face à Leonora, il y a Olivia, la jeune épouse de son grand-père qui non seulement le trompe allègrement mais est bien décidée à s'approprier le domaine pour elle et mène la vie dure à Leonora en n’hésitant pas à la rabrouer : "Se réfugier dans le moralisme est bien commode pour dissimuler certaines faiblesses personnelles !".  
Cette femme est un peu le mal personnifié, mais elle n'a toutefois pas l'aura d'une Rebecca.
Les personnages sont très manichéens, soit ils sont gentils soit méchants.
Leonora est un peu trop l'archétype de la pauvre jeune fille brimée et Olivia celui de la marâtre, un peu de nuance n'aurait pas nui à l'histoire, encore moins aux personnages.
Outre des passages un peu longs c’est le deuxième reproche que je ferai à ce roman.
Les personnages ne surprennent pas, dès le début le lecteur a compris que la victime dans l’histoire était Leonora et dès qu’Olivia entre en scène il comprend de même que toute sa souffrance viendra d’elle.
Finalement, j’ai été prise par l’intrigue mais je ne peux pas vraiment dire que je me suis attachée à un personnage en particulier.
Leonora, pour continuer un parallèle avec Rebecca de Daphné du Maurier, n’arrive pas à atteindre l’empathie que suscite la nouvelle Lady de Winter auprès du lecteur.
Il y a beaucoup de retournements de situation, on imagine assez bien cette histoire transposée à l'écran, c'est tout à fait une lecture estivale car elle captive sans faire trop travailler le cerveau.
Par ailleurs, je trouve le choix de la couverture tout à fait excellent, j’aime beaucoup cette photographie.

"Par un matin d’automne" est une lecture qui m’a globalement satisfaite et qui s’est trouvée fort à propos durant mes vacances estivales, à conseiller aux amateurs de fresque familiale Anglaise.

Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices 2016



mardi 13 septembre 2016

Les putes voilées n'iront jamais au paradis ! de Chahdortt Djavann


Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. 
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. 
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme. (Grasset)

Dans ce roman, il est question de Soudabeh et Zahra, deux filles magnifiques dont les chemins vont se séparer et qui connaîtront pourtant le même destin : elles deviendront prostituées.
Mais cela, elles ne le savent pas encore lorsqu’elles sont amies en étant plus jeunes.
Mais plutôt que de s’arrêter à ce récit fictionnel sur ces deux héroïnes, l’auteur va aussi compléter son récit avec des témoignages de prostituées qui ont été assassinées.
Certes, ces récits sont eux aussi fictifs, mais les crimes sont eux bien réels.
Car être fille en Iran, c’est plus que l’enfer : "Naître fille dans ce pays est un crime en soi.", et pour être considérée comme une pute il n’y a qu’un infime pas à franchir : "Un rien fait de vous une pute, dans cette contrée. Femme, dès qu'on vous remarque, pour quelque raison que ce soit, vous êtes forcément une pute.".
Alors que des femmes soient assassinées en étant désignées immédiatement comme des prostituées, pour certains c’est bien fait pour elles et inutile d’aller chercher plus loin et surtout pas la vérité : "Qui mènerait ici une enquête digne de ce nom pour une pauvre femme dont la vie ne valait que la moitié de celle d'un homme ? Déjà que la vie d'un homme ne valait pas grand-chose.".

Ceci n’est pas une fiction, Chahdortt Djavann part de faits réels : dans plusieurs villes d’Iran et depuis plusieurs années des femmes sont retrouvées assassinées sans que cela émeuve qui que ce soit dans la population.
Et c’est à travers le prisme de la fiction que l’auteur va dénoncer plusieurs choses : que le système islamique contrôle tout, que le voile est une prison pour les femmes, que les hommes les asservissent ainsi et les utilisent pour assouvir leurs frustrations, particulièrement sexuelles.
Car ne soyez pas étonnés, mais dans un pays tel que l’Iran la prostitution est omniprésente : "Ici, sur cette terre sacrée de l'islam, souillée pourtant par le péché, Shéhérazade et ses mille et une nuits de fables se muent en une seule nuit et mille et une fornications.", à tous les coins de rue et ce malgré les tchadors : "Tâche ardue et contradictoire. Elles portent le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !".
Il ne faut point juger ces femmes, bien souvent la prostitution est le seul recours qu’elles ont, dans un pays où le chômage explose tout comme le trafic de drogue.
Chahdortt Djavann a placé la femme au cœur de son récit, et montre à quel point il est difficile, pour ne pas dire sans issue, de naître tout simplement femme dans certains pays : "Habiter un corps de femme, dans l'immense majorité des pays musulmans, est en soi un une faute.".
Elle n’hésite pas à dénoncer de façon percutante l’hypocrisie des islamistes qui asservissent ainsi les femmes tout en se parant du voile de l’innocence et du droit divin.
Difficile de ne pas être bouleversée par ce texte, ni dérangée par la puissance des mots qui frappent toujours justes.
Par moment ce récit m’a mis mal à l’aise, le dégoût m’a entièrement envahie et bien souvent j’ai été au bord de la nausée, parce que ce que je lisais dépassait tout ce que j’avais jamais pu (naïvement) imaginer sur le sujet.
Et c’est sans doute la plus grande force de ce récit, l’uppercut qu’il déclenche à chaque phrase ou presque, parce que de temps à autre cela fait du bien de s’en prendre en pleine figure avec une lecture.

Si "Les putes voilées n’iront jamais au paradis !" tant mieux pour elles, et pour toutes les autres femmes, car ce n’est point un paradis qui leur est promis mais un enfer pur et simple qui commence sur terre, quel formidable roman de Chahdortt Djavann.


lundi 12 septembre 2016

Charlie et le grand ascenseur de verre de Roald Dahl


Woush! Dans le grand ascenseur de verre, Willy Wonka, Charlie Bucket et sa famille survolent la chocolaterie ! Ils voient le monde en bas mais ils ne sont pas seuls : le premier hôtel spatial a ouvert. Et les bêtes les plus méchantes, les plus vindicatives, les plus meurtrières de tout l'univers y rôdent : les Kpoux Vermicieux. Alors accrochez bien vos estomacs et vos chapeaux ! Seuls Charlie et Willy Wonka peuvent empêcher les Kpoux de tout détruire. (Gallimard Jeunesse)

Souvenez-vous, Charlie venait de remporter le grand prix de la loterie organisée par Willy Wonka, à savoir sa chocolaterie, il avait embarqué avec toute sa famille et Willy Wonka dans un grand ascenseur de verre.
Mais une mauvaise manœuvre va projeter l’ascenseur dans l’espace, ce sont alors de nouvelles aventures extraordinaires qui attendent nos héros : "Charlie, mon garçon, lui dit-il, nous avons vécu de drôles d'aventures ensemble, mais jamais rien de pareil !".

Je suis plus partagée sur la suite des aventures de Charlie car si le côté fou est toujours présent il m’a moins fait rêver que précédemment.
Déjà parce que l’action se passe dans un lieu restreint : l’ascenseur de verre, mais aussi parce que l’histoire est plus simple que précédemment.
Certes, l’espace est peuplé des Kpoux, des créatures monstrueuses qui ont décidé de s’en prendre à une station spatiale et à l’ascenseur de verre : "Parce que ces êtres, cher petit ignorant, sont les bêtes les plus méchantes, les plus vindicatives, les plus venimeuses, les plus meurtrières de tout l'univers.", mais c’est, de mon point de vue, moins excitant que la visite de la chocolaterie.
Tout comme la partie concernant le Forti-Wonka et la Terre des Moins après le retour sur terre, je n’ai pas compris ce que cet épisode venait faire là.
En somme, j’ai trouvé nettement moins d’intérêt dans cette suite et pour tout dire je m’y suis quelque peu ennuyée.

"Charlie et le grand ascenseur de verre" fut une déception, je préfère oublier cette suite et ne garder à l’esprit que les premières aventures de Charlie qui sont nettement plus réussies et intéressantes.


dimanche 11 septembre 2016

Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl


Willy Wonka est le plus grand inventeur de chocolat de tous les temps. Et savez-vous qui est Charlie ? Charlie Bucket est le héros de cette histoire. Il y a quatre autres enfants dans ce livre, d'affreux petits garnements, nommés Augustus Gloop (goinfre), Veruca Salt (gâtée), Violette Beauregard (mordue de chewing-gum) et Mike Teavee (obsédé par la télé). Les voilà qui arrivent avec leurs tickets d'or, à la chocolaterie Wonka ! Quels secrets vont-ils découvrir ? (Gallimard Jeunesse)

* Générique musical : "Willy Wonka, Willy Wonka / The amazing chocolatier / Willy Wonka, Willy Wonka / Everybody give a cheer" *

Charlie Buckett vit pauvrement dans une petite maison avec ses parents et ses quatre grands-parents qui n’ont plus bougé du lit depuis des dizaines d’années : "La maison était beaucoup trop petite pour abriter tant de monde et la vie y était tout sauf confortable.".
Dans la famille de Charlie on est pauvre, mais on a de l’amour et des principes, aussi Charlie est un petit garçon très bien élevé, gentil, attentionné et pas envieux pour un sou.
Quand il apprend que le fantasque et génial chocolatier Willy Wonka, que personne n’a plus vu depuis des années et dont la chocolaterie fonctionne mystérieusement sans qu’aucune personne n’y entre ou n’en sorte, organise une loterie pour accueillir et faire visiter son usine à cinq enfants accompagnés d’un ou deux adultes il décide de tenter sa chance et de trouver lui aussi un ticket d’or caché dans l’emballage d’une tablette de chocolat.
Charlie a raison de croire en sa bonne étoile, car la chance va lui sourire et c’est accompagné de son grand-père Joe qu’il va pénétrer la mystérieuse chocolaterie de Willy Wonka, dans laquelle d’autres surprises l’attendent … .

Oui, j’ai vu l’adaptation cinématographique de Tim Burton ; non, je n’avais pas lu l’œuvre de Roald Dahl.
Je me suis dit qu’il était temps, d’autant que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de Roald Dahl.
Ce livre pour enfants est un véritable bonheur, il y a à la fois la magie et le mystère de la chocolaterie, la folie de Willy Wonka mais aussi une belle morale de fond.
Face à Charlie se trouvent quatre enfants pourris/gâtés qui vont connaître bien des mésaventures durant la visite, et tant mieux pour eux !
Willy Wonka est totalement fou, voire par moment inconscient, il faut dire qu’à force de vivre reclus dans son usine il n’a plus l’habitude de côtoyer des adultes, encore moins des enfants.
Car ses seuls compagnons sont de petits être farceurs et travailleurs, qui adorent pousser la chansonnette régulièrement : les Oompas-loompas.
Lu avec des yeux d’adulte, ce roman s’avère quelque peu moralisateur, mais le message passe plutôt bien et je ne l’ai pas trouvé rébarbatif.
Charlie est l’incarnation de l’enfant parfait, tandis que les quatre autres illustrent un vice (la gloutonnerie par exemple).
Les adultes ne sont pas en reste et j’ai beaucoup aimé le personnage de grand-papa Joe ainsi que les parents de Charlie.
Je suis un peu plus partagée sur le personnage de Willy Wonka que j’ai eu du mal à cerner, d’autant que s’imposait systématiquement à moi la vision de Johnny Depp pour incarner ce personnage, alors que celui du roman diffère quelque peu de celui présenté dans le film de Tim Burton.
L’histoire racontée est universelle et ne vieillit pas, je comprends parfaitement qu’elle ait pu faire l’objet de deux adaptations cinématographiques car le récit prête à l’imaginaire avec quelques illustrations qui ponctuent la narration.
J’ai beaucoup aimé cette lecture divertissante, je suis retombée en enfance et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé cet auteur dont j’avais beaucoup apprécié le "Sacrées sorcières" plus jeune.

"Charlie et la chocolaterie" est un beau roman qui comblera petits et grands par la magie qui s’en dégage.


samedi 10 septembre 2016

Délivrez-moi ! de Jasper Fforde


Après avoir sauvé Jane Eyre des contrefaçons, Thursday Next, détective littéraire, bénéficie d’un repos bien mérité. Elle a aussi retrouvé l’homme de ses rêves, Landen, et comme un bonheur n’arrive jamais seul, la voilà enceinte ! Mais le groupe Goliath ne l’entend pas de cette oreille et décide d’éradiquer son mari de la réalité. Lutte de haut vol et entraînement très spécial, Thursday est prête à tout pour sauver Landen et reprendre ses voyages à l’intérieur des chefs-d’oeuvre de la littérature. (10/18)

Quelques mois après les évènements de "L’affaire Jane Eyre", la fameuse détective littéraire Thrusday Next coule des jours paisibles avec son cher et tendre mari Landen Parke-Laine.
Jusqu’au jour où son père, pour rappel un Chronogarde hors-la-loi, débarque et lui annonce que la fin du monde est proche et qu’il a besoin d’elle pour éviter que cela n’arrive – qu’un flot de crème-glacée suite à la perte de contrôle d’une invention de son oncle Mycroft ne submerge le monde : "Le 12 décembre à 20 heures 23, à une ou deux secondes près, tous les organismes vivants - plantes, insectes, poissons, oiseaux, mammifères et les trois milliards d'êtres humains qui peuplent la planète - vont commencer à se transformer en ça.".
Le hic, c’est qu’outre la fin du monde, Thrusday est aussi poussée par le Groupe Goliath à libérer le terrible Jack Maird qu’elle a enfermé dans "Le corbeau" d’Edgar Allan Poe à la fin du précédent ouvrage, car Thrusday a le don d’entrer dans les livres, un don qui lui permet à la fois de garder la vie sauve mais aiguise aussi la convoitise du Groupe Goliath : "Ecoute-moi : cette petite pute vaut potentiellement des milliards.".
Pour cela, le Groupe Goliath n’hésite pas à éradiquer le mari de Thrusday (i.e. le faire disparaître purement et simplement).
Mais ce que le Groupe Goliath ignore, c’est que Thrusday se souvient de son mari car elle est enceinte, et surtout qu’elle ne va pas se laisser faire et va pour cela rejoindre la Jurifiction en tant qu’apprentie de Miss Havisham (Cf. Les grandes espérances de Charles Dickens) pour y développer son don naturel et trouver ainsi le moyen de sauver le monde et faire revenir son mari.

La vie de Thrusday Next n’est décidément pas de tout repos, à peine le temps de se remettre de ses émotions que c’est reparti pour un tour, le Groupe Goliath n’hésitant jamais à faire un sale coup.
Et bien évidemment, à chaque fois non seulement Thrusday trinque mais aussi les livres.
Décidément, j’adore cette série mélangeant l’uchronie et l’humour et dont les références littéraires sont nombreuses.
C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé la pétillante Thrusday Next, et c’est avec tristesse que j’ai partagé avec elle les nombreux coups durs lui arrivant dans ce deuxième tome.
J’ai toujours une petite appréhension avant de lire un Jasper Fforde : celle de savoir si ça va me plaire et si je vais arriver à suivre et à tout comprendre.
C’est bête car ce n’est jamais le cas et je passe toujours un bon moment, même si je ne connais pas tous les personnages de la littérature j’en reconnais bon nombre et j’aime décidément beaucoup le principe développé par l’auteur dans cette série, à savoir la possibilité de voyager dans les livres et de donner vie aux personnages de fiction.
Outre la redoutable Miss Havisham, que je n’ai pas eu le bonheur de croiser au cours d’une lecture, le chat du Cheshire, que j’ai par contre croisé, apporte une dimension comique à l’intrigue qui n’a pourtant rien de drôle, en tout cas pour Thrusday.
C’est très enlevé, c’est pétillant, il y a toujours des rebondissements, Jasper Fforde a non seulement créé une héroïne très attachante mais également un univers parallèle fort riche.
Quel bonheur de lire cette suite, de retrouver Thrusday Next ainsi que l’univers original créé par Jasper Fforde.

Je n’aurai qu’un seul mot en guise de conclusion : la suite, la suite !


vendredi 9 septembre 2016

Kinderzimmer de Valentine Goby


En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. (Actes Sud)

Décidément, après "L’antilope blanche" Valentine Goby a le chic de rendre hommage sous forme romancée à des personnages ou des lieux ayant existé.
Ici, il est question de la Kinderzimmer, littéralement la Chambre des enfants, du camp de concentration de Ravensbrück.
Car dans ce camp en 1944 on ne fait pas qu’y mourir, on y naît aussi.
Pourtant, lorsque Mila, personnage fictif dont il s’agit du nom de résistante, y arrive elle ne le sait pas, pour elle il n’y a que deux possibilités : la survie ou la mort : "L'inconnue est la même depuis l'entrée au camp : tu survis, ou tu y meurs. A Ravensbrück l'Allemagne a droit de vie et de mort sur toutes choses. Et aussi, et contre ça tu ne peux lutter à coups de mitraille et de phosphore, il y a : la maladie, le froid coupant, la faim. Une guerre dans la guerre.".
Mais Mila découvre qu’elle est enceinte, et parce que certaines femmes mises au courant le lui ont conseillé elle va se taire et ne rien dire, jusqu’à l’accouchement, et la découverte de cette Kinderzimmer où son nouveau-né va se retrouver avec d’autres, dans des conditions déplorables.
Mila a survécu, son enfant aussi, aujourd’hui elle raconte son histoire incroyable face à des élèves : "Elle parle. Phrase après phrase elle va vers l'histoire folle, la mise au monde de l'enfant au camp de concentration, vers cette chambre des nourrissons du camp dont son fils est revenu vivant, les histoires comme la sienne on les compte sur les doigts de la main.", mais paradoxalement elle sait aussi qu'elle ne pourra jamais dire exactement ce que c’était, que cela restera un secret enfoui en elle : "Elle sait qu'elle va porter Ravensbrück comme elle a porté son enfant : seule, et en secret.".

Valentine Goby n’a pas inventé, il y a bien eu des naissances à Ravensbrück, une Kinderzimmer dont la puéricultrice a été Marie-Josée Chombart de Lauwe, et bien que leur existence ait été éphémère sur 522 nouveau-nés 31 ont survécu, dont 3 Français.
C’est un roman à la fois grave et lumineux que signe Valentine Goby, sous couvert de personnages de fiction elle rend hommage et contribue à mettre en lumière ces femmes qui ont œuvré à la Kinderzimmer, celles qui y donnaient la vie, bien souvent les mêmes qui luttaient pour que ces enfants survivent mais aussi les autres femmes qui aidaient à leur façon ces mères.
Mila n’est pas seule, au début il y a cette amie membre de sa famille avec qui elle a été arrêtée, et puis quand celle-ci meurt il y a une autre détenue qui se propose de l’aider dans sa grossesse et par la suite, pour une raison bien précise, sans doute la seule valable en ce lieu : "Une raison de vivre.".
Inimaginable ou presque que dans un tel lieu de déshumanisation et de mort la vie y ait vu le jour.
L’auteur à travers Mila raconte l’horreur du camp et les conditions de vie insalubres : "Les jambes purulent, les vieilles prisonnières s'éclipsent dans des camions bâchées, la cochonnerie marche en colonne, va et vient, chie, dort, meurt, chante, fantasme des festins de temps de paix, attend sans borne et sans motif." ; mais aussi l’autre aspect de ce camp, celui quasi incroyable dans lequel la Vie a vu le jour.
C’est un roman extrêmement dérangeant car bien souvent on a l’impression de lire une fiction, mais non, car une fois la lecture finie il suffit de faire quelques recherches sur internet ou en bibliothèque pour que la vérité éclate : si les personnages sont fictionnels le fond de ce roman ne l’est pas.
Et c’est ce qui le rend encore plus bouleversant et poignant.
Et une nouvelle fois dérangeant, mais dans une autre mesure.
Ce roman, c’est à la fois l’ombre et la lumière, la mort et la vie, l’horreur et le bonheur, toujours à la limite de la nausée sans doute parce que les extrêmes les plus forts s’y côtoient et s’y marient, et une nouvelle fois un roman à part sur la déportation.

"Kinderzimmer" de Valentine Goby est un roman fort, dérangeant, qui met mal à l’aise, dans lequel suintent le désespoir et l’horreur et où la noirceur la plus sombre est toutefois illuminée d’une lumière d’espoir, celle de la Vie. En somme, un roman paradoxal où les sentiments les plus extrêmes se côtoient, se heurtent et se mélangent.


jeudi 8 septembre 2016

Auschwitz expliqué à ma fille d'Annette Wieviorka


Peut-on "expliquer" à un enfant ce qui demeure, en partie, énigmatique ? Comment faire comprendre à une jeune fille d'aujourd'hui que les nazis dépensèrent tant d'énergie pour aller chercher aux quatre coins de l'Europe et exterminer des millions d'hommes, de femmes et d'enfants, simplement parce qu'ils étaient juifs ? Sur cette immense question de la Shoah, sur l'énigme du mal absolu, une historienne reconnue répond aux questions, très directes, de sa propre fille. (Seuil)

Annette Wieviorka est une historienne Française spécialiste de la Shoah et de l’histoire des Juifs au XXème siècle, directrice de recherche au CNRS.
Dans cet ouvrage de la collection Expliqué à … des éditions du Seuil, elle va répondre aux questions de sa fille sur la Shoah, sujet ô combien vaste et dont les questions qui en découlent sont infinies.

Ici, ce n’est pas le côté historique qu’Annette Wieviorka a cherché à expliquer, c’est tout le reste, tout ce qui demeure à ce jour sans réponse et le restera sans doute à jamais : "Car s'il m'est facile comme historienne de décrire Auschwitz, d'expliquer comment s'est déroulé le génocide des Juifs, il reste un noyau proprement incompréhensible, donc inexplicable : pourquoi les nazis ont-ils voulu supprimer les Juifs de la planète ?".
En tant qu’historienne elle explique les rafles, les ghettos, la différence entre les camps de concentration et ceux de mise à mort particulièrement à travers Auschwitz-Birkenau ; et puis elle essaye à travers les réponses fournies à sa fille de lui expliquer le pourquoi du comment de cette volonté d’anéantissement des Juifs, mais cela ne s’explique pas, il n’y a pas une réponse universelle et j’ai été touchée par le côté impuissant d’Annette Wieviorka.
Sans doute parce qu’elle fournit des éléments justes qui permettent à chacun de continuer à s’interroger.
Il y a aussi des phrases qui font écho à la situation actuelle de la France : "La France est, comme on dit, un Etat de Droit, c'est-à-dire un pays qui a des lois que tous doivent respecter.", pourtant à cette époque-là ce ne fut pas le cas et la France au lieu de protéger des personnes les a tout simplement livrées à la mort par le biais des rafles, et comment ne pas s’interroger par rapport à ce qui s’y passe aujourd’hui.
Ce court roman permet de bien resituer les événements et le contexte, l’auteur y aborde les points essentiels de cette période de l’Histoire, en expliquant notamment le camp de transit de Drancy : "Drancy ne ressemblait pas un camp comme tu peux l'imaginer. C'était en fait une cité de banlieue qui n'avait pas été terminée et n'avait donc jamais été habitée.", ainsi que l’importance des Sonderkommando, en rappelant qu’ils étaient "porteurs de secret" de par leur affectation aux crématoires : "La tâche horrible qu'accomplissait le Sonderkommando était un "terrifiant secret".".
En fait, je dirai qu’Annette Wieviorka y aborde tout ce que l’on n’apprend pas à l’école lorsque l’on étudie cette période, pour ma part en tout cas je trouve qu’avec le recul l’enseignement n’a été que superficiel et tout ce que j’ai lu et appris depuis le fut uniquement par mon intérêt pour ce sujet.
J’aurai beaucoup aimé lire un ouvrage tel que celui-ci à l’époque, et sans doute qu’un dialogue soit instauré dans la salle de classe.
Annette Wieviorka utilise toujours les mots justes, par exemple lorsqu’elle évoque les déportés et les conditions de vie dans les camps : "Dans des temps inhumains, être simplement humain relève parfois de l'héroïsme.".
Enfin, elle dit une phrase qui à la réflexion me paraît fort juste : "Auschwitz appartient à l'histoire de l'Europe. Si on y réfléchit bien, c'est probablement l'événement le plus européen de toute l'histoire du XXè siècle.", je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle et avec le recul je ne lui donne pas tort.
Je n’ai rien appris en lisant ce texte mais il a le mérite de poser le contexte et d’expliquer simplement et justement les événements.
Et puis ce fut intéressant de le lire quelques mois après avoir été à Auschwitz-Birkenau, car les questions que je me pose sont toujours aussi nombreuses et en appellent toujours d’autres, et je crois bien que cela ne cessera jamais.
J’ai en tout cas noté d’autres titres de cette collection qui pourraient m’intéresser et que je découvrirai avec plaisir.

Comme dit plus haut, "Auschwitz expliqué à ma fille" est une lecture que j’aurai apprécié en terminale au moment où l’on aborde la Seconde Guerre Mondiale et la Shoah, c’est à mon sens un très bon ouvrage pédagogique à mettre entre les mains des professeurs et des parents afin d’entamer une discussion sur ce sujet avec leurs élèves/enfants.


mercredi 7 septembre 2016

La planète des singes de Pierre Boulle


En l'an 2500, le professeur Antelle, Arthur Levain et Ulysse Mérou quittent la Terre. Ils s'embarquent sur leur vaisseau cosmique, direction la supergéante Bételgeuse. En la survolant, ils ont la surprise de découvrir des villes, des maisons, des forêts... Une planète jumelle de la Terre ? À une différence près : ici, les singes règnent en maîtres et les hommes vivent à l'état sauvage, quand ils ne sont pas en cage. Qu'est-il donc advenu de l'espèce humaine ? (Pocket)

"Jinn et Phyllis passaient des vacances merveilleuses, dans l'espace, le plus loin possible des astres habités.".

*Générique musical : "Love, exciting and new / Come aboard, we're expecting you"*

Jinn et Phyllis sont donc sur un bateau (volant), profitent de leurs vacances quand ils aperçoivent un OFNI - Objet Flottant Non Identifié qu’ils récupèrent.
Il s’agit d’une bouteille, et dans celle-ci un long manuscrit racontant une étrange expédition, celle en l’an 2500 du professeur Antelle pour l’exploration de l’étoile supergéante Bételgeuse.
Se trouvent à bord avec lui le jeune physicien Arthur Levain, le journaliste Ulysse Mérou, c’est d’ailleurs ce dernier qui a rédigé le texte, et le chimpanzé Hector.
Le voyage dans l’espace (et pour des raisons scientifiques dans le temps) s’est bien passé, arrivés à proximité de Bételgeuse ils décident d’explorer l’une des quatre planètes gravitant autour de cette étoile pour une simple et bonne raison : "La planète ressemblait étrangement à la Terre.".
C’est là que l’histoire se corse, non seulement ils découvrent une charmante jeune fille baptisée Nova qui se promène nue sans aucune gêne, mais celle-ci ne parle pas.
Pire que cela, elle craint le chimpanzé et le tue.
Et puis deux jours après leur arrivée et leur rencontre avec Nova et d’autres hommes de sa tribu qui, comme elle, ne parlent pas mais hululent ils se trouvent pris dans une chasse des plus particulières : ils sont le gibier et les chasseurs des singes : "J'assistais à une battue - j'y participais aussi, hélas ! - une battue fantastique où les chasseurs, postés à intervalles réguliers, étaient des singes et où le gibier traqué était constitué par des hommes, des femmes comme moi, des hommes et des femmes dont les cadavres nus, troués, tordus en des postures ridicules, ensanglantaient le sol.".

Evidemment, l’histoire de "La planète des singes" ne m’était pas inconnue, tout simplement parce que j’avais vu l’adaptation cinématographique de 1968 avec Charlton Heston dans le rôle principal.
Pourtant je n’avais pas encore lu le roman originel, sans doute parce que je craignais un mauvais vieillissement de celui-ci.
En fait pas du tout, c’est même un roman de science-fiction comme je les aime et le fait de connaître le renversement final ne m’a pas gênée (si vous êtes attentif au cours de la lecture du passage concernant Jinn et Phyllis vous devinerez de quoi il s’agit).
Déjà parce que le scénario du film a pris des libertés avec le roman, tout en conservant son essence et c’est sans doute pour cela que cette adaptation est réussie, mais aussi parce que la construction du roman est bien pensée.
La première partie est consacrée à la mise en place de l’histoire, des personnages, et la chasse aux humains puis leur capture et leur détention dans des cages pour expérimentation.
Dans la deuxième Ulysse Mérou apprend le langage simien et noue une relation avec Zira, la scientifique chimpanzé qui s’occupe des captifs, en lui démontrant qu’il est non seulement pourvu d’intelligence mais aussi de la parole.
Zira avec son fiancé Cornélius, lui aussi scientifique, prennent d’énormes risques en révélant lors d’un congrès scientifique cet étrange humain si différent des autres (et surtout représentant une menace).
Dans la troisième partie, Ulysse devient un collaborateur de Cornélius et fait d’étranges découvertes dans un centre de recherche où par le biais de stimulations électriques on fait remonter la mémoire de l’espèce à des cobayes humains.
Zira comprenant qu’Ulysse est en danger, d’autant que sa compagne Nova est enceinte, et Cornélius par peur qu’Ulysse le détrône dans le cœur de Zira, finissent par œuvrer pour le faire quitter sa planète avec sa compagne et l’enfant qu’elle porte.
Mais cela ne s’arrête pas là … .
Le personnage d’Ulysse, nom prédestiné pour un tel voyage, est intéressant à suivre dans son récit car de journaliste il va devenir le seul témoin de cette étrange aventure et de héros bien malgré lui il va redevenir une proie de choix.
Dans ce roman l’homme est redevenu à l’état sauvage et dépourvu de toute intelligence ou presque, contrairement aux singes qui de cobayes sont devenus les maîtres du monde.
Mais cela ne les empêche pas de reproduire les mêmes erreurs que les humains et d’adopter les mêmes travers qu’eux, il y a une hiérarchie entre les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outangs, il y a de la rivalité, de l’envie, des jalousies, des coups bas, le même goût du sang, du machisme, cette nouvelle forme d’évolution n’a donc rien à envier à la précédente.
Les sentiments sont aussi les mêmes, que dire de la relation qui se noue entre Zira et Ulysse, mais les préjugés ont la vie dure et l’acceptation des différences de l’autre n’est pas plus facile.
Il est possible de dire qu’Ulysse a une conception quelque peu vieillotte de l’attitude d’un homme vis-à-vis d’une femme, ceci est vrai par rapport à Nova qu’il rabroue parfois durement mais pour sa défense elle apprend à raisonner, tandis qu’il est courtois avec Zira, mais ceci est peut-être lié à l’époque où ce roman a été écrit.
La troisième partie se révèle anxiogène dans le sens où elle permet au lecteur de découvrir par bribes ce qui s’est passé, comment les singes ont fini par dominer les humains, les traquer jusqu’à les asservir.
Elle m’a aussi permis de voir différemment les nouveaux films de cette franchise qui s’attachent à retracer l’évolution des singes et finalement après cette lecture je les trouve respectueux de l’esprit du roman.

"La planète des singes" de Pierre Boulle est un excellent roman de science-fiction qui mérite d’être redécouvert car il a sans doute été trop souvent éclipsé par les adaptations cinématographiques qui en ont découlé.