mercredi 2 novembre 2016

Captain Fantastic de Matt Ross

     
     

Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris. (AlloCiné)


Ben (Viggo Mortensen) a décidé, avec sa femme, de vivre isolé de la société, dans un coin de forêt reculée du nord-ouest des Etats-Unis.
Ils y élèvent leurs six enfants, leur font la classe mais leur expliquent aussi comment chasser, dépecer des animaux, faire de l’escalade par tous les temps, en somme survivre, dans l’unique but de faire d’eux des adultes extraordinaires.
Mais la maladie de la mère va mettre un frein et va obliger le père et les enfants de quitter ce paradis pour se confronter au monde extérieur.


Si vous imaginez voir un super héros vêtu d’un collant vert moulant, vous allez être déçus car en guise de héros il y a Ben, ce père de famille dévoué, persuadé d’avoir raison dans l’éducation et le mode de vie qu’il a choisi et qui va être amené à se questionner sur celui-ci et le remettre en question.
Si par contre vous vous fichez du super héros en collant vert moulant, alors vous allez être satisfaits (et pas simplement parce qu’il s’agit de Viggo Mortensen) et ce film pourrait très certainement vous plaire.
Ben et sa femme ont créé une véritable utopie, cette dernière la compare dans une lettre à la République de Platon, ils vivent en marge de la société, du système scolaire, et par ricochet les enfants n’ont rien connu d’autre que ce mode de vie.
J’aime assez le principe de l’histoire de ce film, basée sur une utopie, car cela amène à se questionner, à réfléchir, d’autant que j’ai souvent tendance à reprocher les chemins tout tracés et les lieux communs.
Autant dire qu’ici j’ai été servie car il n’y a rien de banal ou de commun dans cette histoire, à commencer par le mode de vie et en passant par les fêtes puisque Ben et ses enfants célèbrent le Noam Chomsky Day en lieu et place de Noël (et oui, car il vaut mieux «célébrer un humaniste vivant qu’un elfe fictif»).


Outre l’histoire, l’un des atouts indéniables du film est la présence de Viggo Mortensen dans le rôle de ce père de famille charismatique.
C’est un acteur très intéressant et également à part, il a d’autres cordes à son arc comme la photographie ou la chanson, et je trouve qu’il dégage à chaque fois une aura un charisme fou (c’était déjà le cas dans son rôle d’Aragorn ou encore chez David Cronenberg).
Il porte littéralement ce rôle de père gérant seul sa tribu de six enfants dans un mode de vie unique en son genre.
Il reste buté sur ses positions, l’une des scènes fortes est d’ailleurs celle où les enfants l’attendent dehors avec leurs bagages prêts à partir et que celui-ci refuse et ne leur cède pas, il n’admet pas ses erreurs et pendant longtemps reste aveugle aux dangers et aux problèmes générés par son mode de vie.
C’est son beau-père Jack (Frank Langella) qui va lui ouvrir les yeux en employant la force et en mettant à exécution sa menace de lui retirer la garde de ses enfants.
J’aime assez ce personnage qui ose s’opposer à celui de Ben, tellement charismatique que personne n’ose lui faire front, pas même sa femme (pour rappel que l’on n’entraperçoit qu’à deux reprises sous forme de songe), et qui toutefois ne le déteste pas non plus.
Ben est un idéaliste qui se bat pour ses convictions et qui apprend à ses enfants à en faire de même, à trouver par eux-mêmes la liberté, mais cela suffit-il pour faire un monde idéal ?
Décidément cette réflexion, élément central du film, mérite d’y réfléchir plusieurs heures et d’en débattre.
Face à ce père, que je n’irai pas jusqu’à qualifier de gourou mais presque, il y a les enfants, à commencer par Bo (épatant George MacKay), qui sont très crédibles à l’écran, non seulement d’un point de vue de fratrie mais également physiquement.
C’est une famille qui fonctionne et les jeunes acteurs sont tous très justes dans leur rôle.
Il y a véritablement de très belles scènes dans ce film, à la fois éprouvantes – comme cette scène d’ouverture avec la mise à mort d’un animal et le rite de passage à l’âge adulte de Bo –, mais aussi drôles ou encore émouvantes, j’en retiens d’ailleurs deux : la première est celle d’une veillée autour d’un feu où la famille part en improvisation musicale ; la deuxième est aussi musicale et est une formidable reprise de "Sweet Child of Mine" dans un moment extrêmement émouvant et triste. 
Parlons-en justement de la musique, elle a une place de choix dans ce film qui a même été visionnaire en mettant en générique de fin une reprise de "I Shall be Released" de Bob Dylan, auréolé depuis du Prix Nobel de Littérature.
Malgré un thème dur ce film redonne du peps et une certaine joie de vivre, à tel point que je chantonnais en même temps que le générique.
J’ai également beaucoup apprécié la mise en scène et le choix des décors naturels, esthétiquement le film est aussi très beau.
Par contre, il n’est clairement pas fait pour de trop jeunes enfants (j’ai repéré dans la salle un couple de grands-parents avec leur petit fils qui était bien trop jeune – moins de dix ans), ou alors vous êtes prêts à répondre honnêtement à toutes les questions que ce film peut soulever, notamment par rapport à la mort et aux cérémonies funéraires.
Certains qualifient ce film de mélange entre "Into the Wild" et "Little Miss Sunshine", je n’irai pas dans ce sens car pour moi il est unique et mérite véritablement d’avoir un traitement propre à lui et non d’être comparé à d’autres films dits d’auteur pour certains.


"Captain Fantastic" est à la fois une fable sociale et un road-trip familial mêlant la fantaisie au drame, une belle utopie et certainement pas une erreur cinématographique, un film émouvant comme j’aime à en voir.


     
     

     
     


mardi 1 novembre 2016

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby


Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres. (Actes Sud)

Elle est décidément très douée, Valentine Goby, pour bâtir un roman – une fiction donc – sur la base d’un évènement ou d’une personne ayant réellement existé.
Après s’être inspirée de la vie de Charlotte Michel pour "L’antilope blanche" et de la chambre des enfants à Ravensbrück et de Marie-José Chombart de Lauwe qui y fût affectée comme puéricultrice pour "Kinderzimmer", Valentine Goby s’est ici inspirée de l’histoire familiale d’Elise Bellion pour conter celle de Mathilde, le personnage central et clef de voûte de son roman, celui qui va soutenir la famille quand celle-ci va à vau-l’eau.
Au lendemain de la Guerre la France s’est reconstruite, c’est une période faste que l’Histoire retient sous le nom des Trente Glorieuses, c’est la période bénie de la création de la Sécurité sociale et du déploiement des antibiotiques et pourtant, c’est aussi l’époque où des sanatoriums sont encore ouverts, notamment en région parisienne, et y accueillent de nombreux tubards, ou poitrinaires, autant de noms désignant les tuberculeux : "Elle se demande qui se souviendra d'eux, ces tubards des années 1960 en marge des Trente Glorieuses, de la Sécurité sociale et des antibiotiques.".
A la Roche-Guyon, Paul Blanc est l’âme du café, Le Balto, qu’il gère avec sa femme : il fait crédit, il met toujours l’ambiance, il n’hésite pas à sortir son harmonica et à en jouer pour animer les bals.
Paul aime trois femmes : la sienne, Odile ; Annie son aînée qu’il chérit ; Mathilde sa cadette mais qu’il aime mal tant il aurait aimé un fils ; et puis il y a Jacques, le petit dernier, le seul garçon.
Au risque de paraphraser la narratrice, Annie n’est pas intéressante car elle ne fera que passer dans cette histoire, très vite elle vivra sa propre vie, loin des siens ; celle qui sera l’âme de cette famille, et donc du roman, c’est Mathilde, qui de sa voix racontera le drame de sa famille dans une époque qui a déjà oublié les tuberculeux : "Ainsi est le drame dont je parle : anachronique et oublié. On les a attendus longtemps, les poitrinaires enfermés ici, bien après la victoire déclarée contre le bacille; certains ne sont jamais revenus.".
Et puis un beau jour tout bascule, Paul est diagnostiqué comme tuberculeux, la famille Blanc est mise à l’écart du village et sombre alors dans un puits sans fond de déchéance, après un premier séjour au sanatorium d’Aincourt Paul rentre chez lui mais il n’est pas guéri, les Blanc ne bénéficient pas de la Sécurité sociale alors ils ne se soignent pas, mais au bout de quelques années non seulement Paul doit retourner au sanatorium mais aussi Odile.
Mathilde et Jacques sont placés en familles d’accueil mais Mathilde va se rebeller contre le système et se battre pour que cette famille qu’elle aime reste unie.

Difficile de ne pas aimer et de ne pas s’attacher à Mathilde, cette petite fille de neuf ans au début de l’histoire et qui en a à peine dix-neuf lorsqu’elle s’achève, cette fillette qui va se rebeller contre le système, se faire émanciper en tant que mineur et souffrir, galérer, se priver, pour que ses parents puissent se soigner dans une relative insouciance, pour que son petit frère puisse avoir un avenir, et elle aussi.
Elle est à la fois forte et fragile Mathilde, elle va apprendre à ses dépens qu’elle ne peut pas porter tout le poids de cette famille sur ses frêles épaules et qu’il faut parfois savoir appeler à l’aide, ou prendre la main qui se tend vers soi.
J’aime ce personnage qui finit par exploser en vol, c’est un être humain après tout, pas un surhomme ou une héroïne de papier glacé.
Elle va aussi trouver des aides aussi surprenantes qu’inattendues, ainsi j’ai été touchée par son amitié avec Jeanne, la simplette du village qui ne craint pas la contagion, par cette directrice d’école qui lui tend la main dans un moment de grand désespoir.
Il y a la petite histoire, celle de la famille des Blanc, qui se mêle à la grande : tandis que Mathilde prend son indépendance l’Algérie lutte pour la sienne, un beau parallèle et fil conducteur du dernier tiers du roman.
Il y a aussi une certaine ironie quand j’apprends que le sanatorium d’Aincourt, lieu d’internement des parents de Mathilde pendant près d’un an, fut entre 1940 et 1942 un camp d’internement et en 1943 un camp d’entraînement de la Milice ; je me demande alors dans quelle mesure cale a influencé Valentine Goby dans le choix de son histoire après son précédent roman se déroulant à Ravensbrück, voire même si ce n’est pas totalement volontaire de sa part.
Il n’en demeure pas moins que Valentine Goby a une très belle plume et qu’elle sait si bien raconter des histoires qui emportent le lecteur.
Outre le personnage central de Mathilde, un personnage féminin - dénominateur commun semble-t-il dans l’œuvre de cette auteur, j’ai apprécié la construction de ce roman : Mathilde est plus âgée et se promène dans les ruines du sanatorium et se remémore alors les années de sa jeunesse liées à ce bâtiment, ce grand paquebot construit dans les années 20 dans le Vexin.
La famille Blanc va à contre-courant de son époque, le père et la mère semblent appartenir à une autre époque, voire à une autre planète tant ils sont déconnectés de leurs enfants et enfermés dans leur amour, le paroxysme étant leur lune de miel d’un an ensemble au sanatorium d’Aincourt : "Elle n'a jamais tant eu Paulot à elle que depuis Aincourt. Jamais été si libre de l'aimer, ils n'ont rien à faire que dormir, se soigner, s'aimer.".
Ils ont un côté profondément égoïste et enfantin qui agace la personne que je suis, tout comme Mathilde mais qui n’a pas d’autre choix que de s’en accommoder, pourtant je ne les ai pas détestés pour autant, et c’est là l’une des réussites de l’auteur, elle a su montrer les gens avec leurs qualités mais aussi leurs défauts sans les rendre tout à fait antipathiques ou détestables aux yeux du lecteur.
L’autre grande réussite c’est qu’elle a su retranscrire de façon très juste la mise à l’écart de la famille Blanc, jadis incontournable du village de La Roche-Guyon ils sont dans un premier temps mis à l’écart, tout le monde de méfie d’eux et de la moindre goutte de salive qui jaillirait de leur bouche, puis de reclus ils passent au stade de pestiférés et finissent par le quitter, pour y revenir car ils sont dans une telle misère qu’ils n’ont plus d’autres choix : "La maladie a banni les Blanc, la misère les ramène. Ils reviennent en perdants. Ils vont d'une solitude à l'autre. Le pire est celle qui vient, celle du paria, paraiyar, hors caste parmi les siens dans la langue tamoule du XVIè siècle. L'exil était moins cruel.".
Ceux qui auparavant allaient danser, boire et rire au Balto n’osent même plus adresser un mot à Paul, ceux qui y ont bu à l’œil sont les premiers à lui cracher à la figure et personne, ou presque, ne vient en aide à Mathilde quand celle-ci ravale sa fierté pour demander un petit quelque chose pour vivre à peu près dignement.
La tuberculose faisait encore peur dans les années 50, elle fait toujours peur de nos jours et je suis sûre que quelque part dans le monde il y a encore des Mathilde prêtent à tout pour se battre et refuser la fatalité et la mise à l’écart liées à cette maladie.

"Un paquebot dans les arbres" est une chronique amère de la France des années 50-60 dans laquelle les tuberculeux étaient encore considérés comme des pestiférés et où une jeune femme va se battre envers et contre tous pour maintenir à flot sa famille, un roman beau et fort comme Valentine Goby sait si bien les faire.

Livre lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire organisés par Price Minister.



Vue du sanatorium d'Aincourt


Vue aérienne du sanatorium d'Aincourt

HHhH de Laurent Binet


Prague, 1942, opération « Anthropoïde » : deux parachutistes tchèques sont chargés par Londres d'assassiner Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale, le « bourreau de Prague ». Heydrich, le bras droit d'Himmler. Chez les SS, on dit de lui : « HHhH ». Himmlers Hirn heiβt Heydrich – le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Dans ce livre, les faits relatés comme les personnages sont authentiques. Pourtant, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, cependant, mener l'histoire à son terme… (Le Livre de Poche)

Le titre de ce roman m’a toujours intriguée.
Tout comme sa couverture.
Pourtant, j’ai tardé à le lire, parce que je ne savais pas de quoi cela traitait.
Levons tout de suite le voile sur le mystère du titre : "HHhH, dit-on dans la SS : Himmlers Hirn heiβt Heydrich - le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich.".
Sachant que ce roman traitait d’un épisode véridique de la Seconde Guerre Mondiale, et que cela se passait à Prague (ville que j’ai très envie de découvrir, autant commencer par le biais de la littérature), j’ai enfin décidé de me lancer dans sa lecture.
Notez qu’à ce stade, je ne savais pas bien qui était exactement Heydrich, le rôle qu’il a eu dans le parti nazi, ce qui lui a valu d’être assassiné.

En fait, Reinhard Heydrich (le prénom ne fait pas tilt dans votre esprit tout à coup ?), grand, blond, athlétique, musicien, était une belle ordure et il est fort heureux que l’opération "Anthropoïde" ait réussi, sinon je me demande bien quelle tournure aurait pris la guerre (i.e. cela aurait pu être encore plus atroce que ça ne l’a été).
Laurent Binet a décidé de construire son roman sur l’opération "Anthropoïde" qui a eu lieu en 1942 à Prague, mais avant d’y arriver il parle de Heydrich, de sa plus tendre enfance à son ascension fulgurante dans le parti nazi.
Croyez-le ou non, rien de ce qu’il dit n’est inventé : "Non, ce n'est pas inventé ! Quel intérêt, d'ailleurs, y aurait-il à "inventer" du nazisme ?" (Laurent, je suis complètement d’accord avec toi), l’auteur a mené de nombreuses recherches avant de commencer à écrire son roman ainsi que pendant sa réaction, ce qui lui a valu quelques déboires, pour ne pas dire que le livre aurait pu ne jamais voir le jour : "Je sens bien que ma soif de documentation, saine à la base, devient quelque peu mortifère : au bout du compte, un prétexte pour reculer le moment de l'écriture." (comme je te comprends Laurent, l’une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté d’écrire d’ailleurs, le savoir appelle le savoir et éteint toute création ou presque s’il n’est pas stoppé à temps).
Pour en revenir au fameux Heydrich, je vous épargnerai sa plus tendre enfance mais il faut savoir que son entrée dans l’âge adulte ne se fait pas simplement, il essuie plusieurs revers, sa carrière dans la marine sombre, et il se retrouve en 1931 sans perspective de carrière et sans emploi.
Plutôt que de noyer son désespoir dans l’alcool, il va, pour le plus grand malheur de tous, rebondir et s’affilier au parti nazi, dans lequel il va connaître une ascension fulgurante.
Il se présente chez Himmler, celui-ci non seulement l’accepte dans la SS mais il lui confie aussitôt la création du futur SD (Sicherheitsdienst), le service de renseignements.
Heydrich est talentueux : "Cet homme est extraordinairement doué et extraordinairement dangereux. Nous serions stupides de nous passer de ses services. Le Parti a besoin d'hommes comme lui, et ses talents, dans l'avenir, seront particulièrement utiles.", il ne cesse de grimper dans la hiérarchie et il atteint des sommets lors de la création du RHSA : "Le RHSA, Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt), fusionne le SD, la Gestapo, et la Kripo (la police criminelle). Les attributions de cette monstrueuse organisation dépassent en puissance tout ce qu'on peut imaginer. A sa tête, Himmler nomme Heydrich. Service d'espionnage, police politique, police criminelle, placés entre les mains d'un seul homme. Autant le nommer directement "homme le plus dangereux du IIIè Reich". C'est d'ailleurs devenu très vite son nouveau surnom.".
Si ça ne vous suffit pas, je me dois de vous dire qu’il a aussi créé les Einsatzgruppen et a donc participé à l’organisation de la destruction des Juifs d’Europe.
Outre le surnom de "La bête blonde", il a aussi eu le droit à celui de "Le boucher de Prague", dû aux exactions et aux répressions sanglantes qu’il a mises en œuvre lorsqu’il était Vice-protecteur de Bohême-Moravie.
Une fois ce sinistre et dangereux individu assassiné (il est mort d’une septicémie suite à la blessure reçue au cours de l’attentat), les SS, en guise de représailles, ont exécuté les hommes de Lidice, les femmes ont été déportées à Ravensbrück, les enfants à Lodz et Chelmno, quelques-uns présentant des traits considérés comme aryens ont été confiés à des familles Allemandes, la ville est ensuite incendiée et rasée.
Si vous vous rappelez, je vous ai dit un peu plus haut que le prénom de Heydrich allait faire tilt, comme il était chargé jusqu’à sa mort de la mise en place de la Solution finale, cette opération a été baptisée en son hommage "Aktion Reinhard".
Sur ce, je crois que l’on a tous envie d’aller vomir.

Je ne sais pas si ce roman est consacré à Heydrich ou aux résistants Slovaque Jozef Gabčík et Tchèque Jan Kubiš du groupe "Anthropoïde" (ainsi que le Tchèque du groupe "Silver A") qui l’ont assassiné, ou alors c’est consacré à tout ce monde, mais aussi à toutes les victimes.
Il faut dire que le roman de Laurent Binet est dense et ne se lit pas rapidement, il est extrêmement fourni en matière historique du fait des nombreuses recherches de l’auteur, qui a d’ailleurs dû s’arracher les cheveux pour réussir à écrire quelque chose et ordonner tous les documents qu’il a pu lire pour bâtir son récit.
Laurent Binet intervient souvent au cours de son récit, il parle de sa vie personnelle (l’écriture d’un tel roman a forcément eu un impact dessus), de ses recherches, et c’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié, déjà parce que cela casse la trame dense et évite que le lecteur souffre d’indigestion, mais aussi parce que cela permet d’avoir un aperçu de sa méthode de travail.
Outre des recherches très approfondies, le récit est construit de manière fort intelligente, car l’auteur n’hésite pas à parler régulièrement de la préparation des résistants et de l’attentat afin de les rappeler dans la mémoire du lecteur (et vu tout ce qu’il y a à dire, 1942 et cet épisode bien précis est très lointain dans la narration).
A titre personnel et après lecture de ce roman, je trouve regrettable que le nom de Heydrich n’apparaisse pas plus dans les manuels d’histoire car il est à mon avis fort représentatif de l’appareil nazi et de la mise en place de la destruction des Juifs, tant son emprise était complète sur tous les domaines, bien plus qu’un Himmler, un Göring ou un Goebbels (certes ils étaient puissants, mais Heydrich apparaît plus puissant, et plus dangereux car ayant la main mise sur tous les domaines).
Si l’épisode de l’attentat est bien amené et parfaitement décrit, je dois dire que Laurent Binet a su ménager un suspens sur le devenir des résistants Tchèque et Slovaque et leur fuite après leur acte.
Je trouve même que la scène dans l’église est la plus anxiogène dans tout le récit.
Et dire que c’est un premier roman !
Et bien mazette, l’écriture est maîtrisée du début à la fin, c’est un coup de maître tant en terme de qualité que de forme.

"HHhH" est un roman dense et hautement intéressant qui permet de vivre de l’intérieur l’assassinat d’un des hommes les plus dangereux du Troisième Reich, c’est à la fois instructif, intelligent et parfaitement bien construit et écrit, une œuvre à mon avis majeure de ces dernières années.



lundi 31 octobre 2016

D'amour et de sang de Marie-Aude Murail


Un étrange flacon traverse les siècles. On raconte qu'une goutte de son parfum peut changer le destin de celui qui le sent, à condition qu'au même instant, un loup apparaisse quelque part. (Bayard Jeunesse)

Depuis que j’ai lu "Simple" je suis bien décidée à poursuivre ma découverte des romans de Marie-Aude Murail.
Celui-ci m’a attirée pour son côté intrigant sur un objet du quotidien : "C'était un petit flacon de parfum en albâtre.".
Mais ce flacon n’est pas ordinaire, il contient un parfum miraculeux devant être utilisé avec parcimonie et toujours en présence d’une forme de loup (par un prénom par exemple) : "Ce parfum peut tout guérir mais il ne doit servir qu'exceptionnellement.".

Le roman propose de suivre l’itinéraire de ce flacon sur plusieurs siècles, chaque partie étant consacrée à une époque précise.
Ainsi, le roman s’ouvre sur l’époque Romaine, traverse notamment le Moyen-Âge, la Commune de Paris pour s’achever à l’an 2000.
Le principe est à chaque fois le même : le flacon, dont il se murmure qu’il aurait appartenu à Marie de Magdala, entre en possession d’une personne, qui à un moment donné doit en faire usage, mais bien évidemment pour de bonnes raisons.
Le titre du roman s’explique par le fait qu’à chaque fois que le flacon refait surface il y a une période de sang (la guerre, des épidémies, etc.) et s’achève sur une histoire d’amour.
Ce flacon crée un lien entre deux personnes de sexe opposé que rien ne prédestinait à s’entendre, ni même à se rencontrer, il abolit les barrières et force le destin, le cas le plus marquant étant celui de la sorcière et du cagot (nom désignant une personne susceptible d’avoir la lèpre) : "Ils avaient même plaie au front, même lézarde au cœur. Ils se haïssaient pour rien.".
Je suis sans doute trop grande pour apprécier pleinement ce roman, mais je lui reconnais beaucoup de qualités.
S’il m’a paru trop court et un peu répétitif dans la trame, je reconnais que plus jeune il m’aurait totalement emballée.
La dimension historique est intéressante, les époques les plus importantes sont balayées, et qui plus est, il y a à chaque fois une histoire d’amour (on a un cœur de midinette ou non).
J’aime assez les côtés ésotérique et mystérieux qui s’en dégagent, cela permet de captiver un lectorat jeune.
Par contre, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux si on le lit trop jeune, le prénom de Loup/Lou est présent à chaque chapitre, de quoi ne plus s’y retrouver et se perdre dans les époques en mélangeant les personnages.
Je le conseille donc à partir de 10 ans, sa lecture est sans doute d’autant plus intéressante lorsque l’on a étudié la période Antique et Moyenâgeuse.

"D’amour et de sang" plaira à un public jeune, ce n’est toutefois pas la meilleure œuvre de cette auteur et pour ceux qui ne la connaîtrait pas, je les invite plutôt à découvrir Marie-Aude Murail avec un roman comme "Simple".

dimanche 30 octobre 2016

Mal de pierres de Nicole Garcia

     
     

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante.
Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve. (AlloCiné)


Le film s’ouvre sur une femme, Gabrielle (Marion Cotillard), accompagnant avec son mari José (Alex Brendemühl) leur fils à un concours musical à Lyon.
Ma plus proche voisine se retourne et demande si elle n’est pas trompée de salle, le doute est juste car difficile de voir dans cette femme rangée la Gabrielle sauvage à la limite de la folie que promet le synopsis du film.
La voiture est prise dans un bouchon, Gabrielle voit le nom de la rue adjacente et sort précipitamment de la voiture, laissant son mari et son fils qu’elle décide de rejoindre plus tard, pour se diriger vers une adresse de cette rue.
La voilà cette Gabrielle dévorée par la passion qui agit par instinct et non par raison.
Et puis c’est un retour en arrière d’un peu plus de 15 ans, Gabrielle est issue de la bourgeoisie agricole, elle rêve de Passion, celle avec un grand P, celle qui empêche de dormir la nuit et éveille les sens et les désirs.
Gabrielle a jeté son dévolu sur l’instituteur qui lui prête "Les hauts de Hurlevent", celui-ci la rejette mais Gabrielle n’est pas fille à se laisser raisonner.
Sa mère Adèle (Brigitte Roüan) s’inquiète de cette fille folle dont le ventre se tord parfois de douleur, alors elle décide de la marier à José, un ouvrier agricole ayant fui l’Espagne franquiste.
Gabrielle dit d’entrée à José qu’elle ne l’aimera pas, lui non plus, pourtant il va s’attacher à faire d’elle une femme respectable et va la soigner, l’envoyant en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres.
Dans cette cure, Gabrielle se lie avec Agostine (Aloïse Sauvage), employée, et fait la rencontre du lieutenant André Sauvage (Louis Garrel), blessé en Indochine.
Pour cet homme elle s’enflamme, la voilà la passion charnelle qu’elle attendait tant, et cette fois-ci pas question de le laisser filer, elle partira avec lui et peut-être vivra-t-elle enfin cette passion qui la fait tant rêver.


Gabrielle, elle a le côté aride et sec du sud, elle est à l’image de cette terre agricole qu’elle arpente, mais elle est aussi sensuelle et animale.
Quel personnage fort, à l’image des femmes dans les romans de Milena Agus (en tout cas c’était le cas dans "Quand le requin dort"), elle n’est pas folle elle est juste follement amoureuse de la passion, elle ne rêve que de cela, d’amour plus fort que tout mais aussi destructeur.
Forcément, Gabrielle n’est comprise de personne, peut-être José est-il le plus proche de la cerner, il se révèle en tout cas un mari plein d’attention pour cette femme à qui l’on n’a jamais appris à aimer ou à faire preuve de gestes tendres.
Marion Cotillard excelle dans le rôle de Gabrielle, je retrouve la grande Marion Cotillard, celle d’avant ses escapades dans le cinéma Américain où elle s’est un peu perdue, celle avec qui j’ai renoué grâce au film des frères Dardenne "Deux jours, une nuit".
Marion Cotillard irradie dans ce rôle taillé pour elle, je ne peux même pas imaginer une autre actrice qu’elle dans ce rôle (ce qui fut aussi le cas pour Nicole Garcia).
A ses côtés j’ai découvert un brillant acteur Espagnol, Alex Brendemühl, tout en retenue face à une Gabrielle sauvage et qui contrebalance merveilleusement le personnage.
Quant à l’homme déchaînant la passion de Gabrielle, c’est Louis Garrel qui l’interprète, brillamment il faut bien le dire car Nicole Garcia a su canaliser cet acteur qui a tendance à partir au quart de tour.
Ici les chevaux sauvages ne sont pas lâchés, hormis pour Gabrielle.
Quant au reste du casting, c’est un sans faute.



Rien dans la mise en scène ne laisse à désirer, tout est pensé au plus juste et tout cadre parfaitement avec l’histoire et les personnages.
Il y a quelques scènes très fortes, une m’a particulièrement marquée lorsque Gabrielle remonte un chemin de terre bordant un champ de lavande, elle avance dans un sens tandis que tout le monde, y compris les ouvriers agricoles, vont dans l’autre.
Je crois que cette scène résume à elle seule le personnage de Gabrielle, seule contre tous, seule dans sa quête de la Passion, au sens charnel mais également religieux.
Nicole Garcia maîtrise non seulement ses acteurs mais aussi sa mise en scène, tout est finement pensé et il n’y a pas de superflu.
C’est un film très charnel, je dirai presque à la limite de l’érotique par moment, avec une Gabrielle léchant la page du livre contenant le nom de l’instituteur qui le lui a prêté et à qui elle finit par écrire une lettre des plus explicites.
Le choix de la mise en scène est à l’image du personnage de Gabrielle, sans que cela ne tombe jamais dans le vulgaire ou le racoleur.
Plus qu’un mal de pierres, je dirai que l’héroïne souffre d’un mal de vivre difficilement guérissable, ce film m’a en tout cas donné grandement envie de lire le roman de Milena Agus dont il est tiré.


"Mal de pierres" est un film brûlant et charnel, une fresque romanesque servie par des acteurs au sommet de leur art, de quoi prolonger un peu les derniers feux de l’automne avant d’entrer dans l’hiver.


     
     

     
     




samedi 29 octobre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers (Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children) de Tim Burton

     
     

À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis. (AlloCiné)


Jacob (Asa Butterfield) est un garçon ordinaire, voire même un peu looser sur les bords, mais tout bascule le jour où il arrive chez Abe (Terence Stamp), son grand-père, pour le découvrir mort et où il aperçoit une mystérieuse et terrifiante créature s’échapper dans les bois.
Il découvre alors que les histoires que lui racontaient son grand-père sur des enfants particuliers étaient vraies, qu’il les connaissait et surtout, qu’il en était un lui-même, et que Jacob a hérité de son pouvoir (i.e. voir les créatures maléfiques).
Jacob, sous couvert de vacances avec son père, part alors à la recherche du lieu magique auquel son grand-père était attaché : la maison de Miss Peregrine (Eva Green) et les enfants particuliers y habitant.
Mais très vite il se retrouve à devoir les aider, car leurs ennemis sont puissants et le redoutable Barron (Samuel L. Jackson) traque sans relâche Miss Peregrine et ses protégés.


J’ai découvert cette histoire il y a quelques années, en lisant le premier tome écrit par Ransom Riggs.
Depuis, je n’avais pas lu les deux autres suites par contre j’avais appris que le roman allait être porté à l’écran par Tim Burton.
Je m’étais alors réjouie.
Puis j’ai vu "Big Eyes", et là j’ai eu très peur, que Tim Burton se soit définitivement perdu ainsi que la magie et la folie dont il savait parer ses films.
Fort heureusement, Tim Burton a su se reprendre et livre ici un film réussi comme il n’en avait plus fait depuis des années.
Il faut dire que ce type d’atmosphère lui convient parfaitement, il y a de la magie, de la bizarrerie, des personnages habités par de nobles sentiments (ah les preux chevaliers n’hésitant pas à voler au secours de la belle princesse en danger …).
Cet univers lui convient et lui permet donc de briller à nouveau, son étoile s’étant quelque peu ternie avec ses derniers films.
On retrouve dans ce film bon nombre de codes de l’univers de Tim Burton, ainsi des personnages comme Miss Peregrine ou la diaphane Emma (qui n’est pas sans rappeler Christina Ricci dans "Sleepy Hollow") sont des femmes très "Burtonniennes" et symboliques de ce qu’affectionne le réalisateur.
Si les livres se basent sur de nombreuses photographies et sont assez sombres, j’ai trouvé que ce côté noir était atténué et qu’il y avait moins de peur et d’horreur, sans doute pour pouvoir toucher un public plus large.
Le scénario est bien travaillé car s’il s’inspire en grande partie du premier tome il prend une autre direction pour se conclure, un peu trop vite d’ailleurs à mon goût.


Ici, les rôles sont plus tranchés, ce n’est pas comme dans "Beetlejuice" où le méchant est drôle.
Les méchants sont donc très méchants, ils peuvent même impressionner et effrayer un public jeune, et les gentils biens évidemment très gentils.
L’imaginaire joue un grand rôle pour affronter ses peurs, toutefois j’ai l’impression que la morale est moins profonde et tranchée qu’elle ne peut l’être dans les romans.
J’ai apprécié le charme lugubre qui se dégage de ce film, et qui est d’ailleurs assez bien représenté en la personne de Miss Peregrine.
Eva Green est fascinante dans le rôle de cette femme, il faut dire qu’elle a un visage et des yeux très expressifs.
L’acteur incarnant Jacob ne m’était pas inconnu, j’avais pu le voir dans "Hugo Cabret", je trouve qu’il a bien grandi et j’espère qu’il continuera ainsi.
Face à lui il y a la jeune Ella Purnell dans le rôle de l’aérienne Emma.
Là, je dois avouer que je ne me rappelais plus trop bien des dons de chacun, je ne me suis donc pas aperçue que le don d’Emma avait été inversé avec celui d’Olive, personnage qui au passage est plus âgé que dans le roman, mais là encore cela s’explique par le scénario du film.
Tout cela se comprend et prend sens, je trouve d’ailleurs que les enfants sont très bien représentés dans le film et les libertés prises par rapport au roman sont bienvenues.
D’autres grands acteurs font de petits passages, comme Judi Dench dans le rôle de Miss Avocet ou encore Rupert Everett.
Chose assez surprenante, Tim Burton n’a pas fait appel comme d’ordinaire à son complice Danny Elfman pour la musique, celle choisie convient toutefois bien au film.
Dans l’ensemble j’ai donc été séduite par ce film et Tim Burton a remonté d’un cran dans mon estime (il faut dire qu’il avait bien chuté …).
D’ailleurs, j’ai depuis lu le deuxième tome de "Miss Peregrine et les enfants particuliers" et il me reste désormais le troisième et dernier tome à découvrir.


"Miss Peregrine et les enfants particuliers" permet de retrouver un Tim Burton plus inspiré qui livre ici un film collant parfaitement à son univers : du mystère, de la magie, de l’horreur, de l’amour ; en somme une aventure macabre comme il sait si bien les faire.


     
     

     
     

     
     

     
     

     
     

lundi 24 octobre 2016

Comancheria (Hell or High Water) de David Mackenzie

     
     

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter. (AlloCiné) 


Toby (Chris Pine) et Tanner (Ben Foster) sont frères et décident d’organiser une série de braquages visant les agences d’une seule et même banque afin d’éviter la saisie du ranch familial et de rembourser cette même banque avec son propre argent. Mais Marcus (Jeff Bridges), un Ranger bientôt à la retraite, et son équipier Alberto (Gil Birmingham) se lancent à la poursuite de ces deux braqueurs.


Bienvenue au Texas ! Ses mornes plaines, ses puits de pétrole, ses petites villes au milieu d’étendues arides ; c’est le Sud ça, le vrai, le pur, le dur, celui qu’il n’y a qu’aux Etats-Unis et que l’on reconnaît si bien au cinéma ou en littérature. C’est aussi un vaste territoire dans lequel se perdent quelques villes et où la population est majoritairement pauvre. Au-delà de cette histoire d’hommes ordinaires cherchant à se faire justice par le biais du vol (et de la violence), ce film mêle habilement plusieurs genres : le western, le polar, le road-movie et le film social. C’est ce qui le rend si intéressant et si plaisant à voir, ça et l’humour très présent dans les répliques entre les personnages, que ce soit entre les deux frères ou entre le Ranger et son équipier, la palme revient d’ailleurs sans doute à ce duo. Malgré la noirceur de l’histoire, que le spectateur devine au fur et à mesure tandis que dans le même temps il comprend que l’issue ne sera pas joyeuse, les piques que se lancent les personnages prêtent au sourire, et correspondent tout à fait à des scènes de la vie quotidienne. J’ai beaucoup aimé le caractère social qui se dégage du film, particulièrement dans sa conclusion car pour une fois les "méchants" ne perdent pas forcément et ce n’est pas plus mal, car au final ce sont les pauvres gens, ceux lésés par la crise, qui réussissent à s’en sortir, en ayant dupé le système. Ca n’est pas politiquement correct, mais cela fait plaisir à voir, au moins une fois, comme quoi tout n’est pas que noir ou blanc mais peut parfois être gris.


L’esthétique du film est également agréable, celui-ci ayant été tourné en décors naturels. L’atmosphère est bien rendue à l’écran et c’est tout à fait cette vision-là du Texas rural que j’avais à l’esprit. Le film a le mérite de sortir des sentiers battus en ce qui concerne cet état et d’en présenter une face plus pauvre, et par conséquent plus proche du quotidien de ses habitants (mais je vous rassure, le pétrole n’est jamais loin). L’autre atout du film, c’est sa musique et les chansons qui ponctuent les scènes. Evidemment, pour qui n’aime pas la musique country ce n’est pas la peine d’aller voir ce film, mais si comme moi vous appréciez ce style musical alors vous allez être servi. J’ai également beaucoup apprécié le choix des acteurs, si je connaissais Jeff Bridges j’ai été agréablement surprise de découvrir Chris Pine et Ben Foster, d’ailleurs l’alchimie entre les deux fonctionne très bien et ils pourraient facilement passer pour frère dans la vraie vie (d’autant que ce n’est pas la première fois qu’ils sont frères à l’écran).
Je comprends la raison de la traduction du titre du film en Français, néanmoins je trouve la version originale nettement plus proche de ce qu'est l'histoire.


"Comancheria" est un honnête et sympathique film mélangeant plusieurs genres, l'une des bonnes surprises de cette rentrée automnale.


     
     

     
     

     
     

     
     

dimanche 23 octobre 2016

L'ours est un écrivain comme les autres de William Kotzwinkle


Il était une fois un ours qui voulait devenir un homme… et qui devint écrivain. Ayant découvert un manuscrit caché sous un arbre au fin fond de la forêt du Maine, un plantigrade comprend qu’il a sous la patte le sésame susceptible de lui ouvrir les portes du monde humain – et de ses supermarchés aux linéaires débordants de sucreries… Le livre sous le bras, il s’en va à New York, où les éditeurs vont se battre pour publier l’oeuvre de cet écrivain si singulier – certes bourru et imprévisible, mais tellement charismatique ! Devenu la coqueluche du monde des lettres sous le nom de Dan Flakes, l’ours caracole bientôt en tête de liste des meilleures vente. (Cambourakis)

Tout commence avec Arthur Bramhall, professeur prenant un congé sabbatique pour se retirer dans le Maine et écrire son premier roman.
Jusque-là tout se passe bien, d'autant qu'il a écrit un très bon roman, mais voilà que l'étourdi, tout à sa joie du travail achevé, laisse traîner sa sacoche contenant le manuscrit sous un arbre.
Passe alors un ours qui prend la sacoche, lit le manuscrit (oui, l'ours sait lire) et le trouve bon : "Alors que sa pratique de la lecture se bornait aux étiquettes des bocaux de confitures et aux boîtes de vermicelles multicolores, quelque chose dans le manuscrit l'incita à poursuivre. "Tiens tiens, se dit-il, pas mal du tout."", il en profite alors pour réaliser son rêve, à savoir devenir un homme, en l’occurrence un écrivain.
Il part donc à New York, trouve une maison d'édition, le livre rencontre un succès phénoménal, tout comme son auteur, l'ours prenant le nom de Dan Flakes, qui devient bientôt le chouchou des médias et de ces dames.
Cet auteur bourru, avare de mots, totalement imprévisible mais dégageant un charisme fou va devenir un pur produit allant à l'encontre de l'édition d'aujourd'hui : "Mais de nos jours, l'auteur est un produit autant que le livre.".

L'histoire est drôle et complètement loufoque, qui a déjà vu un ours lire ou encore devenir un auteur à succès ?
C'est pourtant sur ce postulat que l'auteur a bâti son histoire, utilisant le côté loufoque et complètement décalé pour faire en réalité une satire du monde de l'édition.
A aucun moment les protagonistes ne se doutent qu'ils ont affaire à un ours, l'auteur prend un malin plaisir à recourir aux quiproquos entre ce que l'ours dit (souvent cela n'a rien à voir avec ce qui lui était demandé, il reste un ours tout de même, grand amateur de miel et de confiture), ce que les humains comprennent et la façon dont ils interprètent les réponses de l'ours.
Tout cela sert bien entendu à dévoiler les travers du monde de l'édition.
Je reprocherai toutefois deux points à ce roman : d'utiliser à l'excès les quiproquos, je n'ai pas frôlé l'indigestion mais au bout d'un moment trop c'est trop, et de ne pas avoir creusé plus la transformation qui s'opère dans le même temps dans Arthur Bramhall.
En effet, tandis que l'ours devient de plus en plus humain Arthur lui découvre son côté bestial et se transforme en ours, allant même jusqu'à hiberner.
J'ai l'impression qu'il y avait quelque chose à creuser (sans vilain jeu de mots) de ce côté mais l'auteur n'a pas complètement tiré profit de cette idée qui était pourtant bonne et amenait un tournant dans l'histoire.
Fort heureusement, l'auteur ne tarde pas à conclure son livre avec une pirouette des plus réussies, car je me demandais bien comment il allait mettre un terme (ou pas) à cette histoire abracadabrante.

"L'ours est un écrivain comme les autres" est un savoureux roman loufoque et satirique à lire avec les doigts traînant en alternance dans les pots de miel et de confiture (et faites attention à ne pas tâcher les pages du livre se faisant).

Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices