vendredi 4 mai 2012

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt



Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être. (Lattès)


Quelle était la probabilité pour que Jocelyne, dite Jo, mercière à Arras, épouse un Jocelyn ?
Infime, ce fut pourtant le cas.
Tout ou presque dans la vie de Jo relève de l'infime, de la chance saisie au vol.
Il n'y avait donc qu'une chance infime pour que son billet d'euro million, le premier et unique de toute sa vie, soit gagnant.
Ce fut pourtant le cas et Jo alors "possède juste un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes".
Mais elle va se taire, ne dire à personne pas même à son mari le jackpot qu'elle vient de remporter car Jo en est bien consciente : "Je possédais ce que l'argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire. Le bonheur. Mon bonheur, en tout cas, le mien. Avec ses défauts. Ses banalités. Ses petitesses. Mais le mien."
Pourtant, des choses à changer dans sa vie, il y en a, des listes de ses envies, elle va en dresser mais ne franchira jamais le pas : "Je pense à moi, à tout ce qui me serait possible maintenant et je n'ai envie de rien. Rien que tout l'or du monde puisse offrir."
Jusqu'à la trahison démontrant toute la bassesse de son mari, elle ne profitera pas de cet argent, se contentera de faire des listes de ses envies.
C'est alors qu'elle changera de vie et prendra conscience de bon nombre de choses.

A travers ce livre, l'auteur traite d'une question somme toute banale : que ferions-nous si nous touchions une somme importante d'argent ?, et illustre également la maxime "L'argent ne fait pas le bonheur".
Il n'y a là rien de bien original, sauf que le personnage de Jo est extrêmement attachant et que la plume de l'auteur est très agréable à lire.
Grégoire Delacourt a réussi à écrire une histoire attachante à partir d'un thème appartenant à la "question type" à laquelle tout le monde a répondu au moins une fois de sa vie, à la différence que son héroïne réagit quelque peu à contre-courant de la réponse générale.
Ce roman est court et se lit très facilement, d'autant qu'il traite de manière approfondie tout un pan de la nature humaine et démontre, au final, ce qu'est le bonheur et qu'il ne faut pas aller le chercher trop loin car bien souvent il est à notre portée sans que nous nous en rendions compte.
Ce livre est une leçon de morale mais pas sous une forme moralisatrice et c'est d'ailleurs ce qui en fait sa force.
Le style d'écriture est à l'image du personnage de Jo : drôle, léger, ne se prenant pas toujours au sérieux, en un mot : simple.
Si mon côté de lectrice n'apprécie pas forcément ce que devient le caractère de Jo à la fin de l'histoire, je peux toutefois le comprendre, car elle s'est retrouvée avec un cadeau empoisonné.
De plus, cette histoire a un côté très humain et très proche de chaque lecteur, on se met à vivre avec Jo, à rire ou à pleurer avec elle, finalement, on a presque la sensation de la connaître et d'aller régulièrement sur son blog ou dans sa mercerie.
Ce livre nous amène aussi à nous questionner sur l'amitié, l'amour, la place de l'argent dans notre vie, ces petits riens qui font le bonheur quotidien et je pense qu'une fois ce livre refermé nous ne répondons plus de la même manière à cette question type sur l'argent.

En voilà une belle découverte littéraire qui fut un coup de coeur à la lecture du résumé et des premières lignes !
Je ne manquerai pas de découvrir le premier roman de Grégoire Delacourt qui est, sans aucun doute, un nom à retenir dans le paysage littéraire français.

Au-delà des pyramides de Douglas Kennedy


D'Alexandrie à Assouan en auto-stop, de l'oasis de Siwa aux bidonvilles du Caire, une fascinante plongée dans l'envers du décor, où notre apprenti écrivain voyageur va multiplier les rencontres inhabituelles : à quinze mètres du sphinx, un vendeur de Toyota dont le cœur balance entre trois épouses, le prophète Mahomet et sa collection de Mercedes ; un inquiétant pilote de felouque au cœur brisé par une Française ; des Bédouins accros à CNN ; des moines informaticiens en plein cœur du désert… Autant de confrontations hilarantes, de scènes cocasses pour les errances d'un Américain en terre musulmane. Entre récit et mémoire, une irrésistible chronique de voyage servie par l'œil et la plume aiguisés du reporter, pour un futur classique, dans la lignée de Paul Theroux et Bruce Chatwin. (Belfond)


En 1985, à une période de sa vie quelque peu difficile, Douglas Kennedy effectue un voyage en Egypte tout en mettant par écrit son récit de voyage.
Cela deviendra son premier livre, "Au-delà des pyramides".


Dans ce récit de voyage, Douglas Kennedy a décidé de se plonger à la découverte de l’Egypte hors des sentiers et des lieux touristiques.
Il sera ainsi amené à côtoyer des égyptiens, des expatriés ou encore des personnes ayant choisi de vivre dans ce pays car elles en sont amoureuses.
Au cours de son périple qui le mènera du Caire à Alexandrie, en passant par Assouan ou un oasis à la limite de la frontière libyenne, il utilisera des moyens de transport locaux et discutera avec toute une galerie de personnes très variées : un vendeur de Toyota hésitant entre ses trois femmes, des moines à la pointe de l’informatique en plein milieu du désert, des pilotes de Felouque dont l’un lui racontera l’histoire d’un ancien pilote de felouque au cœur brisé par une française, des ingénieurs expatriés et passant leur vie à travailler dans les coins les plus reculés du globe.

Le style du récit de voyage convient assez bien à la plume de Douglas Kennedy car il ne manque pas de faire partager au lecteur ses dialogues avec les personnes rencontrées.
C’est parfois drôle, parfois grinçant, en tout cas il ressort bien de ce récit toute la complexité de ce pays.
L’un des protagonistes le dit bien à l’auteur : "L'Egypte d'aujourd'hui est une pyramide inversée". 
Si le contexte politique a quelque peu évolué depuis l’écriture de ce livre, il n’en reste pas moins d’actualité, notamment tout ce qui concerne la place de l’islam en Egypte, le poids des traditions et de la religion et plus généralement concernant les aspects.
Ainsi, certaines personnes rencontrées expliqueront à Douglas Kennedy leur vision de l’Egypte : citations, et il est presque incroyable de constater à tel point tout cela est encore juste et d’actualité : "Pour un régime fondé sur l'ordre social, c'était un sérieux avertissement, qui révélait une réalité essentielles de l'Egypte : dans un pays où le taux d'analphabétisme atteint soixante-dix pour cent, la population a peu d'intérêt pour la chose politique, certes, mais si elle perçoit que les choix gouvernementaux menacent sa précaire subsistance quotidienne elle se transforme en une force imprévisible." ou alors était prémonitoire : "Mais un jour le peuple qui veut l'islam s'emparera du pouvoir et ce sera la chance d'édifier une société authentiquement islamique."
Il est aussi très souvent question de religion et de la place de l'islam : "pour le Moyen-Orient, le plus grand danger, c'est l'islam. C'est une religion qui tire tout le monde en arrière et qui étouffe tout, à commencer par la liberté."
La plupart des personnes interrogées par Douglas Kennedy portent un regard très lucide sur ce pays, l'auteur ne fait que rapporter leurs propos.
C’est l’un des avantages de cette lecture, elle n’est pas démodée et trouve un écho saisissant par rapport aux évènements de l’année dernière.
Certains propos tenus se sont même réalisés, ce qui donne une autre dimension à la lecture de ce livre.

Ce récit de voyage de Douglas Kennedy change de son style habituel de roman et se lit avec curiosité et un certain plaisir, d’autant qu’il permet de découvrir un visage non conventionnel de l’Egypte hors des lieux touristiques et plus proches de ses habitants.
Malgré l’âge de ce récit, il est encore fortement d’actualité et aucunement démodé.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre K


jeudi 3 mai 2012

Challenge Il Viaggio par Chez Mark et Marcel et désormais chez Eimelle

Nathalie du blog Chez Mark et Marcel a lancé un challenge Il Viaggio portant, comme son nom le laisse à penser, sur l'Italie.

Le principe de ce challenge est simple : il suffit de lire au moins un livre soit se déroulant en Italie soit écrit par un auteur italien.

Ce challenge prend fin le 31 octobre 2013.

Challenge Il Viaggio chez Mark et Marcel

Pour illustrer ce challenge, j'ai choisi parmi les trois images proposées celle du tableau de Bernardo Strozzi "La Cène à Emmaüs".


Livres lus dans le cadre du challenge :

Lucrèce Borgia de Victor Hugo
Borgia de Milo Manara et Alexandro Jodorowsky
Tome 1 Du sang pour le pape
Tome 2 Le pouvoir et l'inceste
Tome 3 Les flammes du bûcher
Tome 4 Tout est vanité

Arria Marcella de Théophile Gautier
Requiem pour une cité de verre de Donna Leon

Suites vénitiennes d'Eric Warnauts et Guy Raives
Tome 1 Esquisses
Tome 2 Rouge Venise

Corto Maltese de Hugo Pratt
Corto Maltese - Fable de Venise

Cassio de Stephen Desberg et Henri Reculé
Cassio Tome 1 Le premier assassin
Cassio Tome 2 Le second coup
Cassio Tome 3 La troisième plaie

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Alix de Jacques Martin
La griffe noire

Porporino ou les mystères de Naples de Dominique Fernandez
La dormeuse de Naples d'Adrien Goetz
Etoiles de Simonetta Greggio
La mort à Venise de Thomas Mann
Laver les ombres de Jeanne Benameur
Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri de Luca
Avec vue sur l'Arno d'E. M Forster

Edit au 01/11/2013 : Ce challenge a été repris par Eimelle et est désormais à durée illimitée !

Eimelle a repris le Challenge Il Viaggio initié par Nathalie dont le principe reste le même : lire au moins un livre soit se déroulant en Italie soit écrit par un auteur italien.
La nouveauté est que ce challenge est désormais illimité dans le temps.

Livres lus dans le cadre du Challenge :

Pietra viva de Léonor de Récondo
De là, on voit la mer de Philippe Besson
Cesare Tome 1 de Fuyumi Soryo
Cesare Tome 2 de Fuyumi Soryo
Cesare Tome 3 de Fuyumi Soryo
Cesare Tome 4 de Fuyumi Soryo
Cesare Tome 5 de Fuyumi Soryo
Monteriano d'E. M Forster
Ballade d'un amour inachevé de Louis-Philippe Dalembert
Diabolik Un amore pazzo d'Angela et Luciana Giussani

Challenge Edith Wharton par George

George, du blog Les livres de George et moi, a lancé un challenge Edith Wharton sur lequel je me suis empressée de postuler.

Le but de ce challenge est de nous faire lire et découvrir ou redécouvrir les romans d'Edith Wharton, mais pour pimenter un peu la chose, il faudra également s'intéresser aux héroïnes en valorisant dans nos billets le traitement qu'en a fait l'auteur et celle qui nous aura le plus touchés ou énervés ou intéressés.

Il n'y a pas de catégorie ni de nombre de livres défini à lire, uniquement la consigne ci-dessus.

Ce challenge prend fin le 30 avril 2013.
Edit : George a décidé de nous offrir 365 jours supplémentaires pour découvrir cette auteur, le challenge prend donc désormais fin le 5 mai 2014 !

Challenge Edith Wharton par George


Livres lus dans le cadre du challenge : 

- Les lettres
- Le temps de l'innocence
- Les entremetteurs et autres nouvelles

Mai - Danseuse privée d'Anaïs

J'ai retourné ma veste au dernier moment pour la chanson de mai.
J'étais partie sur tout autre chose au début et puis finalement j'ai opté pour Anaïs, avec son humour décalé, ses chansons toujours drôles et plaisantes à écouter.

"Danseuse privée" est extrait de son dernier album paru début mars, dans lequel Anaïs passe les chansons d'amour "A l'eau de javel".

Le cordonnier de la rue triste de Robert Sabatier


“J’ai désiré écrire un roman simple, économe de mots, se référant en priorité aux sentiments et aux personnes. Une rue étroite dans Paris aux moments sombres de son histoire. Là, une petite boutique : celle de Marc le cordonnier. Il est jeune, beau, libre. Son plaisir : courir dans la ville. Survient un accident qui bouleverse sa vie entière. Une religieuse en est témoin. Elle l’assiste, le soigne, l’accompagne dans sa convalescence, puis s’éloigne. Reste l’ami de Marc, Paulo, le bizarre énergumène, moqué de tous, chiffonnier mais surtout donneur de coups de main, toujours prêt à rendre service. Et d’autres : Mme Gustave qui tient un bistrot, Lucien l’imprimeur, M. marchand au service de la police, Rosa la fille des rues… Enfin, la petite fille. Elle représente la fragilité, la douceur, la grâce, un peu de la beauté du monde. Je ne raconte pas plus. Marc le cordonnier va tenter de reconstruire sa vie, partagé entre la fierté de l’artisan, le désir du savoir, le goût de la musique. Au lecteur, à la lectrice de découvrir. Peut-être se retrouveront-ils dans ces pages. Après onze chapitres, le douzième va basculer dans notre temps, un aujourd’hui qui métamorphose la rue, transforme les êtres. Si vous qui me lisez ressentez le bonheur et la mélancolie, l’émotion et l’amour qui m’ont envahi, nous sommes les mêmes.” Robert Sabatier (Albin Michel)


Robert Sabatier, à propos de son roman "Le cordonnier de la rue triste" dit : "J'ai désiré écrire un roman simple, économe de mots, se référant en priorité aux sentiments et aux personnes."

S'il désirait écrire un "roman simple, économe de mots", c'est réussi, mais pas dans le sens que j'attendais ni dans le bon sens d'une manière plus générale.
Ce roman est excessivement simple, trop même, à tel point que je n'ai jamais réussi à entrer dans l'histoire et que celle-ci n'a jamais réussi à éveiller mon intérêt, malgré son ancrage dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.
Quant à l'économie des mots, c'est effectivement le cas, mais dans le sens où les mots ont une absence totale de sentiment, de pensée, de vie.
A aucun moment je n'ai ressenti quoi que ce soit à la lecture de ces lignes, c'est bien la première fois que cela m'arrive en lisant un roman de Robert Sabatier.

J'ai ressenti une forme d'ennui tout au long de la lecture, due sans doute en grande partie au manque total d'empathie envers les personnages.
Ni Marc ni son ami n'ont réussi à venir jusqu'à moi, je suis restée étrangère à l'histoire, d'autant que je n'ai pas apprécié les interruptions de l'auteur où il intervient en interpellant le lecteur, lui disant qu'il a compris ce qui n'était pas dit, ou alors précisant qu'il ne parlera pas de telle chose car déjà abordée dans un autre livre.
Plutôt que de me rapprocher du livre cela m'a au contraire éloignée et j'aurai préféré que l'auteur n'intervienne pas pour me laisser seule avec son histoire.

A en croire la dernière phrase de Robert Sabatier je ne suis pas la même que lui puisqu'aucun des sentiments énumérés ne m'a atteint.
Bien désolée de le dire et de l'admettre, mais "Le cordonnier de la rue triste" m'est resté hermétique et je n'ai pas ressenti grande émotion à la lecture de ce récit, à part de l'ennui et l'envie d'en terminer pour passer à autre chose.


Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre S



Un village français - Saison 4 - 1942 L'heure du choix



Nouvelle saisons d’ "Un village français", nouvelle année de l’Occupation.
Cette saison-ci porte sur l’année 1942, comporte 12 épisodes et deux périodes réalisées par deux réalisateurs différents : la première avec les six premiers épisodes couvre la période de juillet, la deuxième celle de novembre.
Le fil conducteur de cette nouvelle saison est une devinette : « Je suis invisible mais sans moi on ne peut pas vivre. Qui suis-je ? »

Cette première partie est ambitieuse et pourrait s’intituler « Penser l’impensable ».
Les scénaristes ont décidé de montrer les rafles de juifs qui ont eu lieu pendant l’été 1942, en insistant bien sur l’aspect novateur de ces rafles, les premières ayant déjà eu lieu en 1941, à savoir que les femmes aussi sont arrêtées ainsi que les enfants, et pour aller encore plus loin dans l’indescriptible les enfants sont même séparés de leurs parents.
Pour cela, l’histoire commence avec l’arrivée d’un train en gare de Villeneuve.


Il comporte des familles juives ayant été arrêtées et devant être conduites en région parisienne, suite à un problème technique le train ne peut pas repartir, le maire Daniel Larcher propose alors de loger ces familles à l’école.
Elles vont ainsi se retrouver parquées dans la cour de l’école et la salle principale et gardées par les gendarmes français.




Très vite, les conditions de vie se dégradent : les toilettes sont bouchées et n’ont pas été conçues pour être utilisées par autant de personnes, il n’y a pas à manger pour ces personnes (souvenez-vous, c’est en pleine période de rationnement) et l’eau se fait rare.
Voilà que même le sous-préfet demande à Jean Marchetti d’organiser des rafles de juifs étrangers sur la ville de Villeneuve pour satisfaire une demande des allemands afin que ces personnes soient elle aussi amenées à l’école et partent lorsque le train arrivera.
Tout cela ne vous rappellerait pas quelque chose ?
Et oui, les scénaristes ont transposé à l’échelle de Villeneuve la grande rafle de juillet 1942 connue sous le nom de "Rafle du Vel d’Hiv’".
Une bonne partie de l’intrigue de ces épisodes se passe en huis-clos, l’ambiance et l’atmosphère sont oppressantes, l’Occupant n’est pas trop présent mais le téléspectateur ressent à chaque instant sa présence, le durcissement de sa politique d’occupation et le climat de terreur qui peu à peu va s’installer.


Le sujet principal de cette première partie était hautement intéressant et difficile à traiter et à retranscrire à l’écran, pourtant j’ai été quelque peu agacée par des invraisemblances lors des premiers épisodes.
Déjà Sarah, l’ancienne bonne des Larcher fait son grand retour ! Elle avait juste été arrêtée en 1942 et envoyée au camp de Pithiviers or il est impossible qu’elle en soit libérée ainsi puisque tous les détenus des camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande (d’ailleurs il me semble qu’il n’y avait que des hommes) de 1941 ont été déménagés de ces camps en juin/juillet 1942 et déportés pour laisser la place aux futurs raflés de l’été.
Certes, les scénaristes la font revenir pour mettre en place un triangle amoureux quelque peu pervers chez les Larcher : Daniel ne pardonne pas à Hortense, nie en bloc ses soi-disant sentiments pour Sarah puis se jette dans les bras de Sarah au passage plus que ravie de récupérer ainsi ce cher docteur (l’oie blanche n’était pas si blanche que ça pour moi, elle en avait bien envie depuis longtemps) avec la bénédiction de Hortense, qui lui fera comme un don biblique en se sacrifiant pour lui ramener Sarah arrêtée une deuxième fois.
Parmi les détenus il est vite question de partir en Pologne, là encore ce n’est pas crédible, à ce moment-là il n’était pas possible que les détenus soient au courant de leur destination finale. Pour preuve, à Drancy c’est à partir de cette période que le mot de Pitchipoï a circulé parmi les détenus, plus particulièrement les enfants, pour désigner la destination inconnue vers laquelle ils allaient.
Lucienne l’institutrice est en gestation d’un éléphant, cela fait juste plus de 9 mois qu’elle est enceinte et elle n’a toujours pas accouché (d’où l’éléphant).


Les protagonistes ont une tendance quelque peu agaçante à balancer leur bicyclette sans ménagement dans les fourrés, à cette époque, vu le prix d’un tel engin, les gens en prenaient surtout grand soin.
Hortense fera libérer Sarah en échangeant ses papiers avec les siens et en lui donnant son laissez-passer. Elles restent cachées trop longtemps et Hortense est extrêmement bien équipée : elle a toujours sur elle son vernis à ongle qui sert en même temps de colle !
Décidément, les scénaristes ne savent pas trop ce qu’ils veulent faire avec le personnage de Sarah !
Et puis, les scénaristes ont aussi décidé d’offrir une histoire d’amour à Jean Marchetti, en le faisant tomber amoureux d’une juive étrangère qu’il allait arrêter en compagnie de sa mère.
Ce coup de foudre n’est pas trop crédible et je trouve que ce couple vient un peu trop polluer la première partie de la saison.


Hormis ces quelques éléments, cette première partie est très bonne, avec une forte intensité dramatique, des scènes très difficiles qui restent dans l’esprit des téléspectateurs.
Le point de vue vient essentiellement de Madame Morhange, revenue à Villeneuve et arrêtée par Marchetti.
Ce dernier avec cette saison prend une dimension de salaud inégalée jusqu’à présent !
Ce qui est sans doute pire, c’est qu’il est extrêmement tordu et retors et pas franc du collier pour deux sous contrairement à Heinrich Müller qui est pervers mais direct, difficile de s’attacher à un tel personnage, pour moi il n’a pas grand-chose d’humain et c’est une "belle crevure" comme le dit la mère de Rita.
Le personnage de Hortense accomplit des actes éblouissants, elle cherche à se faire pardonner, elle est en dépression complète (elle traîne en robe de chambre à midi elle d’ordinaire si élégante), elle n’a plus envie de rien et pourtant, pour faire plaisir à son mari, elle ira jusqu’à échanger sa place avec Sarah. Elle sera reconnue par Servier juste avant de monter dans le train.


C’est là qu’une nouvelle facette de Daniel apparaît : il est un peu salaud sur les bords lui aussi, dans le sens où lorsqu’elle revient, il ne lui dit pas merci, il la dispute même parce qu’elle a agi sans réfléchir et la plante aussitôt pour filer rejoindre Sarah. Hortense a un passif lourd, certes, mais elle se retrouve reléguée à occuper la chambre de l’ancienne bonne, en bref elle n’est que tolérée dans la maison et vit une sorte de "collaboration" avec Daniel.
Marie Germain reprend du service avec un réseau de résistance et l’un des personnages qui prend son envol est sans nul doute Bériot. A la fois sur un plan personnel : groupe de résistance … mais aussi affectif : sa relation avec Lucienne commence à prendre une tournure un peu plus sentimentale, enfin, cela reste difficile d’éveiller l’intérêt de Lucienne.
Albert Crémieux n’est pas non plus en reste et son personnage prend une importance considérable dans cette saison, c’est presque celui qui subira le plus de transformation et qui sera le plus marqué.


D’une façon générale, il est souvent question de devinette, des contes des Mille et une nuits, de comptines pour enfant, comme si cet arrière plan tentait de dédramatiser quelque peu le côté sombre dans lequel l’histoire vient de plonger.

La deuxième partie se situe en novembre et s’intéresse aux agents de Londres par le biais d’un radio parachuté, seul rescapé de son groupe et qui sera recueilli par le réseau gaulliste de Villeneuve.
Il cherchera à rentrer en contact avec "Dominique" et aura quelques surprises quant à l’identité de celui-ci (ou celle-ci, en l’occurrence il s’agit de Marie Germain).
Globalement, la deuxième partie voit le retour de nombreux personnages pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.
Et, en tête de liste celui que j’attendais de pied ferme : Heinrich Müller !


Non seulement il est de retour à Villeneuve, auréolé de gloire pour son action dans l’Est (ça il le racontera à Hortense au cours d’un repas, elle en quittera la table complètement abasourdie), bien décidé à en découdre avec Daniel Larcher (c’est un peu à cause de lui qu’il avait été muté), plus puissant que jamais car chef du renseignement pour tout l’Est de la France et les SS viennent de prendre l’ascendant et surtout fermement décidé à reconquérir Hortense.


Mais voilà, problème, et pas des moindres : elle lui résiste !
Pour ceux qui avaient encore des doutes sur son attachement à Hortense, là il n’y en a plus aucun. Il demande dès son arrivée de ses nouvelles à son ordonnance, il apprend à demi-mot qu’elle a voulu se suicider, il lui fait porter un magnifique bouquet de fleurs (qu’elle lui réexpédie sans un mot) et là il se met à la suivre, mais même emmenée de force dans sa voiture elle refuse, il lui faudra donc user de subterfuges pour l’amener à avoir un dîner avec lui (je m’interroge d’ailleurs comment Hortense a pu croire à l’histoire de l’italien lui achetant toutes ses toiles et lui promettant une exposition à Florence).
Oui c’est une relation bizarre, je vous l’accorde, mais qui a tenu tout le monde en haleine lors de la troisième saison et récidive lors de celle-ci (et pour ceux me connaissant, vous savez ma propension exceptionnelle à m’attacher aux couples les plus improbables, ceci ne vous étonnera donc point).
C’est aussi le retour de Suzanne, de Marcel, de Madame Morhange et même un passage éclair de De Kervern (tout le village ou presque avait donc rendez-vous dans cette deuxième partie).

Cette deuxième partie tranche avec la première par une action omniprésente, les personnages ne sont plus enfermés ils sont au contraire souvent en plein air, il y a beaucoup de mouvements et la part belle est faite au réseau gaulliste, le personnage central étant celui de Marie Germain.
L’un des points d’orgue de cette deuxième partie, outre le parachutage d’un radio, est l’unification des mouvements de résistance avec le rapprochement des communistes et des gaullistes.


Le romanesque se mêle sans problème à l’historique et la petite histoire rejoint la grande.
Si la relation Rita/Jean était globalement ratée, celle de Marie/Vincent (le radio, interprété par Jérôme Robart, mais si, ce petit sourire vous rappelle quelqu’un : Nicolas Le Floch !) est réussie.


L’un des personnages qui m’a le plus marquée est Albert Crémieux.
Il sombre doucement dans la folie après la disparition de sa femme et de sa fille, il trahit en partie le réseau pensant ainsi sauver sa femme et sa fille (Marchetti ayant pris soin de falsifier la lettre pour lui faire croire qu’il pouvait les sortir de là) et se sacrifiera pour aider leur évasion lorsque la ferme de Marie sera encerclée.
J’ai trouvé son traitement remarquable, voilà un personnage particulièrement bien abouti dans sa construction et bien révélateur des sentiments qui pouvaient habiter les résistants, notamment sous la torture (physique et psychologique).
Il y a aussi l’introduction d’un nouveau personnage redoutable car ayant des entrée partout : Chassagne.
Non seulement il est l’amant de Jeannine, mais en prime il est un collabo à fond et a des entrée partout y compris au gouvernement de Pétain, bref, une véritable pieuvre redoutable et dangereuse.

La fin de cette saison est encore plus troublante que la précédente et sur bien des aspects.
Déjà, pour la première fois depuis le début de la série, des personnages meurent et pas forcément des secondaires (Madame Morhange par exemple).
Il était temps de nous montrer des morts, tout n’était pas rose à cette époque, loin de là.
Jean Marchetti conduit Rita en Suisse, enceinte, mais celle-ci ne veut plus rien avoir à faire avec lui depuis qu’elle a appris que c’est lui qui a arrêté sa mère volontairement pour l’éloigner d’elle (charmant garçon, comme je vous disais précédemment), il est désespéré, abat un soldat allemand pour la laisser partir mais il est difficile de savoir comment il va basculer et ce qu’il va advenir de lui.
Quant à Daniel, il n’est plus maire de Villeneuve mais (comme à son habitude) il n’a pas réagi, il a cru naïvement qu’il pourrait renouer avec Hortense après une simple nuit et tandis que celle-ci le quitte pour rejoindre Heinrich il se retourne vers Sarah, en goujat. Il apparaît un peu bête, et que fait-il au final ? Et bien il s’enfuit !
Le revirement de Hortense est là aussi très surprenant et déstabilisant. Je suis incapable d’expliquer son geste, a-t-elle une idée bien précise en tête ? Le fait-elle pour protéger Daniel et leur enfant ? Ou plus généralement pour protéger Villeneuve ? Ou elle-même ? (Elle a quand même constaté jusqu’à où Heinrich était prêt à aller pour la reconquérir) Sait-elle qu’elle sera incapable de résister et finira immanquablement par retomber dans les bras de Heinrich ?
Elle rejette presque Tequiero, Daniel ne cherche pas non plus à la retenir, pourtant le récit des atrocités auxquelles a participé Heinrich Müller dans l’Est l’a remuée et elle va vers lui, décidément, c’est un mystère.
J’ai tendance à croire qu’elle a, contrairement à son impulsivité habituelle, une idée en tête et qu’elle cherche à se protéger et à protéger les siens.
Et si elle basculait dans la résistance en fournissant des informations ?

Cette quatrième saison est plus sombre, elle est dense en thèmes traités et les personnages, très riches, sont définitivement établis tandis que le jeu des acteurs est comme toujours parfait.
En somme, elle est encore plus addictive et place la barre haut pour la cinquième saison.


Détail des épisodes

1)     Le train (20 juillet 1942)
2)     Un jour sans pain (21 juillet 1942)
3)     Mille et une nuits (22 juillet 1942)
4)     Une évasion (23 juillet 1942)
5)     La mission (24 juillet 1942)
6)     La libération (25 juillet 1942)
7)     Le visiteur (8 novembre 1942)
8)     Tel est pris qui croyait prendre (9 novembre 1942)
9)     Baisers volés (11 novembre 1942)
10) Des nouvelles d'Anna (12 novembre 1942)
11) La souricière (1942)
12) La frontière (1942)





Interview Robin Renucci

  
Interview Audrey Fleurot

  
Interview Nade Dieu

  
Making-of


Une village français - Saison 3 - 1941 Vivre ses choix



Il faut bien le reconnaître, la saison 1 d’"Un village français" a servi à planter le décor, présenter les personnages, en quelque sorte, une phase de test.
La saison 2 est venue renforcer et créer de façon définitive une addiction des spectateurs à cette série. La montée en puissance était achevée, et c’est donc tout logiquement qu’une troisième saison a eu lieu.

Cette troisième saison couvre, comme la deuxième, l’année 1941, la période de septembre à novembre.
Changement complet de la part des scénaristes, cette fois-ci la saison comporte 12 épisodes et non plus 6, elle s’attache à couvrir une période serrée et définie de l’Histoire et surtout, il y a de véritables cliffhangers finals permettant ainsi d’ouvrir l’histoire vers une quatrième saison, ce qui faisait quelque peu défaut à la fin de la deuxième saison.
La seule erreur vient de la programmation un dimanche soir, une faute de goût de la part de France Télévisions qui malheureusement fera perdre en audience cette série.
C’est d’ailleurs l’un des points reprochés au cours des trois premières saisons : l’impossibilité des programmateurs à s’entendre sur une date de diffusion : première saison le jeudi soir, deuxième le mardi, troisième le dimanche.
Il y a de quoi perdre des téléspectateurs avec une diffusion aussi aléatoire.

Cette troisième saison est remarquable sur bien des niveaux.
Tout d’abord il y a eu un changement dans le scénario et cette fois-ci presque chaque fin d’épisode  comporte un suspens qui donne immédiatement envie d’enchaîner sur l’épisode suivant.
Et puis, à la fin de la deuxième saison, les scénaristes se sont attachés les services de Violaine Bellet, spécialiste de la psychologie appliquée aux créations de fiction, et autant le dire, les personnages y ont fortement gagné en dimension psychologique.

Cette troisième saison met l’accent sur 2 points historiques importants : le maire, Daniel Larcher, se retrouve à devoir gérer une situation d’otages, à savoir qu’il doit lui-même fournir la liste des otages qui seront exécutés si le "terroriste" communiste préparant un attentat sur Villeneuve n’est pas démasqué ; les épisodes s’attachent à montrer le fonctionnement d’une cellule communiste de l’intérieur, où les membres vont devoir suivre la ligne du Parti, à savoir tuer des officiers allemands.
Ce deuxième point est relativement intéressant et offre les quelques touches d’humour de cette série, car certaines situations en deviennent cocasses (dans le bon sens), mais paradoxalement, il offre aussi les quelques scènes un peu trop longues.
Mais il faut le reconnaître, il y a un manque d’objectivité de la part d’un des scénaristes puisque celui-ci a été élevé dans une famille communiste, ce qui explique la part belle faite à ces personnes et la quasi absence du curé du village.


Du côté des personnages, cette saison offre la part belle à celui de Marcel Larcher, présent dans tous les épisodes et détenant l’un des rôles principaux de la saison. Les scénaristes l’ont même transporté, l’espace d’un épisode avec son frère Daniel, en dehors de Villeneuve pour voir leur père mourant.
Certains sont mis en retrait, notamment Marie Germain ou De Kervern, mais c’est logique et normal car ils ont manqué de se faire prendre en fin de deuxième saison et ils ont plutôt intérêt à se faire discret pendant un moment avant de reprendre leurs activités de résistance.
D’autres par contre explosent littéralement l’écran et prennent une toute autre dimension, je pense notamment à Hortense Larcher ou à celui de Heinrich Müller qui de personnage secondaire devient non seulement personnage principal mais en prime réussit à s’attirer la sympathie des téléspectateurs ; ou encore Jeannine Schwartz qui commence, enfin, à s’imposer dans la population et à faire entendre sa voix (il faut dire que de modérer sa descente d’alcool lui permet aussi d’être plus présente voire présentable).
Certains se font désirer, comme Jean Marchetti, mais c’est voulu et son retour en milieu de saison est plus que bienvenu, d’autres prennent de l’envergure, comme Jules Bériot et certains font leur apparition : Albert Crémieux qui sera "aryanisé" par Raymond Schwartz et dont on sent qu’il y a du potentiel pour la prochaine saison tandis que d’autres restent fidèles à eux-mêmes, notamment Lucienne l’institutrice ou Daniel Larcher, le médecin et maire de Villeneuve.


Cette troisième saison, c’est aussi celle où explosent les sentiments amoureux et les relations, certaines plus improbables que d’autres.
L’un des fils principal est la relation se nouant entre Suzanne et Marcel, Suzanne en quête perpétuelle d’un petit geste gentil, d’une attention. Elle quémande, elle ment un peu parfois mais ça fait son charme, toutefois on sent que cette relation ne pourra pas durer, déjà parce que c’est contraire à la ligne du Parti et aussi parce que le mari de Suzanne est prisonnier de guerre, une relation adultère était très mal vue à cette époque.
Il y a aussi en toile de fond les amours que je qualifierai de champêtres entre Raymond Schwartz et sa métayère Marie Germain.
A travers deux relations amoureuses, les scénaristes ont mis en avant les relations sentimentales de femmes avec l’Occupant.
Il y a tout d’abord Lucienne l’institutrice avec Kurt, un soldat de la Wehrmacht, dont elle attendra un enfant, permettant ainsi aux scénaristes d’aborder les enfants nés des amours franco-allemand. Cette relation est la plus fleur bleue qui soit, dans le sens où il s’agit de deux très jeunes gens qui tombent amoureux l’un de l’autre durant cette période troublée, alors que ni l’un ni l’autre n’avait demandé quoi que ce soit pour y être mêlé. Il faut bien le reconnaître, cette histoire a séduit toutes les midinettes qui sommeillaient dans les téléspectatrices. Et cela a aussi été l’occasion d’évoquer la réalité de l’avortement dans les années 1940, car Lucienne cherchera dans un premier temps à se débarrasser de cet enfant.


Et surtout, il y a la relation amoureuse (car oui, pour moi c’en est bien une) entre Hortense Larcher et Heinrich Müller. Notre femme de médecin, malheureuse dans son mariage avec un homme plus âgé qu’elle qui l’infantilise, en manque d’enfant comblé par l’adoption de "Tequiero", est en dépression, il n’y a pas d’autre mot.
De plus, elle est imprévisible, elle agit sur l’instinct du moment, sans jamais penser à mal. Elle n’est pas calculatrice, elle a une forme d’adolescence, elle a des rêves et des envies qui ont sans doute été bridés depuis toujours et là elle peut enfin s’exprimer et vivre des choses.
Elle est entière : quand elle est avec son amant elle se donne à 100%, pareil quand elle est avec son enfant, son geste final prouvant d’ailleurs la fragilité psychologique du personnage : c’est une cocotte-minute prête à exploser à tout instant, et elle ne fait pas les choses à demi-mesure.
Elle est malheureuse dans sa vie (et son mari est plutôt mou et indécis, c’est un humaniste et elle l’admire pour cela, il fait figure d’un père pour tous à commencer par elle, mais il n’est clairement pas fait pour elle), alors elle avait pris comme amant Jean Marchetti la saison dernière, mais là c’est vers un homme beaucoup plus dangereux qu’elle ira : Heinrich Müller, un SS chef du SD (le service de renseignement), un homme puissant, cultivé, qui la fascine certainement autant qu’il l’effraye.
Entre les deux, c’est plutôt enflammé et ce dès le premier épisode, il n’y a qu’à voir cette formidable scène du dîner entre notables où Heinrich Müller dévore des yeux Hortense, où celle-ci sans complexe lui demande de raconter sa blessure de guerre et où ce dernier s’exécute.
Ce qui fera demander au sous-préfet Servier à Daniel Larcher si tous les deux se connaissaient avant le repas tant ils semblent proches.
Car Heinrich Müller ne respecte pas vraiment le savoir-vivre, en tout cas il est libre, il dit ce qu’il pense sans détour que ce soit pour ce qu’il veut ou ce qu’il va faire.
Il offre à Hortense tout ce que Daniel est incapable de lui proposer, il ne l’infantilise pas, il n’est pas du tout dans une relation paternelle avec elle, au contraire il vit avec elle un amour passionné car il la voit femme avec ses yeux et Hortense le ressent ainsi, sans doute trop puisqu’il finit par la torturer pour essayer de lui soutirer des informations et que j’ai ressenti comme un regret lorsqu’il est muté sur le front de l’Est à la fin de la saison.


C’est là un tour de force des scénaristes, ce personnage avait tout pour être détestable : c’est un nazi convaincu, il est chef du renseignement et pratique la torture pour obtenir des informations.
Certes, il présentait une faiblesse en deuxième saison ainsi qu’en début de troisième : il est dépendant de la morphine suite à une blessure de guerre qui le fait souffrir par moment ; mais là les scénaristes ont humanisé ce personnage et c’est presque plus dur de penser que même derrière les nazis ou les bourreaux il n’y a que des hommes que de les détester tout simplement.
Je trouve ce personnage fascinant, il prend un côté humain car les scénaristes le confrontent à un sentiment inconnu de lui jusque là : il va être amoureux d’une femme, lui qui se croyait sans doute insensible et immunisé à tout il se retrouve en quelque sorte désarmé et subit cet amour qui l’enverra, en partie, sur le front de l’Est.
Cela n’enlève rien à sa perversité, mais cela a créé une empathie avec le téléspectateur à tel point que chacun espère qu’il va revenir la saison prochaine.


Au-delà de ces personnages extrêmement travaillés psychologiquement, il y a des acteurs formidables, au jeu toujours juste.
Audrey Fleurot explose en Hortense Larcher, elle montre toutes les subtilités de son personnage, quant à Richard Sammel il est tout simplement génial dans sa prestation de Heinrich Müller et les scènes entre ces deux acteurs fonctionnent à merveille.
Emmanuelle Bach est plus vraie que nature dans le rôle de cette pétainiste convaincue, François Loriquet prend de l’envergure avec le personnage de Bériot, quant à Marie Kremer elle arrive toujours à jouer juste le personnage de Lucienne pourtant pas si évident (elle est apathique et passe bien souvent pour une idiote).
Nicolas Gob campe un Jean Marchetti que l’on aime à détester et à traiter d’ordure, la fraternité à l’écran entre Robin Renucci et Fabrizio Rongione transparaît bien, Nade Dieu prête toujours aussi bien ses traits à Marie Germain ainsi que Thierry Godard à son amant.
Sans doute le fait que la plupart de ces acteurs sont issus du théâtre n’est pas étranger au fait que leur jeu est plaisant à regarder et toujours sans faute.

Cette troisième saison offre des scènes remarques et délicieuses à regarder, ne serait-ce que dans le premier épisode avec ce dîner de notables.
Il y a de très belles scènes, de magnifiques confrontations entre les personnages, le point d’orgue étant, entre autres, le dialogue entre Sarah emprisonnée et Daniel Larcher pour qui elle travaillait comme servante. Son discours est d’une vérité troublante et ouvrira en partie les yeux de Daniel Larcher, mais ce n’est pas non plus pour cela qu’il changera quelque chose à son attitude. Il s’enfonce dans une collaboration un peu poussé par les évènements, sans trop chercher à se révolter, à agir ou à faire évoluer les choses.
Mais c’est en cela qu’ "Un village français" est une série puissante, elle ne cherche pas à montrer exclusivement des héros et des salauds, elle montre juste des gens ordinaires confrontés à des choix et fait s’interroger tout le monde sur la façon dont on aurait agi.
Rien n’est aussi tranché ou aussi facile, rien non plus n’est décidé à l’avance, d’ailleurs Raymond et Hortense survivront-ils ?

Les thèmes abordés dans cette saison le sont toujours de façon intelligente, bien documentée et tout en nuance, et cela fait d’"Un village français" une série ambitieuse et extrêmement plaisante à regarder.


Détail des épisodes

1)     Le temps des secrets (28 septembre 1941)
2)     Notre père (17 octobre 1941)
3)     La planque (19 octobre 1941)
4)     Si j'étais libre (20 octobre 1941)
5)     Le choix des armes (23 octobre 1941)
6)     La java bleue (25 octobre 1941)
7)     Une chance sur deux (26 octobre 1941)
8)     Le choix (27 octobre 1941)
9)     Quel est votre nom ? (28 octobre 1941)
10) Par amour (29 octobre 1941)
11) Le traître (31 octobre 1941)
12) Règlements de comptes (1er novembre 1941)