samedi 23 mai 2015

Un été 63 de Tracy Guzeman


Les sœurs Kessler n'ont pas grand-chose en commun dans leur caractère : tandis que Natalie est manipulatrice, Alice est plutôt rêveuse. Cette dernière tombe amoureuse d'un peintre désargenté mais sa sœur perturbe son idylle. Quarante ans plus tard, Bayber l'artiste est riche et dévoile une oeuvre qui fait resurgir les démons du passé. (Flammarion)

Tout commence durant des vacances en famille à l'été 1963 au bord d'un lac du Connecticut.
Les deux sœurs Kessler, Natalie l'aînée et Alice la benjamine, qui étaient proches jusque-là s'opposent et se divisent de plus en plus.
Alice tombe sous le charme de leur voisin, Thomas Bayber, un jeune peintre qui peine à vivre de son art, tout en s'intéressant aux oiseaux et en taisant la maladie qui commence à ronger ses articulations; tandis que Natalie reste insensible à tout et commence à s'emmurer dans une haine qui la rongera jusqu'à la fin de ses jours.
Quarante ans plus tard, Thomas Bayber est un artiste reconnu qui a cessé de peindre depuis plus de vingt ans et dont la santé se dégrade.
Il fait appel à Dennis Finch, l'homme qui a contribué à révéler son talent au monde et s'est occupé à la fois de l'homme et de sa carrière, ainsi qu'au jeune expert Stephen Jameson, relégué dans un placard pour avoir eu une liaison avec la mauvaise femme.
Leur but : retrouver un tableau de Thomas Bayber inédit à ce jour et lié à cet été 1963.

Il ne faut pas se fier au quatrième de couverture, ce livre ne se contente pas d'être une quête artistique, quête qui n'est d'ailleurs que le prétexte pour faire sortir au grand jour des souvenirs enfouis et surtout des secrets.
La relation entre les deux sœurs Kessler est très particulière, plus haine qu'amour de la part de Natalie envers Alice : "Nous nous sommes affrontées pendant la plus grande partie de notre vie, Natalie et moi. Les choses avaient fini par tourner ainsi entre nous. Mais au début il en allait différemment."; et plus soumission que respect de la part d'Alice envers Natalie.
Car Natalie a passé sa vie à s'occuper de sa sœur handicapée par sa maladie mais en le lui faisant payer le prix fort : "Votre sœur n'a jamais voulu qu'une chose : vous faire du mal.".
Il y a un parallèle intéressant entre ces deux femmes : l'une est rongée par la maladie alors qu'elle n'aspirait qu'à vivre et profiter de la vie, tandis que l'autre en profite un peu mais est bouffée intérieurement par la rancœur qui l'handicape d'une certaine façon dans ses relations avec les autres et particulièrement avec sa sœur.
Alice est bel et bien l'une des héroïnes de ce roman, même si sa présence n'est faite que d'apparitions dans le récit, et se révèle attachante avec ses faiblesses, à commencer par la polyarthrite qui l'a privée de mener la vie qu'elle souhaitait et l'a rendue dépendante aux autres : "Au bout d'un certain temps, il était tout simplement plus facile de laisser les autres agir à ma place : peu à peu, j'ai cessé de me dire que je pourrais me débrouiller toute seule. Qui aurait-eu envie de vivre avec une créature pareille ?"; mais aussi ses forces, notamment sa relation avec Thomas Bayber qui lui a ouvert les yeux sur sa famille : "C'était une chose de déplorer les défauts de ses proches dans le secret de son cœur, une autre d'écouter un étranger en dresser la liste.".
La trame de ce roman est bonne et entrelace plusieurs époques et plusieurs scénarios jusqu'à aboutir au dénouement final.
J'ai apprécié l'incursion dans le monde de l'art et le rôle qu'il va jouer tout au long du récit, servant de prétexte de base pour développer l'intrigue.
Il est question de rivalités familiales, amoureuses, le tout sur plusieurs décennies, une construction comme savent le faire les auteurs Américains et qui permet de passer un bon moment de détente littéraire.
Les liens entre les personnages sont bien construits et fonctionnent, j'ai apprécié de pouvoir suivre leur évolution ainsi que le découpage temporel fait par l'auteur.
A propos des personnages, il est légèrement amusant de constater que ceux dont il est le plus souvent question, comme Thomas Bayber, sont finalement très souvent évoqués au cours des discussions mais n'apparaissent que de façon secondaire.
Il y a des rebondissements jusqu'à la fin et si certains ne sont pas prévisibles d'autres le sont par contre, j'avoue que l'auteur a utilisé quelques ficelles dont les nœuds se dénouent rapidement pour le lecteur.
Je n'ai pas eu de réelles surprises même si la lecture a été agréable, le seul point qui vient ternir ma bonne impression d'ensemble est la fin bien trop rapide et trop elliptique qui passe plusieurs épisodes en version accélérée et qui m'a laissé un petit goût d'inachevé.
Quelques pages en plus auraient été bienvenues, il s'agit ici d'un roman et non d'une nouvelle, la fin ne doit pas être une chute abrupte comme elle l'est dans le cas présent.
Au passage, je trouve que la couverture est particulièrement bien choisie et colle très bien à l'histoire.

Tracy Guzeman signe-là un premier roman assez prometteur, "Un été 63" étant une bonne histoire romanesque à rebondissements dont la lecture est agréable.

Je remercie Babelio et les Editions Flammarion pour l'envoi de ce livre.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire