vendredi 11 décembre 2015

L'hermine de Christian Vincent



Michel Racine est un Président de cour d'assises redouté. Aussi dur avec lui qu'avec les autres, on l'appelle "le Président à deux chiffres". Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait partie du jury qui va devoir juger un homme accusé d'homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu'il ait jamais aimée. (AlloCiné)


Michel Racine (Fabrice Lucchini) est Président de cour d’assises.
Avec un nom comme ça, il était effectivement prédestiné à faire de longs discours et des plaidoiries.
Dans son milieu il est connu pour être dur, intransigeant, avec lui les personnes en prennent pour cher.
Alors le sort en est plutôt jeté pour ce père assis dans le box des accusés pour avoir apparemment tué son enfant et dont la seule ligne de défense est d’ouvrir la bouche pour dire qu’il est innocent.
Sauf que tout bascule pour Michel Racine quand il se rend compte que dans le jury se trouve Ditte Lorensen-Coteret (Sidse Babett Knudsen), une femme médecin qui l’a soigné il y a quelques années après un grave accident et dont il est tombé secrètement amoureux.
D’ailleurs, il se pourrait même qu’elle soit la seule femme qu’il ait jamais aimé.


Ce film ne brille pas par son action, il est même plutôt statique car une grande partie se passe dans la salle d’audience du tribunal.
Non, tout ce qui en fait son charme ce sont les personnages, et le jeu des acteurs principaux et secondaires.
Commençons par le personnage de Michel Racine. Il est loin de faire l’unanimité, il est dans sa vérité, il apparaît comme un être dur, froid, presque inaccessible, mais au début il n’a pas forcément conscience de l’image qu’il renvoie de lui.
Pour cela, il lui faudra aller dans les toilettes des femmes pour surprendre la conversation sur lui dans les toilettes des hommes, une scène d’ailleurs assez drôle.
Tout au long du film, le personnage de Michel Racine va s’ouvrir, s’illuminer et devenir beaucoup plus accessible, à la surprise de tout à chacun.
C’est une progression humaine que j’ai beaucoup appréciée, le personnage ne reste pas figé dans ses défauts mais il évolue et se bonifie au contact d’une femme, Ditte Lorensen-Coteret.
Contrairement à Michel Racine, ce personnage va conserver une part de mystère jusqu’au rebondissement final.
Il n’a pas besoin de s’épanouir, il l’est déjà, mais plus d’accepter que sa destinée pourrait être liée à celle de Michel Racine, une chose jusque-là inenvisageable et qui n’aurait d’ailleurs pas dû avoir lieu.
Sauf que le monde est petit et que le hasard a fait que son nom soit tiré au sort pour être juré.
Le jeu des acteurs principaux est tout simplement sublime, tout en retenue mais laissant passer les émotions.
Je tiens à souligner que Fabrice Lucchini ne fait pas du "Lucchini" et c’est reposant, il n’y a pas d’exubérance, d’ailleurs il n’y en avait pas besoin, et au moins le spectateur se souvient  qu’il ne sait pas que faire l’exalté et le survolé mais aussi camper des personnages forts (pour ma part je l’avais presque oublié).
Quant à Sidse Babett Knudsen, elle a été une révélation pour moi, je ne connaissais pas cette actrice (uniquement de nom, de très loin parce qu’elle a joué dans une série télévisée) et au moins elle prouve qu’il n’y a pas que du bon polar nordique mais aussi des acteurs/trices.
Les personnages secondaires sont également très bien représentés par les acteurs qui les campent. Les membres du jury sont touchants, grandes gueules, discrets, interrogatifs, humains en sorte ; et que dire de cette famille qui se déchire au tribunal, entre ce père qui clame son innocence et cette mère complètement déstabilisée par la mort de son enfant en bas âge.
Ça se passe dans le Nord de la France et j’ai envie de dire que c’est presque caricatural, c’est bien le seul léger point négatif à ce film, mais on ressent bien toute la détresse de ces personnes.
Et surtout, on se prend au jeu, comme les jurés on émet des hypothèses, on échafaude des théories, on cherche à savoir si le père est coupable ou non, et on se demande quelle décision on prendrait si on était à la place d’un des membres du jury.
L’autre atout de ce film c’est que c’est certes un huis-clos mais il nous permet de vivre de l’intérieur le déroulement d’un procès de Cour d’Assises, et j’ai bien aimé ce parti-pris (sans doute mon côté curieuse qui a pris le dessus).



"L’hermine" est un joli film tout en douceur et sentiment qui met du baume au cœur de cet automne morose et tristounet, servi par deux excellents comédiens au sommet de leur art.

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