lundi 14 novembre 2016

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) de Ken Loach

          

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450 km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider. (AlloCiné)


Daniel Blake (Dave Johns) est un menuisier Anglais de 59 ans, contraint pour la première fois de sa vie à faire appel à l'aide sociale pour survivre.
Suite à des problèmes cardiaques, son médecin refuse qu'il reprenne le travail, mais paradoxalement, suite à une évaluation médicale réalisée par une tierce personne d'une compagnie il se voit refuser de toucher une indemnité maladie.
Il doit alors chercher un travail sous peine de sanction.
Lors d'un rendez-vous au "job center", il vient en aide à Katie (Hayley Squires), une mère célibataire de deux enfants qui se heurte elle aussi à la rigueur de l'administration et qui a été contrainte d'accepter un logement à 450 kilomètres de sa famille pour ne pas être placée en foyer avec ses deux enfants.
Daniel et Katie vont alors s'entraider.


Après avoir reçu une Palme d'Or pour "Le vent se lève", je me demandais bien pourquoi Ken Loach en avait reçu une seconde, voire même je me suis dit que les membres du jury n'avaient franchement pas fait dans l'original.
Comme je suis curieuse, je suis allée voir "Moi, Daniel Blake".
Et j'ai compris pourquoi le jury Cannois avait décidé de primer ce film et ce réalisateur.
Tout d'abord, Ken Loach plonge le spectateur dans l'ambiance avec une ouverture sur un écran noir et un dialogue entre Daniel Blake et une personne d'une compagnie d'assurance cherchant à évaluer s'il doit ou non toucher des indemnités suite à ses problèmes cardiaques.
C'est stupide, complètement stupide, face à lui ce n'est pas une personne du corps médical mais quelqu'un qui coche ou non les cases.
Là, on comprend tout de suite que pour Daniel Blake c'est mal parti.
Et tout cela va bien entendu se confirmer tout au long du film.
Le personnage de Daniel Blake est humainement touchant, c'est quelqu'un de profondément droit et honnête, il ne comprend pas le système dans lequel il se retrouve, système qui va le broyer et le piétiner sans égard pour sa personne.
C'est sans doute cela qui permet de faire ressortir aussi bien le propos du film, Daniel est un homme intègre face à un système qui ne l'est pas, Daniel est un être humain qui éprouve des sentiments et de la compassion pour autrui, ce système n'est que des cases et des règles à respecter sous faute d'être sanctionné, même les êtres humains censés le régir répètent inlassablement les mêmes phrases tel des robots sans la moindre once d'humanité.
Il y a du Kafka là-dedans, et si au début cette situation grotesque prête à sourire bientôt il n'en est rien et c'est alors la colère face à tant d'injustice qui envahit le spectateur.
Mais il n'y a pas que Daniel qui se retrouve victime, Katie elle aussi fait les frais de ce système.
Daniel n'écoute que son cœur et vient en aide à cette famille, père de substitution pour Katie en somme et le grand-père qu'il n'a jamais pu être pour les deux enfants de cette dernière.
Dans tant d'inhumanité c'est beau tant de générosité gratuite, car la générosité c'est comme le sourire, ça ne coûte rien mais ça fait chaud au cœur.
Et puis quelle jubilation lorsque Daniel décide "de se lâcher" et refait la décoration du mur extérieur du "job center", parce qu'au bout d'un moment trop c'est trop et n'importe qui finit par devenir fou.
Pour interpréter ces deux personnages, Ken Loach a fait appel à deux inconnus, et pourtant l'alchimie fonctionne entre eux et surtout, ils sont criants de vérité, un peu à l'image de Vincent Lindon dans "La loi du marché", entouré de personnes dont le métier n'est pas d'être acteur (d'ailleurs ce film m'a rappelé dans une certaine mesure celui de Stéphane Brizé).
Ken Loach est un jeune homme de 80 printemps, il avait parlé d'arrêter le cinéma, fort heureusement il est revenu sur sa décision et a écrit ce très beau film.
Effectivement, c'est tout à fait dans la veine de ce réalisateur, on y retrouve des thèmes qui lui sont chers ainsi que sa façon de filmer.
Et à tous ceux qui critiquent Ken Loach en disant que c'est "un cinéaste de gauche pour des gens de droite", c'est tout simplement un cinéaste engagé qui n'hésite pas à dire et à filmer ce qu'il pense et ce en quoi il croit, et avec "Moi, Daniel Blake" il laisse parler son cœur et ça, c'est apolitique (d'ailleurs, si la politique était humaine ça se saurait).


"Moi, Daniel Blake" est un film essentiel et nécessaire dénonçant la manière dont une administration censée aider les plus démunis les rabaisse, au contraire, et les enfonce plus bas que terre.
Un film percutant et une Palme d'Or amplement méritée : celle du cœur, des émotions, de l'humain, du vrai.


     
     

     
     

     
     

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