jeudi 23 novembre 2017

Une femme fantastique (Une Mujer Fantastica) de Sebastian Lelio

       
     

Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s'aiment loin des regards et se projettent vers l'avenir. Lorsqu'il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d'Orlando : une "sainte famille" qui rejette tout ce qu'elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse, digne ... une femme fantastique ! (AlloCiné)


J’avais entendu du bien sur ce film, j’y allais sans aucune idée préconçue et au final je suis ressortie déçue.
Déçue parce que je m’attendais peut-être à une autre histoire et surtout, je ne l’aurai pas raconté ainsi. Marina (troublante Daniela Vega) cache un secret, sauf qu’il est très vite dévoilé au spectateur.
Et que même s’il n’était pas dévoilé tout est fait pour que le spectateur comprenne très vite, trop vite, de quoi il s’agit.
Il y a quelques belles scènes, comme celle d’ouverture sur une chute d’eau, mais elles n’aboutissent à rien.
Il y a des symboliques mais qui ne sont pas développées, l’accent est mis sur d’autres choses qui indiffèrent le spectateur plus qu’elles ne l’intéressent.
Pourtant le sujet traité me tient à cœur, mais je trouve cela mal exploité, sans doute parce que je ne l’aurai pas abordé de la même façon.
Je ne peux pas dire que Daniela Vega joue mal, au contraire, c’est une actrice troublante et qui fait ce qu’elle peut pour incarner son personnage, les faiblesses du film sont dans tout le reste.
Pour que cette femme soit fantastique sans doute aurait-il fallu que la mise en scène ne soit pas aussi classique et se permette l’intrusion du fantastique, un genre coutumier dans la littérature Sud-américaine.
C’est long alors que paradoxalement le film ne dure pas si longtemps que ça.
C’est à mon sens trop sage et trop épuré pour aborder ce sujet, résultat cela m’a laissée de marbre.
Un Pedro Almodovar réussit nettement mieux à aborder le sujet principal du film, il l’a prouvé dans certaines de ses réalisations et sa mise en scène me convient mieux que celle de Sebastien Lelio.


"Une femme fantastique" n’est pas franchement un film fantastique, il ne marquera pas mon année 2017 ou alors dans le classement du pire vu au cinéma.
Dommage, ce film aurait pu être si bien si le réalisateur avait choisi des options différentes.

mercredi 22 novembre 2017

Quatre sœurs - Tome 3 Bettina de Malika Ferdjoukh


Le printemps, saison du renouveau, des amours et des primeurs, éclate dans toute sa splendeur à tous les étages de la Vill'Hervé. Renouveau ? Oui. Harry et Désirée, les petits cousins, viennent passer des vacances au grand air. Charlie, à sec, s'est résignée à louer la chambre des parents. Le locataire s'appelle Tancrède, il est jeune, célibataire, drôle, fabricant d'odeurs bizarres. Et beau. Primeurs ? Trop. On retrouve des poireaux nouveaux partout, dans la soupe, coincés dans un cadre de tableau et même dans le pot d'échappement de la voiture de Tancrède. Toujours lui. Amours ? Hélas. Tancrède sème le trouble et récolte la tempête dans le coeur de Charlie. Bettina se languit du très très moche et si splendide Merlin. Hortense découvre que les règles peuvent être autre chose que « l'ovule non fécondé et les structures endométriales se font la malle, Chantal ». Enid fait des confidences. Geneviève se tait. Et Mycroft, le rat, qui tombe amoureux à son tour... (L'école des Loisirs)

On continue avec la famille Verdelaine où dans ce troisième volet c'est Bettina qui est mise à l'honneur.
Bettina, c'est sans doute la soeur la plus dure, celle qui a un fort caractère et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais aussi celle qui est trop sûre d'elle, de sa beauté, qui fait souffrir les autres et particulièrement les garçons jusqu'au jour où elle finit par se prendre à son propre jeu et souffrir d'un chagrin d'amour.
Car si Merlin n'est pas beau selon Bettina, à force de le rejeter il a fini par aller voir ailleurs, et qu'importe si entre temps Bettina avait compris que ce garçon lui plaisait.
C'est cruel, mais Bettina l'est aussi.
D'ailleurs Bettina, elle aurait préféré avoir des frères plutôt que des soeurs, ou une jumelle :
"Parfois, Bettina pensait que si elle n'avait pas eu de sœurs, elle ne s'en serait pas portée plus mal. Elle eût préféré l'équivalent en... frères. Ou mieux : une jumelle. Deux elle-même.".Et Bettina, c'est sans doute la sœur Verdelaine que j'apprécie le moins, justement à cause de son arrogance et de sa méchanceté.
Paradoxalement, c'est aussi celle qui va recevoir la plus cruelle leçon de vie et qui va connaître la plus grande évolution dans la fratrie.

Malika Ferdjoukh sait se renouveler, c'est pourquoi de nouveaux personnages entrent en scène : les cousins de Paris, et cela met du piment à l'histoire et offre de belles scènes très drôles.
Et puis la pauvre Charlie est perdue avec l'arrivée du beau Tancrède, le locataire de la Vill'Hervé, elle n'est pas insensible à ses charmes et il se pourrait bien que son gentil fiancé médecin vole au passage.
Le lecteur avance avec cette famille et j'ai pris toujours autant de plaisir à suivre leurs aventures, qu'elles soient drôles ou tristes.
Car c'est vraiment ce que j'apprécie chez cette auteur, elle n'hésite pas à avoir recours au drame et je peux vous dire qu'au moins un passage dans ce livre fait monter les larmes aux yeux.
En tout cas je trouve cette série particulièrement rafraîchissante et je comprends pourquoi j'en avais entendu parler en bien, c'est un régal à lire et même à l'âge adulte.

"Bettina" est un troisième tome d'aussi bonne qualité que les précédents, c'est en tout cas une série que je conseille vivement.

Le grand méchant renard et autres contes de Benjamin Renner et Patrick Imbert

       
     

Ceux qui pensent que la campagne est un lieu calme et paisible se trompent, on y trouve des animaux particulièrement agités, un Renard qui se prend pour une poule, un Lapin qui fait la cigogne et un Canard qui veut remplacer le Père Noël. Si vous voulez prendre des vacances, passez votre chemin. (AlloCiné)


A chaque fois que je cherche à emprunter ce livre à la bibliothèque il est déjà sorti, autant dire que cela fait un moment que je cherche à faire main basse sur lui, tel le renard sur les poussins.
(Depuis j’ai résolu mon problème, je l’ai acheté.)
J’ai été sauvée par sa sortie sur les écrans, voilà qu’il m’est enfin possible de découvrir cette histoire et ce fameux grand méchant renard.
Bon, autant le dire, pour aller voir ce film seule, sans enfant, il faut assumer un tantinet (et faire fi des remarques plus ou moins agréables que les personnes peuvent faire).
J’avais envie de le voir, je n’ai encore vu nulle part écrit Réservé aux enfants et/ou adultes avec enfants, pourquoi me priver ?


J’ai adoré les trois dessins animés composant ce film, le plus long étant bien entendu consacré au grand méchant renard.
La qualité des dessins m’a plu, c’est coloré et vif, les animaux sont très vivants dans le sens où ils portent beaucoup d’expressions dans leurs attitudes.
Je suis fan du renard, il est pitoyable, ressemble à une loque, ou à tout sauf à un renard, mais qu’est-ce qu’il est attachant et drôle !
Une vraie mère poule, sans vilain jeu de mots.
C’est évidemment très drôle, le format est particulièrement bien adapté pour un jeune public : l’ensemble est court et les histoires sont sans temps mort afin de ne pas perdre l’attention des plus jeunes. Le tout est présenté sous forme d’un spectacle où les animaux ont la vedette.
Outre le renard je me suis aussi attachée au lapin ou encore au canard.
Tout cela pour dire que la vie à la ferme est loin d’être calme et un long fleuve tranquille.
Cela fait partie des meilleurs dessins animés que j’ai pu voir cette année, j’ai passé un très bon moment au cinéma et il me tarde de découvrir le livre.


"Le grand méchant renard et autres contes" est un dessin animé très réussi qui ravira petits et grands pour passer un bon moment de détente.


       
     

       
     

       
     

       
     

mardi 21 novembre 2017

Quatre sœurs - Tome 2 Hortense de Malika Ferdjoukh


Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime. Elle y raconte combien c'est dur d'être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de : - Charlie qui veut tout réparer à la Vill'Hervé et regarder à la dépense au lieu d'épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras. - Geneviève qui ment alors qu'elle ne ment jamais. - Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l'univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l'extérieur, mais si, si beau à l'intérieur. - Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d'eau. Hortense se demande ce qu'elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c'était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine. Hortense sait que, pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l'entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce. (L'école des Loisirs)

Hortense, c'est un peu le loup solitaire de la famille, c'est celle qui aurait bien aimé être enfant unique : "Etre fille unique, j'aurais adoré. Puis je me rends compte que ça signifie cette chose affreuse : je me serais retrouvée orpheline à la mort de maman et papa, et alors j'ai un frisson. Pourtant c'est difficile d'être 1 parmi 5, une dans la multitude.".
Comprenons bien, ce n'est pas qu'elle n'aime pas ses sœurs, mais elle a un caractère plus solitaire.
Ce deuxième tome lui est donc partiellement consacré, car comme c'était le cas dans le premier toute la famille est présente.

Une nouvelle fois l'histoire de la famille Verdelaine m'a séduite, j'ai adoré la drôlerie de certaines situations, Enid est vraiment un personnage truculent et je raffole de son Gnome de la Chasse d'eau.
Inutile de craindre de ne pas tout se remémorer, quand vous commencez à lire c'est comme si vous n'aviez jamais quitté la famille Verdelaine.
Dans ce tome, c'est Hortense qui grandit en découvrant le théâtre, un art qui va lui permettre de vaincre ses peurs.
J'aime énormément ce type d'histoire qui présente des personnages ordinaires, comme nous, qui les fait progresser et les porte au meilleur d'eux-mêmes, je trouve cela réconfortant, et dans un certain sens rassurant.
Il faut dire que n'importe quel lecteur finit par s'identifier plus ou moins à l'une des filles de la famille, voire à plusieurs, tant elles concentrent à peu près tous les caractères possibles.
C'est typiquement le genre d'histoire qui permet de se sentir mieux et qui véhicule des messages positifs malgré des situations difficiles, comme la mort et la maladie.
C'est aussi quelque chose que j'apprécie chez Malika Ferdjoukh, elle n'hésite pas à noircir ses histoires en y introduisant comme ici la maladie ou la mort, particulièrement à travers le personnage de Muguette, la nouvelle petite voisine des Verdelaine particulièrement touchante et cachant un lourd secret.

Décidément, avec son "Quatre sœurs" Malika Ferdjoukh fait mouche et ce deuxième volume est d'aussi bonne facture que le premier.

Get Out de Jordan Peele

       
     

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle-famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable. (AlloCiné)


Ami(e)s de la flippe, bonjour !
Voici le premier film projeté lors de la soirée épouvante au Méliès le 8 juillet.
(Et oui, j’ai déjà publié mon avis sur le deuxième film.)
Premier film indépendant de l’époque post-Obama, j’avais beaucoup entendu parler de ce film, en bien. Je m’interroge quelque peu sur son classement en épouvante, disons que c’est plus un thriller qu’un film d’épouvante, encore moins d’horreur.
Tout commence bien, Chris (Daniel Kaluuya) est heureux avec sa petite amie Rose (Allison Williams), mais il commence à flipper à l’idée d’aller passer un week-end chez les parents de sa dulcinée, car cette dernière a omis de leur préciser un petit (?) détail : il est noir, elle vient d’une famille bourgeoise et bien blanche.
Son meilleur ami le met en garde : il ferait mieux de rester où il est car ce week-end pue, il a tout un tas de théories sur ce qui pourrait lui arriver (et s’il savait !).
Les choses commencent à se gâter sur la route (ma voisine a bien sursauté. C’était avant de perdre un morceau de son âme lors de la projection de The Jane Doe Identity).
Et soyons clairs, les choses s’améliorent dès l’arrivée de Chris dans sa belle-famille.
Ou pas.


Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce film, durant un peu plus de la moitié. Je suis plus partagée sur le dénouement et les scènes finales, des ficelles trop grosses à mon goût et absolument pas crédibles. Alors qu’il était possible de faire un thriller de ce type en restant crédible.
Et puis la fin … elle aurait pu être un peu mieux chiadée, tant qu’à faire dans le retournement de situation j’aurai bien vu le bouchon poussé un peu plus loin.
Mais il faut bien reconnaître que la belle-famille fout les jetons, et que dire du sourire jusqu’aux oreilles vissé du matin au soir sur le visage d’une domestique.
A part ça, tout va très bien (madame la marquise), c’est juste Chris qui flippe un peu (beaucoup) et qui devrait se détendre au cours de ce week-end car non, vraiment, il n’y a aucun problème dans cette famille, j’insiste bien sur aucun.
D’autant que le cadre campagnard est absolument charmant.
Ce film a l’avantage de permettre au spectateur de se mettre dans la peau d’un noir dans une Amérique qui reste en partie, il faut bien le dire, raciste.
La mise en scène est efficace et une tension s’instaure avec le huis-clos.
Au passage cela m’a permis de découvrir quelques bons acteurs.


"Get Out" est un bon thriller sur les relations raciales et porte on ne peut mieux son nom tant il est urgent de quitter cet endroit, l’idéal étant de ne jamais y aller.


       
     

       
     

       
     

       
     

lundi 20 novembre 2017

Quatre sœurs - Tome 1 Enid de Malika Ferdjoukh


Enid doit faire dix-sept pas de l'abribus jusqu'à l'impasse de l'Atlantique qui mène à sa maison, la Vill'Hervé. 
Un de moins que l'été dernier. 
La preuve que ses jambes allongent, donc qu'elle a grandi. N'empêche qu'elle est toujours la plus petite des cinq soeurs Verdelaine. Personne ne la croit quand elle dit qu'elle a entendu un fantôme hurler dans le parc et faire de la musique. Ni Charlie, trop occupée à réparer Madame Chaudière pour l'hiver et à arrêter de fumer pour faire des économies. Ni Bettina et ses copines Denise et Béhotéguy, dites DBB (la Division Bête et Bouchée), concentrées sur leur nombril. Ni Geneviève, mobilisée par son propre secret très difficile à préserver. Ni Hortense, plongée dans la rédaction de son journal intime. Ni Tante Lucrèce qui n'écoute qu'Engelbert Humperdinck, son crooner préféré. Ses parents la croiraient peut-être, mais ils sont morts depuis dix-neuf mois et vingt-deux jours. Swift, sa chauve-souris, l'écouterait sûrement mais elle a disparu dans la tempête, la nuit où le vieux sycomore du parc s'est mis à faire le poirier au fond du puits. (L'école des Loisirs)

Dans ce premier tome, le lecteur fait la découverte de la Vill'Hervé, sise impasse de l'Atlantique : "Et commence l'impasse de l'Atlantique. Un sentier ainsi baptisé par les cartes routières car il finit dans l'océan du même nom.", lieu d'habitation des cinq sœurs de la famille Verdelaine.
Orphelines depuis la mort de leur parent dans un accident, c'est Charlie, l'aînée et seule adulte, qui assure la bonne tenue de la maisonnée.
Mais Charlie est tout de même bien jeune pour assurer à elle seule une famille, d'autant qu'il lui faut jongler entre son métier, la chaudière qui menace de lâcher en plein hiver, la villa qui tombe en ruine, la tante Lucrèce qui pointe son nez de temps à autre, son petit ami Basile médecin, ses quatre sœurs et les animaux de la maison.

Ici, il est question d'Enid, la plus jeune de la famille, celle qui a le moins connu les parents, et qui partage une amitié avec un garçon de son âge mais aussi les deux chats de la maison : Roberto et Ingrid, et Swift, une chauve-souris.
Enid a certes une imagination débordante, mais elle n'a pas rêvé les bruits mystérieux qu'elle entend, et elle en est sûre : il y a un fantôme à la Vill'Hervé : "Elle n'avait pas rêvé, elle le savait. Elle avait entendu un fantôme. Mais convaincre les grands c'était comme vouloir qu'un chewing-gum mâchouillé une heure conserve son goût du début.".
Et là voilà qui fonce tête baissée pour découvrir le fantôme et son mystère, et qui sait si elle n'y parviendra pas, et si cela ne la fera pas grandir un peu plus : "Quand on rencontre l'Eternité à neuf ans et demi,on ne craint plus grand-chose.".
Cela fait longtemps que j'entends parler de ce roman, c'est aussi ma deuxième lecture de cette auteur après "Broadway Limited".
La famille Verdelaine est extrêmement attachante, les cinq sœurs, malgré un titre ne faisant état que de quatre, sont toutes différentes les unes des autres mais on ressent une grande complicité et un amour profond entre elles.
J'ai été un peu surprise car le titre laisse présager qu'il va être beaucoup question d'Enid et au final elle n'est pas forcément le personnage central de ce tome.
Ce procédé sera utilisé dans les autres volumes composant cette série.
L'écriture est agréable, l'histoire est très plaisante, avec beaucoup de bons sentiments même si je doute un peu de la faisabilité de ce mode de vie, mais c'est bien évidemment mon regard d'adulte qui me permet de le dire, plus jeune j'y aurai sans doute moins fait attention.
Ce roman a aujourd'hui plusieurs années mais il a le mérite de ne pas vieillir et de rester intemporel.

"Quatre sœurs" est une belle découverte de Malika Ferdjoukh, un roman jeunesse que je conseille à tout âge pour passer un bon moment au sein de la famille Verdelaine.

dimanche 19 novembre 2017

Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer


Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets. Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille. 
Elle aurait pu le sauver. 
Elle s’appelle Magda Goebbels. (Editions de l'Observatoire)

Nous sommes à quelques jours de la chute de Hitler et son IIIè Reich, Magda vit avec son époux, leurs enfants, Hitler et sa compagne, ainsi que les dernières personnes encore présentes, terrés dans le bunker tandis que Berlin est détruite par les bombardements : "Les immeubles de la ville dégoulinent de fuites. Les toits laissent passer tout ce qui tombe du ciel. Berlin n'a plus de cinémas, ni de théâtres, ni de salons cossus. La ville est ciblée par les bombes au phosphore et les vols en rase-mottes, toujours plus près du centre, de sa maison, de sa chambre, de son oreiller qu'elle enroule autour de sa tête pour gommer les bruits qui tombent du ciel.".
Le temps pour Magda de faire le point sur sa vie, ses décisions, dont l'une l'a conduite à séduire et se faire épouser par Joseph Gooebbels, tandis que l'autre l'a poussée à renier son passé et l'homme qui l'a élevée, Richard Friedländer, un juif aujourd'hui déporté dans un camp et ce par décision de Magda.
Justement, ce même Richard est encore à peu près en vie et il marche, pris dans les terribles et meurtrières marches de la mort, portant avec lui les lettres écrites à sa fille.
C'est une petite fille, Ava, qui se retrouve dépositaire de ce rouleau de cuir et qui va porter avec elle le lourd secret de Magda et, peut-être si elle survit, le faire connaître au monde.

Magda Goebbels, c'est cette femme qui n'a pas hésité à tuer ses six enfants dans le bunker de Hitler au moment de la chute de ce dernier, avant de se suicider avec son mari, l'antisémite et antichrétien Joseph Goebbels.
C'est surtout cela que l'Histoire retient d'elle, pourtant qui était-elle, quel a été son parcours, comment et pourquoi en est-elle arrivée à de telles extrémités ?
C'est ce que propose à travers un roman chorale que Sébastien Spitzer, journaliste, dans ce qui est son premier roman, une réussite pour tout dire.
De Magda Goebbels, je ne connaissais finalement, comme la plupart du monde, que son geste d’assassiner ses enfants, avec cette lancinante question : comment une mère peut-elle en arriver à tuer sa progéniture ?
Il y avait tant de choses que je ne connaissais pas, comme cette enfance avec son père d'adoption qu'elle reniera car il est de confession juive et que cela est très mal vu dans les années 30 en Allemagne, ou encore son premier mariage et le fils qui en est issu (et qu'elle n'a pas tué car il était soldat et sur le front au moment de la chute du IIIè Reich), et que dire de son premier grand amour, Victor Arlosorff, qui deviendra une des grandes figures du sionisme en Palestine.
Je ne m'attendais pas à y découvrir cette Magda Goebbels, une femme égoïste, narcissique, préoccupée par son image et son statut : "Quelle image laissera-t-elle dans la mémoire du siècle ? Elle n'a jamais blessé personne. Elle n'a jamais haussé la voix. Elle a été à la hauteur. Elle s'est battue. Elle a menti. Elle a collé au personnage qu'on avait voulu faire d'elle. Digne de son rôle.".
Cette femme est infecte et pourtant je ne l'ai pas détestée, j'ai juste été spectatrice de sa déchéance, aussi profonde que le fut son ascension.
Sébastien Spitzer ne cherche ni à l'excuser ni à la clouer au pilori en place publique, il dresse minutieusement son portrait, fouille sa psychologie et émet des phrases qu'elle aurait pu penser, qu'elle a sans doute pensé.
En quelque sorte, il dé-diabolise cette femme en la faisant apparaître comme humaine aux yeux du lecteur, et pourtant il est sans concession vis-à-vis d'elle.
Hormis elle-même, cette femme ne devait aimer que son fils aîné Harald, et peut-être un peu son premier amour en la personne de Victor Arlosoroff, au-delà personne ne trouve vraiment grâce à ses yeux et certainement pas son mari : "Toujours ensemble. Le nabot et l'hystérique, le tremblant et le boiteux. Pour ce qui est de sa danseuse, Eva Braun, c'est de la pacotille, une mauvaise poudre aux yeux qui s'éparpille à la moindre brise. Magda prime. Elle le sait.".
Assez parlé de Magda, ce que j'ai beaucoup apprécié dans cette lecture, c'est la construction du roman, les parallèles sont intéressants entre cette femme qui vit sous terre et ces déportés qui vivent à l'air libre mais sous le joug des coups, de la peur, des massacres et de la mort.
Au lieu de casser la narration ce découpage le renforce au contraire et permet d'alterner les personnages.
J'ai apprécié le style de l'auteur dont c'est le premier roman et qui pourtant n'y ressemble pas tant je n'y ai pas vu les maladresses habituellement rencontrées.
J'ai par la même occasion découvert les éditions de l'observatoire et je trouve la couverture particulièrement bien choisie.

"Ces rêves qu'on piétine" est un très bon roman sur la chute d'une femme née Behrend, adoptée comme Friedländer, légitimée par Ritschel, mariée en Quandt et que l'Histoire a retenu sous le nom de Magda Goebbels, épouse du Gauleiter Goebbels et meurtrière de ses enfants.

dimanche 5 novembre 2017

L'innocente d'Eric Warnauts et Guy Raives


Allemagne, mars 1945. Nina Reuber s'évade d'un centre de formation de la future élite du national-socialisme, déguisée en garçon. Réquisitionnée comme traducteur par une division de l'infanterie américaine, elle part pour Berlin. C'est là, sur les ruines du Troisième Reich et à l'aube du procès de Nuremberg, que Nina deviendra une adulte. (Le Lombard)

J'aime beaucoup les bandes dessinées du duo Eric Warnauts et Guy Raives, après "Les temps nouveaux" et "Après-guerre", voici une de leurs premières productions rééditée aux éditions Le Lombard dans la collection Signé, ce qui laisse présager une grande qualité.
C'est un peu la marque de fabrique de ce duo, l'histoire se déroule à la fin et à la suite de Seconde Guerre Mondiale.
En Allemagne, en mars 1945, il est encore question d'un Reich de 1000 ans, mais à la mort de ses grand-parents, la jeune Nina Reuber s'évade d'un centre de formation de la future élite du national-socialisme grâce à la complicité d'une formatrice : "Nous savons que vous êtes un être sensible, Nina. Trop sensible pour cette terrible époque.", déguisée en homme.
C'est ainsi qu'elle va croiser les G.I Américains et rejoindre Berlin.
En chemin, elle croise la route de Wim, un homme avec qui elle entretiendra une relation trouble, allant de la forte amitié à l'amour, mais dans laquelle chacun se retient de faire le geste de trop.
Nina assistera au procès de Nuremberg et prendra conscience des atrocités commises par son peuple, Wim aura beau la raisonner : "Mais toi, tu n'y peux rien, Nina. Tu n'y es pour rien. Toi, tu es innocente.", cela ne changera rien et à partir de cet instant Nina perd l'innocence de sa jeunesse et prend conscience de tout ce qu'il y a à reconstruire.
Elle assiste aussi aux amours passagères de Wim, et finit par s'éloigner de lui, blessée par toutes ses coucheries et leurs sentiments communs qui ne s'expriment pas, là encore elle perdra l'innocence de l'amour dans un retournement final.

Il y a le graphisme si particulier du duo Warnauts et Raives, reconnaissable facilement, qui suffit à lui seul pour créer une ambiguïté et une atmosphère si particulière.
L'ambiguïté s'installe dès les premières planches, avec une Nina entretenant une relation charnelle avec l'une des formatrices puis qui se travestit en garçon.
La sensualité est présente tout au long de cette histoire, Nina dégage un certain sex-appeal et entretient des relations charnelles troubles avec plusieurs personnages croisant sa route.
Mais plutôt que de juger ce personnage ou de l'analyser par le petit bout de la lorgnette, Nina représente surtout l'innocence, sans avoir été coupable ni même témoin des crimes perpétrés par les nazis elle en est fortement marquée, cela change sa perception du monde mais aussi son but dans la vie.
Malgré sa sensualité c'est sans doute le personnage le plus pur de l'histoire, et par conséquent celui qui va voir son idéal piétiné et perdre ses illusions.
Il y a beaucoup d'émotion dans cette histoire où la petite se mêle à la grande, ainsi que de l'humanité.
C'est un cocktail qui fonctionne bien et qui a su me séduire dès les premières images, à tel point que j'ai lu ce récit d'une seule traite.
Si je peux comprendre que le personnage ainsi que certains aspects de l'histoire puissent mettre mal à l'aise, j'ai trouvé cette histoire très belle mais aussi très cruelle, d'autant qu'elle est particulièrement réaliste et aurait tout à fait pu se produire dans la réalité.
Une nouvelle fois le duo Warnauts et Raives a fait mouche et livre un bien beau récit doublé d'un formidable portrait de jeune femme sous fond d'une Allemagne en ruine en 1945 qui doit se reconstruire et apprendre à faire la paix avec son passé.

"L'innocente" est une très belle bande dessinée cruelle, de par les horreurs de la guerre mais aussi parce qu'elle marque la fin de l'innocence et des illusions de l'amour de la jeune Nina, une histoire à découvrir sans aucune hésitation.