samedi 14 novembre 2015

Persepolis - Tome 3 de Marjane Satrapi


Pour ce troisième volume (prépublié dans le cahier d'été 2002 de Libération), nous découvrons l'exil de la petite Marjane en Autriche, ses expériences chez les bonnes sœurs et chez les autres exilés iraniens, l'apprentissage d'un Occident qui la surprend et l'amène à revendiquer haut et fort ses origines. (L'Association)

Ce troisième tome de "Persepolis" ne se passe plus en Iran mais en Autriche, à Vienne.
Dans un geste d'amour, les parents de Marjane l'ont envoyée dans ce pays, afin qu'elle reçoive une bonne éducation et qu'elle puisse grandir dans un climat de liberté.
Très vite, elle doit partir de la maison de la connaissance de sa mère et se retrouve dans un pensionnat catholique. Après quelques difficultés d'adaptation, Marjane se fait des amis, elle apprend à s'assumer mais son franc-parler va lui jouer de nouveau des tours et elle se retrouve à devoir quitter le pensionnat.
Elle trouve refuge chez un médecin, puis à la suite d'une visite de sa mère elle prend pension chez une femme un peu revêche, qu'elle finira par quitter à la suite d'une déception sentimentale et se retrouvera à la rue, puis à l'hôpital gravement malade et prendra la décision de rentrer chez elle en Iran, en se sentant peu glorieuse et peu méritante du sacrifice de ses parents ; "La honte de ne pas être devenue quelqu'un, la honte de ne pas avoir rendu mes parents fiers après tous les sacrifices qu'ils avaient faits pour moi. La honte d'être devenue une nihiliste médiocre.".

C'est un tome assez dur car les conditions de vie de Marjane sont loin d'être idylliques, elle se heurte à l'incompréhension des jeunes gens, elle ne comprend pas qu'ils crachent sur une société sans rien connaître à la guerre et à la souffrance, pourtant elle va finir par se lier d'amitié avec quelques-uns.
Ce tome, c'est un peu le choc des cultures : Marjane vient d'un pays où la pudeur, la discrétion, la conviction et le travail sont érigés comme des valeurs nationales, elle se retrouve dans un pays où les gens de son âge partagent les idées de la philosophie anarchiste, se droguent et sont libérés sexuellement.
Marjane est gênée, vis-à-vis de ses parents, elle a 'impression de les duper par rapport au sacrifice qu'ils ont consenti pour elle : "Si seulement ils savaient ... S'ils savaient que leur fille se maquillait comme une punk, qu'elle fumait des pétards pour faire bonne impression, qu'elle avait vu des hommes en slip alors qu'eux se faisaient bombarder tous les jours, ils ne m'appelleraient plus leur enfant rêvée.".
Une nouvelle fois, l'auteur a su se remettre dans la peau de l'adolescente qu'elle était à cet âge-là, je trouve ses réflexions justes et elle a très bien su retranscrire à l'image et dans le texte les difficultés auxquelles elle s'est heurtée dans un pays étranger à la culture et aux coutumes de celui d'où elle venait.
C'est aussi la période de la première aventure sentimentale de Marjane, puis les désillusions avec la découverte de l"infidélité et un fossé qui se creuse de plus en plus entre sa culture et celle de l'Autriche.
J'ai trouvé ce troisième tome particulièrement dur, Marjane vit des situations très difficiles, elle finit par dormir dans la rue, c'est un passage qui m'a énormément marquée, mais c'est aussi avec ces épisodes qu'elle va se forger son caractère et que sa foi va réapparaître pour la première fois depuis le premier volume.
Elle trouve une forme de combativité qui, à mon avis, va l'aider sa vie durant, et même si elle tombe très bas en dépression, elle va trouver le courage de se sortir de là, en rentrant en Iran auprès de sa famille.
Peu de personnes ont eu le même parcours que Marjane Satrapi, son récit est d'une justesse de toute beauté et vient nous rappeler que rien n'est jamais acquis, et qu'il n'est pas facile de s'intégrer dans un autre pays que le sien.

Cet avant-dernier tome de "Persepolis" est aussi grave que les précédents mais cette fois-ci uniquement par rapport à la petite Marjane qui se retrouve livrée à elle-même dans un pays étranger.
Un tome très touchant et un témoignage indispensable à la sensibilité à fleur de peau.

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