jeudi 23 juillet 2015

Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne


Sur la foi d’un message trouvé dans une bouteille et à demi rongé par l’eau de mer, le Duncan, magnifique yacht anglais, part à la recherche du capitaine Grant naufragé. A son bord se trouvent les deux enfants du disparu, Mary et Robert. L’un des meilleurs géographes français, Jacques Paganel, personnage singulier et sympathique, fait aussi partie du voyage. Les lacunes du message et, plus encore, les hasards de la navigation et la traîtrise de certains faux amis, vont entraîner les membres de l’expédition dans des aventures tragiques ou comiques, sur terre et sur mer, de l’Amérique à l’Australie, comme seul Jules Verne sait les imaginer, dans leur captivante variété. (Le Livre de Poche)

Tout commence au cours d'une excursion au large de Glasgow de Lord et Lady Glenarvan qui, avec leur équipage, pêchent un requin qui contient dans son ventre une bouteille renfermant un message de détresse du Capitaine Grant.
Ils sont jeunes, ils sont riches, ils sont audacieux, ils décident donc de se lancer dans la recherche et le sauvetage du Capitaine Grant et appareillent pour cela à bord de leur yacht dernier cri et tout confort, le Duncan.
Avec eux partent notamment les deux enfants du Capitaine Grant : Mary et Robert, le jeune capitaine John Mangles, le Major Mac Nabbs et un invité de dernier minute et éternel étourdi : le géographe Français Jacques Paganel.

Une chose est sûre : l'aventure va être au rendez-vous dans ce roman assez volumineux découpé en trois parties : l'Amérique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Et comme tous les personnages demandaient de l'aventure, ils vont être servis : "Ni montagnes, ni fleuves ne firent dévier les voyageurs de leur imperturbable route, et ils n'eurent pas à combattre le mauvais vouloir des hommes, les éléments, souvent déchaînés contre eux, soumirent à de rudes épreuves leur généreuse intrépidité.".
J'ai assez bien aimé cet aspect du roman, j'ai pris un certain plaisir à lire leurs péripéties de voyages, même si j'ai fini par trouver que ça faisait beaucoup.
Et que certaines ficelles étaient un peu grosses et se devinaient facilement.
Les parties consacrées exclusivement à l'aventure et à la recherche du Capitaine Grant sont vivantes et écrites dans un style plutôt vif avec des dialogues.
Par contre, d'autres passages sont beaucoup plus longs, remplis de descriptions géographiques et tiennent plus de la leçon voire du manuel scolaire et là, j'ai beaucoup moins aimé.
Voire même ça m'a agacée et j'ai lu en diagonale certains passages, parce que si j'avais voulu un cours de géographie sur l'Australie ou les mœurs anthropophages des peuplades indigènes de Nouvelle-Zélande, j'aurais lu un livre adéquat, pas un roman d'aventure.
Trop de pédagogie tue la pédagogie, et le personnage de Jacques Paganel en est la parfaite illustration.
En somme, j'ai eu la sensation d'être sur des montagnes russes tout au long de ma lecture, avec des passages enthousiasmants et vivants et d'autres où je me suis fortement ennuyée.
L'autre aspect du roman qui m'a dérangée, c'est que tout est beaucoup trop prévisible, et les personnages se sortent toujours bien trop facilement des situations délicates.
Le hasard fait très bien les choses, d'ailleurs il n'y même que ça : du hasard et de la chance, et même Jules Verne a fini par le reconnaître et l'écrire : "Et, quelques instants après, les dix fugitifs, sans savoir comment, sans y rien comprendre, étaient tous en sûreté à bord du Duncan.".
Je me suis sentie un peu moins seule à ne rien y comprendre au fait que les personnages avaient toujours un coup de pouce du destin pour se sortir des pires situations.
Si cela passait à une époque, j'ai trouvé cet aspect à la limite du risible et quelque peu démodé.
En fait, c'est un roman de Jules Verne qui a vieilli, et pas dans le bon sens du terme.
Pourtant le titre était encourageant et m'avait intriguée, je n'ai apparemment pas tiré le bon lot dans la multitude des romans de Jules Verne pour relire cet auteur qui a pourtant su me séduire avec d'autres de ses romans comme "Le tour du monde en 80 jours".

"Les enfants du capitaine Grant" est un cru moyen de Jules Verne qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Peut-être plaira-t-il plus à un public jeune, pour ma part je le classe dans les romans démodés qui ne se lisent/relisent pas très bien et mon choix se portera la prochaine fois sur un roman de Jules Verne quelque peu différent de celui-ci.

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mercredi 22 juillet 2015

Les feux de l'automne d'Irène Némirovsky


Qu’est-ce qui peut attirer la belle et sage Thérèse vers Bernard, ce rebelle un peu voyou, qui s’engage à dix-huit ans dès que la guerre éclate ? À son retour,en 1918, avide de vivre cette jeunesse qui lui a échappé, il prend goût à l’argent facile. De cette passion ne peuvent naître que déceptions et souffrances. Mais ils s’aiment et, lorsque Bernard, prisonnier pendant la Seconde Guerre, est libéré, Thérèse est là, qui l’attend. (Le Livre de Poche)

1914, Martial vient de finir ses études de médecine et de se fiancer avec la douce et sage Thérèse qu'il connait depuis l'enfance.
Pour lui, sa vie est désormais toute tracée, il vient de reprendre le cabinet d'un médecin parti à la retraite, il va se marier, fonder une famille, soigner les gens et ainsi ira la vie : "Sa vie est faite d'avance, tracée jusqu'à la réussite, jusqu'à la vieillesse, jusqu'à la mort. Car, naturellement, il y a la mort. Elle a sa place dans les calculs domestiques. Mais ce n'est pas une bête sauvage, tapie, à l'affût, prête à bondir. On est en 1914, que diable ! Le siècle de la science, du progrès. La mort elle-même se fait petite devant ses lumières.".
Sauf que l'on est en 1914, que la guerre va éclater au beau milieu de l'été, qu'elle va prendre Martial le médecin, le chirurgien, le courageux, qu'il n'en reviendra pas et qu'il n'aura connu qu'une nuit d'amour avec sa toute jeune épousée avant de repartir au front.
Thérèse prend le noir, et la guerre prend aussi le jeune Bernard, un proche de la famille de Thérèse et de Martial, exalté, engagé volontaire, persuadé que la guerre ne durera pas.
Elle dure cette guerre, mais elle se finit, et contrairement à Martial, Bernanrd en revient, changé à jamais : "Moralement, il avait été atteint d'une blessure que rien désormais ne pourrait guérir, qui irait s'élargissant chaque jour de sa vie : c'était une sorte de lassitude, de brisure, un manque de foi, la fatigue et un furieux appétit de vivre.".
Bernard flambe la vie, Thérèse n'a d'yeux que pour lui, ils se marient mais Thérèse est condamnée à souffrir avec un homme tel que Bernard, un profiteur de la vie attiré par l'argent et qui tel un papillon va trop s'approcher de la lumière et s'y brûler les ailes.
Et puis une nouvelle guerre arrive.

La quatrième de couverture ne rend pas justice à ce roman en alléchant le lecteur sur une partie uniquement de l'intrigue.
Donc il faut se contenter d'admirer la très belle couverture et ne surtout pas le retourner, et commencer la lecture.
Outre l'auteur, c'est le titre qui m'a attirée vers ce roman.
J'étais intriguée, je me demandais bien quels pouvaient bien être ces feux de l'automne, et j'ai eu envie de découvrir ce qui poussait la sage Thérèse vers Bernard le rebelle.
Le résumer ne serait pas évident, il faut lire ce roman pour bien le comprendre.
Lire cette oeuvre qui commence par la Première Guerre Mondiale et se finit par le début de la Seconde et qui entre-temps ellipse quelques années en n'en retenant que les plus marquantes de l'entre-deux-guerres : les années Folles au sortir de la guerre et la liesse des années 30 avec le Front Populaire.
Et c'est avec sa justesse coutumière et sans langue de bois qu'Irène Némirovsky croque le portrait de ces deux personnes aussi différentes l'une de l'autre qui ont pourtant uni leur destin, pour le meilleur et pour le pire.
Thérèse, c'est la bourgeoise conventionnelle, celle qui respecte les valeurs de la famille, les traditions, la religion, cette bourgeoisie qui demeure fidèle à elle-même et qui n'évolue pas, alors que le monde extérieur lui bouge et est en pleine mutation.
Bernard, c'est celui qui a été détruit par la guerre, qui y a sacrifié sa jeunesse et perdu ses illusions, ses plus belles années, et qui ne cherche plus qu'à profiter de la vie, comme s'il cherchait à rattraper ses quatre années passées dans la crasse et le sang des tranchées, comme s'il avait une revanche à prendre sur la vie, sur le monde, sur ces personnes restées à l'arrière et qui n'ont rien connu d'autres de la guerre que les suppositions qu'elles en faisaient.
Alors il flambe, il découche, il prend une maîtresse, il envoie valser les bonnes manières et les conventions de la bourgeoisie, il s'illusionne, il se perd, cruelle vie que la sienne.
Thérèse et Bernard, se sont deux épis de blé dans un même champ qui auront besoin de connaître les feux de l'automne, ces feux déclenchés volontairement pour purifier la terre aux prochaines récoltes, pour pouvoir se redécouvrir l'un et l'autre et enfin profiter de la vie en regardant ensemble dans la même direction.
Et il fallait tout le talent d'Irène Némirovsky pour parvenir à saisir au vol le juste, dans ce roman publié six ans après sa disparition et écrit durant sa vie en Bourgogne.

"Les feux de l'automne" est un magnifique roman incisif sur l'entre-deux-guerres signé de la plume parfaite d'Irène Némirovsky, une auteur qui décidément ne me déçoit jamais et me séduit assurément.

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mardi 21 juillet 2015

Instantané de transport #5


Hier matin, j'attendais tranquillement le bus quand une femme m'a demandé l'heure.
Je lui réponds, elle me redemande, je le lui redis, et je lui précise que le bus ne va pas tarder à arriver, pensant qu'elle l'attend comme moi.
Elle me regarde et me dit : "Je vais prendre un cachet, j'ai mal au ventre.", et retourne chez elle.
J'ai arrêté de chercher à comprendre dans quelle dimension je me trouvais.

Et puis un peu plus tard en arrivant au travail, c'est un chauffeur de car qui attendait qui me dit bonjour.
Comme je suis polie, je le lui dis également.
Mais je ne le connaissais ni d'Eve ni d'Adam.
La journée space continuait donc ... .

Top Ten Tuesday #110


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 livres qui parlent de la diversité (minorités, religions, homosexualité, handicap, etc.)

Je précise que je n'ai pas lu tous les livres listés.

1) "Rue des voleurs" de Mathias Enard;
2) "Notre Dame du Nil" de Scholastique Mukasonga;
3) "Rêves oubliés" de Léonor de Récondo;
4) "Le royaume" d'Emmanuel Carrère;
5) "Au pays de Dieu" de Douglas Kennedy;
6) "Rouge Tagada" de Charlotte Bousquet;
7) "Le bleu est une couleur chaude" de Julie Maroh;
8) "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Edouard Louis;
9) "Les pieds dans la boue" d'Annie Proulx;
10) "Blue" de Kiriko Nananan

lundi 20 juillet 2015

Adèle Blanc-Sec Tome 5 Le secret de la salamandre de Jacques Tardi


Dans cet album, nous suivons les tribulations de Lucien Brindavoine, chargé par la momie d'Adèle Blanc-Sec de réveiller cette dernière alors cryogénisée. Mais cette mission se révèle loin d'être simple pour Lucien : entre la guerre qui fait rage, l'alcoolisme qui l'affaiblit, le Professeur Dieuleveult qui cherche par tous les moyens à tuer Adèle, la mafia, Lucien rencontrera bien des obstacles. Pourra-t-il remplir sa mission ? (Casterman)

Dans ce cinquième volet des aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, il est question : d'Adèle Blanc-Sec bien entendu, et de son réveil plus particulièrement, de la momie d'Adèle Blanc-Sec, de la Première Guerre Mondiale, d'un dénommé Lucien Brindavoine : "Moi, c'est BRINDAVOINE Lucien, mutilé volontaire, médaillé et pensionné de guerre", du diabolique professeur Dieuleveult, de la mafia, et d'une salamandre du Japon naturalisée et du secret qu'elle contient.

Si vous vous rappelez bien, Adèle Blanc-Sec était tuée à la fin de "Momies en folie", mais comme il n'était pas question de faire disparaître définitivement son héroïne, le brave Mouginot (qui a lui rencontré une mort tragique sans espoir de retour à la vie), aidé de la momie d'Adèle Blanc-Sec, avait mis au point une technique de conservation de notre pétillante Adèle afin de la ramener à la vie.
Mouginot a connu quelques contre-temps, enfin un plus particulièrement : il a été assassiné, ce qui fait qu'Adèle contient à dormir alors que dehors le monde s'étripe et que le sang coule à flot : "Elle dort alors que tout le monde se fait tuer et elle s'en fiche car elle ne sait même pas qu'il y a la guerre. Et même si elle l'avait su, elle s'en serait fichu autant que de la cathédrale d'Albi ou de la statue de Napoléon à Ajaccio.".
Du Caire, la momie d'Adèle Blanc-Sec va activer son réveil en choisissant le soldat Brindavoine.
Ce dernier va prendre son temps et ce n'est qu'en 1918 que cette histoire connaîtra son épilogue.
Entre temps, la mafia s'était intéressée aux travaux de Mouginot et espérait bien récupérer pour son profit ce formidable principe de vie éternelle, mais c'était sans compter sur l'intelligence et les moyens illimités dont dispose la momie : "La momie avait décidé que la méthode Mouginot ne profiterait ni à Coppola, ni à Lindenberg, ni à personne. Ce en quoi elle avait raison, l'humanité n'était pas prête à vivre éternellement car ce qui semblait la passionner avant tout, c'était sa propre destruction.".

C'est quand même assez gonflé de la part de Jacques Tardi de bâtir son histoire alors que son héroïne dort et est totalement absente de toute l'intrigue, physiquement parlant.
Mais c'est une franche réussite et j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties qui entourent le réveil d'Adèle Blanc-Sec.
L'intrigue est comme d'habitude bâtie finement, les rebondissements s'enchaînent les uns aux autres, il y a de l'humour et un narrateur qui sort toujours de l'ordinaire.
J'ai énormément apprécié l'humour et la malice contenus dans cette histoire, comme nommer Coppola un grand chef de la mafia en clin d’œil au réalisateur du "Parrain".
Les hommes ne sont pas franchement représentés glorieusement, ils sont souvent lâches, manquent souvent de jugeote et certains sont carrément abjects, je pense particulièrement à Dieuleveult dont le seul but dans la vie est de détruire Adèle Blanc-Sec.
C'est un peu comme la publicité pour la MAF, il pense un jour l'avoir.
Mon seul petit regret, c'est que le personnage de Lucien Brindavoine est apparemment issu d'une autre oeuvre de Jacques Tardi, beaucoup de références y sont faites, or je n'ai pas eu l'occasion de lire cette bande dessinée et j'ai un peu eu l'impression que l'auteur se faisait plaisir mais que je passais à côté d'une bonne blague ou d'un fin jeu de mots.
Enfin, je ne vais pas m'arrêter à ce détail car il ne gêne en rien la lecture de cette bande dessinée.
Par contre même absente Adèle Blanc-Sec est au cœur de l'intrigue, et finalement je n'ai pas été déçue que ce personnage ne soit pas plus présent, c'est une bonne transition et d'un autre côté, Jacques Tardi a ainsi fait une ellipse autour de la Première Guerre Mondiale, une période de l'histoire qu'il a beaucoup traité par ailleurs dans ses autres bandes dessinées.

La conclusion à toute cette histoire est évidente : Adèle Blanc-Sec est morte, vive Adèle Blanc-Sec !

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dimanche 19 juillet 2015

Le dictionnaire illustré de Laurent Baffie - Dessins de Chaunu


Enfin un dictionnaire drôle ! Laurent Baffie nous donne ses propres définitions des mots de la langue française, le tout avec beaucoup d'humour et de second degré. Dans sa version illustrée, chaque définition du dictionnaire est accompagnée d'une illustration décalée signée Chaunu. (Jungle)

Laurent Baffie s'est lancé dans la rédaction du dictionnaire, enfin, plus précisément de son propre dictionnaire, avec des définitions bien à lui, telle celle de l'académicien : "Vieillard cacochyme et lettré qui sodomise les diptères par ordre alphabétique.".
Laurent Baffie, c'est toujours assez caustique, ainsi la belle-mère c'est : "Vision futuriste de sa propre femme.", ou encore le gendre : "Petit con qui met les pieds sous ta table et les doigts dans ta fille."; mais je vous rassure, tout n'est pas vulgaire, ainsi machine c'est : "Deuxième prénom de sa femme."; et tout n'est pas machiste, ainsi la madeline c'est : "Petit gâteau qui nous jette notre passé à la gueule.".
Il y a quelques bons jeux de mots qui m'ont fait sourire, voire des termes à double sens comme cette définition du chirurgien : "Personne qui tire les vieilles pour de l'argent. Synonyme : Gigolo.", en somme ça ne se prend pas au sérieux et c'est tout à fait ce que j'attendais de cet ouvrage.
Les dessins sont signés de Chaunu, je ne connaissais pas vraiment jusqu'à présent ce caricaturiste mais j'ai beaucoup apprécié sa plume qui se marie très bien au texte de Laurent Baffie.
En somme, j'ai retrouvé dans cette bande dessinée le côté caustique de Laurent Baffie qui me fait sourire, renforcé par celui de Chaunu que j'ai découvert.

"Le dictionnaire illustré de Laurent Baffie" se feuillette avec plaisir et fait sourire, une nouvelle publication des éditions Jungle qui permet de passer un bon moment.

Je remercie Babelio et les Editions Jungle pour l'envoi de cette bande dessinée dans le cadre de l'opération Masse Critique.

Tintin en Amérique de Hergé


Dans "Tintin en Amérique" (1932), le héros confirme sa vocation de redresseur de torts, en s'opposant au mafioso Al Capone, aux gangsters de Chicago et aux fripouilles de tout accabit. Déjà Hergé témoigne d'une vision généreuse du monde, stigmatisant par exemple l'attitude dominatrice des blancs envers les indiens peaux-rouges. (Casterman)

Après le Congo, Tintin s'embarque pour l'Amérique pour y combattre la mafia, rien que ça.
Mais il est attendu : "On nous envoie le fameux reporter Tintin pour lutter contre nous. C'est un adversaire redoutable : il a fait échouer un plan que j'avais conçu pour contrôler la production du diamant au Congo. Plusieurs de nos amis ont été emprisonnés là-bas. Maintenant, ce reporter vient s'attaquer à nous. Voici mes ordres : il ne faut pas que Tintin reste un seul jour à Chicago.", et bien des péripéties vont lui arriver.

Si j'avais été plus que mitigée avec "Tintin au Congo", ce nouvel opus ne m'a malheureusement pas plus emballée que cela.
Encore une fois le cadre de l'histoire est très vite posé et les situations s'enchaînent les unes par rapport aux autres sans réelle logique.
Il manque clairement une structure à l'intrigue et j'ai plus vécu cette bande dessinée comme un enchaînement de situations que comme une histoire d'un seul tenant.
Milou peut faire sourire avec certaines de ses réflexions, mais Tintin n'a pas encore le panache de ses futures aventures, il se plaît une nouvelle fois à utiliser des armes à feu alors que je gardais plutôt le souvenir de quelqu'un de non violent qui se débarrasse des méchants par la ruse plutôt qu par la force.
Quant aux méchants ils ne sont pas clairement identifiés, on comprend qu'il s'agit des grands pontes de la mafia mais ils apparaissent systématiquement comme par magie et s'en tirent toujours assez bien, à noter que Tintin aussi se sauve un peu trop facilement de situations périlleuses.
J'ai également noté que les traits de certains personnages ressemblaient à des futurs "méchants", ce qui laisse à penser que Hergé essayait encore de trouver son filon, à la fois du point de vue de l'intrigue mais aussi des personnages.
J'ai trouvé le passage chez les indiens grotesque et pas franchement à leur gloire, cela n'a pas été sans me rappeler le côté colonialiste de "Tintin au Congo".
Ici les indiens sont présentés comme des êtres bêtes qui croient aveuglément ce qu'un inconnu leur raconte, des êtres qui n'hésitent pas à tuer et à déclarer très vite la guerre, c'est trop caricatural à mon goût.
A noter que les Américains campagnards ne sont pas non plus épargnés : ce sont des ivrognes assez bêtes qui aiment eux aussi à pendre pour se faire justice eux-mêmes.
Aïe, que de clichés, ça fait vraiment mal à la lecture et ça ne le rend pas très agréable, c'est un mauvais moment à passer et mieux vaut se plonger dans les aventures suivantes du jeune reporter qui sont nettement supérieures dans le traitement des personnages et des scénarios.

Il s'agit des premières aventures du reporter, et l'on va dire que Hergé se cherchait encore.
En tout cas "Tintin en Amérique" est bien loin de faire partie de mon palmarès des aventures de Tintin et je ne le conseillerai pas pour découvrir ce personnage, cet album est plus à réserver aux inconditionnels et aux curieux qui souhaitent découvrir la genèse de ce personnage.

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samedi 18 juillet 2015

La voleuse de livres de Marcus Zusak


Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenue. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s'est arrêtée. Est-ce son destin d'orpheline dans l'Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? À moins que ce ne soit son secret... Celui qui l'a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres. (Pocket)

"La voleuse de livres" ne m'était pas totalement inconnue, étrangement pas au moment de la sortie du livre mais plutôt de celle du film.
Alors, je me suis dit qu'il était temps de partir à la rencontre de cette voleuse si particulière.
Cette voleuse, c'est Liesel Meminger, une jeune orpheline dans l'Allemagne nazie, qui va croiser la Mort a trois reprises, et à chaque fois la Mort ne la prendra pas mais la laissera vivre, et même plus que cela, puisque la Mort va s'intéresser à elle, intriguée qu'elle est de cette fillette qui de quasi analphabète va devenir voleuse de livres, et même secoueuse de mots.

La particularité de ce roman, c'est qu'il est raconté par la Mort, oui, la grande faucheuse, celle qui a côtoyé longtemps Liesel Meminger sans pourtant jamais toucher un seul de ses cheveux.
Mais la Mort n'a pas épargné Liesel Meminger, et la Mort a bien du travail en cette période de guerre où l'Homme détruit d'autres Hommes : "Les humains aiment bien le spectacle d'une petite destruction, me semble-t-il. Ils commencent par les châteaux de sable et les châteaux de cartes et ils vont de plus en plus loin. Ils sont particulièrement doués pour ça.".
La Mort est juste, d'une certaine façon, puisqu'elle déclare emporter avec elle "Le bien et le mal en proportions égales.", elle est surtout intriguée par les humains : "Ce dont les humains sont capables, c'est une chose qui m'échappera toujours.", et plus particulièrement la jeune Liesel, recueillie par le couple Hubermann, des personnes simples mais touchantes : "Savoir qui étaient exactement Hans et Rosa Hubermann n'était pas chose facile. Des gens gentils ? Des gens ridiculement ignorants ? Des gens d'une santé mentale contestable ?".
Et n'allez pas croire que la Mort n'est pas sensible, n'a pas une forme d'âme, bien au contraire, elle s'émeut souvent en suivant le parcours de Liesel, et n'hésite pas à venir observer la jeune fille dès qu'elle en a l'occasion.
En somme, la Mort a un cœur : "Il y a une différence entre le cœur d'un humain et le mien. Le cœur humain est une ligne, tandis que le mien est un cercle, et j'ai la capacité infinie de me trouver au bon moment au bon endroit. En conséquence, je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d'eux-mêmes.".
Cette narration est peu courante, néanmoins je regrette que l'effet de surprise soit parfois atténué car la Mort annonce ce qui venir de tragique dans le chapitre.
Peut-être est-ce fait pour ménager le public jeune qui pourrait lire ce livre, pour ma part je n'ai que moyennement apprécié.
D'ailleurs, j'ai moyennement apprécié l'ensemble de ce roman pourtant encensé par tant de monde.
Je ne peux pas dire que le destin de Liesel m'ait laissé de marbre, mais cette jeune fille ne m'a pas particulièrement touchée.
J'ai presque été plus émue par le couple Hubermann que par elle, je trouve ces personnages plus intéressants, plus complexes, en somme plus près de ce que pouvait être un couple à cette époque dans l'Allemagne nazie qui prend le risque d'héberger la fille de communistes.
Dommage aussi que la relation entre Liesel et Max ne soit pas plus fouillée, elle est presque un peu trop superficielle à mon goût.
Je crois que je reproche à ce roman d'avoir trop mis au second plan la trame historique au profit de la narration du point de vue de la Mort.
Idem en ce qui concerne les livres et le pouvoir des mots, c'est un peu trop superficiel à mon goût et l'analyse aurait pu être poussée beaucoup plus loin.
L'auteur aurait pu insister un peu plus sur l'importance des livres dans la vie, ou plutôt la survie, de Liesel.
Quant à la fin, j'ai été déçue par celle-ci car elle se termine en queue de poisson, j'espérais en savoir un peu plus sur la vie d'adulte de Liesel.

Peut-être suis-je un peu trop vieille pour apprécier ce roman, "La voleuse de livres" me laisse un arrière-goût d'imparfait et d'une histoire qui aurait pu être bien mieux exploitée.
J'ai essayé, j'ai lu, mais je n'ai pas été convaincue, ni par l'histoire ni par son auteur.