lundi 5 janvier 2015

Gone Baby Gone de Ben Affleck



Dans une banlieue ouvrière de Boston, la petite Amanda a disparu. Après l'échec des recherches menées par la police, la tante et l'oncle de l'enfant décident de faire appel à des détectives privés du coin, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Patrick et Angie connaissent bien le quartier, au point de savoir que Hélène, la mère d'Amanda, est une droguée. Plus ils enquêtent, plus ils découvrent l'envers de la ville dans ce qu'il a de plus sombre. Ils s'enfoncent au-delà des mensonges et des faux-semblants, vers les secrets les plus noirs de la ville, là où règnent les dealers, les criminels et les pédophiles. Cela ne les aide pourtant pas dans leur enquête et Amanda reste introuvable. Face à la pression médiatique, Remy Bressant, un enquêteur qui ne lâche jamais, et le capitaine de police Jack Doyle vont aussi s'attaquer à l'enquête. La vérité finira par surgir, mais elle aura un prix. Chaque ville a ses secrets, chaque humain sa conscience... (AlloCiné)


Quand je découvre que ce premier film de Ben Affleck est tiré du roman éponyme de Dennis Lehane, je me dis que ça ne peut être que du bon (et qu'il soit diffusé pour la première en deuxième partie de soirée, je ne me l'explique pas).
Et effectivement, ce film est un joli coup d'essai à la réalisation et une belle réussite.
Tout commence avec la disparition de la jeune Amanda McCready dans une banlieue ouvrière de Boston.
La police est sur le coup, notamment Jack Doyle (Morgan Freeman), Remy Bressent (Ed Harris) et son coéquipier Nick Poole (John Ashton); mais la famille décide aussi de faire appel à des détectives locaux : Patrick Kenzie (Casey Affleck) et Angela (dite Angie) Gennaro (Michelle Monaghan).
Du côté de la famille de la jeune Amanda, ce n'est guère reluisant : sa mère Helene (Amy Ryan) l'élève seule avec son frère et sa belle-sœur mais délaisse la petite fille pour sortir, se droguer et essayer de se trouver un mec.
La tension monte progressivement et puis au bout d'une heure du film, le soufflé retombe, c'est en tout cas l'impression qu'a le spectateur qui se demande bien ce qui va se passer ensuite.
Mais c'est du Dennis Lehane, donc autant vous dire que ce soufflé qui retombe n'est qu'une impression et que la suite sera encore plus magistrale, mais inutile d'en dire plus, cela serait gâcher le plaisir.


Le scénario de ce film est extrêmement bien construit, je me suis vraiment posée des questions au bout de la première heure et la suivante est un véritable festival de révélations, mais aussi de questionnements.
Car à un moment charnière du film, les actes des personnages diffèrent, et je me pose encore la question de savoir comment j'aurais agi.
Où est la morale ?
Ou plutôt, quelle est la bonne morale à appliquer dans ce genre de situation ?
Je ne saurai le dire car les points de vue des différents personnages se comprennent tous et sont tous fondés sur des principes justes et loyaux.
Pourtant dans une telle situation il y a deux chemins à suivre, l'un est-il meilleur que l'autre ?
La fin du film ne donne pas forcément la réponse à cette question, et c'est sans doute son aspect le plus cruel en dehors de l'histoire qui y est développée.
L'action se passe dans les quartiers pauvres de Boston, c'est très loin d'être glamour, la scène d'ouverture du film est à ce titre particulièrement intéressante.
J'ai même ressenti à l'écran le choix du réalisateur de ne pas engager que des acteurs professionnels mais aussi des personnes habitant ces quartiers pour donner un cachet d'authenticité, c'est réussi.
Ce film remue les bas-fonds et la misère crasseuse, la face cachée du rêve Américain, et j'aime ça quand les Américains sortent du côté glamour, paillettes et réussite pour montrer aussi l'envers du décors.
Le casting est une réussite sur toute la ligne.
Casey Affleck (frère de) joue un Patrick Kenzie particulièrement convaincant et prouve qu'il faudra certainement compter sur lui dans les années à venir.
J'ai découvert Michelle Monaghan et j'ai été impressionnée par la justesse de son jeu, je suis même surprise de ne pas la voir plus souvent dans des films tant elle apporte ici un côté doux à l'histoire mais pose aussi les bonnes questions qui font douter le spectateur et l'obligent à s'interroger lui-même sur ce qu'il ferait dans pareilles circonstances.
A noter que celui d'Amy Ryan est également bluffant en mère célibataire totalement désintéressée par sa petite fille.
Si Ed Harris est difficilement reconnaissable, son jeu n'en demeure pas moins particulièrement juste, je suis par contre un peu moins emballée par celui de Morgan Freeman que je trouve trop dans la retenue et qui manque de contraste par rapport aux autres acteurs.
Au final, je reste marquée par le côté très réaliste de ce film, et aussi par l'absence de faux pas pour une première réalisation.


"Gone Baby Gone" est un premier passage derrière la caméra de Ben Affleck particulièrement bien réussi, avec une histoire aussi cruelle que douloureuse servie par un casting de rêve, un film à mon avis trop méconnu qui gagnerait à l'être.
Et grâce auquel j'ai désormais une furieuse envie de lire le roman éponyme dont il est tiré de Dennis Lehane.





dimanche 4 janvier 2015

India Dreams Tome 5 Trois femmes de Maryse et Jean-François Charles


Trois tranches de vie, trois cahiers composent ce carnet de voyage, trois femmes qui se racontent, qui nous font partager leurs émotions et la découverte de l'Inde au travers d'images sépia pour Amélia, noir et blanc pour Emy, et d'aquarelles pour Kamala. Trois femmes, trois visions différentes de l'Inde malgré des paysages immuables et l'omniprésence des trains et de l'eau (océan, fleuve, lac...) symbolisant eux aussi le voyage. Le fil conducteur de ces pérégrinations est kenneth Lowther, qui les a toutes trois bien connues et aimées. Il clôture son récit en nous donnant la clé de "l'homme aux animaux", présent lui aussi dans les quatre albums du cycle. Ainsi s'achève le voyage en Inde de trois femmes passionnés, de trois Anglaises confrontées au choc des cultures. (Casterman)

"L'homme parfois interprète la volonté des dieux. Il ne le doit pas ! Il doit se laisser porter par leur bienveillance et mener à bien les vies qui lui ont été échues avant de se fondre définitivement dans le grand tout, l'énergie cosmique.".
Ainsi conclut Kenneth Lowther à la fin de sa vie lorsqu'il se remémore les trois femmes qui auront marquées sa vie, lui qui aime les hommes mais dont le destin aura été fortement lié à celui de trois femmes, liées par le sang mais aux destins et aux caractères différents.

Tout commence avec la sage Amélia, une femme anglaise qui a étouffé ses passions dans un mariage avec un officier : "Le mariage avait fait d'elle une femme rangée malgré ses réticences de jeune fille, et si elle avait trouvé un certain bonheur dans la maternité, la venue de la petite Emy n'assouvissait pas toutes ses aspirations." et dont le destin basculera avec sa venue en Inde, sa rencontre avec Dharma Singh avec lequel elle vivra une véritable passion amoureuse : "Ils étaient, chacun, prêts à tous les sacrifices pour vivre cet état de grâce, qui n'échoit qu'exceptionnellement à l'être humain.", passion qui la mènera au plus dur des sacrifices : celui de laisser rentrer en Grande-Bretagne sa fille Emy pour lui éviter d'être éclaboussée par un scandale : "C'était ainsi : les hommes faisaient les lois. Un mâle pouvait vivre sa passion, une femme n'en avait tout simplement pas le droit.".
Puis vient le tour de sa fille Emy, une jeune femme qui a perdu l'éclat qu'elle avait en Inde, bridée par une éducation trop conventionnelle et souffrant de l'absence de sa mère : "Qu'avait-on fait à cette petite fille épanouie et respirant le bonheur pour qu'elle devienne une jeune femme triste et fragile ?".
C'est Jarawal qui viendra la tirer de son sommeil pour l'emmener en Inde et enfin lui faire découvrir la vie, et l'amour.
Mais là encore, le destin s'enmêle et Emy, enceinte, va devoir choisir entre rester avec Jarawal et lui faire renoncer à son trône ou s'effacer pour lui permettre de régner et de rétablir la paix sur son territoire.
Emy est une femme d'honneur, elle va s'effacer pour permettre à Jarawal d'accomplir sa destinée, mais elle est aussi partagée entre deux cultures : "Elle se sentait rejetée comme les hors-castes, les intouchables, n'ayant plus sa place nulle part.".
Et tout se termine avec Kamala, la fille d'Emy et de Jarawal mais que Kenneth Lowther a élevé comme sa propre fille, ayant épousé Emy pour lui éviter une vie de ragots et de rejet.
Contrairement à sa mère, Kamala est bien dans sa peau et dans ses origines, elle accepte beaucoup et est finalement facile à vivre : "Elle n'était choquée par rien, excepté par l'injustice.".

Cet album est une transition entre la première saga d' "India Dreams" et celle à venir et permet de revenir de façon plus approfondie sur les trois femmes de la saga à travers le regard de Kenneth Lowther, l'Anglais qui a épousé l'Inde et sa culture.
Les auteurs sont coutumiers du fait car ce même type d'album existe pour leur saga "War and Dreams", et même s'il n'apprend pas vraiment grand chose de plus sur l'histoire, il permet de comprendre un peu mieux les personnages et surtout d'expliciter des détails qui ne sont qu'effleurés dans la bande dessinée (par exemple la passion de la photographie qu'ont Amélia et Emy).
J'apprécie toujours d'en savoir un peu plus sur les personnages une fois une saga achevée et j'avoue que pour celle-ci, la lecture avait été tellement magique que j'aurais été un peu déçue de quitter ainsi les personnages.
L'ambiance qui se dégage de la bande dessinée est intacte dans ce volume, l'Inde demeure toujours aussi mystérieuse et envoûtante, avec ses croyances : "Il n'est pas rare de rencontrer en Inde, et parfois ailleurs, de tels personnages placés par les dieux sur le chemin des hommes et ayant une mission à accomplir, pour les protéger. Ce sont souvent des personnages discrets, sans âge, qui s'évanouissent dans le grand tout, lorsque le but poursuivi est atteint.", ses dieux, et son art de vivre.
L'Inde est un pays décomplexé dans lequel les relations entre hommes et femmes ne sont pas entravées par le carcan de la bonne éducation, il y a de quoi choquer les mentalités anglaises de cette époque et c'est bien ce qui ressort du récit de Kenneth Lowther, un homme qui a su intégrer parfaitement les us et coutumes de ce pays.
De plus, il y a de superbes dessins qui illustrent ce journal intime, certains ont déjà été vus dans la bande dessinée tandis que d'autres sont inédits et occupent pour certains une pleine page, un véritable régal pour les yeux.

Ce cinquième volume d' "India Dreams" intitulé "Trois femmes" est une conclusion parfaite à la première histoire de cette série et c'est donc avec beaucoup de plaisir que j'en ai appris plus sur ces trois femmes au destin exceptionnel.
Une bonne façon de conclure un cycle avant d'en ouvrir un nouveau, indispensable pour se replonger dans l'ambiance de cette série si envoûtante.

samedi 3 janvier 2015

Astérix - Le Domaine des dieux de René Gosciny et Albert Uderzo


Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force. C’est dans cette optique que l’architecte Anglaigus est chargé de bâtir autour du village gaulois une ville romaine nouvelle, « Le Domaine des dieux ». Isolant les Gaulois, elle ne leur laissera plus d’autre choix que s’intégrer ou disparaître. Pas sûr que les habitants de cette cité nouvelle apprécient le voisinage du « Village des fous »… (Hachette)

Jules César, l'illustre et si modeste empereur : "Il parle toujours de lui à la troisième personne.", en a plus qu'assez qu'un village d'Armorique lui résiste.
Il a pour cela un plan machiavélique : détruire la forêt pour y construire des résidences pour les Romains.
Le nom de ce projet grandiose ? Le Domaine des Dieux.
Il s'offre les services de l'architecte Anglaigus et c'est parti pour dégauloiser.
Anglaigus est têtu et bien décidé à réussir le projet qui lui a été confié, aussi ne comprend-il pas les réticences de la garnison romaine face à son ambitieux projet : "Nous démolirons cette forêt et le domaine des dieux sera une réalité ! D'ailleurs, les Gaulois ne sont pas dangereux; avec tout le vacarme que nous avons fait, ils ne se sont même pas dérangés !".
Mais c'est sans compter sur Astérix, Obélix et Panoramix qui sont bien décidés à jouer un tour à leur façon à ces envahisseurs de Romains : "Ne vous inquiétez pas; nous allons nous amuser un peu avec les Romains. Nous leur donnerons une nouvelle leçon, tout en aidant ces pauvres esclaves.".

Cet album d'Astérix fait partie de mes préférés et je le relis régulièrement.
L'idée de départ est bonne et j'aime assez la forme de philosophie présente en fin de l'album, comme quoi il n'y a pas que de la légèreté dans cette bande dessinée.
Il y a beaucoup d'humour (Jules César parlant de lui à la troisième personne), de jeux de mots (le fameux problème cornélien), de situation prêtant à sourire, à mon sens plus que dans d'autres bandes dessinées d'Astérix qui sont d'ailleurs souvent le prétexte à de grands voyages.
Il faut dire que le plan de Panoramix et Astérix est redoutable : envoyer le barde Assurancetourix loger au Domaine des Dieux : "Tu nous as souvent traités de barbares, et tu avais raison. Ici, dans le "Domaine des Dieux", tu auras des voisins civilisés.".
Je ne connais pas grand monde qui y résisterait.
Dans cet album, tout le monde en prend pour son grade : les Gaulois qui deviennent "fous" face aux Romains venant leur acheter notamment poissons et antiquités; les légionnaires Romains qui se mettent en grève pour réclamer de meilleures conditions de vie; et le pauvre architecte Anglaigus qui finit même par faire pitié à la fin : "Je ne veux plus entendre parler de ces barbares; que César se débrouille avec eux ... De toute façon, j'ai un contrat pour construire des pyramides en Egypte. Ça me changera : des immeubles en plein désert, avec des locataires tranquilles.".
Je trouve à cet album qui date pourtant de plusieurs années un côté très actuel, qui le rend sans doute indémodable.

"Le Domaine des dieux" de René Gosciny et Albert Uderzo fait partie de mes albums fétiches d'Astérix, un de ceux que je prends toujours plaisir à relire pour tout l'humour, la malice et le côté moderne qui s'en dégagent.
Un très grand album d'Astérix à lire et à relire à n’importe quel âge !

mercredi 31 décembre 2014

Ceci n'est pas un bilan - 2014 est (presque) morte, vive 2015 !

Parce qu’on est le 31 décembre, il faudrait faire une fête à tout casser, s’en mettre plein la panse, boire comme des trous, se mettre un chapeau pointu (turlututu) sur la tête, jeter des cotillons, souffler dans des sarbacanes, faire la danse des canards, chanter « Le petit bonhomme en mousse », et faire son bilan de l’année écoulée (et prendre des résolutions pour la nouvelle à venir, mais ceci n’est pas le sujet du moment).

J’ai décidé que je ne ferai ni une fête à tout casser, ni manger comme un ogre, ni boire comme un trou, ni me mettre un chapeau pointu (je redis turlututu ?) sur la tête, ni jeter des cotillons, ni souffler dans des sarbacanes, ni faire la danse des canards, à la rigueur chanter « Le petit bonhomme en mousse », et surtout, je ne ferai pas de bilan de l’année écoulée (quant aux résolutions pour la nouvelle année j’en ai jamais prises, je n’en prendrai pas cette année, ni les autres).

Que l’on dise que je suis rabat-joie, monotone, ennuyeuse, pénible, manquant d’ambition ou que sais-je d’autre, et bien qu’on le dise, je m’en tamponne les paupières avec une pelle à gâteau, la fin de l’année c’est un jour comme un autre, et les bilans ça m’indiffère (notez que j’ai mûri, car à cette même période l’an passé je comptais désespérément les livres lus durant l’année, je comparais par rapport à l’année passée etc.).


Quelques mots tout de même sur 2014 dans sa globalité

Il y a un an de cela débutait en Afrique une épidémie du virus Ebola, dans l’indifférence générale la plus complète.
Ou presque.
Parce que dès janvier j’ai vu cette nouvelle, et le virus Ebola je le connais depuis plusieurs années, je sais à quel point il est meurtrier.
J’ai été sidérée lorsque j’en parlais autour de moi que si peu de monde connaisse, que personne n’en mesure la gravité.
Il faudra attendre l’été pour que l’information soit enfin relayée mondialement, et que la psychose s’installe.
Oui, j’ai aussi entendu « Mais c’est trop dangereux d’accueillir des personnes infectées dans nos hôpitaux ! ».
Ah. On les laisse sur place alors et ils se débrouillent ? Ils sont partis bénévolement pour aider, soigner, et tenter d’endiguer l’épidémie mais parce qu’ils ont été contaminés, à leur tour il ne faudrait pas les accueillir et les soigner ?
En 2014, il y a aussi eu des décapitations d’otages par des personnes qui se revendiquent d’une croyance religieuse.
Et qui tuent au nom de leur Dieu.
Ah. Parce que c’est ça la croyance en Dieu ? C’est tuer son prochain ?
En 2014, il y a aussi des lycéennes qui ont été enlevées,  converties et mariées de force, toujours par certaines personnes qui le font au nom de leur Dieu.
Ah. Parce que la croyance en Dieu c’est traiter des femmes pires que des objets ?
En 2014, on a aussi célébré les 70 ans du Débarquement en Normandie.
Et aussi les 100 ans de la Première Guerre Mondiale.
De ce que je retiens de 2014, c’est que l’Homme a essayé de commémorer des évènements de Paix mais a surtout passé son temps à s’en prendre à son prochain de façon toujours plus violente, toujours plus sanguinaire.
Il n’y a pas vraiment de quoi se réjouir en ce 31 décembre et célébrer l’année écoulée, ni celle à venir.
C’est juste un nouveau jour sur la planète Terre.


Quelques mots sur 2014 d’un point de vue plus personnel

En 2014 j’ai été sans doute moins présente sur la blogosphère.
Quelqu’un au bureau m’a dit qu’il fallait que j’arrête de dire que j’ai parfois trop de travail et qu’au contraire, je devais systématiquement trouver le moyen de franchir la montagne.
Et bien appelons un chat « un chat », en 2014 d’un point de vue professionnel j’ai eu beaucoup de travail.
Parce que j’ai occupé 2 postes, à temps plein, toute l’année.
Et que ça m’a quelque fois vidé de mon énergie, que la lecture ne passait plus toujours, que souvent lorsque je rentre chez moi le soir je n’ai qu’une envie : aller me coucher direct sans manger et sans lire une ligne.
Oui, en 2014 j’ai bien passé 3/4 de ma vie au bureau, et je sais bien que le travail ne peut pas être une vie (et promis, j’essaye de me soigner), mais ce fut le cas en 2014.
Je rassure tout de suite, 2 postes ce n’est pas 2 salaires, c’est juste un salaire et au moins 2 fois plus de travail et de responsabilités à assumer et faire que tout fonctionne toujours, alors la montagne, je n’ai pas l’impression d’être restée au milieu de l’ascension mais bien de l’avoir franchie, plusieurs fois.
Je n’aurais pas le titre de WonderWoman, mais je vais tout de même me l’auto-décerner.
Et je referme cette parenthèse ouverte pour la première fois sur un aspect personnel de ma vie.


J’ai tout de même eu des lectures intéressantes, j’ai fait de très belles découvertes, j’ai aussi lu quelques daubes, et j’ai surtout été jurée du Prix Océans pour la deuxième fois, et ça, c’était une expérience très enrichissante littérairement parlant mais aussi humainement.
Du Prix Océans, je retiendrai 3 livres : « Le peintre d’éventail » de Hubert Haddad, lauréat ; « Ballade d’un amour inachevé » de Louis-Philippe d’Alembert et « Le bataillon créole » de Raphaël Confiant.
J’ai aussi été chroniqueuse BD pour les éditions Le Lombard dans le cadre des 20 ans de la collection Signé, et là aussi, cela m’a permis de faire de belles découvertes.
Pour en citer quelques-unes : « Little Tulip » de Jérôme Charyn et François Boucq, « La fille de Paname » de Kas et Laurent Galandon, « Capitaine Trèfle » de René Hausman et Pierre Dubois.
J’ai alterné les livres « papier » et les lectures numériques, j’ai continué à fréquenté ma deuxième maison aka la bibliothèque municipale, et j’ai été très sage dans les achats de livres (et j’ai même rangé mes bibliothèques ! Plusieurs fois dans l’année !).


Je n’ai pas compté le nombre de livres lus cette année et je m’en fiche, l’important c’est de lire et d’y prendre plaisir.
Néanmoins, je vais tout de même prendre un petit temps de réflexion pour un simili podium de mes découvertes livresques de l’année et qui sait, vous donner envie d’en découvrir quelques unes.
J’ai lu beaucoup de romancières américaines, quelques petits coups de cœur pour Carson McCullers, Joyce Maynard, Eudora Welty, Kaye Gibbons, la découverte de Joyce Carol Oates.
Pour le vieux continent, découverte de Sylvie Germain, Pia Petersen, Mathias Enard.
Je crois que ma plus belle découverte littéraire cette année vient ex-aequo du Nord de l’Europe en la personne de Herjørg Wassmo et sa sublime trilogie « Le livre de Dina » et de Chine avec Xinran et son émouvant « Chinoises ».


J’ai aussi fait 2 magnifiques voyages : Rome en mai (1 semaine) et Vienne en juin (5 jours), enrichissants culturellement parlant mais aussi humainement, parce que je voyage en solo et que c’est aussi un moment pour se dépayser, rencontrer du monde, apprendre sur soi-même et surtout apprendre à sortir de sa bulle, à s’ouvrir aux autres et à des cultures différentes.
Rome et Vienne sont deux villes très différentes l’une de l’autre mais elles sont l’une comme l’autre très riche d’un point de vue historique et culturel et valent aussi bien l’une que l’autre le détour.
Quant à mes excursions de l’an prochain, j’ai d’ores et déjà des idées assez précises et j’ai même un projet pour 2016 (enfin, si j’arrive à rester aussi raisonnable en 2015 car le périple me tente énormément).
Voyager, découvrir, s’enrichir, c’est au programme de 2015 !




Je suis aussi allée à Versailles, visiter (enfin) le château après avoir fait les jardins il y a fort fort longtemps.
Et ça aussi ce fut magique, parce que j’ai visité ce monument emblématique de la France mais aussi parce que cela a été l’occasion de rencontrer Anne en chair et en os.
Double découverte et double belle rencontre.



Bref, j’ai rencontré du monde, j’ai échangé, j’ai évolué, je continue d’avancer et cette fois-ci encore, les Shingouz ont accepté très gentiment (et sans contrepartie) de se joindre à moi pour vous souhaiter (en tantinet en avance) une : 

mardi 30 décembre 2014

Top Ten Tuesday #81


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 résolutions littéraires et/ou buts à atteindre pour 2015

1) Continuer à faire baisser ma PAL, je vise 2 à 3 livres par mois;
2) Limiter mes achats de livres;
3) Ranger ma bibliothèque;
4) Faire du tri dans mes livres et éventuellement en revendre quelques uns;
5) Me décider à lire le dernier tome de "Harry Potter";
6) Relire du Stephen King;
7) Continuer à découvrir l'univers du manga;
8) Augmenter mes lectures sur liseuse;
9) Découvrir de nouveaux auteurs;
10) Continuer à diversifier mes lectures par pays du monde.

lundi 29 décembre 2014

La poursuite impitoyable d'Arthur Penn



Echappé de prison, Bobby retourne dans sa ville natale au sud des Etats-Unis pour régler quelques comptes. Certaines personnes à la conscience peu tranquille vont le traquer. (AlloCiné)


Sur le papier, l'histoire est simple : un homme vient de s'évader de prison et retourne dans sa ville natale pour trouver un moyen de s'en sortir, et selon la crainte de certains, peut-être pour y régler quelques comptes également.
Le pitch de départ tient donc en quelques lignes sur le papier, mais dans les faits, Arthur Penn a voulu montrer bien d'autres sujets dans son film, à commencer par le racisme et le sentiment de toute puissance et de toute impunité de certains Sudistes purs et durs.
Très vite, c'est une véritable chasse à l'homme qui commence et Bobby (Robert Redford) se trouve pris dans un engrenage auquel il n'avait même pas pensé.
Victime du système, il l'a été plusieurs fois et se prépare à l'être de nouveau.
Pendant ce temps, le shérif Calder (Marlon Brando) n'en peut de cette ville et de ses habitants et n'a que sa tendre femme (Angie Dickinson) à qui il peut faire part de ses sentiments.
Et il y a les amants coupables, le fils du richissime Val Rogers, magnat du pétrole et de la ville, et la belle épouse de Bobby, Anna (Jane Fonda).
Toute cette traque tient sur une journée et une nuit, et autant dire que les samedis soirs sont plutôt agités dans le Texas, car la traque de Bobby devient très vite l'attraction de la soirée dans cette ville où presque plus aucune femme ne couche avec son mari et vice-versa.
Il y a des personnes qui se savent influentes et qui agissent comme des cowboys, au détriment du shérif, et se savent en toute impunité si quelque chose est commis.
Alors quand l'ami Noir de Bobby se pointe à la recherche d'Anna, il leur paraît tout à fait normal de chercher à le coincer et à lui faire la peau dans une rue sombre, après lui avoir fait cracher la cachette de Bobby bien entendu.
Le shérif Calder traverse toute cette épopée complètement désabusé, il rêve d'une vie meilleure et plus calme, sans doute aussi ce que recherchait Bobby au final.
Ce film est tiré d'un roman de Horton Foote et je suis bien curieuse de lire l'oeuvre originale.
Le scénario est en tout cas bien construit et tient en haleine le spectateur, même si les jeux sont faits d'avance et les dés pipés.
Quant au casting du film, il est tout simplement grandiose avec un Marlon Brando excellent comme à son habitude, un jeune Robert Redford et une délicate Jane Fonda.


"La poursuite impitoyable" d'Arthur Penn fait partie de ces films au casting de rêve qui n'ont finalement pas si mal vieilli et qu'il est toujours plaisant de voir ou de revoir, d'autant plus que le cinéma d'aujourd'hui n'est plus vraiment dans la veine de ces films.
Un bon film de chasse à l'homme à l'ambiance très sudiste.

dimanche 28 décembre 2014

Quand le requin dort de Milena Agus


Sardes depuis le Paléolithique supérieur, les Sevilla-Mendoza ignorent la normalité. Un père entiché de voyages lointains, une mère perdue devant la vie, une tante plongée dans des amours sans lendemain, un frère sourd à tout sauf à son piano. Celle qui décrit l’étrange et attachante ambiance familiale, avec une impassible candeur, est une adolescente engluée dans une liaison inavouable… Une liaison qu’elle cache à sa famille, où pourtant on parle d’amour et de sexe sans inhibitions. On y parle aussi de Dieu, dont on n’arrive pas à décider s’il existe ou pas. Plutôt qu’à lui, autant s’en remettre à la superstition pour affronter les dangers de l’existence. Celle-ci se déroule comme si on était dans la gueule d’un requin. Un requin qui vous enserre entre ses dents et vous empêche de vivre. On essaye d’en sortir quand il dort… (Liana Levi)

La famille Sevilla-Mendoza est loin de respirer l'harmonie et le bonheur, chacun dans cette famille doit apprendre à vivre avec ses démons et chacun cherche son idéal : "Chez nous, chacun court après quelque chose : maman la beauté, papa l'Amérique du Sud, mon frère la perfection, ma tante un fiancé.".
Quant à la narratrice, elle s'englue dans une relation sado-masochiste avec un homme marié tout en finissant par prendre conscience de la réalité du monde qui l'entoure : "Mais l'amour, c'était forcément autre chose.".
C'est ce personnage qui est le plus intéressant de tout le roman de par son évolution.
Esclave soumise aux désirs d'un homme, elle finit pars'émanciper, tombe amoureuse d'un jeune homme, pleure après leur rupture, assiste en spectatrice aux déboires des membres de sa famille et finit par sortir quelque chose de toutes ces contemplations, une révélation sur le sens de la vie et particulièrement celui du bonheur : "Et je mets à penser que dans la vie il n'y a pas comme seule possibilité de se laisser engloutir par la merde, ou d'y engloutir les autres, ou de mourir.".
J'ai envie de dire heureusement que cette prise de conscience arrive, car sinon je ne lui voyais pas un avenir radieux.
Ce roman est surtout un récit d'interrogations et d'initiation à la vie à travers le regard que porte sur le monde qui l'entoure et cette Sardaigne encore sauvage une jeune fille.
La galerie de personnages développés est intéressante de par le vent de folie qui semble animer cette famille et sans cesse la ramener vers le malheur.
Dans cette famille, tout est noir ou blanc : la passion, le drame, les secrets, les désirs, les démons, la mort; toutes ces émotions y sont amplifiées et enchaînent les personnages à leurs tourments.
C'est alors qu'intervient la très belle métaphore de cette vie avec un requin et qui donne son titre à ce livre : "Dieu était comme ça, avec nous les humains : tranquille et serein, et infiniment lointain. La merde, il fallait s'en sortir tout seul. Alors que moi j'aurais voulu un mode d'emploi. Pour sortir du ventre du requin, il faut attendre qu'il dorme, avait dit papa. Mais comment fait-on pour savoir s'il dort ? Et comment fait-on pour savoir ce qui est vraiment de la merde ?".
Malgré ces bons côtés, ce roman souffre néanmoins d'un détachement un peu trop marqué envers certains personnages.
La raison en est simple : il s'agit du premier roman de Milena Agus, et si le style et la plume sont là, j'ai ressenti de très légères faiblesses au cours de ma lecture.
Le terme chrysalide convient très bien à ce roman.
Car je dois reconnaître qu'il se cache derrière ce récit, qui pourrait presque être catalogué de conte, une grande auteur à la plume magnifique et qui sait retranscrire si joliment toute la beauté et la complexité du Sud de l'Italie.

"Quand le requin dort" de Milena Agus est un beau premier roman posant la problématique éternelle de la quête du bonheur et de l'amour dans une Italie du Sud chaude, sensuelle et rude.
Une auteur à découvrir.

Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger / Chute de PAL



Livre lu dans le cadre du Challenge Il Viaggio

samedi 27 décembre 2014

Peau d'Âne de Jacques Demy



La reine moribonde a fait promettre au roi de n'épouser qu'une femme plus belle qu'elle. Dans tout le royaume, une seule personne peut se prévaloir d'une telle beauté, sa propre fille. Revêtue d'une peau d'âne, la princesse désespérée s'enfuit du château familial. (AlloCiné)

Et dire que jusqu'à présent je n'avais jamais vu ce film de Jacques Demy ... .
Ce film a refait parler de lui cette année car il a été restauré et est ressorti à cette occasion dans les salles, pour ma part j'ai profité de son passage à la télévision pour le regarder.
Le conte de Peau d'Âne est, à peu de chose près, mondialement connu, j'ai apprécié ici que le scénario s'inspire de l'histoire véritable, à savoir le père voulant épouser sa fille, ce qui met au passage sur la table la question de l'inceste.
Ce n'est donc pas une version édulcorée qui est ici proposée mais elle sait rester sobre et efficace.
Qui dit film de Jacques Demy dit bien entendu chansons, ce film a en effet des passages chantés pouvant presque le cataloguer comme comédie musicale.
Et pour accompagner ces chansons, il faut évidemment de la musique, celle-ci est signée et dirigée par Michel Legrand, elle contribue pour beaucoup à la beauté du film.
Si l'histoire est un conte connu, il n'en fallait pas moins toute la magie et le talent de Jacques Demy pour le porter à l'écran.
Ainsi, celui-ci s'est permis beaucoup de fantaisie dans sa réalisation : des servants et des animaux bleus pour la famille de Peau d'Âne; la même chose en rouge pour celle du prince.
Et c'est sans parler de ce final avec un hélicoptère qui au lieu de détonner de l'ensemble contribue à lui donner une dimension féerique, comme cela se doit pour un conte de fées.
La mise en scène est vraiment très réussie et il y a des scènes de toute beauté à la limite du surréaliste, telle que celle où Peau d'Âne arrive couverte de sa peau pour fuir son père dans un village endormi depuis de nombreuses années et qui ne va s'éveiller que le lendemain.
Quelques scènes romantiques ponctuent le tout, il y a en a pour presque tous les goûts.
Les costumes sont de toute beauté et les robes de Peau d'Âne ne manqueront pas d'émerveiller à toute âge, à noter que si la découpe des costumes est plutôt classique pour ce type de film les décors sont eux aussi pourvus de nombreuses fantaisies.
Pour finir, quelques mots sur les acteurs : Catherine Deneuve livre ici une Peau d'Âne toute en retenue et en pudeur dans un jeu délicat sous la houlette d'un réalisateur qu'elle a côtoyé à ce nombreuses reprises, Jean Marais y campe un Roi aussi exigeant que borné, Jacques Perrin est un jeune prince fougueux se mourant d'amour pour sa belle entraperçue dans une cabane dans un bois, tandis que Delphine Seyrig campe une marraine la fée avec plusieurs idées au bout de sa baguette.

"Peau d'Âne" de Jacques Demy est un très beau film-conte qui rend à merveille hommage à cette histoire de Charles Perrault, à voir et à revoir par les plus jeunes et les moins jeunes.



Film vu dans le cadre du Challenge La face cachée des Disney