mercredi 1 mai 2013
Etoiles de Simonetta Greggio
Stella adorait quand Gaspard faisait fondre dans un gaspacho des glaçons aux feuilles de basilic. Et, quand elle avait de l’appétit, il lui composait des nourritures plus consistantes, jouant sur des associations de saveurs simples : des rondelles de pomme de terre tièdes sur lesquelles il avait amoureusement déposé des pétales de truffe, une noix de Saint-Jacques en carpaccio avec une larme d’oursin sur une feuille de roquette, arrosée de trois gouttes d’huile d’olive. Fable moderne sous le soleil de Provence, ode à l’amour et à la gastronomie. (Le Livre de Poche)
Cette longue nouvelle s'attache à suivre le destin d'un jeune homme, Gaspard, cuisinier célèbre de Paris qui disparaît volontairement après avoir été refoulé de l'aéroport de New York et avoir découvert la tromperie de sa femme avec son associé.
Jusque là, c'est une base d'histoire éculée et la suite ne démentira pas mon propos, puisque Gaspard reprendra une buvette à l'abandon et croisera le chemin d'une jeune femme dont il tombera amoureux au premier regard : Stella Amor, ça ne s'invente pas et dénote quelque peu un manque d'originalité.
L'histoire est construite sur des ellipses narratives et s'attache à narrer une double renaissance : celle de Gaspard qui redécouvre le bonheur d'une cuisine simple et l'amour : "Gaspard, parmi les chefs les meilleurs et les plus brillants du monde, avec Ferran Adrià et Pierre Koffmann, venait de prendre la succession d'une vieille dame inconnue, dans une buvette du fin fond de nulle part, et souriait béatement dans le soir tombant, heureux comme lorsqu'il avait décroché sa troisième étoile au Michelin.", et celle de Stella, jeune femme anorexique à qui Gaspard va redonner le goût de la vie et de manger.
Le style de Simonetta Greggio est agréable et se lit très facilement. Elle développe un champ lexical autour de la cuisine et cette dernière est indissociable de son histoire : les aliments occupent une place centrale dans l'histoire et en sont un personnage à part entière.
Ils participent à la reconstruction de Stella mais sont aussi à la base de son histoire d'amour avec Gaspard, leur présence étant renforcée par la chaleur de la Provence, les senteurs de cette région et la beauté de ses paysages.
Quant à la lectrice et gourmande que je suis, les plats concoctés m'ont donné envie de les déguster au cours de ma lecture et c'est une petite déception que l'absence du carnet de recettes en fin de l'ouvrage comme annoncé dans le quatrième de couverture, sans doute supprimé lors de la parution en format poche de cette nouvelle.
En ce qui concerne les personnages, je suis partagée sur celui de Gaspard car il est trop dans l'extrême : il plaque tout, ne peut plus utiliser sa carte de crédit mais ne s'en affole pas pour autant, il tombe à genoux devant Stella la première fois qu'il la voit, il condense un peu trop de clichés et ne se révèle être vraiment intéressant que lorsqu'il cuisine : "Il avait toujours prôné l'immédiateté du geste, cette pertinence de la légèreté, comme une dignité, une contenance qui serait la vraie valeur du savoir manger.".
Il contraste avec celui de Stella qui affiche et assume une fragilité accompagnée d'une force de caractère insoupçonnée chez cet être si délicat et d'un amour débordant frôlant bien souvent le sensuel : "Alors elle l'embrassa comme les femmes embrassent les hommes pour les consoler de ne jamais les comprendre tout à fait.".
L'histoire d'amour dont il est question est un peu trop fleur bleue à mon goût, trop facile et écrite sans rebondissement particulier mais recèle pourtant une certaine beauté.
Quant à l'arrivée d'un élément perturbateur, je m'interroge encore sur l'utilité de certains épisodes de ce passage.
Je comprends pourquoi l'auteur a utilisé ce ressort mais certains détails demeurent un mystère.
Au final, "Etoiles" est une lecture facile, rapide et agréable par moments, sans être toutefois un coup de coeur, et ne restera pas bien longtemps dans ma mémoire.
Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices
Livre lu dans le cadre du challenge Il Viaggio
lundi 29 avril 2013
Le boulevard périphérique de Henry Bauchau
Paris, 1980. Alors qu’il “accompagne” sa belle-fille dans sa lutte contre un cancer, le narrateur se souvient de Stéphane, son ami de jeunesse, qui au début de la guerre l’avait initié à l’escalade et au dépassement de la peur. Entré dans la Résistance, puis capturé par un officier nazi – le colonel Shadow –, il est mort dans des circonstances jamais vraiment élucidées.
Mais Shadow, à la fin de la guerre, s’est fait connaître du narrateur. Son intangible présence demeure en lui, elle laisse affleurer les instants ultimes, la mort courageuse – héroïque, peut-être – de Stéphane. Et la réalité contemporaine (les visites à l’hôpital, l’anxiété des proches, les minuscules désastres de la vie ordinaire) reçoit de ce passé un écho d’incertitude et pourtant d’espérance…
L’ombre portée de la mort en soi, telle est sans doute l’énigme dont Henry Bauchau interroge les manifestations conscientes et inconscientes, dans ce captivant roman qui semble affirmer, jusqu’à sa plus ultime mise à nu, l’amour de la vie mystérieusement éveillée à sa condition mortelle. (Actes Sud)
Ce récit exclusivement porté par la
voix d’un narrateur qui restera sans nom est un roman à tiroirs.
En effet, au début le narrateur
accompagne sa belle-fille dans sa lutte contre le cancer qui la ronge.
C’est le premier tiroir ouvert, avec
les souvenirs du narrateur sur sa rencontre avec sa belle-fille et la façon
dont ces deux là se sont apprivoisés et comment lui-même a apprivoisé son
petit-fils Win.
A travers des visites quotidiennes à
l’hôpital, ponctuées de longs trajets via le boulevard périphérique ou le RER
et le bus, il lui raconte son enfance et en vient ainsi à se remémorer Stéphane : "A ce moment je comprends que ce qui survit en moi de Stéphane ce n'est pas ma vision incertaine, l'identité confuse dont je me souviens encore, c'est sa légèreté, oui, cette légèreté enfantine qu'il avait gardée dans ce grand corps musclé.",
son ami de jeunesse qui l’a initié à l’escalade mort durant la Seconde Guerre
Mondiale après être entré en Résistance et avoir été arrêté par un terrible
officier nazi : le colonel Shadow, dont la devise est "Régner par la terreur, c'est régner sur des intestins.".
C’est un deuxième tiroir qui s’ouvre
et qui sera présent pendant la première moitié du récit puis, ce deuxième
tiroir entraîne l’ouverture d’un troisième, avec les souvenirs des visites faites
par le narrateur au colonel Shadow alors que celui-ci est emprisonné et mourant.
Cet homme cruel va lui raconter, dans
la mesure de ce qu’il veut bien lui dire, l’emprisonnement de Stéphane, sa
résistance physique et mentale aux tortures et les circonstances de sa mort.
Mais chaque tiroir est lui-même
composé de sous-tiroirs, ainsi le narrateur se remémore son apprentissage de
l’escalade et les périples effectués avec Stéphane, la Guerre et les
difficultés de vivre durant cette période ainsi que les personnes qui se
cachaient pour échapper au travail obligatoire ou à la déportation, ainsi que
sa propre vie et les métiers exercés.
Cette histoire est complexe et
nécessite une attention particulière pour entrer dedans et en saisir toutes les
nuances.
Mais le meuble accueillant tous ces
tiroirs est sans nul doute une réflexion sur la mort, sur la façon dont elle
est appréhendée ou perçue par chacun, sur la présence plus ou moins importante
qu’elle occupe en chacun, ainsi le narrateur parle de sa première vraie discussion avec Paule sous un angle différent : "Il y avait alors quelque chose qui menaçait en elle. Quelque chose qu'aujourd'hui on appelle le cancer parce que nous savons ce qui a suivi. Je l'ignorais.".
La mort est sous jacente durant tout
le récit, qu’il s’agisse de celle probable de Paule ou de celles de Stéphane,
de Shadow et celle à venir un jour du narrateur : "Je n'avais jamais vraiment pensé à la vieillesse et voilà qu'elle approchait. La mort, utile aux autres, ne me faisait pas peur, du moins je le croyais, mais le vrai courage, la vraie lutte, celle contre l'affaiblissement, la diminution physique, la perte de mémoire, les maladies de l'âge, cela je ne l'avais pas envisagé et voici que c'était là à ma porte.", elle est omniprésente et prend
même une place de plus en plus importante.
L’auteur est psychanalyste et
présente donc une réflexion sur ce thème sans jamais toutefois tomber dans l’analyse
ou en essayant d’imposer son point de vue.
Il permet au lecteur de s’ouvrir
posément à cette notion et c’est pour cela que je conseille de lire ce roman avec
un esprit apaisé, posé et sans plaie à vif sur le thème douloureux de la
maladie et particulièrement du cancer.
Et même alors que je croyais la plaie
quasiment cicatrisée, la fin excessivement poignante est venue raviver des
démons et des images d’un passé pas si lointain que cela.
Autant dire que cette lecture a fini
par me remuer intérieurement et que je suis restée quelques heures sans lire
une fois le livre refermé pour me remettre les idées en place et commencer une
nouvelle lecture.
Quant au style, j’ai trouvé la plume
de Henry Bauchau belle à lire bien que dense et nécessitant une vigilance
permanente.
"Le boulevard périphérique" de Henry
Bauchau est une lecture exigeant une attention de chaque instant, mais bien que
la mort soit omniprésente le récit s’ouvre surtout sur l’espérance et la lumière
et nous rappelle que la vie n’est qu’un sursis dont il faut savoir savourer
chaque moment, même le plus infime.
Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices
mercredi 24 avril 2013
Le temps de l'aventure de Jérôme Bonnell
Une journée. Un train. Deux inconnus. Des échanges de regards, le cœur qui bat. Le regarder partir, le perdre à tout jamais ou s’offrir au temps de l’aventure ? Et si la vie d’Alix basculait… (AlloCiné)
Ne vous laissez pas avoir par le titre, l'aventure dont il est question ne comporte ni jungle hostile ni quête.
Il s'agit tout bonnement d'une aventure de la vie, d'une aventure amoureuse, de succomber au coup de foudre ou pas, de savoir saisir l'instant présent pour le vivre et ne pas le regretter ou le laisser passer.
Jérôme Bonnell a écrit son film pour une femme, particulièrement Emmanuelle Devos avec qui il voulait retourner, et cela se ressent.
Alix est le personnage central du film, présent dans chaque scène et filmé de près par le réalisateur, voire même parfois en caméra à l'épaule, au plus près du visage d'Emmanuelle Devos pour en saisir toutes les nuances.
J'ai énormément apprécié la mise en scène du film, très recherchée et donnant de beaux moments intenses de désir, d'amour, mais aussi de pudeur, de tristesse, de doute.
Déjà, l'entrée en matière est astucieuse : Emmanuelle Devos filmée de dos et entrant en scène au théâtre.
Mettre du jeu d’acteur à l'intérieur d'un film n'est pas une innovation, mais quand c'est bien fait ça a le mérite de poser les bases de l'histoire.
Ici, le réalisateur se paye même le luxe d'en remettre une couche avec une scène quasi hilarante de casting dont Alix ne connaît ni les tenants ni les aboutissants.
En filmant une journée de la vie de ces deux personnages, Jérôme Bonnell en extrait les moments importants et les filme quasiment en durée réelle.
Ceci a parfois l'inconvénient de son avantage, à savoir qu'il y a quelques longueurs, mais c'est bien le seul détail que je reproche au film.
Et de voir cette femme cherchant désespérément à joindre son compagnon au téléphone, sans succès, la voir également perdue dans le métro, avalée par la foule et saisie d'un brusque besoin de respirer, de sortir de la routine quotidienne, crée énormément d'émotions et la rend proche des spectateurs.
Car s'il y a une personne qui crève littéralement l'écran dans ce film, c'est Emmanuelle Devos.
Sans être forcément dans les critères de beauté (et encore, tous les goûts sont dans la nature), elle dégage une forme de sensualité et démontre, une fois de plus, tout l'étendue de son talent et de son jeu d'actrice.
Elle porte le film sur ses épaules et campe une Alix à la fois fragile et touchante à laquelle le spectateur s'attache très vite.
Face à elle, Gabriel Byrne, en homme mystérieux rencontré dans le train le matin, garde une part d'inconnu durant tout le film.
Il est à l'inverse du personnage d'Alix : calme, posé, ne cherchant pas à provoquer le destin mais ne le refusant pas non plus.
Ce couple improbable offre un contraste saisissant et finalement n'est pas si mal assorti que cela.
L'homme interprété par Gabriel Byrne brille souvent par ses silences, mais ses regards en disent longs et j'ai bien aimé ce jeu tout en retenue de l'acteur car il arrive à travers des jeux de regards à faire passer ses émotions.
Mais ce film n'est pas qu'une banale histoire d'amour/adultère, il y a des scènes poignantes et émouvantes, une femme à la dérive qui se cherche en cette journée et des passages hilarants, le summum étant atteint avec la visite d'Alix chez sa soeur.
Cette scène frôle le grotesque sans jamais tomber dedans et offre à mon sens la scène la plus drôle de tout le film et la plus décalée, mais qui paradoxalement permet de mieux saisir les émotions contraires qui agitent Alix.
Quant à la bande son, elle est particulièrement soignée néanmoins elle intervient parfois à des moments inattendus du film, ce qui peut dérouter.
"Le temps de l'aventure" s'attache à suivre une journée dans la vie de deux personnes que rien ne prédestinait à se rencontrer et qui pourtant vont s'aimer, apprendre à se connaître et à s'apprivoiser au cours de quelques heures, en pleine fête de la musique à Paris.
Une belle histoire touchante et remplie d'émotions, comme un reflet du quotidien et dans laquelle il est facilement possible de se retrouver et de s'interroger : en pareille situation, saurions-nous nous offrir au temps de l'aventure ?
mardi 23 avril 2013
Sherman Tome 6 Le pardon, Jeannie de Griffo et Stephen Desberg
C’est la fin du parcours que le mystérieux ennemi de Jay Sherman a prévu pour lui ! Il a perdu ses biens, sa maison et son fils, et la dernière sur la liste est Jeannie, sa fille. Jeannie qu’il n’a plus revue depuis la Seconde Guerre Mondiale, après qu’elle a disparu au sein des services secrets, outrée par les malversations de Jay. Et pourtant, ce dernier n’avait agi que pour la protéger. Aura-t-elle compris ce dernier point ? Viendra-t-elle sauver un père repentant dont elle incarne le dernier espoir… ? (Lombard)
Ce sixième volume de la série Sherman marque son épilogue et donc le fin mot de l'histoire et la révélation de l'énigme qui a tenu en haleine le lecteur pendant les précédents volumes.
Je vais tout de suite commencer par l'aspect qui m'a énervée : le fait de nous remettre pour la centième fois la menace téléphonique reçue par Jay Sherman.
Sérieusement, au bout de six volumes le lecteur a compris, ce n'est pas un crétin fini qui subit un lavage de cerveau après chaque lecture.
Je ne comprends pas ce que vient faire cette redite, leitmotiv dans tous les volumes qui finit par agacer.
Par contre, j'avais hâte de savoir, non pas qui était à l'origine de tout ça (enfin si, mais pas que), ce qu'était devenue Jeannie et surtout si elle avait pu retrouver Ludwig Melchior (mon côté midinette sans doute).
Je ne dirai rien, juste qu'ils ont traversé tous les deux des épreuves durant cette guerre, notamment Ludwig Melchior qui est déporté à Auschwitz et est reconnu par un soldat qui décide de le "protéger" en lui offrant la possibilité de chanter dans des concerts organisés dans le camp pour distraire les nazis et leur famille : "Je ne peux pas vous promettre que vous vivrez. Mais au moins ... vous survivrez.".
Jeannie est toujours un personnage central de cette histoire et comme elle se faisait attendre depuis un certain temps, son apparition n'en a été que plus réussie et bien mise en scène.
Mais le personnage qui prend le plus d'importance dans cet opus est Jay Sherman, et si dans les précédents volumes il avait tendance à m'agacer sur certains aspects de sa personnalité, ce tome-ci lui rend justice en le présentant inquiet : "Au début, j'ai cru qu'avec le temps, elle finirait par me pardonner. Qu'avec le temps, la paix s'imposerait définitivement. Mais le temps ne s'écoule pas de la même manière pour un père que pour ses enfants.", moins sûr de lui et moins séducteur : "Le temps ne s'écoule pas de la même manière pour les hommes que pour les femmes.", essuyant des échecs et des revers de fortune, mais surtout conscient de ses erreurs et les reconnaissant pour la première fois depuis le début de l'histoire : "Maintenant il faut que je paye pour ce que j'ai fait. Les erreurs que j'ai commises. Les chemins que je n'ai pas pris. Le salaud que j'ai été, l'homme que j'aurais dû être. Le père à qui tu as en partie pardonné. Finalement, je ne regrette pas tant de choses.".
Il mûrit par la force des événements et apparaît moins imbu de sa personne, plus humble, mais que de morts il aura fallu pour en arriver là !
Le scénario de Stephen Desberg est bien construit et tient la route, ce qui n'était pas forcément évident sur la longueur.
J'avais une petite idée qui s'était forgée dans mon esprit lors de la lecture de l'avant-dernier volume, et bien je n'étais pas bien loin de la vérité, disons que j'en ai avais découvert la moitié.
Ce n'est pas forcément évident de deviner la manipulation, les ficelles sont bien tirées par le scénariste, disons qu'un lecteur attentif trouvera quelques clés du mystère mais que ceci ne lui gâchera pas le plaisir de cette lecture.
Quant aux dessins de Griffo, je les trouve visuellement très beaux, harmonieux, rendant la lecture plaisante et donnant du relief à l'histoire et à l'action.
La lecture achevée, je suis curieuse d'imaginer ce que cela pourrait donner en téléfilm, à mon avis avec un scénario légèrement retravaillé il y aurait matière à faire quelque chose de visuellement réussi.
"Le pardon, Jeannie" marque l'épilogue ô combien relevé et attendu de la série Sherman, remarquable par son scénario et la qualité de son graphisme et se caractérisant par une publication rapprochée des tomes, chose plutôt rare pour une série en bande dessinée.
Sherman est une série à découvrir et à lire d'une seule traite pour bien en apprécier les ficelles et les rebondissements.
dimanche 21 avril 2013
Le temps de l'innocence d'Edith Wharton
Dans le New York flamboyant de la fin du XIXe siècle, Newland Archer est un jeune homme de la haute bourgeoisie. Promis à un avenir brillant, il est sur le point d'annoncer ses fiançailles avec la pure May Welland quand un soir, à l'Opéra, tous les regards se tournent vers une loge ... L'apparition de la belle Comtesse Olenska, la scandaleuse cousine de May qui a eu l'audace de quitter son mari, va bouleverser sa vie. Comment, dans une société qui broie les êtres et sacrifie les amours, peut-on préserver l'innocence ? (J'ai Lu)
New York en cette fin du dix-neuvième siècle est une ville avec sa haute bourgeoisie et ses codes, où le scandale est une honte suprême et où la décence est de mise : "C'est ainsi dans ce vieux New York, où l'on donnait la mort sans effusion de sang; le scandale y était plus à craindre que la maladie, la décence était la forme suprême du courage, tout éclat dénotait un manque d'éducation.".
C'est dans cet univers aux codes bien définis qu'évolue Newland Archer, jeune homme promis à un bel avenir, sur le point d'annoncer ses fiançailles avec la douce et discrète May Welland.
Mais voilà, son petit univers où l'imprévisible n'a pas sa place va être chamboulé par l'arrivée de la comtesse Olenska, la cousine de sa future femme à la réputation ô combien sulfureuse.
Rendez-vous compte, elle a eu le toupet de quitter son mari et ne se comporte absolument pas comme une femme du monde le devrait : "Une femme du monde, à New York, n'aurait pas appelé sa servante "ma chère", et ne l'aurait pas envoyée faire une course en lui prêtant sa sortie de bal : Archer goûtait un plaisir d'une qualité rare à se trouver dans un monde où l'action jaillissait de l'émotion.".
Newland Archer se pose beaucoup de questions, commence à craindre le mariage et l'aliénation qu'il représente : "Mais une fois marié, que deviendrait cette étroite marge que se réservait sa personnalité ? Combien d'autres, avant lui, avaient rêvé son rêve, qui graduellement s'étaient enfoncés dans les eaux dormantes de la vie fortunée !", la fin de son innocence en quelque sorte et le commencement d'une vie où l'aventure et l'imprévu n'ont pas leur place : "Il songeait à la platitude de l'avenir qui l'attendait et, au bout de cette perspective monotone, il apercevait sa propre image, l'image d'un homme à qui il n'arriverait jamais rien.".
Edith Wharton a le chic de raconter la société New Yorkaise comme personne, d'en décrypter ses codes et d'en montrer ses entraves à travers le prisme de ses personnages.
Ce roman en est une parfaite illustration, car l'auteur a basé son récit uniquement sur des confrontations mondaines, sans s'attarder à décrire les lieux ou les personnes.
Son propos est bien de montrer au lecteur les codes régissant la haute bourgeoisie New Yorkaise, son récit n'est ponctué que de dialogues ou de réflexions de Newland Archer, Edith Wharton va ainsi à l'essentiel et offre au lecteur les clés de la société New Yorkaise, celle où il faut taire ses pensées, dissimuler ses passions, en somme, se fondre dans le moule pour être accepté par l'élite : "La solitude, c'est de vivre parmi tous ces gens aimables qui ne vous demandent que de dissimuler vos pensées.".
Cela se passe au dix-neuvième siècle mais ce propos est toujours d'actualité, preuve s'il en était besoin que les romans d'Edith Wharton ont un côté intemporel et indémodable.
Belle étude des moeurs et des pensées que l'auteur a bâtie autour d'un personnage central : Newland Archer.
Cet homme appartient à la haute bourgeoisie New Yorkaise mais il a des idées en avance sur son époque et se trouve tiraillé entre deux mondes, deux modes de pensée, et surtout deux femmes.
Il serait trop facile et réducteur de mettre la douce May Welland dans la catégorie oie blanche et Ellen Olenska dans celle de briseuse de ménage.
Elles sont toutes les deux bien plus profondes que cela et ont entre elles une forme de respect mutuel, d'entente tacite.
Ainsi, May Welland n'est ni aveugle ni sotte, elle se rend compte que des sentiments contradictoires agitent son fiancé et elle lui offre l'opportunité de vivre une autre vie.
Newland Archer a fait son choix et même s'il éprouve des regrets au cours de sa vie, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même et remercier sa femme si intelligente d'avoir su voir en lui et de lui avoir proposé d'ouvrir sa cage pour qu'il prenne son envol.
May Welland a même un côté manipulateur allant à l'encontre du postulat angélique dont elle est pourtant parée au début du roman.
Quant à Ellen Olenska, j'ai trouvé à ce personnage féminin une grâce et une ligne de conduite qui sont tout à son honneur.
Elle aurait pu être une briseuse de ménage, continuer à attirer sur elle la condamnation des gens bien pensants, mais elle est intelligente et est une femme de coeur, tout comme May Welland dont elle n'est d'ailleurs à aucun moment la rivale alors qu'elles auraient pu se crêper le chignon en se disputant l'amour de Newland Archer.
Elle est une femme libre qui a su s'affranchir du joug de son mari à une époque où cela n'était pas bien vu d'agir ainsi.
Il m'est difficile de dire laquelle de ces deux femmes je préfère, d'ailleurs je ne choisis pas car elles se valent l'une comme l'autre tout en étant très différentes de caractère mais je reconnais que je pencherai plus vers l'esprit libre d'Ellen Olenska que celui manipulateur de May Welland.
Au final, tout cela n'est que mise en scène où chacun doit jouer le rôle qui lui a été attribué, et ce n'est pas innocent que la première et l'avant dernière scènes se situent au théâtre.
Je suis curieuse de voir ce que donne l'adaptation cinématographique de Martin Scorcese.
"Le temps de l'innocence" est un petit bijou d'Edith Wharton qui dresse un portrait quelque peu cynique de la haute société New Yorkaise sans toutefois la condamner.
A lire pour ce portrait sans concession de la bourgeoisie New Yorkaise de la fin du dix-neuvième siècle qui en un peu plus d'un siècle n'a finalement pas tant évoluée que cela.
Livre lu dans le cadre du challenge Edith Wharton
Livre lu dans le cadre du challenge New York en littérature 2013
Challenge Agatha Christie
George a lancé en novembre 2010 un challenge Agatha Christie à l'occasion du 120ème anniversaire de la naissance de l'auteur, d'un hors-série du magazine Lire et des rééditions des romans chez Masque avec les couvertures originales.
J'ai quelques romans de cette auteur en attente, après quelques années sans toucher un Agatha Christie j'ai commencé à relire des livres de cette auteur et George a très gentiment accepté de m'inscrire à son challenge ainsi que de prendre en compte un billet rétroactif sur "Dix brèves rencontres".
Me voilà participant donc à ce challenge !
Ce challenge est illimité dans le temps et le principe est simple :
- lire autant de roman(s) qu'on le souhaite de cette auteur, voire l'intégralité de l'oeuvre
- voir une ou plusieurs adaptations télévisées ou cinématographiques de ses oeuvres.
Mes découvertes/redécouvertes des romans d'Agatha Christie :
- Dix brèves rencontres
- Le flux et le reflux
- Les vacances d'Hercule Poirot
- La nuit qui ne finit pas
J'ai quelques romans de cette auteur en attente, après quelques années sans toucher un Agatha Christie j'ai commencé à relire des livres de cette auteur et George a très gentiment accepté de m'inscrire à son challenge ainsi que de prendre en compte un billet rétroactif sur "Dix brèves rencontres".
Me voilà participant donc à ce challenge !
Ce challenge est illimité dans le temps et le principe est simple :
- lire autant de roman(s) qu'on le souhaite de cette auteur, voire l'intégralité de l'oeuvre
- voir une ou plusieurs adaptations télévisées ou cinématographiques de ses oeuvres.
Mes découvertes/redécouvertes des romans d'Agatha Christie :
- Dix brèves rencontres
- Le flux et le reflux
- Les vacances d'Hercule Poirot
- La nuit qui ne finit pas
samedi 20 avril 2013
Dans ma bibliothèque - Episode 2 Un samedi livresque
Aujourd'hui, deuxième épisode de "Dans ma bibliothèque", afin de vous présenter les petits nouveaux du jour.
Car aujourd'hui fut un samedi livresque !
Tout a commencé ce matin où je suis partie faire du change dans Paris.
Par le plus pur des hasards, je suis allée dans le quartier latin pour trouver une agence de change, la présence des bouquinistes étant totalement étrangère à mon choix.
Le change effectué, je me suis rendue compte qu'il y avait des bouquinistes juste à portée de pas, je me suis dit que ça serait vraiment trop bête de ne pas aller y jeter un oeil.
J'y suis allée, j'ai chiné, toujours par le plus pur des hasards, il se trouve que j'avais sur moi une liste de livres notés au cours de mes pérégrinations sur des blogs ou lors de discussions, je suis donc repartie avec quelques livres.
(Pourquoi ai-je l'impression de ne pas être crédible une seconde ? Comme s'il n'y avait que des bureaux de change dans le quartier latin ou alors qu'ils proposaient les taux de change les plus avantageux. Et c'est bien connu que tout le monde se promène tout le temps avec une liste de livres sur soi.)
Oui bon d'accord, je suis faible, j'ai cédé à ma pulsion d'achat de livres, me cacher la vérité n'est pas bien, n'importe quel psy me le dirait.
Voilà le résultat des courses, avec un seul livre acheté à tarif plein ("Etoiles" de Simonetta Greggio pour le Club des Lectrices de mai), le reste étant des occasions (dit-elle fière et attendant qu'on lui remette une médaille pour tant de sagesse et de retenue) :
Quelques lectures mâtinées d'Italie, soit par l'auteur soit par le lieu de l'action :
- "Etoiles" de Simonetta Greggio
- "Les mains nues" de Simonetta Greggio (le résumé m'a plu)
- "Avec vue sur l'Arno" de Forster
Une plongée dans la Première Guerre Mondiale avec :
- "Le feu" de Henri Barbusse
- "A l'ouest rien de nouveau" d'Erich Maria Remarque (apparemment ce livre doit être étudié à l'école car la pile d'occasions était impressionnante)
Une immersion dans l'Amérique :
- "Les raisins de la colère" de John Steinbeck (excuse : mon père voulait le relire)
- "Des souris et des hommes" de John Steinbeck
- "Une rose pour Emily et autres nouvelles" de William Faulkner
Et pour finir :
- "Chocolat amer" de Laura Esquivel
- "L'énigme des Blancs-Manteaux" de Jean-François Parot (non mais Nicolas le Floch ! Ca veut tout dire)
Inutile de le photographier, mais j'ai aussi trouvé un plan poche plastifié de New-York, étant donné que ça approche ça serait bien que je puise me repérer sans trop faire touriste (ou alors je me le tamponne tout de suite sur le front comme ça on en parlera plus).
Et à la caisse, j'ai cru que c'était Noël, la vendeuse m'annonce que j'ai des livres offerts, elle me tend une pile en me précisant que je peux en choisir deux.
Résultat, j'ai sauté sur "La confusion des sentiments" de Stefan Zweig et je me suis laissée tenter par un policier "Froid comme la tombe" de Peter Robinson.
Tout aurait pu s'arrêter là, mais quand il n'y en a plus, il y en a encore !
J'avais des livres à rendre à ma bibliothèque cet après-midi, et ma bibliothèque a eu la fabuleuse idée il y a deux ans de mettre des bacs à l'entrée dans lesquels ils mettent soit des surplus de livres ne pouvant être mis en bibliothèque soit ce sont des personnes qui y déposent les livres dont elles ne veulent plus.
Le principe est simple : chacun est libre d'y déposer des livres et/ou de s'y servir, de les remettre après lecture ou de les garder, bref c'est un libre-service de livres
Des fois il n'y a rien, et d'autres fois la moisson est bonne
Aujourd'hui la moisson n'a pas été trop mauvaise, l'avantage de ces bacs c'est que j'y déniche des livres qui ne sont plus édités ou alors je me laisse tenter par des lectures vers lesquelles je ne serai pas forcément allée.
En vrac :
- "World War Z" de Max Brooks (alors là, ça sera surprise à la lecture)
- "Une mort secrète" de Richard Ford (le résumé me tentait beaucoup)
- "Le dernier voyage d'Horatio II" d'Edouardo Mendoza (pour continuer à découvrir la littérature espagnole)
- "Ne réveillez pas les morts" de Deborah Crombie (déjà lu une enquête avec son couple d'inspecteurs, j'avais bien aimé)
- "Le mort saisit le vif" de Henri Troyat (parce que c'est Troyat et que c'est comme ça)
- "Les volcans et la dérive des continents" de Haroun Tazieff (pure curiosité)
Il ne me reste plus qu'à faire de la place sur les rayonnages de bibliothèques et sur ce, je vais terminer ma lecture du "Temps de l'innocence" d'Edith Wharton.
Car aujourd'hui fut un samedi livresque !
Tout a commencé ce matin où je suis partie faire du change dans Paris.
Par le plus pur des hasards, je suis allée dans le quartier latin pour trouver une agence de change, la présence des bouquinistes étant totalement étrangère à mon choix.
Le change effectué, je me suis rendue compte qu'il y avait des bouquinistes juste à portée de pas, je me suis dit que ça serait vraiment trop bête de ne pas aller y jeter un oeil.
J'y suis allée, j'ai chiné, toujours par le plus pur des hasards, il se trouve que j'avais sur moi une liste de livres notés au cours de mes pérégrinations sur des blogs ou lors de discussions, je suis donc repartie avec quelques livres.
(Pourquoi ai-je l'impression de ne pas être crédible une seconde ? Comme s'il n'y avait que des bureaux de change dans le quartier latin ou alors qu'ils proposaient les taux de change les plus avantageux. Et c'est bien connu que tout le monde se promène tout le temps avec une liste de livres sur soi.)
Oui bon d'accord, je suis faible, j'ai cédé à ma pulsion d'achat de livres, me cacher la vérité n'est pas bien, n'importe quel psy me le dirait.
Voilà le résultat des courses, avec un seul livre acheté à tarif plein ("Etoiles" de Simonetta Greggio pour le Club des Lectrices de mai), le reste étant des occasions (dit-elle fière et attendant qu'on lui remette une médaille pour tant de sagesse et de retenue) :
Quelques lectures mâtinées d'Italie, soit par l'auteur soit par le lieu de l'action :
- "Etoiles" de Simonetta Greggio
- "Les mains nues" de Simonetta Greggio (le résumé m'a plu)
- "Avec vue sur l'Arno" de Forster
Une plongée dans la Première Guerre Mondiale avec :
- "Le feu" de Henri Barbusse
- "A l'ouest rien de nouveau" d'Erich Maria Remarque (apparemment ce livre doit être étudié à l'école car la pile d'occasions était impressionnante)
Une immersion dans l'Amérique :
- "Les raisins de la colère" de John Steinbeck (excuse : mon père voulait le relire)
- "Des souris et des hommes" de John Steinbeck
- "Une rose pour Emily et autres nouvelles" de William Faulkner
Et pour finir :
- "Chocolat amer" de Laura Esquivel
- "L'énigme des Blancs-Manteaux" de Jean-François Parot (non mais Nicolas le Floch ! Ca veut tout dire)
Inutile de le photographier, mais j'ai aussi trouvé un plan poche plastifié de New-York, étant donné que ça approche ça serait bien que je puise me repérer sans trop faire touriste (ou alors je me le tamponne tout de suite sur le front comme ça on en parlera plus).
Et à la caisse, j'ai cru que c'était Noël, la vendeuse m'annonce que j'ai des livres offerts, elle me tend une pile en me précisant que je peux en choisir deux.
Résultat, j'ai sauté sur "La confusion des sentiments" de Stefan Zweig et je me suis laissée tenter par un policier "Froid comme la tombe" de Peter Robinson.
Tout aurait pu s'arrêter là, mais quand il n'y en a plus, il y en a encore !
J'avais des livres à rendre à ma bibliothèque cet après-midi, et ma bibliothèque a eu la fabuleuse idée il y a deux ans de mettre des bacs à l'entrée dans lesquels ils mettent soit des surplus de livres ne pouvant être mis en bibliothèque soit ce sont des personnes qui y déposent les livres dont elles ne veulent plus.
Le principe est simple : chacun est libre d'y déposer des livres et/ou de s'y servir, de les remettre après lecture ou de les garder, bref c'est un libre-service de livres
Des fois il n'y a rien, et d'autres fois la moisson est bonne
Aujourd'hui la moisson n'a pas été trop mauvaise, l'avantage de ces bacs c'est que j'y déniche des livres qui ne sont plus édités ou alors je me laisse tenter par des lectures vers lesquelles je ne serai pas forcément allée.
En vrac :
- "World War Z" de Max Brooks (alors là, ça sera surprise à la lecture)
- "Une mort secrète" de Richard Ford (le résumé me tentait beaucoup)
- "Le dernier voyage d'Horatio II" d'Edouardo Mendoza (pour continuer à découvrir la littérature espagnole)
- "Ne réveillez pas les morts" de Deborah Crombie (déjà lu une enquête avec son couple d'inspecteurs, j'avais bien aimé)
- "Le mort saisit le vif" de Henri Troyat (parce que c'est Troyat et que c'est comme ça)
- "Les volcans et la dérive des continents" de Haroun Tazieff (pure curiosité)
Il ne me reste plus qu'à faire de la place sur les rayonnages de bibliothèques et sur ce, je vais terminer ma lecture du "Temps de l'innocence" d'Edith Wharton.
Le roman du mariage de Jeffrey Eugenides
Le Roman du mariage est l'histoire de trois étudiants américains, une fille et deux garçons, qui se rencontrent à l'université de Brown, au début des années 80. Ensemble, ils découvrent avec exaltation la littérature, le sexe, Roland Barthes et les Talking Heads. Madeleine tombe sous le charme de Leonard, Mitchell tombe sous le charme de Madeleine. Tel un personnage de Jane Austen, la jeune femme se retrouve au coeur d'un dilemme, entre l'amant maniaco-dépressif et le gendre idéal attiré par la spiritualité. Mais l'Amérique de Reagan n'est pas l'Angleterre victorienne, et l'amour n'a plus le même sens.
Le vrai sujet de ce livre est peut-être celui du passage à l'âge adulte. Madeleine, Leonard et Mitchell sont les héros d'une nation d'adolescents hypersexués et idéalistes. Comme les soeurs Lisbon de Virgin Suicides ou l'hermaphrodite de Middlesex, Madeleine fait l'apprentissage de la féminité en perdant son innocence, sans renoncer pour autant à toutes ses illusions.
Acclamé dans le monde entier, ce nouveau livre de Jeffrey Eugenides, dix ans après Middlesex, réinvente l'idée même d'intrigue conjugale. D'un classique triangle amoureux, Eugenides tire un roman magistral, une comédie dramatique étincelante qui est aussi le portrait d'une génération. (Editions de l'Olivier)
J'étais curieuse de lire ce livre, à la fois parce que Jeffrey Eugenides est un auteur qui se fait très rare et dont j'avais énormément apprécié le très beau "Virgin Suicides", mais aussi parce que j'avais lu une présentation de ce roman comme une histoire à la Jules et Jim.
Déjà, pour le côté trio amoureux à la Jules et Jim, je ne peux que vous inviter à revoir le magnifique film de François Truffaut car ici il n'en est point question.
Ce n'en est même pas une sous-version, le tourbillon de la vie est totalement absent de cette histoire.
Je n'ai pas franchement apprécié les personnages, notamment celui de Madeleine qui a plutôt eu tendance à m'agacer tout au long du roman, à la fois par son côté naïf et découverte du sentiment amoureux et de ses paradoxes : "La solitude était extrême parce qu'elle n'était pas physique. Elle était extrême parce qu'on la ressentait alors qu'on était en compagnie de l'être aimé. Elle était extrême parce qu'elle était dans votre tête, le lieu le plus solitaire qu'il soit.", mais aussi par son aveuglement et son manque total de reconnaissance.
Je reconnais pourtant que le caractère amoureux est bien traité par l'auteur, il rend bien le fait que Madeleine amoureuse ne jure plus que par Leonard, qu'elle se croit plus forte que tout et tout le monde et que, bien entendu, ce qui arrive aux autres ne lui arrivera pas car son couple est différent : "Mais, comme toute personne amoureuse, Madeleine était convaincue que son couple à elle était différent de tous les autres, immunisé contre les problèmes ordinaires.".
Le problème, c'est que Madeleine manque de charisme à mes yeux, et même si cet aspect est bien traité par l'auteur je n'y ai pas pris de plaisir à la lecture.
Passons à Leonard, alors là, il cumule tout : le manque absolu de charisme, sa maladie : la maniaco-dépression, le manque total de gentillesse, de tendresse, ce qui en fait un personnage énervant au plus haut point et dont au final le lecteur ne sait pas tant de choses sur lui.
Il est à mon avis trop peu décrit pour que le lecteur puisse bien le cerner et il n'est là que pour ôter toute raison à Madeleine et l'entraîner avec lui dans une spirale quasi destructrice.
Mais là aussi, le côté dramatique n'est pas exploité, l'auteur préférant faire une pirouette à la fin du livre alors qu'à mon sens le drame aurait été plus logique dans la construction de son histoire et de ses personnages.
Vient enfin le personnage de Mitchell, c'est de loin celui que j'ai préféré mais qui est à mon goût peu utilisé.
Il disparaît pendant une partie de l'histoire alors qu'il aurait pu en être véritablement le troisième maillon et redonner une dynamique à l'ensemble.
Il a des aspects très intéressants mais qui sont peu mis en valeur par l'auteur, dommage car c'est bien le seul qui a su un tantinet me toucher et a fait que j'ai terminé cette lecture pourtant laborieuse.
J'ai également trouvé que de placer l'histoire dans le début des années 80 avec des relations sexuelles libérées ôtait presque toute pudeur à l'histoire, alors que j'en aurais préféré plus dans ce trio amoureux.
Et puis les autres personnages sont mal ou peu exploités, ils ne servent à l'auteur qu'à synthétiser les points essentiels sur les lesquel il a bâti son histoire.
Ainsi Alwyn, la soeur de Madeleine, est très peu présente et n'est là que pour balancer quelques phrases bien pensées sur le féminisme et la non-égalité entre femmes et hommes : "Tu crois que les choses ont changé, qu'on est arrivé à une sorte d'égalité des sexes, que les hommes ne sont plus les mêmes, mais j'ai une mauvaise nouvelle pour toi : c'est faux. Les hommes sont toujours aussi salauds et égoïstes que l'était papa. Que l'est papa.".
A mon sens ce n'est pas le portrait d'une génération mais plus un supermarché où le lecteur vient piocher les grandes idées des années 80.
Il est beaucoup question de littérature et de grands auteurs dans ce roman, c'est bien l'un des seuls aspects qui a trouvé grâce à mes yeux bien que par moment l'auteur se perde dans des dissertations philosophiques sur certaines oeuvres.
Quant à la construction de l'histoire, je n'ai pas du tout aimé le choix de l'auteur de partir sur une situation présente pour systématiquement revenir pendant des pages et des pages sur des situations passées pour revenir au présent.
C'est une construction chronologique désorganisée qui plaît sans doute à des personnes, ce n'est absolument pas mon cas.
"Le roman du mariage" de Jeffrey Eugenides n'a ni la grâce ni la beauté de "Virgin Suicides", les personnages manquent pour beaucoup de charisme et le trio amoureux n'a ni la saveur ni la complexité de celui de Jules et Jim.
En somme, un tourbillon de la vie ennuyeux au possible et dans lequel je n'ai surtout pas envie de retrouver les personnages mais juste les perdre de vue.
Une déception littéraire.
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