mercredi 16 novembre 2016
Ella Mahé Tome 2 Princesse des sables de Maryse et Jean-François Charles et Francis Carin
Ella Mahé se remet doucement du départ de ce mufle de Thomas Reilly. Après avoir pérégriné quelques jours en touriste, il est temps pour elle de se souvenir qu'elle est en Égypte à l'invitation du musée du Caire. Son conservateur, séduit par l'expertise française en matière de restauration de manuscrits anciens, la prie de se rendre à Ismaïlia, la perle du canal de Suez, pour apporter ses bons soins à une réserve précieuse d’ouvrages. Sur la route qui relie Le Caire à Ismaïlia, Ella Mahé est fascinée par les paysages traversés, comme si elle y avait vécu. (Glénat)
Dans ce second tome, le lecteur retrouve Ella Mahé seule : "J'avais préféré m'abstenir de visiter la nécropole thébaine par crainte de croiser à nouveau ce mufle de Thomas Reilly qui m'avait dit participer à des fouilles dans la Vallée des Reines.", sur le point de prendre son poste au musée du Caire.
Sa première mission consiste à restaurer des manuscrits en rapport avec la construction du canal de Suez au musée d'Ismaïlia.
Au cours de son travail et en fouillant dans la bibliothèque, Ella Mahé trouve le récit de l'ingénieur Français Frédéric Labadie qui a supervisé les travaux en 1864.
Et là, quelle n'est pas sa surprise d'y découvrir que les travaux ont été retardés par plusieurs sabotages dont l'explication est fournie à Frédéric Labadie par l'un des ouvriers : à l'endroit même où l'ingénieur veut faire sauter la roche à l'explosif se trouve le tombeau d'une princesse antique à laquelle les habitants rendent toujours hommage : "Au village on l'appelait "La princesse des sables". Elle avait des talents de guérisseuse et des pouvoirs magiques. Elle avait aussi une particularité : ses yeux n'étaient pas de la même couleur. L'un était bleu et l'autre noir.".
C'est ainsi qu'Ella Mahé recroise la route de la mystérieuse princesse aux yeux vairons comme elle.
Ce deuxième tome est aussi réussi que le premier, cette fois-ci l'intrigue moderne y prend moins de place et la majorité de l'histoire est consacrée à Frédéric Labadie.
Cette partie a été confiée au dessinateur Francis Carin, dont j'ai apprécié le trait de crayon et qui a su redonner vie à cette période importante de l'histoire de l'Egypte.
Le personnage de Frédéric Labadie est intéressant, né d'un père Français et d'une mère Egyptienne il partage les deux cultures mais surtout celle Egyptienne.
C'est pourquoi les hommes du chantier finissent par lui faire confiance et lui avouer la raison pour laquelle ils ne cessent de saboter le chantier.
Plutôt que de se fâcher, Frédéric Labadie comprend la fascination qu'exerce cette princesse à l'occasion de la visite de son tombeau et du mystère qu'il renferme : "Un présent des dieux, monsieur Labadie.", et c'est Clara, une jeune journaliste dont il est tombé amoureux, qui va lui suggérer l'idée de déplacer l'intégralité du tombeau plutôt que de le détruire : "Ce qui importe, c'est de trouver une nouvelle sépulture pour la princesse.".
Ella Mahé comprend alors que le tombeau de la princesse n'est plus dans son lieu d'origine qui est aujourd'hui recouvert par le canal de Suez.
Le scénario est toujours aussi bien construit, je ne m'attendais pas à ce que l'intrigue remonte jusqu'au 19ème siècle, ce fut une belle surprise.
Quant au graphisme, il est toujours aussi beau et constitue l'un des attraits majeurs de cette série.
"Princesse des sables" est un très bon deuxième tome de la série "Ella Mahé" dont la fin ne donne qu'une envie : se précipiter sur le troisième.
mardi 15 novembre 2016
Ella Mahé Tome 1 La fille aux yeux vairons de Maryse et Jean-François Charles et André Taymans
Elle s’appelle Ella, Ella Mahé. Restauratrice de manuscrits anciens, elle profite d’une commande du musée du Caire pour visiter quelques-uns des hauts lieux historiques de l’Égypte ancienne. Sur le site d’Abou Simbel, elle rencontre Thomas Reilly, archéologue, petit-fils d’Henry Reilly, qui mit à jour dans les années 20, avec l’équipe de Howard Carter, la tombe de Toutankhamon. Marchant dans les pas de son grand-père, Thomas recherche la tombe d’une princesse de la 18e dynastie. Cette princesse sans nom avait une particularité physique peu commune : des yeux vairons, l’un noir, l’autre bleu. Tout comme ceux d’Ella Mahé. (Glénat)
Ella Mahé est restauratrice de manuscrits anciens, à l'occasion d'un travail pour le musée du Caire elle en profite pour découvrir, pour la première fois, l'Egypte et ses sites archéologiques historiques.
Dans l'avion vers Abou Simbel elle rencontre Thomas Reilly, petit-fils de Henry Reilly qui participât à la découverte du tombeau de Toutankhamon.
Lui recherche une mystérieuse princesse connut sous le nom de "Celle qui n'a pas de nom" qui partage deux points communs avec Ella Mahé : elles sont aussi maladroites l'une que l'autre et elles ont les yeux vairons : "Aucun trait n'était représenté sur le visage, hormis des yeux vairons, comme les miens.".
Mais Thomas finit par disparaître et Ella se retrouve seule avec le carnet de son grand-père dont elle découvre alors l'histoire et la quête pour cette mystérieuse princesse Egyptienne.
Après la magnifique série "War and Dreams" et celle envoûtante et exotique d' "India Dreams", j'ai décidé de découvrir une nouvelle série signée du couple Maryse et Jean-François Charles.
Il faut dire que dès ma première lecture je suis tombée sous le charme du graphisme, des dessins et de la mise en couleur sous forme d'aquarelles.
La série "Ella Mahé" est un peu plus particulière car le couple Charles a décidé de faire une série chorale courte : quatre tomes la composent, ils ont été publiés volontairement sur un an afin de ne pas traîner dans le temps; mais aussi de faire appel pour chaque tome à un autre dessinateur.
Pourquoi ce partage ?
Tout simplement parce que Jean-François Charles s'est réservé les dessins consacrés au récit présent d'Ella Mahé tandis que chaque dessinateur invité a dessiné la partie centrale de chaque tome faisant revivre un épisode du passé, toujours en lien avec le présent et les aventures d'Ella Mahé.
André Taymans signe donc les planches retraçant le parcours de Henry Reilly, un choix intéressant car son style tranche avec celui de Jean-François Charles.
Le scénario, signé par Maryse et Jean-François Charles, est astucieux car il aiguise la curiosité et n'en dévoile pas trop, la fin de ce premier tome est en tout cas pleine de mystère et soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponse.
Le personnage d'Ella Mahé est une jeune femme attachante qui a décidé de ne plus succomber à la tentation de l'amour : "Moi, les histoires d'amour, ça me laisse indifférente ! Il n'y a que dans les contes de fée qu'elles se terminent bien !", mais qui va pourtant craquer pour le beau et mystérieux Thomas Reilly.
La pauvre jeune femme n'est pas au bout de ses surprises, et l'histoire n'est qu'à son commencement car ce premier tome sert à faire sa connaissance et plante le contexte historique et le mystère qui entoure la vie et la mort de cette mystérieuse princesse Égyptienne.
La partie historique est également très bien faite, même si le style est différent cela ne choque pas et s'insère bien dans l'ensemble.
Il est ici question de la grande époque des fouilles archéologiques dans les années 20, Henry Reilly est un passionné qui va devoir sacrifier beaucoup pour peu de choses, mais il consacrera sa vie à rechercher des traces de la mystérieuse princesse dont il n'a fait qu'entrapercevoir le tombeau, ce qui lui a valu des déboires : "Sous ton terrain de fouilles, il y a une cachette. Tu dois abandonner tes recherches ou tu mourras à ton tour.".
L'Egypte antique est une de mes périodes préférées de l'histoire, j'ai été servie car l'intrigue est non seulement captivante mais cela m'a permis de voyager par procuration en Egypte en découvrant à travers les yeux d'Ella Mahé les principaux sites d’importance.
Je trouve cette série très bien faite, en tout cas le premier tome donne envie de découvrir la suite.
Et puis c'est toujours un bonheur que de retrouver le superbe graphisme de Jean-François Charles, j'aime énormément son travail car je trouve que son recours à l'aquarelle donne une dimension artistique gracieuse à l'ensemble.
Une nouvelle fois Maryse et Jean-François Charles ne m'ont pas déçue je vous invite à découvrir sans plus attendre l'envoûtante et mystérieuse série "Ella Mahé".
lundi 14 novembre 2016
Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) de Ken Loach
Daniel Blake (Dave Johns) est un menuisier Anglais de 59 ans, contraint pour la première fois de sa vie à faire appel à l'aide sociale pour survivre.
Suite à des problèmes cardiaques, son médecin refuse qu'il reprenne le travail, mais paradoxalement, suite à une évaluation médicale réalisée par une tierce personne d'une compagnie il se voit refuser de toucher une indemnité maladie.
Il doit alors chercher un travail sous peine de sanction.
Lors d'un rendez-vous au "job center", il vient en aide à Katie (Hayley Squires), une mère célibataire de deux enfants qui se heurte elle aussi à la rigueur de l'administration et qui a été contrainte d'accepter un logement à 450 kilomètres de sa famille pour ne pas être placée en foyer avec ses deux enfants.
Daniel et Katie vont alors s'entraider.
Après avoir reçu une Palme d'Or pour "Le vent se lève", je me demandais bien pourquoi Ken Loach en avait reçu une seconde, voire même je me suis dit que les membres du jury n'avaient franchement pas fait dans l'original.
Comme je suis curieuse, je suis allée voir "Moi, Daniel Blake".
Et j'ai compris pourquoi le jury Cannois avait décidé de primer ce film et ce réalisateur.
Tout d'abord, Ken Loach plonge le spectateur dans l'ambiance avec une ouverture sur un écran noir et un dialogue entre Daniel Blake et une personne d'une compagnie d'assurance cherchant à évaluer s'il doit ou non toucher des indemnités suite à ses problèmes cardiaques.
C'est stupide, complètement stupide, face à lui ce n'est pas une personne du corps médical mais quelqu'un qui coche ou non les cases.
Là, on comprend tout de suite que pour Daniel Blake c'est mal parti.
Et tout cela va bien entendu se confirmer tout au long du film.
Le personnage de Daniel Blake est humainement touchant, c'est quelqu'un de profondément droit et honnête, il ne comprend pas le système dans lequel il se retrouve, système qui va le broyer et le piétiner sans égard pour sa personne.
C'est sans doute cela qui permet de faire ressortir aussi bien le propos du film, Daniel est un homme intègre face à un système qui ne l'est pas, Daniel est un être humain qui éprouve des sentiments et de la compassion pour autrui, ce système n'est que des cases et des règles à respecter sous faute d'être sanctionné, même les êtres humains censés le régir répètent inlassablement les mêmes phrases tel des robots sans la moindre once d'humanité.
Il y a du Kafka là-dedans, et si au début cette situation grotesque prête à sourire bientôt il n'en est rien et c'est alors la colère face à tant d'injustice qui envahit le spectateur.
Mais il n'y a pas que Daniel qui se retrouve victime, Katie elle aussi fait les frais de ce système.
Daniel n'écoute que son cœur et vient en aide à cette famille, père de substitution pour Katie en somme et le grand-père qu'il n'a jamais pu être pour les deux enfants de cette dernière.
Dans tant d'inhumanité c'est beau tant de générosité gratuite, car la générosité c'est comme le sourire, ça ne coûte rien mais ça fait chaud au cœur.
Et puis quelle jubilation lorsque Daniel décide "de se lâcher" et refait la décoration du mur extérieur du "job center", parce qu'au bout d'un moment trop c'est trop et n'importe qui finit par devenir fou.
Pour interpréter ces deux personnages, Ken Loach a fait appel à deux inconnus, et pourtant l'alchimie fonctionne entre eux et surtout, ils sont criants de vérité, un peu à l'image de Vincent Lindon dans "La loi du marché", entouré de personnes dont le métier n'est pas d'être acteur (d'ailleurs ce film m'a rappelé dans une certaine mesure celui de Stéphane Brizé).
Ken Loach est un jeune homme de 80 printemps, il avait parlé d'arrêter le cinéma, fort heureusement il est revenu sur sa décision et a écrit ce très beau film.
Effectivement, c'est tout à fait dans la veine de ce réalisateur, on y retrouve des thèmes qui lui sont chers ainsi que sa façon de filmer.
Et à tous ceux qui critiquent Ken Loach en disant que c'est "un cinéaste de gauche pour des gens de droite", c'est tout simplement un cinéaste engagé qui n'hésite pas à dire et à filmer ce qu'il pense et ce en quoi il croit, et avec "Moi, Daniel Blake" il laisse parler son cœur et ça, c'est apolitique (d'ailleurs, si la politique était humaine ça se saurait).
"Moi, Daniel Blake" est un film essentiel et nécessaire dénonçant la manière dont une administration censée aider les plus démunis les rabaisse, au contraire, et les enfonce plus bas que terre.
Un film percutant et une Palme d'Or amplement méritée : celle du cœur, des émotions, de l'humain, du vrai.
dimanche 13 novembre 2016
Brooklyn de Colm Tóibín
Enniscorthy, sud-est de l'Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l'entremise d'un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s'occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l'idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l'Irlande.
À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires. Au début, le mal du pays la submerge, la laissant triste et solitaire. Puis, peu à peu, elle s'attache à la nouveauté de son existence. À son travail de vendeuse dans un grand magasin ou les premières clientes noires font une apparition timide qui scandalise les âmes bien-pensantes - sauf Eilis, qui, dans sa petite ville d'origine, n'a jamais connu le racisme. Au bal du vendredi à la paroisse du quartier. Aux cours du soir grâce auxquels elle se perfectionne en comptabilité. Dans ce rythme entre monotonie rassurante et nouveautés excitantes, Eilis trouve une sorte de liberté assez proche du bonheur. Et quand Tony, un Italien tendre, sérieux et très amoureux, entre dans sa vie, elle est convaincue que son avenir est tout tracé : elle deviendra américaine.
Mais un drame familial l'oblige à retraverser l'Atlantique pour un séjour de quelques semaines en Irlande. Au pays, Eilis est devenue une femme à la mode, désirable, parée du charme des exilées. Brooklyn, Tony, la vie américaine se voilent de l'irréalité des rêves. Un nouvel avenir l'attend dans la bourgade de son enfance : un homme prêt à l'épouser, un travail.
Deux pays, deux emplois, deux amours. Les possibilités inconciliables déferlent sur Eilis, lui infligeant cette petite mort que suppose l'impératif des choix. (Robert Laffont)
Dans les années 50, la jeune Eilis Lacey finit par quitter son Irlande natale et sa ville d'Enniscorthy pour tenter de trouver un travail et se bâtir un avenir de l'autre côté ce l'Atlantique, à New York, plus précisément dans le quartier de Brooklyn : "Jusqu'à présent, Eilis avait toujours cru qu'elle vivrait toute sa vie, comme sa mère avant elle, dans cette ville où elle était connue de tous; elle avait cru qu'elle garderait toute sa vie les mêmes amis, les mêmes voisins, les mêmes habitudes, les mêmes itinéraires. Elle avait imaginé qu'elle trouverait un emploi en ville et que, par la suite, elle épouserait quelqu'un et laisserait son travail pour élever ses enfants.".
Cette possibilité, et cette place de vendeuse dans un magasin, elle l'obtient grâce à sa sœur Rose et à un prêtre Irlandais parti à New York depuis plusieurs années.
Là-bas, elle connaît bien vite le mal du pays mais s'accroche, reprend des études en parallèle de son travail et croise le chemin de Tony, un Américain d'origine Italienne, dont elle finit par tomber amoureuse : "C'était un sourire chaleureux, sincère, indiquant à Eilis qu'elle avait affaire à un homme stable, presque mûr, et que, quelle que soit la nature de leur relation, en réalité, il ne plaisantait pas du tout.".
Mais un drame l'oblige à retourner en Irlande, Eilis se trouve alors déchirée entre sa mère, son pays natal, ses amis et sa rencontre avec Jim Farrell, la promesse d'un emploi dans sa ville natale; sa nouvelle vie à New York, son emploi, ses examens qu'elle a réussis avec succès, et son amour Tony.
C'est parce que j'ai vu il y a quelques mois l'adaptation cinématographique de ce roman par John Crowley et Paul Tsan avec la formidable Saoirse Ronan (et je n'en ai pas parlé sur le blog ...) que j'ai eu envie de lire le roman dont le film était tiré.
Mais j'ai décidé de laisser passer quelques mois, afin d'estomper un peu le film pour me plonger complètement dans le récit.
Au final le temps a passé mais l'effet du film ne s'est pas vraiment estompé, tout au long de ma lecture j'avais donc les images du film qui défilaient devant mes yeux.
J'ai d'ailleurs pu constater que cette adaptation était très fidèle au roman et aux personnages, si vous avez aimé le film vous aimerez donc le livre, et inversement.
C'était le premier roman de Colm Tóibín que je lisais mais je vais continuer à découvrir cet auteur car son style et sa narration m'ont beaucoup plu.
C'est très bien écrit, même si l'ensemble est assez psychologique, dans le sens basé sur la personne et le ressenti d'Eilis, et qu'il n'y a pas de véritable action, l'intrigue prend le temps d'être posée, tout comme les personnages, et l'histoire défile au fur et à mesure que le personnage d'Eilis évolue dans la vie et se découvre.
L'intrigue est bien entendu basée sur des faits réels, nombre d'Européens ont émigré aux Etats-Unis dans les années 40/50 dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure, et tout cela est raconté à travers le personnage d'Eilis.
Cette jeune femme est très touchante et attachante, elle connaît de dures épreuves, notamment la séparation d'avec sa famille, et se retrouve livrée à elle-même, d'abord dans une traversée où elle est malade comme un chien et où sa compagne de cabine finit par la prendre sous son aile, puis dans un pays et une ville qu'elle va découvrir au fur et à mesure.
Ce sont des épreuves difficiles à vivre, quelle que soit l'époque et l'âge auquel on y est confronté.
Le personnage d'Eilis évolue tout au long du roman et c'est un véritable plaisir que d'être peiné avec elle et d'éprouver la nostalgie qu'elle ressent ainsi que de découvrir sa transformation, de chrysalide en papillon, alors qu'elle se retrouvera une nouvelle fois confrontée à un cruel dilemme : rester auprès des siens en Irlande ou retrouver sa nouvelle vie à New York.
C'est une belle et profonde histoire qui a su m'émouvoir à travers le personnage de la sensible Eilis dont il est très facile, en tant que lecteur, de se rapprocher et d'éprouver de l'empathie.
"Brooklyn" est un beau roman sur l'épanouissement d'une jeune femme déchirée entre son Irlande natale et les Etats-Unis où elle a commencé à bâtir sa vie signé par Colm Tóibín, l'une des références de la littérature Irlandaise moderne.
samedi 12 novembre 2016
Sykes de Pierre Dubois et Dimitri Armand
Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l'Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire. Mais son nouveau héros n'est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux. Dès lors, Jim n'a plus qu'une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West. (Le Lombard - Signé)
Le principe de la collection Signé aux éditions Le Lombard est assez simple : réunir un ou plusieurs grands noms de la bande dessinée d'hier et d'aujourd'hui afin qu'ils collaborent autour d'un ouvrage.
Ici, c'est la rencontre de la nouvelle génération avec le dessinateur Dimitri Armand et de l'ancienne avec le scénariste Pierre Dubois (qui a signé "Capitaine Trèfle" dans cette même collection avec René Hausman) autour d'une histoire digne des plus grands westerns.
Le marshal "Sentence" Sykes est à la poursuite de la terrible bande des Clayton lorsqu'il croise le chemin du jeune Jim Starret, aux yeux de qui il apparaît comme un héros du far-west.
Malgré les avertissements, Jim Starret et sa mère n'ont pas fui leur demeure et la bande de Clayton y débarque dès la nuit tombée et assassine la mère de Jim sous ses yeux.
Il parvient à s'enfuir et rejoint la ville et Sykes, il décide alors de suivre coûte que coûte le marshal et son acolyte O'Malley dans leur traque de la bande des Clayton : "Ce gamin ne sera pas en paix tant que sa mère ne sera pas vengée. Faut qu'il crève l'abcès.".
C'est typiquement le genre d'histoire que j'aime lire en bande dessinée ou en roman, d'autant que le thème du western est plutôt rare de nos jours et ne se trouve que dans certaines collections ou maisons d'édition (Gallmeister notamment).
Outre la poursuite des méchants avec un marshal fine gâchette, blessé par la vie avec un cœur tendre sous une apparence dure, il y a une très belle relation qui se crée entre Sykes et Jim, pas vraiment une filiation père-fils mais plus l'apprentissage d'un homme d'expérience éprouvé par la vie envers un jeune garçon lui aussi éprouvé par la vie mais qui a encore une chance de s'en sortir et de ne pas sombrer : "Au tir, c'est pas la vitesse qui compte, Jim, c'est de savoir pourquoi on tire, contre qui on tire, pour quelle raison.".
Quoique ... l'époque était rude, l’apprentissage de la vie se faisait à la dure et mieux valait rester sur ses gardes pour ne pas être surpris par l'ennemi, quel qu'il soit, à commencer par ceux expropriant les fermiers installés depuis des années afin de récupérer leurs terres pour y construire le chemin de fer.
Tous les codes du western sont présents dans cette histoire, c'est extrêmement bien scénarisé et j'avoue éprouver une tendresse toute particulière pour la très belle, et touchante, conclusion de cette histoire.
Si j'avais déjà pu découvrir Pierre Dubois à travers une autre bande dessinée, je ne connaissais par contre pas du tout Dimitri Armand, un jeune dessinateur dont le coup de crayon m'a particulièrement plu et dont je vais me hâter de découvrir les autres œuvres.
"Sykes" est une très belle bande dessinée, une pure histoire du far-west dans la veine des plus grands westerns, à découvrir de toute urgence dans la décidément formidable collection Signé aux éditions Le Lombard.
lundi 7 novembre 2016
Amour, vampire et loup-garou de Marie-Aude Murail
Le jeune Nicolas s'est-il vraiment noyé à Montalivet ? Pourquoi le docteur Victor a-t-il confié à Sylvère Lomeret qu'il avait fait un faux rapport d'autopsie ? Et par qui a-t-il été assassiné, alors qu'il se rendait au CEPP, le Centre d'études des phénomènes paranormaux, pour y chercher des renseignements sur le vampirisme ? Sylvère Lomeret, journaliste à France 3 Région et à La Tribune de l'Ouest, risque d'avoir du mal à découvrir la vérité. Pour l'instant il est occupé à un reportage sans grand intérêt, au CEPP, justement. La vocation du centre est de démontrer que les phénomènes dits paranormaux ont toujours une explication rationnelle. Il offre cinq cent mille francs à toute personne capable de faire preuve, dans des conditions extrêmement surveillées, d'un don de télépathie, de télékinésie ou autre. Les candidats se pressent et repartent toujours bredouilles. Au programme ces jours-ci, une pseudo-télépathe hystérique et une prétendue maison hantée. Anatole Le Lyonnais, le directeur, ricane d'avance. Mais son élève et assistante, Marianne, est moins sereine, surtout depuis qu'elle a entendu ce halètement étrange, juste derrière elle, dans le parking souterrain désert. Elle n'en a parlé à personne. C'est alors qu'entre en scène un jeune homme, Hugo Knocker, soi-disant étudiant en psychiatrie. Il a de sérieuses difficultés d'élocution, un problème avec les manches de son pull-over et aussi avec la pleine lune, et son cerveau est facilement envahi par des pensées qui ne sont pas les siennes. Il ne lâche pas Marianne d'une semelle et cela déplaît profondément à Sylvère, qui est tombé fou amoureux d'elle, et qui compte bien sur la visite de la maison hantée pour lui faire des avances. (L'école des loisirs)
Je continue ma découverte de Marie-Aude Murail avec "Amour, vampire et loup-garou", tout un programme me direz-vous.
Plusieurs protagonistes interviennent dans ce roman : Marianne est l'assistante du directeur du CEPP - Centre d'Etudes des Phénomènes Paranormaux - Anatole le Lyonnais, mais elle est aussi en charge de sa famille : son frère, sa jeune sœur et sa mère, car cette dernière n'a pas vraiment l'attitude d'une adulte responsable; Sylvère Lomeret est le journaliste le plus sexy de la télévision et le tombeur de ces dames, mais il doit faire un reportage au CEPP, perspective qui ne l'enchante guère jusqu'à ce qu'il y croise Marianne; Hugo Knocker est un soi-disant étudiant en médecine mais dont le comportement est des plus étranges; tandis que dans le même temps des disparitions surviennent dans la région.
J'aime assez le mélange de tous ces personnages car il n'y en a pas un qui ressemble à l'autre, Marianne est la colonne vertébrale de tous les protagonistes et de l'intrigue.
J'aime le personnage de cette jeune femme obligée d'assumer le rôle de mère qui a surtout un gros cœur et ne souhaite laisser personne de côté : "Depuis quelques jours, quelque chose avait changé dans la vie de Marianne. Elle s'était toujours sentie responsable de son frère, de sa sœur, de sa mère, du monde entier. Mais jamais au point d'en être inquiète. Que s'était-il passé ?".
Je vais être honnête, ce roman s'adresse en priorité aux jeunes de 12/14 ans, l'intrigue n'est donc pas révolutionnaire et il ne faut pas s'attendre à beaucoup de surprises, certaines choses sont très prévisibles, mais j'ai trouvé que c'était bien écrit avec une intrigue à la fois prenante et amusante.
Ce n'est pas le côté fantastique de l'histoire qui m'a séduite mais plus les relations entre les personnages.
Ils sont tous hauts en couleur et j'ai apprécié les liens qui se nouent entre eux, cela m'a un peu rappelé ceux dans le roman "Simple" sans toutefois le côté émotionnel que j'ai pu ressentir dans ce dernier.
Il y a de l'humour dans l'histoire et certains personnages, comme Sylvère Lomeret, prêtent à sourire.
"Amour, vampire et loup-garou" fut une lecture divertissante et reste un roman sympathique qui s'adresse en priorité aux jeunes adolescent(e)s.
dimanche 6 novembre 2016
Retour sur les lectures d'octobre 2016
En octobre, j'ai eu un flair que même le meilleur limier n'aurait pas pu avoir : j'ai lu le Goncourt avant que celui-ci ait eu le Prix.
Je peux bien crâner, c'est la première fois de ma vie que ça m'arrive, et c'est complètement dû au hasard car j'ai lu le roman de Leïla Slimani parce qu'il m'intriguait de par son thème.
Sinon j'ai aussi lu la suite des aventures de "Miss Peregrine et les enfants particuliers" après avoir vu l'adaptation cinématographique, j'ai découvert qu'il existait un troisième et dernier tome, je suis d'ailleurs en train de le lire.
J'ai retrouvé avec plaisir la plume d'auteurs que j'apprécie tout particulièrement : le couple Maryse et Jean-François Charles pour leur série "Ella Mahé" en bande dessinée et Valentine Goby pour sa dernière oeuvre publiée, lue dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire.
J'ai aussi rigolé avec William Kotzwinkle et son ours écrivain, livre lu pour le Club des Lectrices.
En octobre j'ai continué à emprunter en bibliothèque (aïe ça s'accumule, j'ai intérêt à faire descendre la pile et à les rapporter en temps et en heure) et à lire de la jeunesse en complément d'autres lectures.
Novembre est déjà entamé mais je vous souhaite un bon mois de lectures avec l'automne qui a fini par s'installer.
Service de Presse
"Un paquebot dans les arbres" de Valentine Goby
Emprunté à la bibliothèque
"Walking Dead Tome 18 Lucille" de Robert Kirkman et Charlie Adlard
"Ella Mahé Tome 1 La fille aux yeux vairons" de Maryse et Jean-François Charles et André Taymans
"Ella Mahé Tome 2 Princesse des sables" de Maryse et Jean-François Charles et Francis Carin
"Ella Mahé Tome 3 Celle qui n'a pas de nom" de Maryse et Jean-François Charles et Brice Goepfert
"Ella Mahé Tome 4 La couleur des dieux" de Maryse et Jean-François Charles et Christophe Simon
"Amour, vampire et loup-garou" de Marie-Aude Murail
Divers
"Chanson douce" de Leïla Slimani
"L'ours est un écrivain comme les autres" de William Kotzwinkle
"Miss Peregrine et les enfants particuliers - Tome 2 Hollow City" de Ransom Riggs
jeudi 3 novembre 2016
Bridget Jones Baby de Sharon Maguire
Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ??? (AlloCiné)
Bridget
(Renée Zellweger) a bien changé : elle a rompu il y a quelques temps avec
Mark Darcy (Colin Firth) (mais pourquoi Bridget, pourquoi ?), elle a 43
ans, est toujours célibataire mais a bien progressé dans sa carrière, a arrêté
de fumer et a atteint son poids idéal.
Si Bridget
est devenue un parfait modèle de la femme, vous savez celui que les médias et
les âmes bien pensantes ne cessent de vanter et d’ériger en modèle de
perfection à atteindre absolument sous faute de rater sa vie (et de finir seule
dévorée par des dobermans), quel est alors l’intérêt de ce film ?
Et bien
Bridget part se changer les idées à un festival de musique, y rencontre Jack
(Patrick Dempsey) et s’envoie en l’air avec lui ; puis revoit Mark une
semaine après à un baptême et s’envoie en l’air avec lui.
Bridget
étant devenue écolo, elle a utilisé des préservatifs dits écolos et préservant
les dauphins, sauf que ces derniers étaient passés de date.
Bridget se
retrouve donc enceinte, et ne sait pas qui est le père de son enfant … mais si
auparavant elle se serait lamentée en écoutant à fond "All by
myself", Bridget va cette fois-ci prendre son destin en main et assumer.
J’ai un peu
hésité avant d’aller voir ce film, déjà parce que je craignais le réchauffé,
mais aussi parce que Bridget semblait être devenue une femme idéale, quel
intérêt alors si on ne peut plus se reconnaître en elle, avec ses kilos en
trop, ses listes de bonne résolution, ses déboires sentimentaux.
Je ne vous
cacherai pas que le tout, malgré une Bridget hésitante sur la paternité de son
futur enfant, est quand même bien polissé et lustré (les amies de Bridget sont
toutes mariées avec enfant, son ami gay est lui aussi en couple et va adopter),
bref point d’espoir d’une vie réussie en dehors du mariage et des marmots.
Et ça, ça a
tendance à m’agacer, par jalousie et par envie diront certains parce que je
n’ai rien de tout ça, mais je reste persuadée que la meilleure façon de vivre
est celle qui nous convient et que le bonheur ne passe pas forcément par une
vie en couple avec des enfants.
En dehors de
ce ressenti personnel, je reconnais que l’ensemble se tient, je trouve même ce
film bien mieux que le premier volet, j’hésite encore avec le deuxième.
Helen
Fielding, la créatrice de Bridget, a participé au scénario, mais celui-ci est
également l’œuvre de Dan Mazer et d’Emma Thompson, ce qui permet de créer de
nombreux rebondissements et une trame qui se déroule sur deux heures sans que
cela ne paraisse trop long.
On sourit
souvent, on rit aussi, j’ai quand même bien aimé cette nouvelle Bridget qui
aborde une nouvelle étape dans sa vie et pas forcément dans les meilleures
conditions, mais de façon plus posée.
Le
spectateur retrouve aussi les amis de Bridget, mais aussi sa succulente (et
givrée) mère interprétée par Gemma Jones ainsi que son flegmatique père
interprété par Jim Broadbent.
Ce sont deux
personnages que j’ai toujours beaucoup appréciés dans les deux précédents opus.
Exit Daniel
Cleaver (le film débute sur son enterrement), bonjour Jack, un nouvel homme
séduisant qui croise la route de Bridget, et qui se révèle plus dangereux qu’un
Daniel car il est charmant et pas bourré de défauts.
Autant dire
que la partie n’est pas gagnée pour Mark Darcy, j’ai apprécié la confrontation
entre ces deux personnages très différents, tout comme les acteurs.
L’un incarne
le Britannique dans toute sa splendeur et l’autre l’Américain, ma préférence va
évidemment à Mark Darcy.
D’autant que
je dois avouer que je ne connais pas trop Patrick Dempsey (non, je ne regarde
pas Greys Anatomy) et que cet acteur me laisse somme toute assez indifférente
(il a de beaux yeux, voilà).
Mais la
vraie révélation de ce nouvel opus, c’est le personnage du Dr Rawlings campée
par Emma Thompson.
Voilà un
personnage qui apporte un vent de fraîcheur à la franchise Bridget Jones, c’est
sans doute la plus belle invention du film.
Si j’ai passé un bon moment au cinéma devant cette comédie, j’espère toutefois que "Bridget Jones Baby" est bien le dernier opus de cette série.
Si j’ai passé un bon moment au cinéma devant cette comédie, j’espère toutefois que "Bridget Jones Baby" est bien le dernier opus de cette série.
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