dimanche 10 mars 2013
Des milliards de tapis de cheveux d'Andreas Eschbach
Quelque part aux confins de l'Empire, sur un monde oublié de tous... une petite planète apparemment anodine. Sauf que, depuis des temps immémoriaux, les hommes s'y livrent à une étrange occupation : tisseurs de père en fils, ils fabriquent des tapis de cheveux destinés à orner le Palais des Étoiles de l'Empereur. Pourtant, une étrange rumeur circule. On raconte çà et là que l'Empereur n'est plus. Qu'il serait mort, abattu par des rebelles. Mais dans ce cas, à quoi peuvent donc servir ces tapis ? Et qui est cet homme si étrange qui prétend venir d'une lointaine planète ? Lui aussi affirme que l'Empereur est mort... (J'ai Lu)
Premier roman d'Andreas Eschbach, "Des milliards de tapis de cheveux" marque le renouveau de la science-fiction allemande.
Je ne qualifierai pas ce livre de roman, il ressemble plus dans sa forme à un recueil de nouvelles finissant par former une cohérence entre elles.
Composé de dix-sept chapitres et d'un épilogue, le livre s'intéresse au quotidien d'une planète située aux confins de l'Empire dont l'activité principale est exercée par une caste de tisseurs de tapis de cheveux au profit du palais de l'Empereur : "Il importe davantage de présenter ce que sont ces tapis et ce qu'ils signifient. Ce sont de très grands ouvrages, tissés extrêmement serrés à partir de cheveux humains. Ceux qui les produisent se font appeler des tisseurs de tapis en cheveux. Ils utilisent exclusivement les cheveux de leurs femmes et de leurs filles, et l'ensemble du processus est si extraordinairement complexe qu'un tisseur pour achever un seul tapis, doit y consacrer toute sa vie.".
De l'Empire et de l'Empereur, il en est beaucoup question : "Jamais le puissant Empire n'aurait pu subsister aussi longtemps sans cet homme, sans le onzième empereur, qui avait atteint l'immortalité.", mais voilà, la rumeur court que l'Empereur serait mort, que l'armée des Rebelles l'aurait destituée de son pouvoir et l'aurait tué.
Pour les habitants de Gheera, de tels propos sont une hérésie car l'Empereur est immortel : "Le malheur s'empare de quiconque commence à douter de l'Empereur.", et surtout cela remettrait entièrement en cause leur mode de vie, leur travail, leur vie maritale, leur raison d'être et le fonctionnement étatique de leur planète tout simplement.
Que l'Empereur soit mort ou pas, cela ne change pas grand chose à l'histoire, cela n'apporte pas vraiment de réponses mais soulève surtout de nouvelles questions : "Nulle part, dans cette galaxie abandonnée de Dieu, il ne paraissait y avoir de réponses; seules les questions étaient infinies.".
Il y a dans ce livre de bonnes choses et d'autres moins bonnes.
Ainsi, j'ai particulièrement apprécié la chute finale révélant la raison d'être de ces tapis de cheveux.
C'est une vengeance à la hauteur de la mégalomanie de l'Empereur, partie d'une simple agression verbale et qui a des répercussions sur plusieurs planètes et plusieurs générations de leurs habitants qui se trouveront à obéir aveuglément et en tout pour satisfaire un caprice de l'Empereur sans jamais le remettre en question ni même son existence.
C'est un propos développé par l'auteur assez intéressant : celui des régimes totalitaires et de leurs répercussions sur les populations.
Il est question d'un Empereur-Dieu mais au final j'ai trouvé que sa vénération était mesurée, sans doute trop, tout comme je m'attendais, comme dans toute oeuvre ou presque de science-fiction, à avoir un forte symbolique religieuse.
Finalement c'est un peu trop discret et si le propos de base de l'auteur est intéressant il manque sur certains aspects de développement.
Quant aux repères spatio-temporels, il faut rester vigilant dans sa lecture car l'auteur n'hésite pas à étaler son histoire sur plusieurs dizaines d'années et les sauts dans le temps entre chapitres sont courants.
Je m'interroge également dans quelle mesure ce livre n'est pas inspiré de l'univers de Star Wars.
Cette comparaison peut paraître exagérée, mais après tout l'écriture de ce livre est postérieure à cette saga, et il est question d'un empire dirigé par un Empereur tout puissant et d'une armée de rebelles qui cherche à le renverser, l'histoire se passe essentiellement sur une planète reculée de la galaxie, et le mode de vie et de déplacement des habitants de Gheera ainsi que les caravanes des marchands n'ont pas été sans me rappeler la planète Tatooine.
Ou alors est-ce moi qui ait l'esprit trop rempli de ce space opéra cinématographique, mais par moment je l'ai eu à l'esprit à la lecture de certaines scènes.
J'ai également trouvé ce livre irrégulier dans sa construction, certains chapitres sont cohérents les uns avec les autres et esquissent une partie de l'histoire, ce qui m'a plu, mais d'autres sont un peu sans rapport et n'apportent qu'un intérêt moyen à la trame globale ou alors sont mal insérés, notamment celui s'intitulant "Le Palais des Larmes" qui est placé trop tôt par rapport à son explication, si bien que je me suis demandée pendant un temps ce qu'il faisait là et pourquoi.
Les deux derniers chapitres : "Le retour" et "La vengeance éternelle" sont sans doute les plus forts de tout le livre et sont ceux qui m'ont le plus marquée, aussi m'attendais-je à un épilogue grandiose, quelle déception !
Il conclut bien mal le livre et m'a laissée dubitative.
Je ne suis pas vraiment portée sur la science-fiction et je n'aurai sans doute pas de moi-même lu ce livre.
"Des milliards de tapis de cheveux" est intéressant sur certains aspects mais sa construction peut déstabiliser et tend à le classer de mon point de vue comme recueil de nouvelles plutôt que roman.
C'est en tout cas un livre à découvrir, ne serait-ce que pour avoir un aperçu de ce qui se fait du côté de la science-fiction en Europe.
Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices
Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre E
samedi 9 mars 2013
Valérian Tome 14 Les armes vivantes de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
L'astronef de Valérian et Laureline, gravement détraqué, se pose en catastrophe sur Blopik. Une planète de féodaux mal embouchés qui se livrent des guerres aussi archaïques qu'inexpiables. Mais que fait en ce lieu perdu une caravane d'artistes cosmiques égarés aux propriétés physiques étonnantes ? Et que transporte donc Valérian dans un conteneur scellé qui agace prodigieusement Laureline ? (Dargaud)
"Faire la guerre à la guerre ou ne pas faire la guerre à la guerre ? Telle est la question.", tel est l'un des propos de ce tome où nos héros se retrouvent sur Blopik, une planète sans cesse en guerre, après avoir dû s'y poser en urgence du fait de la détérioration de leur astronef.
Pour gagner de l'argent Valérian s'est lancé dans des missions étranges : "Tu n'as pas honte de te prêter à des mascarades pareilles ?", voire à transporter un Schniafeur de Bromn au grand déplaisir de Laureline :
"Alors, c'es explications ? C'est le moment maintenant, monsieur le représentant en cheptel amélioré trafiquant d'armes vivantes ?".
Au final Laureline trouvera une façon plus honnête de gagner de l'argent en se transformant en Madame Loyal présentant le spectacle d'une troupe de créatures officiant à l'origine sur Blopik, composée notamment de Brittibrit, un artiste transformiste de la planète Chab.
Si les idées originales continuent d'être présentes j'ai toutefois trouvé que l'histoire manquait un peu de piquant, notamment vers la fin qui part dans une forme de délire auquel je n'ai pas totalement adhéré.
L'attrait principal du récit est pour moi le schniafeur qui apporte quelques bons moments, des tensions au sein du couple formé par Valérian et Laureline et par conséquent de l'humour.
J'ai eu l'impression au cours de ma lecture que Pierre Christin cherchait dans son scénario un nouvel évènement qui permettrait de relancer le cycle après la disparition de Galaxity.
Il est un peu comme ses personnages : il cherche en essayant plusieurs choses de maintenir leur vie, leur raison d'être.
Il n'est sans doute pas loin de trouver une solution, j'attends de lire le prochain tome pour voir ce qu'il en est.
Au niveau des graphismes, Jean-Claude Mézières, comme à son habitude, propose des paysages et des personnages divers et variés, laissant parler son imagination et s'en donnant à coeur joie.
"Les armes vivantes" est une aventure sympathique de Valérian et Laureline qui marque à mon avis un tournant dans cette série, les auteurs cherchant à rebondir suite à la disparition de Galaxity, il faut bien occuper leurs personnages d'agents spatio-temporels à d'autres missions et leur trouver une nouvelle place dans cette série qui, jusqu'à présent, continue de se renouveler et se lit toujours avec plaisir.
vendredi 8 mars 2013
Valérian Tome 13 Sur les frontières de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)
Retour aux sources avec ce treizième volume de la série Valérian et Laureline : une entrée en matière captivante, une intrigue prenante, des idées intéressantes, de l'aventure, des créatures insolites et mes nouveaux amours : les Shingouz.
Tout commence par une croisière qui, si elle s'est amusée un temps, ne le fait plus suite au détournement d'une navette par un homme s'étant au préalable approprié les pouvoirs d'une espèce extraterrestre rare, tout ça pour faire réapparaître Galaxity : "Redevenir un homme enfin ... Et faire ce que j'ai à faire pour que la Terre redevienne la Terre et Galaxity ce qu'elle devrait toujours être.".
Il s'avère que Valérian connaît bien l'individu, Jal : "Un ancien agent spatio-temporel de Galaxity comme moi ! Un des meilleurs ! Un de ceux qui avaient le plus foi dans le rôle de la Terre !".
Il semblerait que la disparition de Galaxity l'est particulièrement affecté et qu'il cherche à tout prix à retrouver son passé pour réécrire le futur, mais il finira par se rendre compte de son erreur : "J'ai fait fausse route en voulant réécrire l'histoire. Ce qui compte c'est la confiance dans l'avenir, maintenant je le sais.".
"La vie est vraiment intéressante pour un retraité comme moi lorsqu'il voyage avec vous !" comme le dit si bien Monsieur Albert, et la lecture l'est tout autant pour le lecteur.
J'ai retrouvé avec énormément de plaisir tout ce qui m'a attirée dans cette série, les auteurs font preuve d'imagination et proposent des objets insolites comme le crétiniseur de la planète Phoum, objet qui s’avérera bien utile à Valérian, ou encore le Tümtüm de Lüm, un animal espion que Laureline se met dans les cheveux.
Pierre Christin a arrêté de se perdre dans les méandres de sa catastrophe nucléaire et a retrouvé un nouveau souffle pour cette histoire.
Il y a du dépaysement, moultes frontières sont franchies, de l'aventure et de l'action, un scénario qui se tient du début à la fin, quoi que je trouve la rédemption de Jal et son retour à une forme de raison un peu trop rapide, tout cela m'a donc beaucoup plu, ainsi que les Shingouz complètement sous le charme de Laureline mais chut, il ne faut surtout pas leur en parler.
Les dessins de Jean-Claude Mézières sont de toute beauté, ce tome lui permet de s'exprimer dans la création de personnages et de créatures, ce qui ne s'était pas produit depuis plusieurs tomes et la mise en couleur et les contrastes sont réussis.
"Sur les frontières" est une réussite tant sur le plan du scénario que sur celui du graphisme et retrouve le souffle et les ingrédients qui ont fait le succès de cette série dès son début.
Je craignais l'enlisement de cette série mais ce tome aura su balayer mes peurs et me faire replonger dans cette série décidément intéressante à lire.
Je ne résiste pas à vous mettre les Shingouz :
mercredi 6 mars 2013
Valérian Tome 12 Les foudres d'Hypsis de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)
"Mais qu'est-ce qui se passe donc à Galaxity depuis qu'on est partis ?"
Vaste question qui va être longuement débattue dans ce nouveau volume des aventures de Valérian et Laureline.
Ca reste un peu trop bavard mais moins que dans le précédent tome, l'intrigue est connue et se suit donc avec un certain plaisir, mais le scénariste, Pierre Christin, s'est perdu lui-même en complexifiant l'intrigue, à savoir qu'il a absolument tenu à réintroduire dans l'histoire le cataclysme nucléaire de 1986 dont il avait déjà été question dans "La cité des eaux mouvantes".
Le problème, c'est qu'il tenait à le faire mais sans trop savoir comment, résultat c'est touffu et pas très clair. L'histoire aurait sans doute gagné en dynamisme en s'affranchissant de ce lien qui n'est pas des mieux venus.
Les graphismes quant à eux sont toujours de qualité et rendent la lecture agréable.
Le personnage de Laureline apporte un vent de fraîcheur, avec sa spontanéité, son humour, mais également son petit caractère dont les Shingouz vont faire les frais : "Mais vous, vous ne l'êtes pas sacrés ! Et si je vous balance par-dessus bord, vous aurez l'air malin pour monter vos petits trafics une fois tout seuls sur la banquise !!".
A propos de ces derniers, ce sont les personnages qui apportent le plus d'humour et de situations cocasses à ce volume.
Ils continuent leurs trafics ils ne reculent devant rien : "En pleine forme ! Ce matin, ils ont gagné à un poker légèrement modifié selon les règles d'Irnaflut-le-grand-tripot, voyons ... euh ... d'abord le moteur bâbord du "crosswinds", le pluviomètre et trois cent ballons d'observation.", et vont même jusqu'à marchander une information contre une image d'une playmate !
Décidément, je me suis prise à beaucoup les aimer ces Shingouz et j'ai hâte de les retrouver dans de prochaines aventures.
Le dénouement m'a toutefois laissée quelque peu sceptique : "C'est simple pourtant mon cher Ralph, ces trois personnes se prennent respectivement pour Dieu le père ... pour le rédempteur son fils ... et pour le saint-esprit.".
Voilà quels étaient les personnes à l'origine de tout ce chaos et de la disparition pure et simple de Galaxity : Dieu, sous les traits d'Orson Welles, son fils représenté en hippie, et le Saint Esprit sous la forme d'une caisse enregistreuse.
Je ne sais si je dois apprécier l'originalité de la chose ou bien la trouver quelque peu dénué de sens.
Je m'attendais à autre chose, la fin est un peu triviale et je l'ai plutôt ressentie comme un cheveu arrivant sur la soupe.
"Les foudres d'Hypsis" retrouve presque le niveau des meilleures aventures de Valérian et Laureline mais se perd parfois dans d'inutiles bavardages et dans un scénario quelque peu déséquilibré par la volonté de Pierre Christin de se raccrocher à tout prix à la catastrophe nucléaire de 1986 sur Terre.
Je ne pensais pas le dire un jour, mais rien que pour les Shingouz (enfin pas que) ce tome mérite d'être lu et s'inscrit dans un bon cru de la série de space opéra Valérian et Laureline.
Vaste question qui va être longuement débattue dans ce nouveau volume des aventures de Valérian et Laureline.
Ca reste un peu trop bavard mais moins que dans le précédent tome, l'intrigue est connue et se suit donc avec un certain plaisir, mais le scénariste, Pierre Christin, s'est perdu lui-même en complexifiant l'intrigue, à savoir qu'il a absolument tenu à réintroduire dans l'histoire le cataclysme nucléaire de 1986 dont il avait déjà été question dans "La cité des eaux mouvantes".
Le problème, c'est qu'il tenait à le faire mais sans trop savoir comment, résultat c'est touffu et pas très clair. L'histoire aurait sans doute gagné en dynamisme en s'affranchissant de ce lien qui n'est pas des mieux venus.
Les graphismes quant à eux sont toujours de qualité et rendent la lecture agréable.
Le personnage de Laureline apporte un vent de fraîcheur, avec sa spontanéité, son humour, mais également son petit caractère dont les Shingouz vont faire les frais : "Mais vous, vous ne l'êtes pas sacrés ! Et si je vous balance par-dessus bord, vous aurez l'air malin pour monter vos petits trafics une fois tout seuls sur la banquise !!".
A propos de ces derniers, ce sont les personnages qui apportent le plus d'humour et de situations cocasses à ce volume.
Ils continuent leurs trafics ils ne reculent devant rien : "En pleine forme ! Ce matin, ils ont gagné à un poker légèrement modifié selon les règles d'Irnaflut-le-grand-tripot, voyons ... euh ... d'abord le moteur bâbord du "crosswinds", le pluviomètre et trois cent ballons d'observation.", et vont même jusqu'à marchander une information contre une image d'une playmate !
Décidément, je me suis prise à beaucoup les aimer ces Shingouz et j'ai hâte de les retrouver dans de prochaines aventures.
Le dénouement m'a toutefois laissée quelque peu sceptique : "C'est simple pourtant mon cher Ralph, ces trois personnes se prennent respectivement pour Dieu le père ... pour le rédempteur son fils ... et pour le saint-esprit.".
Voilà quels étaient les personnes à l'origine de tout ce chaos et de la disparition pure et simple de Galaxity : Dieu, sous les traits d'Orson Welles, son fils représenté en hippie, et le Saint Esprit sous la forme d'une caisse enregistreuse.
Je ne sais si je dois apprécier l'originalité de la chose ou bien la trouver quelque peu dénué de sens.
Je m'attendais à autre chose, la fin est un peu triviale et je l'ai plutôt ressentie comme un cheveu arrivant sur la soupe.
"Les foudres d'Hypsis" retrouve presque le niveau des meilleures aventures de Valérian et Laureline mais se perd parfois dans d'inutiles bavardages et dans un scénario quelque peu déséquilibré par la volonté de Pierre Christin de se raccrocher à tout prix à la catastrophe nucléaire de 1986 sur Terre.
Je ne pensais pas le dire un jour, mais rien que pour les Shingouz (enfin pas que) ce tome mérite d'être lu et s'inscrit dans un bon cru de la série de space opéra Valérian et Laureline.
lundi 4 mars 2013
Valérian Tome 11 Les spectres d'Inverloch de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)
Ce onzième tome des aventures de Valérian et Laureline est bavard, trop même, à tel point que le lecteur ne sait pas quelle est la mission, tout comme les héros ainsi que le dit Laureline : "Remets-toi mon mignon, on va enfin savoir ce qu'on est censé faire dans cette histoire.".
Plutôt gênant de lire des pages et des pages sans savoir où les auteurs veulent emmener leurs personnages, et le lecteur par la même occasion.
Il faut attendre l'avant dernière page pour enfin savoir de quoi il en retourne, je n'ai pas pu m'empêcher de penser "Tout ça pour ça".
D'autant plus que c'est touffu et confus et que ça sera de toute façon développée dans le tome suivant, bref, un tome qui ne sert pas à grand chose, à part faire patienter (et encore) le lecteur.
Enfin, le lecteur n'est pas le seul à s'interroger sur la raison de sa présence dans cette lecture : "Les Shingouz ! Qu'est-ce que vous fabriquez ici, vous ?".
En effet, les auteurs ont eu la merveilleuse idée de remettre les Shingouz dans l'aventure et c'est l'un des seuls points positifs de ce volume.
Ils apportent de l'humour, ils offrent des situations humoristiques et sont les seuls à ne pas trop s'ennuyer et à apprécier leur présence sur Terre.
Certes, ils marchandent des informations, mais ils sont aussi susceptibles et il ne faut surtout pas les traiter de menteurs : "Ah non ! Les Shingouz sont acheteurs et vendeurs de renseignements de toute nature mais à la différence des innombrables gagne-petit de l'espionnite qui pullulent sur Rubanis y compris dans vos services mon colonel, si vous permettez les Shingouz ne mentent jamais !".
Les auteurs n'ont pas pu s'empêcher de tomber dans des lieux communs, ainsi l'action (c'est beaucoup dire) se déroule en Ecosse dans un château, qui dit Ecosse et château dit forcément fantôme; ensuite le lecteur découvre que Valérian et Laureline sont officiellement ensemble, ce n'est pas une grosse surprise mais ça tombe comme un cheveu sur la soupe.
Heureusement qu'il y a la présence de Monsieur Albert, avec les Shingouz ils arrivent à capter un tantinet l'intérêt du lecteur, l'autre aspect positif c'est la qualité du graphisme et la mise en couleur.
Il y a de nouveau le développement d'un bestiaire, l'imagination reprend ses droits par rapport aux précédents volumes et heureusement, malgré le flou artistique sur l'histoire cela permet de redonner un peu de souffle à cette série.
"Les spectres d'Inverloch" n'est pas une aventure inoubliable de Valérian et Laureline, elle pèche par une intrigue inexistante qui ne commence à se dévoiler qu'à l'avant dernière page.
Allez, au tome suivant pour enfin découvrir le développement de cette intrigue qui met un volume à se mettre en place.
dimanche 3 mars 2013
La folie du roi Marc de Clara Dupont-Monod
«Je m'appelle Marc, je suis roi de Cornouailles et ma femme me trompe. Elle s'appelle Yseut. Derrière son silence, je l'entends ordonner le saccage de ma vie.»
Le roi Marc : l'oublié du roman fondateur de l'amour en Occident, le mari trompé, roi de misère, qui ne peut qu'assister impuissant à la passion sublime entre Yseut, sa femme, et Tristan, son neveu. Ne méritait-il pas, pour la première fois, de prendre la parole et de dire sa tristesse, sa rage, son amour à lui ?
Monologue à en perdre le souffle, errance d'un roi seul dans les odeurs d'air salé et de bois brûlé, cavalcades au bord des falaises de Tintagel, choc des armes, folie des mots. Ce monarque médiéval est un homme d'aujourd'hui.
Avec un lyrisme qui emprunte à la légende toute sa force, Clara Dupont-Monod dit l'amour furieux et doux d'un homme pour Yseut l'infidèle, « au corps de vent, de catin, d'enfant malade ». (Grasset)
Ecrit sous forme d'un monologue, "La folie du roi Marc" s'attache à raconter l'histoire d'amour entre Tristan et Yseut mais narrée du point de vue de Marc, l'époux malheureux et mal aimé d'Iseut : "J'aime une femme que je déteste. J'aime une femme d'une beauté insupportable.".
A lui, Yseut ne dit rien, elle est une poupée de chiffon entre ses mains, mais une poupée qui le fait souffrir : "Derrière son silence, je l'entends ordonner le saccage de ma vie.", et la souffrance, c'est tout ce qu'il reste au roi Marc : "La souffrance est tout ce qu'il me reste de notre histoire. Renoncer à ma douleur, c'est te perdre.".
Parce qu'ils ont bu par mégarde le philtre d'amour destiné au roi Marc pour la nuit de noces, Tristan et Yseut sont liés l'un à l'autre, à la vie à la mort tel des inséparables : "Elle est toute entière habitée par un autre. A la soie, Madame préfère la terre. Aux honneurs d'un roi, la misère d'un banni. Si je suis roi d'un domaine, un vassal règne en maître sur ma femme."; l'un comme l'autre faisant involontairement du mal au roi Marc, alors que pour Tristan il a été un père et pour Yseut un mari somme toute assez conciliant et prompt à pardonner, voire à croire l'espace d'un instant à l'innocence de ces deux êtres.
Pour écrire son roman, Clara Dupont-Monod est restée toujours proche de la légende, et comme le dit le roi Marc, il est vrai que nous ne retenons de cette légende que l'histoire d'amour entre Tristan et Yseut, jamais il n'est question du mari délaissé, trompé, trahi, humilié.
A travers ce roman, il a entière liberté d'expression pour raconter au lecteur son ressenti, les sentiments qui l'habitent, l'amour fou et furieux qu'il porte à cette femme qui pourtant ne cessera de le duper pour mieux rejoindre son amant, le poussant jusqu'à sombrer dans une forme de folie dont seule la mort pourra l'extirper : "J'aime savoir que je n'aurai plus jamais mal, savoir que je ne sais plus rien et qu'il est temps de me taire, et l'on saura, on pourra écrire et dire alors qu'à défaut d'amour, je connais le bruit de sa fuite, ce bruit que l'on s'épuise à vouloir oublier, et qu'à défaut de roi ou d'homme, de pantin ou de maître, de mari ou d'amant, ma fatigue est celle d'un fou.".
Le lecteur compatit avec lui, souffre avec lui, espère aussi lui et, naïvement, croit aussi l'espace d'un instant que peut-être, Tristan et Yseut sont innocents.
Mais uniquement l'espace d'un instant, car ils se révèlent tous deux cruels, manipulateurs, menteurs par arrangement, transcendés par un amour plus fort que la raison et qui les poussent à faire du mal physiquement ou moralement à tout être qui leur barrerait la route.
La plume de Clara Dupont-Monod est d'une poésie sublime qui m'a prise aux tripes du début à la fin et c'est avec ravissement et un énorme plaisir que j'ai lu cette folie dans laquelle sombre le roi Marc, éprouvant sans nul doute plus d’empathie pour lui que pour les amants maudits.
"La folie du roi Marc" de Clara Dupont-Monod fait partie de ces livres qui enchantent dès les premiers mots. Ecrit sous forme poétique, il remodèle la légende de Tristan et Yseut en laissant les amants muets et présentés sous un jour sombre pour mettre en lumière le roi Marc, roi de Cornouailles trompé par sa femme et raillé par sa cour mais superbe dans son honneur et sa dignité.
Un livre et surtout une auteur à découvrir sans plus tarder.
Un grand merci à LiliGalipette pour le prêt de ce livre !
Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices
samedi 2 mars 2013
Les derniers jours de Smokey Nelson de Catherine Mavrikakis
Dans ce grand livre choral, quatre voix alternent pour évoquer celui dont l’exécution est prévue le 15 août 2008 au pénitencier de Charlestown. Sydney Blanchard est noir comme Smokey Nelson. Des années auparavant, il a été arrêté par erreur et a purgé une peine de prison avant que le vrai coupable soit identifié : sa longue imprécation commence à Seattle, sur la tombe de Jimi Hendrix. Pearl Watanabe a découvert la scène du crime dans le motel des environs d’Atlanta où elle travaillait alors. Elle est repartie vivre à Honolulu après le drame. En vacances chez sa fille alors que tous les médias ne parlent que de l’imminence de l’exécution, elle est rattrapée par le cauchemar qui la hante depuis un clair matin d’octobre 1989. Ray Ryan, lui, se prépare à quitter son domaine des montagnes de Géorgie pour aller assister à la mort programmée. Il écoute la voix de Dieu, qui dans un prêche ininterrompu l’enjoint à trouver l’apaisement dans la vengeance : c’est sa fille qui a été assassinée avec son mari et ses deux enfants. Auteur du quadruple meurtre, Smokey Nelson voit se dérouler ses toutes dernières heures avant l’injection mortelle. Depuis près de vingt ans, ces quatre figures d’une Amérique en perdition sont hantées par le même et abominable souvenir. Sans cesse ramenées à leur passé, elles deviennent comme autant d’incarnations d’une société abandonnée à elle-même que Catherine Mavrikakis scrute avec une formidable acuité. (Sabine Wespieser)
"Les derniers jours de Smokey Nelson", ce sont trois voix qui s'alternent pour finir avec une quatrième, celle du condamné à mort.
Les trois voix principales de ce roman ont toutes un lien avec Smokey Nelson : Sydney Blanchard s'est retrouvé un temps accusé à tort du quadruple homicide, Pearl Watanabe était femme de chambre dans le motel où le meurtre a eu lieu et c'est elle qui a découvert les corps après avoir parlé et partagé une cigarette avec Smokey Nelson, quant à Ray Ryan il est le père d'une des victimes : sa femme ainsi que son mari et leurs deux enfants ont été massacrés par Smokey Nelson en 1989.
La raison de ce quadruple homicide ?
Ce n'est pas dans le roman que le lecteur trouvera cette réponse, il n'en est même d'ailleurs jamais question et la culpabilité de Smokey Nelson n'est remise en cause à aucun moment : "Oui, certes, il était un meurtrier, mais il n'avait jamais été un menteur. Pas même au moment de sauver sa peau.".
L'essentiel n'est pas là, l'essentiel est comment le quotidien de toutes ces personnes s'est retrouvé bouleversé par cet évènement, pour l'un c'est une vie qu'il a dû reconstruire après une fausse accusation, pour l'autre c'est une question qui restera sans réponse, à savoir pourquoi Smokey Nelson ne l'a pas tuée sachant qu'elle l'avait vu et pourrait le décrire aux enquêteurs : "Depuis dix-huit ans, une partie d'elle vivait sans qu'elle s'en rende toujours compte dans le pénitencier de Charlestown, et parfois, quand le soleil se levait à Honolulu et que Pearl partait faire son jogging sur les sentiers près de Diamond Head en respirant d'aise, elle pensait à Smokey en prison qui ne pouvait pas profiter de la beauté du jour.", et pour le dernier c'est une vie qu'il a dû continuer sans sa fille adorée, sans ses petits-enfants, vingt ans à attendre que la justice de Dieu et des Hommes finissent par avoir lieu dans un pénitencier de Charlestown.
L'une des forces de ce roman est sans nul doute l'écriture maîtrisée de l'auteur, en effet, à chaque personnage correspond un style littéraire.
Ainsi Sydney Blanchard entretient de longs monologues avec sa chienne; Pearl Watanabe expose ses sentiments et une forme de culpabilité liée au fait qu'elle l'a trouvé attirant le jeune Smokey Nelson, mais c'était avant de découvrir le carnage dans la chambre d'hôtel, et ses interventions sont ponctuées de celles de sa fille Tamara qui s'inquiète pour sa mère et fait tout pour lui cacher la prochaine exécution de l'homme qu'elle accuse d'avoir détruit la vie de sa mère et la sienne par conséquence : "Elle venait de trouver un moyen efficace pour que ce meurtrier de 1989 n'assassine pas encore ses espoirs de 2008 avec sa mort."; quant à Ray Ryan il ne parle jamais directement mais c'est par la voix de Dieu qu'il le fait, Dieu qui s'adresse directement à lui tout au long du roman, qui s'explique sur les obstacles qu'il a mis volontairement sur sa route pour faire de lui l'homme qu'il est aujourd'hui, avec comme récompense suprême la possibilité d'assister à l'exécution du criminel qui lui a ôté sa fille.
Cette alternance des narrations et des personnages permet d'offrir des prismes différents de l'histoire, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir chacune des parties et a finalement reconstituer dans les grandes lignes le fil conducteur du roman.
Catherine Mavrikakis fouille la psychologie de tous ses personnages et dépeint une Amérique qui sombre inexorablement dans une forme de chaos, qu'il s'agisse de l'après quadruple homicide ou de l'ouragan Katrina.
Autant de personnages qui ont cherché à se reconstruire sans jamais y parvenir, qui ont été détruits par le passé et qui n'ont fait que recoller les pièces pour continuer à vivre.
Là où je n'ai par contre pas compris le parti pris de l'auteur et où je suis en désaccord avec, c'est le contexte final avec la mort qui rôde autour de chacun de ses personnages principaux, directement ou indirectement.
Pour Smokey Nelson, elle était inévitable, mais pourquoi la laisser planer sur les autres personnages ?
Un peu comme si après autant de moments intenses et une analyse psychologique assez fine de ses personnages elle n'avait pas su comment les quitter.
Ceci reste une incompréhension pour moi et est venu quelque peu entaché la bonne impression que j'avais de ce roman.
"Les derniers jours de Smokey Nelson", publié chez Sabine Wespieser une maison d'édition qui ne cesse de se révéler de grande qualité, est un roman choral de Catherine Mavrikakis doté d'une forte puissance narrative avec néanmoins une noirceur sur la perte des illusions trop prononcée vers la fin que je ne partage pas complètement mais qui ne vient pas non plus complètement entacher la bonne opinion que j'ai de ce roman.
dimanche 24 février 2013
Park Avenue de Christina Alger
En épousant Merrill par amour, le jeune avocat Paul Ross est entré dans le clan Darling avec son cortège de privilèges : un appartement sur Park Avenue, un job en or, des week-ends dans les Hampton et des soirées avec le tout Manhattan. Mais bientôt Wall Street plonge et les grandes banques menacent de s'effondrer. Un scandale vient éclabousser la famille Darling, la propulsant sous les feux des médias et Paul doit choisir son camp. Sauver sa peau en trahissant sa femme et les siens ou les protéger, coûte que coûte. Issue elle-même d'une grande famille de financiers, ancienne avocate et analyste chez Goldmann Sachs, la jeune Cristina Alger connaît parfaitement le monde qu'elle décrit, cette haute société new-yorkaise, prisonnière de ses succès et de ses richesses. Dans ce Bûcher des Vanités du XXIe siècle, elle pose un regard subtil et implacable sur ces privilégiés dont la crise financière de 2008 va faire voler en éclat les certitudes. Un roman étincelant, drôle et féroce, aussi tendu qu'un thriller, sur lequel plane l'ombre de Madoff. (Albin Michel)
"Plonger, ça n'est pas drôle, mais c'est mille fois mieux que de se noyer.".
Avec "Park Avenue", Cristina Alger propose au lecteur de plonger dans le monde de la finance aux Etats-Unis, en pleine crise financière de 2008, où l'affaire Madoff est encore présente dans tous les esprits et où les scandales financiers ne cessent de s'additionner, entraînant la fermeture d'entreprises financières et laissant des centaines de personnes sans emploi avec peu de perspective pour retrouver un travail dans un milieu si entaché et décrié par la presse du monde entier.
Cristina Alger connaît parfaitement bien la haute société new-yorkaise qu'elle décrit dans son récit, ne serait-ce que parce qu'elle-même en est issue, tout comme du monde des avocats d'affaires spécialisés dans la finance, métier qu'elle a exercé avant de devenir écrivain.
Son roman colle parfaitement à la réalité, c'est l'une de ses caractéristiques qui m'a le plus frappée au cours de ma lecture.
J'y ai trouvé une ville de New-York exerçant une forte attraction sur une partie de la population américaine, notamment chez les plus jeunes qui souhaitent à tout prix y percer mais finissent par se brûler les ailes dans un univers avec ses codes qu'ils ne maîtrisent pas et qu'ils ne maîtriseront jamais, car l'élite new-yorkaise ne voit pas d'un très bon oeil ces jeunes loups et n'aura de cesse de leur rappeler leurs modestes origines.
Un monde à part avec ses lois et ses codes où tous les coups sont permis pour arriver à ses fins, une monde que j'ai déjà effleuré du doigt dans les romans "Gossip Girl" de Cecily von Ziegesar.
New-York serait donc une ville impitoyable ?
C'est ce qui ressort du roman de Cristina Alger, un roman multi-voix offrant la perspective de Paul Ross, jeune avocat entré dans le clan Darling par son mariage avec Merrill et dans l'entreprise familiale suite à son licenciement d'une société financière venant de faire faillite : "Il avait cru que les choses iraient mieux une fois qu'il commencerait à travailler à Delphic. Il avait cru que rien ne pourrait être plus stressant que ce qu'il avait vécu à Howary, surtout après la mise en cause de la boîte.", mais également celle d'Yvonne, la secrétaire de Penzell et Rubicam, les avocats protégeant les intérêts de la société de Carter Darling : Delphic, et du fonds incriminé RCM : "Il y avait tellement de choses qu'elle savait - des choses qu'elle ne devrait pas savoir, des choses qu'elle était censée avoir oubliées, des choses qu'elle n'était, croyait-on, pas suffisamment intelligente pour deviner toute seule. Cela faisait d'elle une menace.", de Marina, une jeune femme qui finit par réaliser que son rêve new-yorkais n'est pas celui auquel elle croyait et que le plus important dans sa vie c'est sa famille, en somme de toute une galerie de personnages qui vont se croiser, échanger, parfois se rencontrer et oeuvrer à un but commun : pour certains préserver Delphic, pour d'autres faire chuter cette société et sauver leur peau.
Ce roman est construit intelligemment, avec une introduction mystérieuse et un épilogue inattendu qui prendra par surprise le lecteur, à tel point qu'il est difficile, voire quasi impossible, de se rendre compte qu'il s'agit du premier roman de l'auteur.
Toutefois, ce livre pourrait sembler ardu à la lecture pour une personne novice à la finance et aux termes parfois barbares employés par l'auteur.
Ce n'était pas mon cas si bien que je comprenais ce dont il était question, néanmoins je me demande quelle en serait la perception par une personne ne connaissant pas grand chose au fonctionnement de la bourse ou aux opérations financières.
Je regrette également la fin, expédiée un peu trop vite et qui laisse certains personnages sur le carreau et le lecteur dans l'incertitude concernant leur avenir.
Il ne manque par grand chose à Cristina Alger pour tenir ses personnages du début à la fin et c'est un peu dommage qu'elle se soit en quelque sorte relâchée sur les dernières pages alors qu'elle les maîtrisait jusque là, mais c'est à mon avis un défaut de débutante qui peut se corriger par la suite.
Je regrette aussi l'absence d'un côté mordant, elle reste finalement gentille avec ses personnages, là où elle aurait sans doute pu se permettre plus de mordant, de coups bas et de méchanceté.
C'est aussi en cela que je trouve la fin moyenne, finalement l'auteur fait le choix de baisser le rideau au moment des mises en accusation et des procès, un peu trop facile et convenue comme façon de terminer le récit de cette famille qui chute de son piédestal pour être traînée dans la boue.
Là où par contre j'ai été déçue voire agacée, c'est par les nombreuses coquilles présentes dans le roman.
Des fautes de frappe, principalement des inversions de lettres, voire même des mots carrément zappés comme dans cette phrase : "Sans doute cela avait-il à voir avec le fait qu'elle se sentait.", fatiguée ? épuisée ? Car la phrase précédente n'a rien à voir avec son odeur corporelle mais plus par rapport à son état physique voire mental.
Il n'y a donc plus de relecture avant impression et publication ?
Voilà ce qui dégrade quelque peu l'image d'une maison d'édition comme Albin Michel, alors que la présentation du livre et la couverture sont réussies.
"Park Avenue" ou l'univers impitoyable de Wall Street, là où l'argent ne dort jamais, est un premier roman marquant avec une bonne maîtrise du sujet et une narration tendue qui ne se relâche qu'aux derniers mots écrits sur le papier.
Une belle découverte et une auteur à suivre qui travaille déjà à son second roman.
Je remercie les éditions Albin Michel et Babelio pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique.
Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre A
Livre lu dans le cadre du challenge New-York en littérature 2013
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