mercredi 30 avril 2014
Aux frontières de la soif de Kettly Mars
Haïti, janvier 2011. Fito Belmar est architecte-urbaniste et écrivain. Après le succès de son premier livre, il vit aujourd’hui de ses rentes et mène une existence rythmée par les soirées bien arrosées avec ses amis... Mais il cache aussi un lourd secret : certaines nuits, il se faufile dans le camp de Canaan et approche de toutes jeunes filles que la misère vend au plus offrant. Gigantesque camp de réfugiés créé juste après le séisme de janvier 2010, Canaan est devenu depuis un immense bidonville regroupant quelque 80 000 personnes vivant dans la précarité, la violence et le dénuement. Lorsqu’il accueille Tatsumi, une journaliste japonaise avec laquelle il n’a communiqué que par messagerie électronique, Fito doit jouer l’hôte parfait. Il n’est pas insensible au charme gracile de la Japonaise et un rapprochement amoureux semble possible… Tatsumi saura-t-elle ramener Fito vers une existence plus lumineuse ? (Mercure de France)
Bienvenue en Haïti un an après le séisme de 2010 qui a laissé des milliers d'orphelins et de personnes sans abri, le dépaysement s'arrête là car pour la suite, c'est en quelque sorte "circulez, il n'y a rien à voir".
Je me suis demandée dès le début où l'auteur voulait en venir, car il faut bien dire ce qu'il est : le personnage de Fito Belmar est non seulement pas charismatique mais il n'est pas attachant, et l'auteur a tôt fait de le prouver puisque cet homme n'a rien trouvé de mieux pour regagner sa virilité que de te toucher, coucher et profiter de petites filles dans le camp de Canaan, peuplé de réfugié(e)s de tous âges du séisme.
"Finalement, ils n'étaient qu'une bande dépravés, alcooliques fonctionnels comme lui, aimant la chair fraîche et sauvant leurs dernières illusions entre les cuisses de fausses écolières ou de demi-vierges qu'on trouvait treize à la douzaine dans les rues de la ville.", voilà une phrase qui résume à elle seule le personnage de Fito Belmar.
Certes, l'histoire est centrée partiellement sur sa rencontre avec Tatsumi, une journaliste japonaise, qui va provoquer le réveil de ses sens, il n'empêche que j'ai eu une réaction épidermique à la lecture des premières pages et que j'ai achevé ce livre uniquement parce que j'ai une conscience de lectrice membre d'un jury.
Qu'un tel personnage fasse l'objet d'un roman, je peux tout à fait le comprendre, mais ce qui m'a sans doute le plus chiffonnée ici c'est que l'auteur non seulement le présente tel qu'il est mais excuse son comportement, le tout écrit dans un ton sans relief.
Ainsi après les fillettes il veut une vierge pour retrouver sa pureté : "Celle qui coûtait plus cher mais qui devait le laver de toutes ses souillures.", mais Fito refuse de consulter un psychologue par peur d'être jugé, pas étonnant, car il a un sacré problème le garçon !
J'ai franchement été marquée par ce détachement malvenu et j'ai trouvé les personnages creux, à l'image de l'histoire de ce roman d'ailleurs, car au final, je n'ai pas bien compris quel était le but de ce roman ni l'idée qu'avait cherché à développer l'auteur.
Proposer une vision post-apocalyptique d'Haïti ? D'une confrontation de deux mondes : "Comment une même terre pouvait-elle engendrer tant de frontières ?" ? Le tout sous le regard d'une étrangère ?
Je n'ai pas été convaincue du tout et je n'ai absolument pas été emportée par l'histoire, ce roman ne vend pas du rêve bien au contraire, il dégoûterait presque de se rendre en Haïti tant la vision qu'il en donne est pessimiste et noire.
Il y avait sans doute une autre façon de faire pour écrire un roman à Haïti, en une forme d'hommage aux rescapé(e)s du tremblement de terre de 2010, que celle développée par Kettly Mars dans "Aux frontières de la soif", un livre qui m'a laissée sur le bord de la route et m'a profondément horripilée plutôt qu'enchantée.
Livre lu dans le cadre du Prix Océans
mardi 29 avril 2014
Top Ten Tuesday #46
Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.
Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.
Les 10 séries TV que vous aimeriez voir exister en format livre
1) Desperate Housewives : à la condition que le style mordant et ironique se retrouve à l'écrit;
2) Broadchurch : toutes les conditions sont réunies pour en faire de très bons polars anglais;
3) Downtown Abbey : jamais vu mais il me semble que l'ambiance se prêterait bien à un roman;
4) Borgen : jamais vu non plus mais le thème se prête bien à une adaptation littéraire;
5) Candice Renoir : série policière française qui pourrait donner lieu à des romans dans la veine de ceux de Janet Evanovich mettant en scène Stephanie Plum;
6) Un village français : bien que cette série existe en roman il ne s'agit que des retranscriptions des scénarios, à mon sens il serait possible d'en faire quelque chose de plus fouillé et de moins "scolaire" (dans le sens moins retranscription);
7) Les enquêtes de Murdoch : l'atmosphère se prête bien à des polars historiques;
8) Mad Men : jamais vu là non plus mais le thème se prête bien à une transposition en roman;
9) Once upon a time : il y a sans doute quelque chose d'intéressant à faire en réécrivant les mythes de Disney mais sans doute faudrait-il se détacher quelque peu du scénario pour arriver à un très bon résultat;
10) Lost, les disparus : parce qu'une explication sous forme de roman ne serait pas malvenue pour cette série qu'il est nécessaire de suivre en une seule fois.
Les 10 séries TV que vous aimeriez voir exister en format livre
1) Desperate Housewives : à la condition que le style mordant et ironique se retrouve à l'écrit;
2) Broadchurch : toutes les conditions sont réunies pour en faire de très bons polars anglais;
3) Downtown Abbey : jamais vu mais il me semble que l'ambiance se prêterait bien à un roman;
4) Borgen : jamais vu non plus mais le thème se prête bien à une adaptation littéraire;
5) Candice Renoir : série policière française qui pourrait donner lieu à des romans dans la veine de ceux de Janet Evanovich mettant en scène Stephanie Plum;
6) Un village français : bien que cette série existe en roman il ne s'agit que des retranscriptions des scénarios, à mon sens il serait possible d'en faire quelque chose de plus fouillé et de moins "scolaire" (dans le sens moins retranscription);
7) Les enquêtes de Murdoch : l'atmosphère se prête bien à des polars historiques;
8) Mad Men : jamais vu là non plus mais le thème se prête bien à une transposition en roman;
9) Once upon a time : il y a sans doute quelque chose d'intéressant à faire en réécrivant les mythes de Disney mais sans doute faudrait-il se détacher quelque peu du scénario pour arriver à un très bon résultat;
10) Lost, les disparus : parce qu'une explication sous forme de roman ne serait pas malvenue pour cette série qu'il est nécessaire de suivre en une seule fois.
dimanche 27 avril 2014
Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq
Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. Il se trouve que l’homme est noir. « C’est quoi, un Noir ? Et d’abord, c’est de quelle couleur ? » La question que pose Jean Genet dans Les Nègres, cette femme va y être confrontée comme par surprise. Et c’est quoi, l’Afrique ? Elle essaie de se renseigner. Elle lit, elle pose des questions. C’est la Solange du précédent roman de Marie Darrieussecq, Clèves, elle a fait du chemin depuis son village natal, dans sa « tribu » à elle, où tout le monde était blanc.
L’homme qu’elle aime est habité par une grande idée : il veut tourner un film adapté d’Au cœur des ténèbres de Conrad, sur place, au Congo. Solange va le suivre dans cette aventure, jusqu’au bout du monde : à la frontière du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, au bord du fleuve Ntem, dans une sorte de « je ntem moi non plus ». (P.O.L)
Comme le dit la chanson : "C'est une longue histoire/Un homme/Une femme/Ont forgé la trame du hasard.", sauf qu'ici le hasard a eu lieu dans une soirée aux Etats-Unis au cours de laquelle Solange, une française partie travailler à Los Angeles comme actrice, rencontre Kouhouesso, lui aussi acteur mais désireux d'adapter en film "Au cœur des ténèbres" de Conrad.
Solange est bouleversée, elle tombe amoureuse de cet homme : "Est-ce que je suis amoureuse de lui ? Est-ce que c'était ça l'amour, cette façon d'attendre et maintenant, de regarder bouger les belles lèvres sur les belles dents sans écouter ?", un sentiment qu'elle n'a plus éprouvé depuis longtemps; mais il est Noir et Solange s'interroge, sur l'Afrique, sur ce que c'est que d'être Noir : "Un vague tournis la prenait, comme devant ces nuanciers de papier peint qui ressemblent à de gros annuaires de couleurs, à se demander si noir c'est noir, et elle n'en savait rien.".
Jusqu'alors, Solange a vécu sûre d'elle et de ses pensées, mais cette relation la bouleverse, change le centre de gravité de son monde et change sa vision sur les rapports entre les Noirs et les Blancs : "Elle était née où elle était née, dans la peau qui était la sienne, entourée des mots qui l'entouraient. Elle découvrait ça, que sur les Noirs, ce n'est pas exactement que les Blancs n'ont rien à dire (ils n'arrêtent pas, ils n'arrêtaient pas depuis qu'elle était petite); non, c'est que sur les Noirs, les Blancs n'ont rien à dire aux Noirs. Même répéter, ils ne peuvent pas.".
Le nom de Marie Darrieussecq ne m'était pas inconnu mais son style oui, cette lacune est désormais comblée.
J'ai beaucoup aimé ce texte qui se caractérise par une construction originale sous la forme d'un film, avec son générique, ses parties, sa fin et les bonus.
Cette mise en abîme dans la construction est intéressante d'autant plus qu'elle se retrouve également dans le récit mettant en scène un réalisateur aux prises avec les affres du montage financier de son projet et ensuite du tournage en Afrique.
Il est également difficile de rester insensible à Solange, une femme amoureuse qui se livre corps et âme à sa passion, quitte à se couper parfois du monde.
Pour l'homme qu'elle aime, elle est prête à tout : à le suivre au bout du monde, à peu voir sa famille restée en France; tandis que lui semble moins épris qu'elle, lui opposant son silence pendant plusieurs jours, moins prompt à rechercher son contact; pourtant tous les deux vont s'unir pour faire tomber les clichés et les barrières, l'espace de quelques mois tout du moins, le temps éphémère d'une passion et d'un film.
C'est avec curiosité et bonheur que j'ai suivi le déroulement de cette histoire d'amour, une trame qui aurait pu à elle seule faire l'objet d'un film, Solange étant une femme de passion qui l'assume et la vit jusqu'au bout, une héroïne forte et attachante.
Il ne faut pas se fier à la plume simpliste au premier abord de Marie Darrieussecq, elle est au contraire calibrée très justement et tape toujours dans le mille, avec un style beau, enlevé et addictif, un véritable plaisir à lire.
Quant au titre emprunté à une phrase de Marguerite Duras, il est le parfait reflet du cœur de ce roman et cette phrase est, à travers ce récit mais également dans la vie de tous les jours, ô combien vraie pour toute femme.
"Il faut beaucoup aimer les hommes" de Marie Darrieussecq est un livre qui m'a touchée, émue et séduite par son style narratif et sa construction.
Quant à savoir si je lirai d'autres romans de l'auteur, il semblerait que ce livre soit à part dans son œuvre, je vais donc choisir de rester sur cette belle impression et ne pas chercher à en découvrir plus par peur de tout gâcher et d'être déçue.
Livre lu dans le cadre du Prix Océans
Kiki de Montparnasse de Catel Muller et José-Louis Bocquet
Kiki de Montparnasse, née Alice Prin au tout début du XXe siècle, fut l’une des figures les plus marquantes de la vie artistique parisienne de l’entre-deux guerres, lors des Années Folles. Égérie et amie de très nombreux artistes – Modigliani, Duchamp, Desnos, Picasso, Cocteau, Aragon, bon nombre des surréalistes –, Kiki fut la muse et l’inspiratrice de créateurs devenus depuis des signatures majeures de l’art moderne, comme Foujita et Man Ray. C’est cette existence hors norme, retracée à travers la plupart des épisodes-clés d’un parcours de vie trépidant, que racontent avec passion Catel et José-Louis Bocquet, dans un album ambitieux qui est autant l’évocation d’une époque que le magnifique portrait d’une femme libre. Plus de trois cent planches de création exigeante et généreuse, en hommage à l’art sous toutes ses formes. (Casterman)
Après la vie d'Olympe de Gouges par Catel Muller et José-Louis Bocquet, je découvre la vie d'Alice Prin plus connue sous le nom de Kiki de Montparnasse par les mêmes auteurs.
De Kiki, je ne connaissais pas grand chose, à part les clichés de Man Ray dont le célèbre "Violon d'Ingres", et je n'avais qu'une vague idée de qui avait dû être cette personne, hormis qu'elle avait été une figure importante de la vie parisienne des années 20/30.
Avec ce roman graphique assez conséquent, j'en sais désormais beaucoup plus sur cette femme et sa vie trépidante dans le Montparnasse des années folles et bohème.
Les auteurs retracent le parcours d'une femme aujourd'hui peu connue qui a pourtant côtoyé les plus grands et a été une de leurs sources d'inspiration : Man Ray, Kisling, Foujita, Cocteau, Utrillo, pour n'en citer que quelques uns.
Libre sentimentalement et sexuellement, Kiki a vécu une vie d'excès, se perdant de nombreuses fois dans l'alcool et la drogue pour finir dans la misère et le dénuement le plus complet, tout en étant avant l'heure une femme émancipée.
Pour comprendre le personnage de Kiki, il faut s'intéresser à la jeune Alice Prin et à son parcours : une mère peu aimante qui l'abandonne à sa grand-mère qui elle déborde d'amour pour elle et la met en garde sur la vie et les hommes : "Faut qu'tu saches ma princesse ... les princes charmants, ça existe que dans les contes. Dans la vraie vie, y'a que des crapauds.", puis une mère qui la fait venir à Paris et finit bien vite par la chasser, outrée que sa fille pose nue comme modèle.
Kiki s'est perdue, mais elle a aussi fait de belles rencontres qui lui ont permis de poser pour des peintres qui allaient devenir célèbres et marquer leur époque, elle a fini par accepter sa situation et ne plus la vivre comme quelque chose de dégradant : "Pour les gens, être modèle c'est encore plus bas que d'être putain ! Ils disent qu'au moins les putains, elles montrent pas leur cul à tout le monde !", elle a appris à faire avec et a trouvé sa voie pour connaître la consécration en étant sacrée Reine de Montparnasse : "Ce que je veux, moi, belle Kiki, c'est faire de toi une véritable étoile, la reine de Montparnasse ! C'est avec moi que tu deviendras un mythe !".
Difficile de parler de Kiki sans parler de ses amours et des hommes qui ont partagé sa vie, notamment Man Ray ou André Laroque avec sa forte ressemblance avec Jean Gabin.
Parce que Kiki et son attitude se définissent également par rapport aux rencontres de sa vie, aux hommes qui ont partagé son lit et son cœur, à ses amis d'un jour ou de toujours.
Au final, Kiki reste une femme plutôt malheureuse qui a vécu une vie trépidante à toute vitesse, dans les excès de l'alcool, de la cocaïne (le "çakébon"), qui a connu de grands amours et des amitiés sincères mais à qui il a sans doute toujours manqué quelque chose, c'est sous un jour humain que les auteurs ont choisi de la présenter et c'est un personnage pour qui j'ai éprouvé beaucoup de sentiments dominés par la tristesse car j'ai eu la sensation tout au long de ma lecture que c'était une femme qui a donné l'apparence et l'illusion de la joie alors qu'intérieurement ce n'était sans doute pas toujours le cas.
Kiki est une héroïne attachante dont l'histoire est construite ici par les dates les plus marquantes de sa vie.
Mais c'est aussi l'occasion de découvrir le Paris des années 20 à 50, une période riche culturellement avec l'apparition de nouveaux courants artistiques comme le surréalisme ou le dadaïsme, cela a été un vrai plaisir de se replonger dans cette atmosphère d'autant plus que ce roman est extrêmement bien documenté, il y a une bibliographie importante ainsi qu'une chronologie et une notice des personnages marquants en fin d'ouvrage qui viennent compléter cette excellente et enrichissante lecture.
Quant à la répartition des rôles, aux dessins c'est Catel Muller dont j'apprécie énormément le coup de crayon et le noir et blanc utilisés pour ses dessins; au scénario c'est José-Louis Bocquet dont j'apprécie la mise en forme de l'histoire et le déroulement du scénario.
Le duo formé par Catel Muller et José-Louis Bocquet fonctionne toujours aussi bien et livre avec "Kiki de Montparnasse" un pavé biographique extrêmement intéressant à lire et à découvrir sur cette figure emblématique de Montparnasse et au-delà sur un personnage féminin au caractère bien trempé aujourd'hui malheureusement trop méconnu.
A quand la prochaine collaboration de ces deux auteurs et sur quel personnage historique que je pressens féminin ?
"Le violon d'Ingres", photographie de Man Ray avec pour modèle Kiki de Montparnasse
"Noire et blanche", photographie de Man Ray avec pour modèle Kiki de Montparnasse
samedi 26 avril 2014
Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron
Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt "vieille France". Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d'ouverture d'esprit...Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois. Leurs espoirs de voir enfin l'une d'elles se marier à l'église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique. (AlloCiné)
Claude et Marie Verneuil sont les heureux parents de quatre filles : jeunes, belles, talentueuses.
Ils rêvaient pour elles de mariages dans la grande bourgeoisie catholique à laquelle ils appartiennent mais voilà, c'est un peu Fukushima dans la famille car l'aînée a épousé un musulman, la seconde un juif, la troisième un chinois et voilà que la petite dernière s'est amourachée d'un catholique, comblant enfin de joie les parents, jusqu'au moment où ils rencontrent leur futur gendre (voir image ci-dessous).
Si le pitch est assez prévisible tout comme le "happy end", il n'en reste pas moins que ce film est très drôle et que cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri au cinéma.
Le principe de base du scénario prête déjà à sourire et laisse une place importante aux gags, c'est très bien exploité et il n'y a aucun temps mort.
Les répliques humoristiques s'enchaînent les unes derrière les autres, un fou rire succède à un autre et il y a même quelques bons jeux de mots, c'est un véritable plaisir qui permet de détendre les zygomatiques et de reposer les neurones.
Certes, certains pourront dire que le message de tolérance et d'acceptation de l'autre sous-jacent n'est pas très subtile, mais après tout qu'importe puisque c'est fait de façon intelligente, jouant avec les clichés sans tomber dans l'excès et l'exagération.
J'ai passé un très bon moment de détente et c'est bien ce que je recherchais avec ce film.
A noter au passage que la bande annonce ne dévoile pas les seuls moments drôles du film, loin de là.
Il y a beaucoup de scènes qui resteront mémorables, comme celle dans l'église à la Messe de Minuit ou encore les dialogues entre Claude Verneuil et André Koffi, ces deux personnages apportant un réel plus au film tant ils sont proches l'un de l'autre et qu'ils vont finir par se découvrir l'un et l'autre.
Si les scènes entre les gendres sont drôles, celles entre les beaux-parents le sont encore plus et je me demande presque si ce ne sont pas celles-là que j'ai préférées.
Côté casting, le couple formé par Chantal Lauby et Christian Clavier fonctionne très bien, si je n'ai jamais douté du potentiel comique de la première le deuxième m'avait déçue depuis de nombreuses années, il retrouve ici un rôle qui lui convient bien et pour lequel il ne surjoue pas; quant aux filles et à leurs maris, les acteurs sont particulièrement bien choisis, petite mention à la talentueuse Frédérique Bel qui démontre une fois de plus qu'elle est une actrice à part entière, avec un fort potentiel comique et non uniquement la blonde de la regrettée Minute Blonde.
Au risque de me répéter, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri au cinéma, je ne peux donc que vous encourager à aller voir "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" afin de vous détendre et de passer un bon moment.
Vous ressortirez de là avec le sourire et avec le souvenir de quelques scènes et dialogues bien savoureux, alors que demander de plus au Bon Dieu ?
Le chant de Salomon de Toni Morrison
Héritier de la tradition orale et des légendes africaines, Le chant de Salomon est un retour aux sources de l'odyssée du peuple noir. Entre rêve et réalité, cette fresque retrace la quête mythique de Macon Mort, un adolescent désabusé parti dans le Sud profond chercher d'hypothétiques lingots d'or. Mais le véritable trésor qu'il découvrira sera le secret de ses origines. (10/18)
Si j'avais aimé "Home", ma première lecture de cette auteur, je trouve que ce roman rend encore plus justice et honneur au formidable style de Toni Morrsion.
Elle narre ici la quête de Macon Mort, un jeune homme noir américain quelque peu indolent dans son style de vie, qui sous couvert de chercher des lingots d'or trouvera dans le Sud la vérité sur ses origines.
Macon Mort n'est pas un personnage forcément attachant et sympathique, s'il arrive à l'être par moment il ne s'attire jamais vraiment l'empathie du lecteur, en tout cas il n'a pas eu la mienne mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas suivi avec beaucoup de curiosité et d'intérêt son histoire, portée que j'étais par le style narratif et les sublimes images données par les mots de Toni Morrison.
Il se laisse quelque peu porté par la vie, il n'écoute pas les autres personnes de son entourage, qu'il s'agisse de sa famille ou de ses amis : "Tu n'écoutes pas ce que disent les gens. Tu as des oreilles sur la tête mais elles ne sont pas reliées à ton cerveau.", il fait du mal autour de lui, il est égoïste et quand même on le lui dit ce n'est pas pour autant qu'il change sa ligne de vie : "Tu es un type pitoyable, triste, imbécile, égoïste, détestable. J'espère que ton petit boyau de cochon t'est d'un grand secours et que tu en prends bien soin, parce que tu n'as rien d'autre.".
La construction de l'histoire par Toni Morrison peut apparaître quelque peu décousue, elle reste au final complètement cohérente et même si cela m'a quelque peu déstabilisée la première fois par la suite je n'y ai même plus prêté attention.
Ce roman est à rapprocher du Cantique des Cantiques également appelé Cantique de Salomon.
Tout comme ce texte biblique, il s'attache à raconter une histoire d'amour : entre un homme et un femme, ici entre Agar et Macon, une histoire malheureuse qui finira dans le drame; mais également par une mise en abîme de Toni Morrison au peuple noir, à qui elle rend hommage à travers son récit.
Il y a de la souffrance, elle se ressent dans les mots et le style lyrique de l'auteur comme l'illustre si joliment cette phrase donnant vie à la douleur et à la folie d'Agar : "Une violence calculée de requin monta en elle, et comme toute sorcière qui enfourche son balai et traverse la nuit pour se rendre à une cérémonie d'infanticide, frémissant autant à cause du vers noir qu'à cause du manche à balai entre ses jambes; comme toute jeune mariée qui n'en peut plus et qui s'inquiète de la consistance de la bouillie de maïs qu'elle lance à son mari ainsi que de la force de la lessive qu'elle y a mêlée; et comme chaque reine et chaque courtisane qui est frappée par la beauté de sa bague d'émeraude à l'instant où elle en verse le poison dans le vin rouge, Agar était stimulée par les détails de sa mission."; mais il y a aussi de l'espoir.
Le caractère lyrique de ce récit renforce également son rapprochement avec le Cantique des Cantiques, suite de poèmes et de chants d'amour : le style s'apparente en effet à un très long chant, plaintif et lumineux, à l'image du Gospel.
Il a également un mélange bienvenu des genres entre le réel et le fantastique : certaines scènes voire certains personnages tiennent plus du mystique et du surnaturel que du réel, cela n'est pas sans rappeler le ton donné aux légendes et à leur transmission orale.
Au final, la somme de tout cela se résume en un énorme cri d'amour qui résonne encore longtemps après avoir refermé le livre.
Toni Morrison signe avec "Le chant de Salomon" une grande fresque historique sur le peuple noir qui pourrait rebuter le lecteur vu la grosseur du texte et qui au final le prend, l'emmène, le captive et ne le lâche qu'à la fin, encore sonné par le texte qui vient de vivre sous ses yeux.
Une grande oeuvre à découvrir.
Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices
Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines
Livre lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 - Prénom : Salomon
Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger
mardi 22 avril 2014
Top Ten Tuesday #45
Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.
Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.
Les 10 personnages qui ... (à vous de choisir : m'énervent, seraient mes meilleurs amis, m'ont brisé le cœur, m'ont fait voir la vie différemment etc.)
Les 10 personnages littéraires pour lesquels je pourrai tomber amoureuse (littérairement parlant)
1) Yann Kermeur alias L'épervier - "L'épervier" de Patrice Pellerin
2) Nicolas Le Floch - Série "Les enquêtes de Nicolas Le Floch" de Jean-François Parot
3) Angelo Pardi - "Le hussard sur le toit" de Jean Giono
4) Mark Darcy - "Orgueil et préjugés" de Jane Austen ou "Le journal de Bridget Jones" de Helen Fielding
5) Edward Rochester - "Jane Eyre" de Charlotte Brontë
6) Heathcliff - "Les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë
7) Sir Richard Grenvile - "Le général du roi" de Daphné du Maurier
8) Rhett Butler - "Autant en emporte le vent" de Margaret Mitchell
9) George Emerson - "Avec vue sur l'Arno" d'E. M Forster
10) Jacques Thibault - "Les Thibault" de Roger Martin du Gard
Les 10 personnages qui ... (à vous de choisir : m'énervent, seraient mes meilleurs amis, m'ont brisé le cœur, m'ont fait voir la vie différemment etc.)
Les 10 personnages littéraires pour lesquels je pourrai tomber amoureuse (littérairement parlant)
1) Yann Kermeur alias L'épervier - "L'épervier" de Patrice Pellerin
2) Nicolas Le Floch - Série "Les enquêtes de Nicolas Le Floch" de Jean-François Parot
3) Angelo Pardi - "Le hussard sur le toit" de Jean Giono
4) Mark Darcy - "Orgueil et préjugés" de Jane Austen ou "Le journal de Bridget Jones" de Helen Fielding
5) Edward Rochester - "Jane Eyre" de Charlotte Brontë
6) Heathcliff - "Les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë
7) Sir Richard Grenvile - "Le général du roi" de Daphné du Maurier
8) Rhett Butler - "Autant en emporte le vent" de Margaret Mitchell
9) George Emerson - "Avec vue sur l'Arno" d'E. M Forster
10) Jacques Thibault - "Les Thibault" de Roger Martin du Gard
jeudi 17 avril 2014
Lune et l'ombre Tome 1 Fuir Malco de Charlotte Bousquet
Lune a treize ans.
Lune voit le monde en noir et blanc.
Lune souffre d’une maladie dont nul ne connaît l’origine...
Jusqu’au jour où, chez le médecin, l’affiche d’une exposition attire son attention. Pour la première fois depuis longtemps, Lune perçoit de nouveau les couleurs ! Convaincue que le remède à son mal se trouve au musée, la jeune fille décide d’y aller. Mais une ombre malveillante la suit, prête à tout pour l’arrêter. Commence alors pour Lune un voyage étrange. De tableau en tableau, l’adolescente découvrira ses pouvoirs et le secret de son passé... (Gulf Stream)
Lune a treize ans, elle vivait heureuse avec sa mère jusqu'à ce que celle-ci lui présente le nouvel homme de sa vie : Malco : "Il y avait maman et moi, le dessin, les livres. On vivait dans notre bulle, hors du monde. Cela me suffisait.", et depuis plus rien ne va puisque Lune ressent Malco comme le diable, d'ailleurs à son contact elle a perdu les couleurs et ne voit plus qu'en gris : "Du gris avec des nuances : gris-blanc, gris clair, gris souris, gris-noir. Du gris quand même, fade et froid.", elle commence désormais à perdre l'odorat et le goût.
Lune n'aime pas Malco, elle voit en lui le Mal d'autant plus qu'il est perpétuellement entouré d'ombres qu'elle est apparemment la seule à percevoir : "Je n'aime pas Malco. Il me fait peur. Il est osseux, velu, avec de grandes mains, des doigts larges aux bouts carrés, des sourcils broussailleux, une peau blafarde, des iris charbonneux et une voix râpeuse, toujours menaçante, même quand il s'efforce de paraître gentil.".
Tout bascule le jour où face à une affiche représentant le tableau "La Llamada" elle revoit des couleurs, Lune se lance alors dans une quête qui la conduira au musée Marmottan Monet, au cœur d'une exposition de peinture dans laquelle elle va se découvrir des talents insoupçonnés.
Ce roman n'est ici que le premier tome d'une trilogie mais il a le mérite de poser les bases de ce que sera l'histoire, et de façon plutôt convaincante.
Le rythme du récit est soutenu, il n'y a pas un instant de répit pour la jeune Lune dont les jours sont comptés, et c'est avec plaisir que le lecteur la suit dans ses aventures qui la mèneront à Paris puis de tableau en tableau grâce à son étrange don.
L'histoire met en avant la lutte éternelle entre le bien et le mal, le premier prenant les traits de Lune et le second ceux de Malco.
Si Lune apparaît complètement désemparée pendant une bonne partie du récit, Malco reste puissant et menaçant : "Il lui suffit d'une pensée pour voir par leurs yeux et se projeter en elles pour nous suivre.", la fin donnant assez bien l'idée du ton qui sera donné aux deux volets suivants.
La plume de Charlotte Bousquet est agréable à lire, elle a su donner du rythme à son récit et du corps à ses personnages, elle propose également au lecteur une visite divertissante d’œuvres d'art et d'artistes méconnus, la petite note en fin d'ouvrage étant des plus intéressantes pour approfondir cette lecture.
Mais pour être tout à fait honnête, à 13/14 ans j'aurais adoré cette lecture sans en voir les petits défauts, étant un peu plus âgée ils sont passés moins inaperçus.
Ainsi, je trouve quelque peu étrange que Lune soit accompagnée dans sa quête par un compagnon issu d'un tableau qui non seulement ne s'offusque pas de son histoire mais comprend son langage et utilise le même qu'elle.
Certes, il s'agit de petits anachronismes mais j'ai trouvé qu'ils auraient pu apporter un peu de piment à l'histoire plutôt que de passer outre et de faire comme s'ils n'existaient pas, ou si peu.
Gulf Stream est une maison d'édition axée jeunesse/adolescence que j'aime beaucoup et cette nouvelle trilogie publiée est dans la droite ligne de leur catalogue : un ouvrage prenant, bien écrit, avec des personnages attachants, en somme tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment et donner le goût de la lecture à de plus jeunes lecteurs voire même à de moins jeunes car je suis bien curieuse de connaître la fin de cette histoire.
Je remercie Babelio et les éditions Gulf Stream pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.
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