dimanche 10 novembre 2013

La vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 d'Abdellatif Kechiche



À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve... (AlloCiné)

Librement adapté de la bande dessinée de Julie Maroh "Le bleu est une couleur chaude", le nouveau film d'Abdellatif Kechiche traite du parcours d'Adèle, dans un premier chapitre à l'âge de 15 ans où la jeune fille se découvre et dans un deuxième chapitre un peu plus âgée où la jeune femme va se perdre.



La construction cinématographique d'Abdellatif Kechiche est intéressante à plus d'un titre.
Tout d'abord, le bleu est une couleur omni-présente pendant tout le film : les cheveux d'Emma, le papier dans la chambre d'Adèle, comme un écho à la bande dessinée dont s'est inspiré le réalisateur.
Ensuite, les scènes d'ouverture et de clôture du film forment un parallèle tendant à transformer la vie d'Adèle comme un cycle voué à recommencer.
Le film s'ouvre sur Adèle partant de chez ses parents pour aller à l'école, il se termine par Adèle partant de l'exposition d'Emma pour certainement rentrer chez elle.
Le réalisateur, également scénariste, a choisi de modifier le prénom d'une des héroïnes pour garder celui de l'actrice l'incarnant, dans une volonté de créer une fusion entre fiction et réalité.
La présence de la littérature, particulièrement de Marivaux, est également une habitude chez Abdellatif Kechiche, et il est difficile de ne pas voir le parallèle entre le livre de Marivaux étudié par Adèle en classe, s'intéressant au coup de foudre et à la rencontre amoureuse, et son coup de foudre pour une jeune femme aux cheveux bleus croisée dans la rue.
Adèle se met au diapason de l'héroïne de Marivaux, mais dans une relation qui la fait s'interroger, douter, se chercher : pour elle à 15 ans, une fille va avec un garçon pas avec une autre fille.
Adèle va devoir s'affranchir des barrières et du carcan de ce qui est normal aux yeux des autres pour vivre une belle histoire d'amour avec Emma.
La façon de filmer d'Abdellatif Kechiche est crue, comme d'ordinaire il n'hésite pas à filmer ses actrices au plus près de leur visage, pour capter la moindre de leurs émotions.
Ainsi, il n'épargne rien au spectateur des larmes d'Adèle, de la violence d'une scène de dispute et de la tristesse d'une autre où les deux femmes se retrouvent, en vain; tout comme il ne cache pas la violence et le côté cru pouvant déranger des scènes d'amour entre les deux jeunes femmes.
Car oui, la passion ça peut être violent et souvent l'Humain retrouve son côté bestial pour accomplir un acte d'amour.
Et oui également, les histoires d'amour peuvent se finir mal, le décalage entre les deux personnages n'a jamais été caché, mais il faut aussi savoir profiter de l'instant et prendre la vie comme elle vient.



Quelle maîtrise, quel sens de la mise en scène, quelle perfection dans la façon de filmer et de mettre en scène ces deux actrices qui donnent le meilleur d'elles face à la caméra de leur réalisateur.
D'ailleurs, parlons-en des actrices, d'une Léa Seydoux incarnant avec justesse Emma, l'artiste aux cheveux bleus bien dans sa tête et dans sa peau, et la révélation, Adèle Exarchopoulos, campant une Adèle qui se cherche, se perd, se trouve, tout en fragilité, sans pudeur et sans toutefois tomber dans le racoleur, le moralisateur et le voyeurisme.
Pour livrer une telle interprétation elles ont dû souffrir et beaucoup travailler sur elles-mêmes, mais elles crèvent l'écran et l'illuminent de leur beauté, elles portent à elles deux le film sur leurs épaules et sont indissociables l'une de l'autre dans sa réussite.
Si l'histoire est belle, la musique l'est tout autant et a été particulièrement bien choisie pour coller aux images.
Et la durée du film n'est absolument pas un problème, pour ma part je n'ai pas vu filer ces trois heures et j'ai particulièrement apprécié l'ellipse du réalisateur pour passer du premier au deuxième chapitre.
Je n'ai pas encore lu "Le bleu est une couleur chaude" mais j'ai très envie de découvrir ce roman graphique, et je ne regrette qu'une chose par rapport à ce film, c'est le manque de drame présent à l'inverse dans la bande dessinée.
Car oui, la tension dramatique monte et j'attendais quelque chose de grave et de triste qui n'est jamais venu et qui selon moi aurait dû être présent.
Mais c'est bien le seul petit point de détail sur lequel j'ai trouvé à redire.



Vous l'avez bien compris, il faut passer outre les polémiques autour de ce film, ainsi que de sa Palme d'Or surprenante car pour la première fois de l'histoire du Festival de Cannes elle n'est pas attribuée qu'à un film mais également aux deux actrices interprétant les rôles principaux, "La vie d'Adèle" tutoie la perfection et cela faisait extrêmement longtemps que je n'avais pas eu la chance de voir une telle perle cinématographique.
"La vie d'Adèle" est sans nul doute la plus belle surprise et le plus beau film au niveau mondial de cette année 2013, un film d'Abdellatif Kechiche particulièrement inspiré et au sommet de son art qu'il faut aller voir de toute urgence.


Ce film a reçu la Palme d'Or du Festival de Cannes 2013

samedi 9 novembre 2013

Porco Rosso de Hayao Miyazaki



Dans l'entre-deux-guerres quelque part en Italie, le pilote Marco, aventurier solitaire, vit dans le repaire qu'il a établi sur une île déserte de l'Adriatique. A bord de son splendide hydravion rouge, il vient en aide aux personnes en difficulté. (AlloCiné)

"Porco Rosso" est une oeuvre d'Hayao Miyazaki plutôt méconnue se situant à mi-parcours des créations de ce génial réalisateur de films d'animation et considéré comme un Dieu (ou presque) au Japon.
Dans ce dessin animé, j'ai trouvé de très bonnes choses et d'autres moins, me laissant comme sentiment que ce réalisateur n'était pas encore parvenu à sa maturité au moment où il l'a fait.



Marco, désormais connu sous le nom de Porco Rosso, est un pilote émérite mais vivant reclus dans son repaire sur une île de l'Adriatique avec la particularité d'être un cochon, au sens littéral du terme.
C'est l'une des marques de fabrication chez Hayao Miyazaki : un personnage est marqué physiquement pour une raison bien précise.
Le problème présentement, c'est que je m'attendais à une explication claire sur cette transformation en porcin, et surtout (c'est mon côté midinette) que ce personnage retrouve son apparence humaine.
Au final, j'ai tiré d'une anecdote la raison de cette transformation mais il n'est jamais dit explicitement que c'est bien depuis ce jour-là que Marco est devenu un cochon, quant au retour à son apparence humaine, c'est le flou le plus complet, à chacun d'y voir ce qui l'arrange.
Et autant le dire, je n'aime pas être laissée dans l'incertitude et la fin m'a particulièrement déplu tant elle arrive comme un cheveu sur la soupe et soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.



Pourtant, le personnage de Marco Pagotto m'a plu et ému, il a du bagout, il séduit, il n'est d'ailleurs pas sans rappeler des acteurs américains tel que Cary Grant ou Humphrey Bogart, je m'y suis très vite attachée.
Autour de lui gravitent de belles et courageuses femmes, à l'image de Gina, son amie de longue date secrètement amoureuse de lui, et la jeune et pétillante Fio Piccolo, une mécanicienne hors pair qui arrivera à faire sortir ce qu'il y a de plus beau chez Marco.
Mais, encore une fois et au risque de me répéter, j'ai été particulièrement déçue par la fin et le traitement qu'Hayao Miyazaki a fait de ces deux personnages féminins gravitant autour de ce pilote héroïque.
Quant à Donald Curtis, un pilote américain doué et tombant amoureux de toutes les femmes qui croisent son chemin, c'est la touche d'humour de ce dessin animé, avec les terribles (?) pirates de l'air, les Mama Aiuto.



Heureusement qu'il y a quelques passages légers dans ce dessin animé, car sous ses apparences légères il cache une réalité bien plus dure.
Hayao Miyazaki est un pacifiste et dénonce dans nombre de ses créations la guerre, son absurdité, sa violence et les pertes humaines qu'elle engendre, "Porco Rosso" n'est pas une exception.
L'histoire est nommément située dans l'Europe de l'entre-deux guerres, la politique est en toile de fond, le fascisme est en train de monter en Italie, cela ne présage rien de bon pour la suite et c'est à se demander si Porco Rosso n'a pas eu raison de perdre foi dans l'humanité.
L'Italie est pauvre et subit une crise économique, dans l'entreprise Piccolo où Marco va faire réparer son hydravion il n'y a plus que des femmes qui y travaillent, les hommes sont partis ailleurs chercher du travail pour faire vivre leur famille.
Et que dire de Gina qui chante "Le temps des cerises", hormis que le réalisateur y a mis un côté personnel, ayant souhaité pendant longtemps être communiste et venant de réaliser que cette idéologie n'était pas possible à appliquer.



Mais ce dessin animé est également un hommage à l'aviation, d'ailleurs je note que dans bon nombre des films de ce réalisateur il est question de machines volantes.
Certaines scènes d'action sont vraiment bien menées, à l'image de la fuite en hydravion des ateliers Piccolo, ou encore la scène d'ouverture avec le kidnapping d'enfants par les pirates de l'air.
Visuellement ce dessin animé est particulièrement réussi et plaisant à regarder, les paysages sont de toute beauté et extrêmement réalistes, à l'image des personnages et du moindre détail sur les avions.
J'ai par contre été interpellée par les nombreuses références explicites faites à des marques : Porco Rosso fume des Gitanes, les marques Fiat et Shell sont visibles à un moment, c'était la première fois que je voyais cela chez cet auteur.
Quant à la musique, elle est, comme d'ordinaire, signée par Joe Hisaishi et absolument magnifique.


"Porco Rosso" n'est sans doute pas le meilleur dessin animé d'Hayao Miyazaki, en tout cas pas le plus abouti, son plus grand défaut étant à mes yeux sa fin trop elliptique et son manque d'explications sur certains points; mais il est tout de même réussi sur de nombreux autres aspects, à commencer par le message sous-jacent et son ancrage fort dans la réalité, et mérite à ce titre d'être vu et connu.

L'année du volcan de Jean-François Parot


1783, l’éruption gigantesque d’un volcan en Islande provoque d’importants changements climatiques. La terre se réveille : tremblements de terre, tempêtes… affaiblissent tous les pays d’Europe, la France en particulier. Le royaume commence à vaciller, les caisses se vident. Nicolas est convoqué par la Reine. Il est chargé d’enquêter sur la mort violente d’un de ses proches : le Vicomte de Trabard. L’homme est mystérieux, il fréquente le monde de la finance. Ne cherche-t-il pas à camoufler une affaire de fausse monnaie ? Tous les moyens sont-ils bon pour combler l’immense déficit du Trésor royal ? Voilà une affaire qui n’est pas sans nous rappeler quelques événements contemporains… 
Les investigations de Nicolas vont le conduire une nouvelle fois en Angleterre et le mener à deux personnages le Comte de Cagliostro et la Comtesse de la Motte, chacun au cœur d’affaires où, là aussi, l’argent est en jeu. Dans ces mondes nouveaux que Nicolas va découvrir, la mort plane encore plus proche… (JC Lattès)

Les aventures de Nicolas le Floch se suivent et ne se ressemblent pas ... pour ce qui est de l'intrigue en tout cas.
Cette nouvelle aventure se déroule en 1783, Louis XVI est un roi plutôt méconnu et terne en comparaison de ses aïeux, qui peine à s'imposer : "Le feu roi avait le jugement sain, mais s'en remettait, hélas, à ceux qui parlaient haut, estimant trop mal son propre bon sens et ses capacités. Louis XVI détenait cette même qualité de discerner le bien et le meilleur, cependant, quelle que fût sa certitude ou son raisonnement, il les conservait par-devers lui, renonçant à trancher et, en fin de compte, à imposer.", et dont la fonction lui pèse plus qu'autre chose : "Gouverner, c'est toujours faire des choix entre des inconvénients, fussent-ils rudes pour une âme tendre.".
La Reine confie une mission sous le sceau du secret au commissaire le Floch : enquêter sur la mort du Vicomte de Trabard, piétiné par un cheval, ce qui conduira le commissaire aux Affaires extraordinaires notamment en Angleterre où il n'y a pas que des amis, et à rencontrer deux personnages mystérieux : le Comte de Cagliostro et la Comtesse de la Motte.

Nicolas le Floch vieillit, il est revenu sur certaines de ses illusions mais ne mène pas pour autant une vie moins trépidante et n'en côtoie pas moins la mort : "La mort est notre attente. C'est un chemin difficile sur lequel on avance à reculons. La distance qui nous en sépare est toujours trop courte. Il faut s'y résigner.".
Il s'adoucit auprès d'Aimée d'Arranet, une jeune femme vive d'esprit aux idées féministes et rêvant d'égalité entre hommes et femmes : "N'avons-nous pas le droit je juger des choses et des gens ?", et recueille toujours des bons conseils auprès de son ami Aimé de Noblecourt, qui lui aussi vieillit et se laisse séduire par les nouvelles idées et courants de pensée qui émergent : "Janus a deux faces, Noblecourt épousait alors son siècle. Le sentiment le portait à regretter un passé qui se confondait avec sa jeunesse, mais la raison lui faisait admettre la nécessité d'un changement que les idées des philosophes et sa propre aménité imposaient.".
Les prémices de 1789 se font déjà ressentir, le peuple commence à inquiéter certaines personnes, à commencer par Nicolas le Floch, tandis que son fidèle adjoint Bourdeau laisse échapper quelques phrases laissant prévoir ce qui se déroulera quelques années plus tard, à savoir un renversement de la bourgeoisie et du clergé par les gens du peuple.
"On pouvait tout espérer du progrès et des lumières de la raison.", des progrès se font à grand pas à cette époque et les Lumières des philosophes éclairent encore les salons les plus avisés, mais l'ombre de la Révolution plane, à l'image de ce ciel assombrit, de ce soleil obscurcit, de ces multiples orages ravageurs, de la chaleur étouffante, d'un air parfois irrespirable et semant la mort venant d'Islande et d'un volcan entré en éruption.
Il serait bien naïf de croire que Jean-François Parot s'est inspiré d'un autre volcan islandais ayant semé en 2010 une petite panique en Europe, le Laki est bien entré en éruption en 1783 et ce jusqu'en février 1784, causant de nombreux dégâts et morts en Islande mais également dans d'autres pays d'Europe, et provoquant un dérèglement climatique les années suivantes qui, entre les sécheresses, les hivers très rigoureux, les orages de grêle qui détruisirent les récoltes en 1788, causât famine et pauvreté, deux facteurs importants qui provoquèrent la Révolution Française.
A l'image des autres volets des enquêtes de Nicolas le Floch, les à-côtés de l'histoire sont toujours extrêmement documentés et précis, tout comme les recettes de cuisine qui égayent aussi bien le lecteur que les personnages et le parler et les expressions de l'époque.
Jean-François Parot maîtrise son sujet et il le montre, c'est l'une des forces de cette série qui permet par la même occasion d'apprendre des anecdotes tout en retraçant de façon fidèle la vie à l'époque et les règles qui prévalaient à Versailles.
D'un autre côté, je ne peux que constater dans cette nouvelle aventure ce que j'avais déjà remarqué dans de précédents volumes, à savoir une histoire qui s'étale en longueur, qui tarde à se mettre en place et à amener des pistes et qui se résout trop rapidement à la fin, un travers que je ne trouvais pas dans les premiers volumes de cette série.
Au final, il faut attendre longtemps, trop longtemps, pour que l'enquête sur la mort du Vicomte de Trabard se mette en place, encore plus pour avoir une ébauche de pistes et non de nouveaux tiroirs qui s'ouvrent et viennent alourdir l'intrigue, alors que la résolution et les tenants et les aboutissants sont expédiés en quelques pages.
Et avec un roman ayant pour titre "L'année du volcan", je m'attendais à en entendre parler beaucoup plus, alors que tout ceci n'est qu'évoqué à certains moments, ma curiosité sur ce point n'a pas été complètement satisfaite.
Il faut alors chercher la raison de ce titre dans les faits qui se jouent pendant l'année où le volcan est venu perturber l'Europe.
Par contre, la couverture est non seulement belle et bien choisie mais trouvera son explication dans l'épilogue de cette nouvelle aventure du commissaire aux Affaires extraordinaires.

"L'année du volcan" est un bon cru des aventures de Nicolas le Floch, j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce personnage et son entourage ainsi que le Paris du 18ème siècle si bien rendu à la vie par Jean-François Parot, et malgré une intrigue qui tarde à se trouver et traîne en longueur ce n'est pas encore demain la veille que j'abandonnerai Nicolas le Floch à son destin, d'ailleurs, elle est pour bientôt sa nouvelle enquête ?

Les étranges sœurs Wilcox Tome 1 Les vampires de Londres de Fabrice Colin


Londres 1888. Qui sont ces deux orphelines qui s'aventurent la nuit dans les rues mal famées? Ignorent-elles qu'on peut y rencontrer Jack L'Éventreur? Que des créatures plus terrifiantes encore, goules et vampires, s'y livrent une lutte sans merci? Mais Amber et Luna Wilcox ne sont pas des jeunes filles comme les autres. Sous leur frêle apparence se cache un terrible secret. C'est pour cela qu'elles ont été choisies. Par qui ? Impossible d'en dire plus. Sinon que la survie de l'Empire britannique repose désormais sur les très étranges sœurs Wilcox... (Gallimard Jeunesse)

Bienvenue dans le Londres Victorien, à l'époque sanglante où Jack l'Eventreur sévissait dans les bas-fonds du quartier de Whitechapel et assassinaient des prostituées, tandis que dans les quartiers plus bourgeois on allait au théâtre, parlait littérature et recevait la bonne société à l'heure du thé et des scones, et qu'au 221B Baker Street Sherlock Holmes vit une retraite en apparence paisible avec son ami le docteur Watson.
"Il existe des moments où le hasard ressemble si fort au destin qu'aux yeux du monde, il se confond avec lui.", hasard ou coïncidences, allez savoir, mais il se trouve que les sœurs Wilcox, Amber et Luna, se réveillent chacune dans un cercueil enterrées dans un cimetière de Londres, apprennent qu'elles sont devenues des vampires, que leur père a disparu, que leurs protecteurs sont désormais Sherlock Holmes et le Docteur Watson, que Dracula est à Londres et cherche à renverser la royauté pour asseoir le règne de sa branche de vampires.
Cela fait beaucoup de choses à assimiler pour les deux jeunes filles qui se retrouvent bien malgré elles en vampires : "Celui ou celle qui a fait de nous ce que nous sommes devait être quelqu'un de très puissant.", à devoir sauver la Couronne d'Angleterre au beau milieu d'une guerre de clan de vampires.

De Fabrice Colin, j'avais lu "Bal de givre à New York" qui m'avait déçue, cette fois-ci, sans qualifier cette lecture de coup de cœur, j'ai plus apprécié ce récit qui s'adresse à la jeunesse.
L'histoire est plutôt bien construite, il y a du rebondissement et deux héroïnes féminines différentes l'une de l'autre mais tout aussi attachantes.
Ce livre s'adressant en premier lieu à un public jeune est bien fait, mêlant une intrigue qui va se développer sur plusieurs tomes (j'ai d'ailleurs été un peu frustrée par la fin du livre dont l'intrigue se prolonge clairement dans le deuxième tome et qui ne résout aucun point de l'intrigue soulevée) avec une écriture fluide et maîtrisée, mêlant personnages ayant réellement existé et ceux issus de la littérature, le tout se déroulant dans ce qui est sans doute la période la plus riche de Londres, la fin du 19ème siècle.
Les chapitres sont homogènes, ni trop courts ni trop longs, l'auteur a su décrire des moments graves et d'autres plus légers, avec des petites touches d'humour so british : "J'adore les tragédies, déclara le vampire. Elles nous rappellent que les humains sont mortels - contrairement à nous. Ah, si seulement Shakespeare avait pu être l'un des nôtres ! Mais il nous reste ses pièces.", la lecture est donc fluide et assez rapide avec une intrigue prenante même si j'ai pu deviner quelques ficelles un peu grosses.
Je n'aime pas forcément quand une histoire mélange des personnages piochés dans d'autres œuvres littéraires, ici le lecteur retrouve Sherlock Holmes, le Docteur Watson, Dracula, ainsi qu'Abraham Stocker qui rédigera plus tard la vie du Comte Dracula, même si pendant un temps je me suis demandée ce que venait faire pèle-mêle tous ces personnages j'ai fini par me prendre au jeu et me dire qu'après tout plus jeune j'aurais certainement apprécié ce trait narratif.
Parmi les bémols qui viennent nuancer cette lecture, je regrette que Londres n'est pas été plus présente, cette ville n'est qu'évoquée ou effleurée, j'aurais aimé lire plus d'action s'y déroulant et me permettant de retrouver des endroits connus; certaines actions ne sont elles aussi qu'évoquées et j'ai eu l'impression à certains moments qu'il manquait des passages, l'explication étant réglée en une phrase alors que l'auteur aurait pu prendre un peu plus de temps pour rentrer dans certains détails, tout comme le prologue dont la résolution n'intervient pas à la fin de ce premier tome et dont je m'interroge sur la réelle utilité.

Fabrice Colin s'est très certainement amusé à écrire cette histoire mêlant personnages de fiction créés par lui et par d'autres.
J'ai lu "Les vampires de Londres" pour me détendre et cette lecture a tout à fait répondu au but recherché, et malgré les quelques bémols qui nuancent mon avis, "Les étranges sœurs Wilcox" est à mon avis une bonne série littéraire jeunesse qui peut toutefois se lire à tout âge.

mardi 5 novembre 2013

Top Ten Tuesday #21


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 endroits/univers que les livres vous ont donnés envie de découvrir

1) L’Italie (notamment Rome, Florence, Venise) ;
2) New York ;
3) La Terre du Milieu ;
4) La campagne anglaise ;
5) L’Ouest américain (ainsi que le Wyoming) ;
6) Londres ;
7) Aldebaran, Betelgeuse et Antares ;
8) L’Australie ;
9) Le Japon ;
10) La Russie.

dimanche 3 novembre 2013

La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan Coe


Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? (Folio)

Une voix enregistrée sur cassettes décrivant vingt photos, voilà l'héritage de Rosamond pour une mystérieuse Imogen, pour que cette inconnue découvre son histoire, sache et comprenne d'où elle vient et quel est son passé.
Mais pour l'instant Imogen n'est pas là, c'est Gill, exécutrice testamentaire de sa tante, accompagnée de ses deux filles qui écoutent cet enregistrement, perçoivent avec émotion la voix de Rosamond et découvrent les secrets les plus enfouis autour de cette Imogen qu'elles doivent retrouver.

Le procédé narratif employé par Jonathan Coe est original et extrêmement bien construit.
En travaillant par ellipses, il réussit à donner au lecteur une vision complète de l'histoire de trois générations de femmes des années 40 à aujourd'hui via le travail effectué par Rosamond à partir de photographies : "Elles sont la preuve que les choses que je me rappelle - certaines des choses que je me rappelle - ce sont vraiment produites, qu'elles ne sont pas des souvenirs fantômes ou des chimères, des fantasmes. Mais qu'en est-il des souvenirs pour lesquels il n'y a pas de photos, pas de corroboration, pas de preuve ?".
Rosamond ne cherche pas à tout raconter, elle a sélectionné les photographies lui apparaissant comme importantes et a dû faire appel à sa mémoire pour les faire revivre, opposant ainsi le papier aux souvenirs : "Pourquoi les photos - les photos de famille - donnaient-elles toujours aux gens un air si insondable ?".
Mais elle se raconte aussi, beaucoup, laissant ainsi découvrir une femme sensible qui a beaucoup aimé dans sa vie et qui a aussi beaucoup souffert, qui aujourd'hui au seuil de la mort a suffisamment de recul pour comprendre que toute sa vie ne tient qu'à un moment ayant conduit au paroxysme du bonheur et qu'ensuite rien ne fut plus jamais pareil : "Tout a découlé de cette nuit-là, mais le chemin qu'elle a ouvert ... Il menait, je m'en rends compte à présent, à cette journée au bord du lac : c'était ça, le point culminant ... Tout ce qui a suivi était une aberration.", et qu'il n'est pas possible qu'une chose annule toutes les erreurs du passé et les répare, ce qu'elle a longtemps pensé concernant la naissance d'Imogen : "L'idée que tu aurais pu ne pas exister, que tu aurais pu ne jamais naître, me paraît si injuste, si monstrueuse et contre nature ... Ça ne veut pas dire que ton existence corrige ou annule toutes ces erreurs. Elle ne justifie rien. Ce que ça signifie - je l'ai peut-être déjà dit ? Je crois que oui, même si c'est en d'autres termes - ou plutôt ce que ça me fait comprendre, c'est ceci : la vie ne commence à avoir un sens qu'en admettant que parfois, souvent, toujours, deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps.".
A travers la voix de Rosamond, l'auteur soulève des questions liées au hasard, aux coïncidences, au destin qui frapperait une famille et à une forme de fatalité qui ne pourrait finalement jamais être rompue; pour conclure avec celle de Gill qui réalise brusquement que ce chacun cherche dans la vie n'est finalement qu'une chimère à jamais inaccessible :  "Le sens qu'elle cherchait était perdu. Pire encore : il n'avait jamais existé. C'était impossible. Ce qu'elle espérait trouver n'était qu'une chimère, un rêve, une chose irréelle : comme la pluie avant qu'elle tombe.".
Ce roman est sombre, poignant, extrêmement bien écrit.
Il aborde l'intime sans tomber dans le pathos ou l'impudeur ou encore même le voyeurisme.
J'ai vécu la narration de Rosamond comme une forme d'accouchement qui aboutit à la transmission d'une forme de philosophie familiale : "Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux.".
Je n'ai qu'un seul bémol à mettre à ce magnifique récit, la fin trop abrupte qui tranche de façon trop nette et trop précise le fil narratif déployé jusque là.

"La pluie, avant qu'elle tombe" est un roman puissant en émotion, qui décrit une touchante histoire familiale de trois femmes sur plusieurs décennies, avec lequel je découvrais Jonathan Coe dont je vais continuer à explorer l'oeuvre tant ce roman m'a plu et ému.

Walking Dead Tome 3 Sains et saufs ? de Robert Kirkman et Charlie Adlard


Rick et son groupe de survivants quittent les abords d’Atlanta en quête de l’abri qui les protégera des attaques incessantes de morts-vivants. La chance leur sourit lorsqu’ils trouvent sur leur chemin un immense pénitencier laissé à l’abandon. Du moins, le pensent-ils… Car, une fois les alentours nettoyés, ils font la rencontre des résidents de la prison. (Delcourt)

Parce qu'ils viennent de tomber sur un prison, certes habitée par de nombreux zombies, Rick et son groupe commencent à rêver à un chez eux, un havre de paix, un endroit où tous pourraient enfin se poser et reprendre un simili de vie.
Rick est un optimiste : "Qu'est-ce qui te pousse à voir le bien partout dans notre situation ?", dans une telle situation cela relève du miracle, c'est pourquoi il fonde énormément d'espoir dans cette prison qui offre le double avantage de les abriter des rôdeurs et des hordes de zombies et pourrait leur permettre de cultiver un lopin de terre pour leur survie alimentaire.
Mais il est sans doute le seul à voir l'avenir aussi rose, Dale est le plus sage de tous mais aussi le plus pragmatique quant aux sentiments ressentis par chacun : "C'est comme si je n'avais plus d'émotions ... j'ai épuisé mes réserves.", quant à sa compagne Andrea elle prend la vie comme elle vient et profite de chaque instant, un carpe diem forcé par la situation et qui prend ainsi tout son sens : "Plus personne n'aura de bonnes années. Et si tu parles d'espérance de vie ... je pense qu'on est à peu près tous à égalité.".
Quant aux nouveaux personnages introduits dans le tome précédent, je trouve celui de Tyreese intéressant, ceci étant sans doute lié au fait qu'il est plus développé dans ce tome-ci par rapport à celui de Hershel.
Robert Kirkman continue avec son scénario à explorer les différentes facettes des réactions humaines : des couples se font, s'aiment dans l'urgence et là où ils le peuvent, d'autres souffrent en silence, d'autres font ressortir leur côté violent tandis que certains se découvrent une âme de leader et les implications d'être en quelque sorte le chef d'un groupe.
Mais Robert Kirkman est ici encore plus vicieux que précédemment, car dans cette prison il n'y a pas que des non morts, il y a aussi quatre prisonniers bien vivants qui sèment le trouble et la discorde dans le petit groupe de survivants, d'autant plus qu'ils apparaissent comme moins fous que ces derniers qui ont vécu beaucoup d'horreurs à l'extérieur.
Ce troisième volume est à mes yeux le plus violent pour l'instant de la série, l'horreur ne venant pas des zombies, ils ne sont pas là pour faire peur au lecteur, mais des hommes entre eux.
Les attaques de zombies ne sont jamais complètement effrayantes, mais les meurtres le sont eux beaucoup plus, avec des mares de sang occupant une bonne moitié de la bulle à chaque fois, comme si les auteurs cherchaient à rappeler que la violence et plus généralement le danger vient en premier lieu des humains entre eux et non des zombies les entourant.
Ce qui oblige Rick a instaurer une première règle dans ce nouveau monde : "Tu tues ? Tu meurs. C'est aussi simple que ça.".
Quant à la plume de Charlie Adlard, je la trouve maîtrisée, vive et violente, saisissant dans les cases le côté incisif et l'horreur de l'histoire et je ne peux qu'approuver, une fois encore, le choix des niveaux de gris pour la trame graphique.

"Sains et saufs ?" est un troisième volume qui pose de bonnes questions, confirmant ainsi la qualité de cette série qui, est-il encore besoin de le rappeler, ne s'intéresse pas aux zombies mais bien aux réactions de chacun face à une telle situation et qui est signée de deux noms incontournables dans l'univers des comics américains.

Walking Dead Tome 2 Cette vie derrière nous de Robert Kirkman, Charlie Adlard


Regroupés autour de Rick, les survivants s’organisent et gèrent au mieux les tensions naissantes au sein de leur petite communauté. Chaque journée écoulée est une victoire sur l’horreur qui les entoure. Rick, devenu leur leader par la force des choses, doit à présent trouver le moyen de survivre un jour, une semaine, un mois de plus. Et cette survie ne se fera qu’au prix de lourds sacrifices… (Delcourt)

"Walking Dead" n'est décidément pas une série centrée sur les zombies, ils ne sont au contraire qu'un prétexte pour bâtir cette histoire autour du personnage de Rick et montrer toute la palette de sentiments plus ou moins exacerbés qui résultent d'une telle situation.
De l'espoir, il n'en reste plus beaucoup : "On est encerclés par la mort. Elle submerge nos vies. Et il n'y a rien qu'on puisse y changer ! Soit on l'accepte, soit non.", chacun est en sursis et peut mourir dans un mois, une semaine, demain, une heure, une minute.
D'ailleurs à ce titre, ce deuxième volume n'est pas plus tendre que le premier.
Et au coeur du groupe de survivants il y a Rick, un roc sur lequel tout le monde s'appuie et qui a pris en main ce petit groupe de survivants, Rick qui aimerait pouvoir en faire tellement et qui n'arrive à assurer qu'un minimum : "Tu n'arrangeras pas les choses. Je ne me sentirai pas mieux. Tu t'inquiètes pour moi, ça me suffit.", Rick qui a tendance à oublier qu'après tout, il n'est qu'humain.
Aux côtés de Rick, il y a Lori sa femme, qui essaie tant bien que mal d'être l'équivalent de Rick auprès des femmes du groupe et qui est sans doute celle qui réalise le mieux que plus rien ne sera comme avant, que la vie telle qu'ils l'ont connue est derrière eux et que l'avenir est des plus incertains : "Le bébé ne saura jamais comment le monde était avant ... merde ... bientôt Carl ne s'en souviendra même plus. Il ne saura jamais ce que c'est que de passer son permis de conduire. Ou d'emmener une fille au ciné.".
En bâtissant son scénario, Robert Kirkman a volontairement pris le parti d'avoir Rick comme personnage principal et de l'entourer de personnages voués à disparaître plus ou moins rapidement.
Ce deuxième tome introduit un personnage particulièrement intéressant et qui aura à mon avis un rôle important dans les volumes suivants, celui de Hershel, un patriarche autoritaire exerçant l'activité de fermier, vivant avec ses enfants et qui pourrait se révéler moins accueillant que les apparences ne le laissent supposer : "Vous êtes un putain d'expert ou quoi ? Chez vous, je ne sais pas, mais ici les zombies n'ont pas été livrés avec un putain de mode d'emploi ! On ne sait foutre rien d'eux. On ne sait pas ce qu'ils pensent ... ce qu'ils ressentent. On ne sait pas si c'est une maladie ou un effet secondaire dû à une arme chimique ! On sait que dalle ! Pour autant que l'on sache, ces choses pourraient se réveiller demain, guérir et revenir à la normale.".
Dans une certaine mesure, il s'oppose à Rick et est la première personne à lui tenir tête de cette façon et à le fragiliser face à son groupe.
Parmi toute cette galerie de personnages et même si je suis attachée d'une certaine façon à Rick et sa famille, c'est au couple formé par Andrea et Dale que va en grande partie ma sympathie, sans doute parce que c'est un couple assorti comme mai et décembre mais ce sont aussi les personnages qui savent rester le plus calmes face aux situations et qui les traversent avec une fatalité qui ressemblerait à une forme de philosophie.
Le scénario de Robert Kirkman est bien construit et j'aime assister à la progression des personnages au fil des tomes, bien que le temps ait été en quelque sorte aboli et que le lecteur avance à ce titre à tâtons, comme les personnages.
Quant aux dessins de Charlie Adlard, qui succède à Tony Moore, ils sont vraiment réussis et j'aime énormément le choix du noir et blanc et des niveaux de gris, cela cadre très bien à mon sens avec l'histoire développée.
A noter que le changement de dessinateur ne se ressent pas à la lecture.

"Cette vie derrière nous" confirme, s'il en était besoin, que "Walking Dead" est un très bon comic susceptible de plaire aux adeptes de ce genre littéraire comme aux non initiés dont je fais partie qui se prennent très vite au jeu de savoir quel sort attend Rick et son groupe de survivants.