mercredi 6 juin 2012
Borgia Tome 1 - Du sang pour le pape de Milo Manara et Alexandro Jodorowski
Rome n'est plus une ville sainte, mais un chaos sans foi ni loi. La Mafia Borgia, les premiers parrains de l'Histoire, en sont les maîtres. (Vent des Savanes)
Ce premier tome s'attache à planter les bases de ce que sera l'histoire des Borgia dans cette version en bande dessinée.
Dès les premières images, il se dégage une ambiance quasi malsaine de recherche du pouvoir et de moeurs plutôt dissolues qui ne quittera plus le récit.
Mais il n'y a rien d'étonnant à cela, puisque : "Rome n'est plus une ville sainte mais un lupanar sans foi ni loi !" et que les auteurs ont développé l'histoire de la famille Borgia.
Ce premier tome se focalise sur Rodrigo Borgia, cardinal tout en ayant une maîtresse et des enfants et qui affiche clairement son ambition de devenir pape, c'est-à-dire dès que l'actuel, moribond malgré sa quête de la jeunesse à travers d'horribles procédés, aura enfin passé l'arme à gauche.
"Du sang pour le pape" ne laisse pas indifférent, il comporte un cocktail explosif et sulfureux qui ne demande qu'à se répandre dans les tomes suivants. La violence, le sang, le sexe, la mort, transpirent de chacune des bulles et créent une fascination qui ne m'a plus quittée.
J'ai été prise par cette débauche de couleurs et d'horreurs, par la vie et les mouvements qui se dégagent de chacune des images, d'autant plus que l'histoire des Borgia plaît ou ne plaît pas, mais ne laisse pas indifférente.
Les auteurs sont sans concession et certaines scènes pourraient mettre mal à l'aise (la mort du pape, ou juste déjà son physique), il n'empêche, j'ai hâte de lire la suite.
J'ai apprécié le scénario, bien mené avec des scènes fortes, et la qualité du graphisme et le choix des couleurs.
Ce premier tome est une très bonne entrée en matière et plante le décors pour les trois suivants.
Une nouvelle version de l'histoire des Borgia, cette fois-ci en bande dessinée, à découvrir pour pénétrer dans un univers particulier et redécouvrir la vie d'une des familles les plus puissantes d'Italie.
Livre lu dans le cadre du challenge Il Viaggio
Le Festival de Cannes et moi
Qui a eu cette idée folle un jour
d’inventer le Festival de Cannes ?
C’est … c’est … ce sacré Jean Zay en
1946 alors qu’il était ministre de l’Education Nationale et des Beaux-Arts (au
passage, elle est facile, mais à quand un ministère du redressement de l’Education,
de la Culture et de l’Art en France ?).
Cannes, ses rues, la mer, son
festival, son Palais des Festivals et des Congrès (qui m’a valu de me manger un
poteau car je regardais ledit Palais et non plus où je mettais les pieds), son
tapis rouge, sa montée des marches et surtout son tapis de stars
internationales se donnant systématiquement rendez-vous tous les ans pendant
douze jours.
Cannes en mai, c’est THE place to be,
le rendez-vous international du cinéma et c’est sans nul doute le festival le
plus relayé médiatiquement et connu dans le monde.
Et qui dit festival dit sélection, et
là, le credo de Cannes c’est de refléter la production cinématographique
mondiale et donc de mettre en avant le cinéma d’auteur ou de recherche.
Voilà où je voulais en venir, à la
sélection et surtout aux films primés.
Parce que sur ce festival, il y a du
très bon et il y a du moins bon, et, en règle générale, il y a du moins bon
primé, qu’il m’arrive d’aller voir comme d’autres cinéphiles et amateurs de
cinéma/crédules (rayez la mention inutile) et de regretter amèrement.
Ou alors il m’arrive de hurler
(intérieurement) lors du Palmarès car des petits bijoux n’ont pas été
récompensés à leur juste valeur, parce que là aussi, comme partout ailleurs, il
y a du copinage et des us et coutumes difficiles à supprimer.
Ainsi, certains grands réalisateurs,
voire monstres sacrés du cinéma, n’ont jamais reçu la Palme d’Or, pour n’en
citer quelques uns : Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick,
André Téchiné, François Truffaut, Alain Resnais, Claude Sautet, Douglas Sirk,
Pedro Almodóvar, Jean-Luc Godard, Clint Eastwood (pour mieux réaliser la chose,
relisez la liste une seconde fois).
Après on aime ou on n’aime pas, il
n’empêche que toutes ces personnes ont marqué le cinéma.
Là il est facile de me
rétorquer : "Et bien le palmarès c’est pareil, on aime ou on n’aime
pas", mais quel est l’intérêt de récompenser un film aussitôt primé
aussitôt oublié ? Ou qui n’apporte rien au cinéma ? Ou simplement
parce que le réalisateur est un ami ? (Je ne parle pas d’Isabelle Huppert
… oups) Et qui ne va pas rencontrer un public à sa sortie ? Voire même
sera aussitôt retiré des salles ?
Pour certains films ayant reçu la
Palme, je comprends l’attribution de ce prix, notamment pour Apichatpong Weerasethakul, mais dans
d’autres cas, cela reste un mystère complet.
Et quel besoin de faire une allergie
à des films "grand public" ? Ou de laisser de côté certains
genres ? (qui a déjà vu un film d’horreur à Cannes ?)
Un film de Cannes doit donc forcément
être torturé, noir, sombre, morbide, pénible ?
Vu le contexte actuel, ce n’est pas
franchement le genre de films que les gens ont envie d’aller voir.
Certains réalisateurs refusant la
concurrence n’acceptent pas que leur film soit projeté en compétition, c’est le
cas de Woody Allen.
Et si c’était ça une partie de la
solution ? Refuser la sélection officielle puisque de toute façon au final
le film ne recevra rien ? Ou tout du moins pas la Palme ?
Remarquez que je ne m’étends même pas
sur le fait qu’à ce jour une seule femme a obtenu la Palme : Jane Campion
pour sa magistrale "Leçon de piano".
Et puis le jury est loin d’être
neutre en opinion, preuves en sont les diverses polémiques depuis la création
de ce Festival.
Et si ces dernières années j’étais
plutôt satisfaite du palmarès, le jury ayant réussi à faire un savant équilibre
entre films d’auteur et films grand public, je suis sincèrement déçue par le
palmarès de cette année.
Une deuxième Palme à Michael
Haneke !
Sérieusement, il n’y avait pas plus
méritant et mieux ?
Voici un dialogue que j’ai eu avec
une personne à ce sujet :
- Il doit être bien le film qui a eu
la Palme !
- Pourquoi, parce qu’il a eu la
Palme ? Tu sais dans les Palmes il y en a prendre et à laisser.
- Ca doit valoir le coup de le voir.
- Tu as déjà vu un film de Michael
Haneke ?
- Non.
- Moi si, et c’est fini,
définitivement fini. Je ne verrai plus aucun de ses films.
Et oui, cette personne aurait vu un
film de Michael Haneke elle aurait compris ma réaction épidermique à cette
Palme et à ce réalisateur.
Dans le genre film tordu où on ne
comprend pas tout (voire rien), morbide, donnant envie de se pendre ou de se
jeter sous le train à la sortie de la projection, il n’y a pas mieux ! (ou
sans doute que si mais je n’ai pas encore vu)
De Michael Haneke, j’ai vu "La pianiste", film où Isabelle Huppert campe un professeur de piano vieille
fille vivant avec une mère étouffante, aux pulsions sexuelles quelque peu déroutantes
(elle veut du SM et aucun sentiment) et s’infligeant des mutilations, notamment
sexuelles.
Apparemment ça ne m’avait pas suffi,
je suis donc allée voir "Caché", histoire d’un couple qui découvre un
beau jour par l’envoi d’une cassette vidéo qu’ils sont surveillés et épiés en
permanence par quelqu’un. Là je n’ai rien compris au film, mais alors rien de
rien ! A la fin on ne sait pas qui, ni comment, ni pourquoi, retour à la
case départ.
Pourtant j’adore Juliette Binoche
comme actrice, même si elle passait l’aspirateur et repassait le linge j’irai
voir le film, mais là je n’ai pas trop compris ce qu’elle est allée faire dans
ce film, la voir errer en quête d’un hypothétique voyeur m’a ennuyée, exécuter
des tâches ménagères aurait été plus mouvementé (l’aspirateur va-t-il
démarrer ?), c’est dire.
Voilà pourquoi je ne verrai plus de
films de Michael Haneke.
Ensuite, Prix du scénario à Cristian
Mungiu duquel j’avais vu l’assez bon "4 mois, 3 semaines, 2 jours".
Pourquoi n’irai-je pas voir "Au-delà des collines" ?
Parce qu’aller voir un film racontant
l’histoire de lesbiennes dans un couvent roumain ça ne m’intéresse pas plus que
ça, pour tout dire ça ne m’intéresse pas du tout (et pour utiliser une
expression imagée : je m’en bats les paupières avec une pelle à tarte).
Il en va de même pour le restant de
la sélection, sauf le film italien "Reality" qui tire peut-être son
épingle du jeu.
Aucun film français primé, même pas Leos
Carax qui dérange certes mais apporte une touche inédite au cinéma français,
rien pour "Sur la route" alors que le livre était jugé inadaptable,
rien pour Nicole Kidman qui, semble-t-il, renouait enfin avec un vrai rôle lui
permettant de nous rappeler qu’elle est avant tout une actrice et non une
people ex-adepte de la scientologie, et douée.
Il me reste un peu moins de 12 mois
pour digérer le Palmarès et espérer que la sélection l’année prochaine sera
plus intéressante et que le Palmarès sera, dans une certaine mesure, plus
ouvert.
lundi 4 juin 2012
Swap Au-delà des océans pour l'Eldorado
Le swap "Au-delà des océans pour l'Eldorado" a été organisé par isallysun, avec pour thème principal la découverte du Québec, à travers un auteur québécois ou un livre se situant au Québec ou un livre portant sur l'histoire du Québec.
L'idée sous-jacente étant également de faire découvrir son pays et/ou sa région à son/sa swapé(e).
J'ai participé à ce swap dans la catégorie "D'une frontière à l'autre", ma swapée est Lightjok et elle habite en Belgique.
Après l'envoi des deux questionnaires, dont un limite pour ma part pour cause d'emploi du tempsde ministre quelque peu chargé, des échanges par courriel, le choix des cadeaux pour le colis, l'emballage des-dits cadeaux (lamentable pour ma part, il est plus que nécessaire que je suive des cours "papier cadeau"), un passage par la Poste et un cierge allumé à la Sainte Poste protectrice des colis, nous avons réussi Lightjok et moi à faire partir nos colis le même jour.
Par un phénomèneque je ne m'explique pas que je m'explique très bien (la Poste française n'est apparemment pas la Poste belge), j'ai reçu mon colis aujourd'hui (et pas ma swapée) !
Autant dire que cela a été très dur d'avoir le colis en main depuis 10 heures ce matin, de devoir l'amener avec moi à une réunion en extérieur (apparemment ça n'a choqué personne que je me promène avec un gros sac contenant un colis), de prendre les transports en commun sans me faire accuser de transporter une bombe, pour finalement arriver chez moi et le déballer !
Et là ... et bien je vous propose de découvrir cela en images !
Tout d'abord le colis :
Après ouverture, une vue d'ensemble :
Le tout déballé du colis :
Un éventail de marques-pages tous plus beaux les uns que les autres :
De quoi déguster pendant les lectures :
Les colis roses mystérieux :
De quoi déguster et écouter pendant les lectures :
Pour le CD il s'agit d'un disque 100% belge concocté par Lightjok, je sens que je vais découvrir des chanteurs.
Pour partir sur le Nil et s'évader avec les pharaons :
Des colis bleus mystérieux :
De la lecture, de la lecture et de la lecture :
Pour le Québec :
- Contes et légendes du Québec
- "Les portes de Québec 1 - Faubourg Saint-Roch" de Jean-Pierre Charland
Pour la wish-list :
- "Le mépris" d'Alberto Moravia
- "Le temps de l'innocence" d'Edith Wharton
- "La pluie de néon" de James Lee Burke (1ère enquête de Dave Robicheaux)
Pour la découverte :
- "Le top du chat" de Philippe Geluck (BD 100% belge)
Je remercie tout d'abord isallysun pour l'organisation de ce swap, c'était le premier auquel je participais et j'ai adoré cela, autant dire que je renouvellerai l'expérience.
Bravo et merci pour l'organisation !
Et surtout un énormissime merci à ma swapée de m'avoir autant gâtée, d'avoir été patiente quand je mettais un peu de temps à répondre, cela a été un plaisir de te découvrir et de découvrir tes goûts littéraires.
Ton colis m'a fait extrêmement plaisir et j'en ai d'ailleurs beaucoup pris à le déballer et à découvrir les trésors qu'il recelait.
Tu as tout bon sur toute la ligne, je te remercie de me faire découvrir autant de livres, je sens qu'un tirage au sort s'impose pour savoir par lequel je vais commencer !
J'espère que ton colis te fera autant plaisir, et pour voir ce que j'ai envoyé à Lightkok c'est ici.
Merci, merci et encore merci !
L'idée sous-jacente étant également de faire découvrir son pays et/ou sa région à son/sa swapé(e).
J'ai participé à ce swap dans la catégorie "D'une frontière à l'autre", ma swapée est Lightjok et elle habite en Belgique.
Après l'envoi des deux questionnaires, dont un limite pour ma part pour cause d'emploi du temps
Par un phénomène
Autant dire que cela a été très dur d'avoir le colis en main depuis 10 heures ce matin, de devoir l'amener avec moi à une réunion en extérieur (apparemment ça n'a choqué personne que je me promène avec un gros sac contenant un colis), de prendre les transports en commun sans me faire accuser de transporter une bombe, pour finalement arriver chez moi et le déballer !
Et là ... et bien je vous propose de découvrir cela en images !
Tout d'abord le colis :
Après ouverture, une vue d'ensemble :
Le tout déballé du colis :
Un éventail de marques-pages tous plus beaux les uns que les autres :
De quoi déguster pendant les lectures :
Les colis roses mystérieux :
De quoi déguster et écouter pendant les lectures :
Pour le CD il s'agit d'un disque 100% belge concocté par Lightjok, je sens que je vais découvrir des chanteurs.
Pour partir sur le Nil et s'évader avec les pharaons :
Des colis bleus mystérieux :
De la lecture, de la lecture et de la lecture :
Pour le Québec :
- Contes et légendes du Québec
- "Les portes de Québec 1 - Faubourg Saint-Roch" de Jean-Pierre Charland
Pour la wish-list :
- "Le mépris" d'Alberto Moravia
- "Le temps de l'innocence" d'Edith Wharton
- "La pluie de néon" de James Lee Burke (1ère enquête de Dave Robicheaux)
Pour la découverte :
- "Le top du chat" de Philippe Geluck (BD 100% belge)
Je remercie tout d'abord isallysun pour l'organisation de ce swap, c'était le premier auquel je participais et j'ai adoré cela, autant dire que je renouvellerai l'expérience.
Bravo et merci pour l'organisation !
Et surtout un énormissime merci à ma swapée de m'avoir autant gâtée, d'avoir été patiente quand je mettais un peu de temps à répondre, cela a été un plaisir de te découvrir et de découvrir tes goûts littéraires.
Ton colis m'a fait extrêmement plaisir et j'en ai d'ailleurs beaucoup pris à le déballer et à découvrir les trésors qu'il recelait.
Tu as tout bon sur toute la ligne, je te remercie de me faire découvrir autant de livres, je sens qu'un tirage au sort s'impose pour savoir par lequel je vais commencer !
J'espère que ton colis te fera autant plaisir, et pour voir ce que j'ai envoyé à Lightkok c'est ici.
Merci, merci et encore merci !
jeudi 31 mai 2012
Lucrèce Borgia de Victor Hugo
Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo. (Pocket)
Ce drame en trois actes de Victor Hugo s'inspire librement de la vie de Lucrèce Borgia et se base sur la réputation sulfureuse liée à cette femme, notamment sur ses moeurs dissolues (relations incestueuses avec son père et son frère) et sa facilité à manier le poison : "Est-ce que notre commune renommée à tous deux, notre renommée infâme, notre renommée de meurtre et d'empoisonnement, ne commence pas à te peser, Gubetta ?"
Cette pièce est écrite de manière très structurée et ne lasse aucunement lors de la lecture, au contraire, je trouve même que cette construction "carrée" sert le récit et le fait gagner en fluidité.
En effet, le récit se lit d'une seule traite grâce à des dialogues majoritairement courts et donc percutants et à une tension dramatique allant crescendo et bien maîtrisée par l'auteur.
Il se dégage de cette pièce une réelle ambiance et une tension palpable à tout moment jusqu'au dénouement final, attendu mais à l'aspect extrêmement bien travaillé et amené.
La qualité de l'écriture et la précision des dialogues ne sont pas non plus étrangers à cette ambiance, et j'avoue avoir relu une oeuvre de Victor Hugo avec plaisir après des années sans l'avoir fait.
J'ai également apprécié l'aspect visuel de ce récit, car c'est non seulement du théâtre mais rien que la lecture des dialogues permet d'imaginer les scènes, le jeu des acteurs et leurs réactions, ce qui n'est pas le cas lors de la lecture de toutes les pièces de théâtre.
Avec en toile de fond l'Italie, Victor Hugo a articulé sa pièce autour de deux personnages : Lucrèce Borgia la sulfureuse en train de se racheter une conduite : "Je vois que vous êtes en train de devenir la plus vertueuse altesse qui soit." et Gennaro son fils caché issu de sa relation avec son frère.
Le traitement des personnages est bien fait. Lucrèce Borgia apparaît faible, ou en tout cas ressentant de forts sentiments pour son fils, ce qui n'a pas dû lui arriver souvent dans sa vie, mais l'auteur rappelle également à la fin le côté manipulateur, rancunier de ce personnage : "Il y a quelques jours, tous, les mêmes qui êtes ici, vous disiez ce nom avec triomphe. Vous le dites aujourd'hui avec épouvante. Oui, vous pouvez me regarder avec vos yeux fixes de terreur. C'est bien moi, messieurs. Je viens vous annoncer une nouvelle, c'est que vous êtes tous empoisonnés, messeigneurs, et qu'il n'y en a pas un de vous qui ait encore une heure à vivre.", ainsi que sa puissance : "Pardieu, il me semble que je me venge !".
Elle est une mère et c'est cet aspect-là que l'auteur a voulu mettre en avant.
Quant à Gennaro, il est lui empli de sentiments contrastés : d'amour pour sa mère qu'il ne connaît pas, de haine pour Lucrèce Borgia qu'il tient pour responsable du malheur de sa mère, sans savoir que l'une et l'autre ne sont qu'une même personne.
Victor Hugo, en explorant et adaptant la légende d'une femme, offre une pièce de théâtre dramatique savoureuse à lire et fait de Lucrèce Borgia une figure désormais incontournable de l'héroïsme romantique.
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre H
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge Il Viaggio
mercredi 30 mai 2012
Cadavre exquis de Pénélope Bagieu
Zoé a un boulot pas drôle : elle est hôtesse d'accueil dans les salons de l'automobile ou du fromage et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds. Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire. Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son grand appartement parisien ? L'amour peut-il vivre en huis clos ? Et quel est dans cette histoire le rôle d'Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l'écrivain ? (Gallimard BD)
La vie de Zoé est loin d'être rêvée voire même fascinante.
Hôtesse dans des salons le jour, il lui faut encore endurer le soir son copain chômeur dormant en chaussettes et passant la journée devant la télévision.
Jusqu'au jour où le hasard va lui faire croiser la route de Thomas Rocher, écrivain à succès en manque d'inspiration.
Pénélope Bagieu livre-là sa première bande dessinée avec une histoire complète.
Si l'histoire a un côté surréaliste, en tout cas sur certains aspects, j'ai pourtant bien accroché et j'ai été prise par celle-ci même si je lui reproche d'être trop elliptique à certain moment.
Cet engouement est à mon avis fortement lié au fait que le personnage de Zoé est touchant et s'attire tout de suite la sympathie du lecteur. Elle séduit, avec son côté maladroit, avec ses qualités mais aussi ses défauts, son envie de changer de vie et son mal être dans son quotidien.
C'est là l'un des atouts de Pénélope Bagieu, elle a créé un personnage qui représente une petite facette de chacun, un morceau de nos envies plus ou moins secrètes, et cela crée une empathie du lecteur vis-à-vis de Zoé qui restera jusqu'à la fin de l'histoire.
De plus, j'ai beaucoup apprécié le coup de crayon de l'auteur.
C'est moderne, c'est coloré, cela apporte de la fraîcheur et les visages plutôt ronds de ses personnages tendent à conférer à cette bande dessinée un côté sympathique et gentil.
Sans rien révéler de l'histoire, je dirai juste que la chute est aussi surprenante qu'inattendue et prouve, s'il en était encore besoin, que Pénélope Bagieu est au rendez-vous là où elle était attendue.
Avec cette histoire, Pénélope Bagieu s'affirme comme une auteur à suivre qui nous promet de belles histoires à venir.
Au titre emprunté à un jeu littéraire inventé par les surréalistes, "Cadavre exquis" de Pénélope Bagieu se révèle être une bande dessinée extrêmement agréable à lire et riche en rebondissements.
jeudi 24 mai 2012
Blueberry Tome 4 Le cavalier perdu de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier
A Camp-Bowie (Arizona), Blueberry attend le retour de Graig. Celui-ci doit ramener la réponse du président des Etats-Unis, Andrew S. Johnson, à propos d'une ultime tentative de négociation avec Cochise. (Dargaud)
"Dans ce pays, un homme sans cheval est un homme mort !"
Et c'est pourtant ce qui va arriver à Blueberry dans ce tome-ci, parfaite continuité du précédent.
Son compagnon de voyage, colporteur de son état et surtout attiré par l'alcool, va perdre leur monture au poker face à un déserteur ancien soldat de l'armée sudiste.
Et un ennui n'arrivant jamais seul, voilà que Blueberry et Crowe, qu'il a réussi à retrouver, se retrouvent dans une fâcheuse situation qui pourrait remettre en cause la mission de paix de Blueberry : "Le droit ?!! Ha ha ha ! Tu es bien naïf, l'américain ... c'est moi qui le fais ici ... j'ai "tous" les droits ! Y compris celui de faire livrer aux apaches les tonnes d'armes et de poudre entreposées à la mine de San-Feliu !".
Ce quatrième tome des aventures de Blueberry ne connaît aucun temps mort et il est extrêmement riche en rebondissements et en aventure.
Il se lit d'une seule traite et le scénario de Jean-Michel Charlier truffé de péripéties confère un caractère addictif à cette série, servie par les excellents dessins de Jean Giraud.
L'ambiance Far West est au rendez-vous, pour l'instant je n'ai pas trouvé qu'il y avait de redite dans l'histoire et les situations, et j'apprécie finalement cette histoire assez longue, s'étalant sur plusieurs tomes et qui voit dans celui-ci le retour du redoutable chef de guerre indien Aigle solitaire, connu également sous le nom de Quanah-n'a-plus-qu'un-oeil.
"Le cavalier perdu", quatrième tome des aventures de Blueberry, a été une lecture très addictive et très prenante, cette série, pour l'instant, se bonifie au fil des tomes et est toujours aussi plaisante à lire.
Me voilà désormais bien embêtée, j'ai accroché à l'univers de Blueberry et je vais rester sur ma faim/fin un petit moment, car ma bibliothèque ne possède pas les tomes suivants !
Mais parole de lectrice, je ferai tout pour me les procurer et continuer ma lecture des aventures de Blueberry.
Livre lu dans le cadre du club de lecture BD d'avril de Babelio - Jean Giraud / Moebius
Du domaine des murmures de Carole Martinez
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe. Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu'en Terre sainte. Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante. (Gallimard)
"Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister. Je suis devenue la vierge des murmures."
Parce qu'Esclarmonde le jour de son mariage a refusé de dire "Oui" pour se faire entendre dans sa volonté de consacrer sa vie à Dieu, elle est emmurée vivante dans une cellule attenante à la chapelle du château de son père et n'en sortira que morte.
Mais loin de vivre en recluse, le monde au contraire vient à elle et même elle réussit par l'esprit à franchir les barrières de sa cellule de pierre.
Autant le dire tout de suite, je ne suis pas autant enthousiaste que l'ensemble des critiques sur ce livre, et même si je lui reconnais beaucoup de qualités je lui ai trouvé quelques défauts qui viennent contrebalancer mon appréciation de ce récit.
Pour les aspects très positifs du livre, il faut bien le dire, le style narratif de Carole Martinez est admirable et elle utilise et abuse de formulations très poétiques pour le plus grand plaisir du lecteur.
L'entrée en matière du livre revêt d'ailleurs un côté particulièrement enchanteur et j'ai beaucoup aimé certaines remarques de l'héroïne, notamment celle-ci : "La douleur est une saison en soi.".
De plus, avec cette histoire l'auteur dresse une étude précise et ciselée du personnage féminin d'Esclarmonde, présentée dans un premier temps comme une sainte, puis dans un deuxième temps sous un jour plus sombre, particulièrement lorsqu'elle découvre le pouvoir qu'elle a sur les autres derrière ses murs : "A défaut de croire en Dieu, j'ai commencé à croire en moi, en la force de ma parole dont je voyais chaque jour croître l'incroyable pouvoir."
Esclarmonde est sans nul doute le personnage le plus travaillé et le plus précis de tout le récit, c'est en tout cas celui qui connaît le plus d'évolution basculant de la lumière à l'ombre pour revenir à la lumière : "Comment pouvait-on tant apprendre, tant changer, tant souffrir, tant vieillir, en si petit espace ?"
Ce basculement s'explique au regard de l'histoire et même si l'issue de ce personnage était attendue et connue, il n'en reste pas moins que c'est celui qui cristallise en lui les différentes facettes de la personnalité humaine.
J'ai également aimé la dimension fantastique que l'auteur apporte à son histoire, notamment avec une mystérieuse et puissante femme de vert vêtu, ainsi que son inspiration de légendes bourguignonnes.
Maintenant pour les quelques aspects négatifs, je n'ai pas apprécié le traitement du personnage de Lothaire qui bascule trop facilement et sans explication aux deux extrémités, passant du tout méchant au tout gentil.
Ensuite, la réclusion d'Esclarmonde est un peu trop douce et arrangée à la convenance de l'auteur à mon goût.
Dans la réalité, ces femmes ne communiquaient plus avec le monde extérieur, la nourriture leur était jetée car leur fenestrelle était aménagée suffisamment haut pour que la recluse ne puisse y accéder.
A partir de là, la majorité de l'intrigue de l'auteur s'écroule.
Certains dénouements concernant le secret d'Esclarmonde sont sans grande surprise, en tout cas il n'y en a pas eues pour moi.
A travers ce récit oscillant entre poésie et fantastique, Carole Martinez y dévoile un très beau portrait de femme vouant sa vie à Dieu et surtout une très belle plume avec une palette d'émotions.
Certes, sa magie n'a pas totalement agi sur moi, mais je reconnais de grandes qualités à ce récit et à cette auteur.
Une découverte intéressante à approfondir.
Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune du club de lecture de Babelio de Mai 2012
Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices
Le jeune homme, la mort et le temps de Richard Matheson
À trente-six ans, Richard Collier se sait condamné à brève échéance. Pour tromper son désespoir, il voyage, au hasard, jusqu'à échouer dans un vieil hôtel aux bords du Pacifique.
Envoûté par cette demeure surannée, il tombe bientôt sous le charme d'un portrait ornant les murs de l'hôtel : celui d'Elise McKenna, une célèbre actrice ayant vécu à la fin du XIXe siècle.
La bibliothèque, les archives de l'hôtel lui livrent des bribes de son histoire, et peu à peu la curiosité cède le pas à l'admiration, puis à l'amour. Un amour au-delà de toute logique, si puissant qu'il lui fera traverser le temps pour rejoindre sa bien-aimée.
Mais si l'on peut tromper le temps, peut-on tromper la mort ? (Gallimard)
Avec ce récit, Richard Matheson fait le pari audacieux de mêler science-fiction et histoire d'amour, ce qui est extrêmement rare.
Malheureusement pour ma part, c'est sans doute cette conjugaison inhabituelle qui a eu pour conséquence une lecture laborieuse et une accroche à l'histoire difficile.
Je reconnais que l'histoire est particulièrement originale et c'était la première fois qu'il m'était donné de lire un récit de science-fiction ayant pour trame de fond une histoire d'amour spatio-temporelle.
Car pour compliquer la chose, le héros, 36 ans en 1973, malade sur le point de mourir à brève échéance, ne trouve rien de mieux que de s'amouracher d'une actrice ayant vécu à la fin du 19ème siècle.
Pour la retrouver, il n'a d'autre choix que de voyager dans le temps pour vivre son histoire d'amour.
Le livre est présenté sous la forme du récit post-mortem de Richard et publié par son frère Robert qui ne croit pas à la réalité de ce qui y est écrit et qui met cela sur le compte de la maladie de son frère.
Pendant le premier tiers du récit, Richard enquête sur Elise McKenna pour mieux la connaître et surtout cherche la solution pour voyager dans le temps.
J'ai eu beaucoup de mal avec cette partie et j'ai même pensé arrêter ma lecture tant je trouvais que cela tournait en rond sans avancer.
Par la suite, Richard réussit à aller en 1896 et aborde le plus difficile : convaincre et séduire Elise.
Cette partie est plus vivante et a réussi à éveiller mon intérêt, d'autant que j'ai apprécié la relation entre Richard et Elise, lui venant avec sa modernité et devant s'adapter à une époque plus rigide et plus soucieuse des conventions, elle ne sachant trop comment agir ni que faire ni pourquoi elle le fait : "Je ne sais pourquoi je fais tout ça, dit-elle d'un ton douloureux. Je n'ai jamais rien fait de semblable de ma vie.", enfermée par son époque et son statut de femme : "Mon cerveau me dit que vous et moi nous sommes rencontrés pour la première fois sur la plage hier soir, dit-elle, et que jusque-là, nous étions des étrangers l'un pour l'autre. Mon cerveau me dit que je n'avais aucune raison de me comporter envers vous comme je l'ai fait. Absolument aucune raison. [...] Et pourtant je le fais."
Cette lecture achevée, j'ai le sentiment d'être restée en dehors de quelque chose et c'est un peu gênant.
J'ai lu la dernière partie du livre avec beaucoup de plaisir et c'est, à mon sens, la partie la plus réussie.
Plus globalement, j'ai été déstabilisée par cette lecture, déjà par l'entrée en matière, et puis par le mélange entre science-fiction et histoire d'amour, ce qui fait que j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire et cela explique aussi mon avis mitigé sur cette oeuvre de Richard Matheson au titre pourtant poétique et évocateur du contenu du récit.
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