dimanche 14 avril 2013
Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle
Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Mais pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4 000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l'a jamais vu. (Delcourt)
"Chroniques de Jérusalem" de Guy Delisle retrace la vie du dessinateur durant une année à Jérusalem, sa femme travaillant pour Médecins Sans Frontières.
Comme le dit une personne rencontrée au cours de ce séjour, des frontières il y en a toujours, et cela est d'autant plus vrai en Israël, pays aux multiples facettes avec une ville de Jérusalem divisée entre les trois religions principales, la colonisation de territoires palestiniens et des territoires occupés gardés comme des places fortes.
Israël est un pays déroutant et au cours de cette année Guy Delisle en fera l’expérience bien des fois : "Quel drôle d'endroit, me suis-je dit, où la vue d'un homme armé en pleine rue ne provoque aucun mouvement de panique.".
Mais cette sensation ne s'arrête pas au port d'armes en toute liberté et impunité, il en va de même pour tous les aspects du quotidien : les courses avec des supermarchés très bien approvisionnés dans les colonies et peu fournis ailleurs, les écoles, la circulation : "A Jérusalem, il y a deux systèmes de transport urbain qui fonctionnent en parallèle. Il y a les autobus israéliens qui desservent toute la ville sauf les quartiers arabes. Et les minibus arabes qui desservent uniquement les quartiers arabes.".
J'ai toujours eu du mal à saisir tous les ressorts du conflit Israélo-Palestinien et je ne pense pas être la seule personne, loin de là, j'espérais, peut-être naïvement, y voir plus clair après cette lecture, ce n'est pas forcément le cas ou tout du moins pas comme je l'espérais.
Au début, tout paraît assez simple, j'ai d'ailleurs apprécié le travail de Guy Delisle de transcrire par images les explications qu'il a reçues avec sa femme à leur arrivée, et au final ça reste obscur sur certains points, ce qui me rassure en un sens c'est que ça l'est aussi pour l'auteur, c'est en tout cas l'impression que j'ai eue.
L'avantage de la forme de la bande dessinée, c'est qu'elle permet de mettre des images sur des situations dont on entend parler à la télévision ou à la radio, l'auteur ayant mis à profit son séjour pour explorer tous les aspects de ce territoire il offre ainsi au lecteur une vision globale de la situation politique, personnellement j'ai l'impression ma lecture achevée d'y voir un peu plus clair, et, point très appréciable, à aucun moment il ne prend parti.
Sur le fond, j'ai beaucoup apprécié la narration de Guy Delisle, il mêle sa vie personnelle aux événements, il est curieux et fait de nombreuses rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Il est certes expatrié mais il n'hésite pas à se mêler à la population, à rencontrer des personnes avec des points de vue diamétralement opposés, par exemple la visite de Hébron avec des anciens soldats puis avec des colons, ce qui rend sa bande dessinée riche du point de vue des rencontres humaines.
Cette histoire met aussi en lumière les paradoxes de ce pays, je retiens notamment celui du territoire de Gaza : "Ils ont le droit de voter démocratiquement, mais ils doivent voter démocratiquement pour le parti qu'Israël a choisi.".
Guy Delisle a également un humour décalé qui rend la lecture encore plus agréable, j'ai notamment aimé son approche des contrôles de sécurité à l'aéroport, ou encore son intervention dans un collège palestinien où aucun élève ne sait ce qu'est une bande dessinée et dans un collège israélien où chaque élève lui cite au moins un nom d'auteur.
En ce qui concerne le graphisme, j'avoue que je partais avec un petit a priori, n'étant pas certaine d'aimer le style de l'auteur.
Au final, je me suis très vite habituée au coup de crayon de Guy Delisle, à tel point que j'ai désormais envie de lire d'autres oeuvres de cet auteur.
J'ai également été faire un tour sur son blog, notamment celui qu'il a tenu durant son séjour à Jérusalem, c'est un bon complément à cette lecture.
"Chroniques de Jérusalem" est un roman graphique très intéressant et très humain, bâti sur l'expérience quotidienne de Guy Delisle après une année passée à Jérusalem.
Une belle découverte littéraire !
Livre lu dans le cadre du challenge A la découverte du Québec
mardi 9 avril 2013
Lira bien qui lira le dernier - Lettre libertine sur la lecture de Hubert Nyssen
La fin du livre ? On l'annonce pour demain depuis le berceau des incunables. S'adressant à une lectrice (imaginaire) qui s'inquiète de l'avenir de la lecture, Hubert Nyssen, fort de sa double expérience d'écrivain et d'éditeur, passe au tamis, avec humeur et humour, les craintes, les espérances, les prévisions et les prophéties qu'inspire le spectre continuellement brandi de la crise du livre. D'autres plumes, sur ce sujet, eussent été sentencieuses, moroses ou usurpatrices. De la sienne, l'encre a coulé de source. (Actes Sud)
Cher Monsieur Nyssen,
A travers cette longue lettre, qui n'est au final pas si libertine que cela, et dans laquelle vous vous adressez à une demoiselle imaginaire, Esperluette de son nom, vous dressez un état des lieux du livre, de la lecture, que vous décrivez fort judicieusement comme amants : "C'est pourquoi il me paraît urgent de vous rappeler que livre et lecture sont en quelque sorte les amants rivaux d'une belle capricieuse qui se nomme écriture.", et par la même occasion du lecteur.
Force m'est de constater qu'énoncer il y a déjà quelques années de cela, votre point de vue est toujours ô combien d'actualité.
Oui, il est toujours question que la fin du livre soit pour demain, oui, il m'arrive parfois d'entendre une voix étonnée me dire : "Quoi ? Tu lis encore des livres papier ?", voire pire : "Les livres ? La lecture ? Ca ne sert à rien.".
Je pourrais alors me lancer dans un discours enflammé pour défendre ardemment le livre, le plaisir que revêt la découverte d'un auteur, de quelques heures passées en compagnie de personnages qu'il est très difficile de quitter, mais je préfère ne rien dire et laisser cette personne dans son ignorance d'un plaisir si simple et si enrichissant à la fois.
Mais tout ça, c'était avant de lire votre livre, et aujourd'hui je serai donc en mesure de rétorquer à toutes ces personnes : "Lira bien qui lira le dernier".
Vous le dites très justement : "Le livre n'est que le support actuel de la chose écrite, il n'est rien d'autre que l'outil utilisé dans un moment de l'histoire dont nous sommes encore les acteurs.", ainsi aujourd'hui le livre vit toujours dans sa version papier, mais il se développe aussi dans une version électronique et qui sait si demain il ne sera pas appris par coeur et raconté oralement comme le font les personnages de "Fahrenheit 451".
Je vous avoue que c'est avec curiosité que j'ai commencé à lire votre ouvrage, puis très rapidement par intérêt.
Je me suis reconnue dans beaucoup de vos propos et votre livre a eu le mérite de pousser un peu plus loin ma réflexion sur la lecture, les rôles à la fois du livre et du lecteur.
C'est un aspect que j'aime dans la lecture, lorsque ce qui est écrit me pousse dans mes retranchements et m'ouvre les yeux sur des aspects jusque là ignorés, ou qui étaient tellement évidents que je ne me posais aucune question.
La curiosité, surtout littéraire, n'est décidément pas un vilain défaut.
Et puis, cela a un côté rassurant de ne pas se savoir seule par rapport à ce que l'on pense, mais aussi dans l'état de fébrilité que peut nous mettre la lecture.
Vous ne laissez rien de côté et vous abordez tous les aspects de la question, n'hésitant pas à dire des vérités qui ne sont pas toujours bonnes ni plaisantes à entendre, notamment celles concernant les Prix Littéraires : "Après tout, mademoiselle Esperluette, il vaut mieux vous dire qu'un prix littéraire, ça ne fait pas plus le talent qu'une hirondelle ne fait le printemps.".
Votre expérience est d'autant plus intéressante que vous avez eu à la fois la casquette d'éditeur mais également celle d'écrivain, et que c'est fort de vos expériences personnelles que vous avez mené vos réflexions.
Quant à votre plume, elle est tout simplement savoureuse et délectable à lire et j'aime à dire que j'ai passé un agréable moment en votre compagnie.
Malheureusement, vous êtes de ces personnes que je ne pourrai pas rencontrer ici-bas afin de pouvoir prolonger la discussion sur votre ouvrage et plus généralement sur l'avenir de la lecture, et vous dire tout le bien que je pense de votre livre et des réflexions que vous y avez couchées sur papier.
Il me reste la consolation de savoir qu'il y a en chacun des lecteurs/trices de ce livre un peu de votre demoiselle Esperluette et que le dernier lecteur n'est pas encore né.
Une modeste lectrice.
Un grand merci à George pour le prêt de ce livre !
Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices
dimanche 7 avril 2013
Valérian Tome 16 Otages de l'Ultralum de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin
Valérian et Laureline passent un séjour de rêve sur l'un des paradis touristiques du cosmos. Mais il n'est pas sûr qu'ils s'amusent tant que cela dans leur palace fréquenté par des milliardaires, parfois odieux comme le grand calife d'Iksaladam accompagné de son harem et de son califon. A vrai dire l'ennui sera de courte durée. L'horrible Quatuor Mortis s'empare en effet du califon.. et de Laureline ! Une course poursuite s'engage sur les confins interdits du califat, là où s'affairent les misérables extracteurs d'ultralum, le carburant ultra-luminique nécessaire aux vaisseaux de l'espace. Au passage, on retrouvera Point Central, cet espèce de fabuleux ONU galactique, un schniarfeur saisi par le doute glandulaire, un transmuteur grognon de Bluxte, ainsi que quelques espions shingouz prêts à vendre tout et n'importe qui. (Dargaud)
Dans cette nouvelle aventure de Valérian et Laureline, tout commence comme dans "La croisière s'amuse" sauf que Valérian ne s'amuse pas, un brin nostalgique le garçon : "C'est ça voyager ... se souvenir des choses qu'on a vu avant ...".
Entre alors en scène un horrible schniarfeur : "Un schniarfeur dégoupillé, même charmant, ne serait-ce pas, à proprement parler une arme vivante ?", Laureline est kidnappée alors qu'elle n'était pas visée avec un horrible bambin qui n'est pas sans rappeler le prince Abdallah dans Tintin, et tout ce petit monde se retrouve sur une planète asservie pour l'extraction de l'or noir local : l'ultralum.
Valérian se lance aussitôt à la poursuite de Laureline mais il n'est pas seul sur le coup car la récompense de 100 billiards de poutibloks en fait rêver plus d'un : le double détective Frankie/Harry, le quatuor Mortis, et par le plus grand des hasards les Shingouz sont aussi de la partie (eux, attirés par l'argent ?).
Mélangez le tout et vous obtenez une très bonne aventure de Valérian et Laureline.
L'histoire est à la hauteur du précédent opus, elle tient la route du début à la fin et les auteurs ne s'y perdent pas, elle est prenante même sans être très sophistiquée et contient des passages bien drôles, histoire de passer un bon moment avec cette lecture.
Du côté des créatures, le lecteur retrouve des têtes connues : les Shingouz, Jal et Kistna dans une très belle scène de retrouvailles et de pardon, les auteurs m'ont d'ailleurs agréablement surprise en remettant ces personnages dans l'histoire sans s'emmêler les pinceaux dans une explication tirée par les cheveux, le transmuteur grognon de Bluxte, que Laureline sait parfaitement maîtriser et calmer lorsqu'il est grognon : "Je comprends que tu sois grognon ! Mais tu sais quoi ? On va se prendre une bonne douche détergente tous nus ensemble, d'accord ?", un schniarfeur; quelques nouveautés avec l'énervant fils du calife mais finalement j'apprécie de retrouver des têtes connues au cours des aventures de Valérian et Laureline plutôt que d'engloutir à chaque fois de nouveaux êtres vivants.
Les dessins de Jean-Claude Mézières sont de toute beauté, il a réussi à allier des personnages contrastés avec des paysages élaborés; quant à Pierre Christin son scénario est malin dans le sens où il arrive à faire passer un message écologique mais également politique, car la situation avec l'ultralum n'est pas sans rappeler l'exploitation pétrolière et le vent de révolte qui souffle sur les travailleurs ressemble fort à la lutte des classes du communisme, l'utilisation du mot "camarade" n'y est d'ailleurs pas étrangère, mâtiné d'un soupçon de guerre d'indépendance coloniale.
"Otages de l'ultralum" est un excellent opus de Valérian et Laureline, doté d'une histoire à plusieurs niveaux de lecture et d'un graphisme particulièrement réussi.
A la lecture de ce tome, j'ai même des craintes quant à la suite tant je trouve que cet album pourrait presque conclure cette série.
Espérons que les volumes suivants garderont cette qualité qui fait le succès de ce space-opéra en bande dessinée.
samedi 6 avril 2013
L'écrivain de la famille de Grégoire Delacourt
À sept ans, Édouard écrit son premier poème, quatre rimes pauvres qui vont le porter aux nues et faire de lui l’écrivain de la famille. Mais le destin que les autres vous choisissent n’est jamais tout à fait le bon ... Avec grâce et délicatesse, Grégoire Delacourt nous conte une histoire simple, familiale, drôle et bouleversante. (Le Livre de Poche)
C'est sur trois décennies que cet écrivain va se raconter.
Enfin écrivain, c'est vite dit : "J'avais écrit un poème minable et j'avais été catalogué écrivain de la famille. Et puis quoi encore ?", car écrivain, Edouard aura beau essayer, il ne réussira jamais à l'être dans le sens où toute sa famille l'attendait.
C'est dans une autre forme d'écriture que sa créativité va s'exprimer : celle pour les publicités.
Mais l'intérêt de ce livre ne réside pas dans la carrière d'écrivain réussie ou non d'Edouard, c'est plus une réflexion douce amère sur la vie, les rêves qui ne réalisent pas toujours, voire pas du tout, et la gestion du quotidien et des problèmes : un mariage sans réel amour, les enfants, le divorce, les coucheries à droite et à gauche et la peur d'avoir contracté le SIDA, la sénilité d'un parent, la mort de proches.
Edouard est un personnage enfermé dans un carcan dès son plus jeune âge : il doit devenir l'écrivain de la famille, il se laisse porter par sa famille, plus tard par Monique qui le pousse à écrire son premier roman, il met finalement près de trente ans à comprendre ce qu'est la vie, l'amour : "Quand sait-on qu'on aime ? Le soir ou au matin ? Quand il est encore temps, ou déjà trop tard ?" mais par dessus tout à se séparer de la forme de dictature imposée par les autres sur sa personne pour enfin vivre son destin.
Autour d'Edouard gravitent d'autres personnages : certains sont touchants comme son père et sa mère, extrêmement émouvants comme son frère, et puis d'autres m'ont laissée indifférente, comme Monique qui a aucun moment ne m'a été sympathique.
Il y a aussi une ambiance qui se dégage du texte, chaque partie est consacrée à une décennie et Grégoire Delacourt a su leur donner une forme de vie et de nostalgie.
Ainsi les années soixante-dix sont celles de la musique, de la mode, des magazines féminins, de l'enfance pour Edouard et surtout de l'insouciance; les années quatre-vingt sont marquées par de nouvelles musiques, une atmosphère plus grave avec l'entrée dans l'âge adulte et la vie active mais surtout le développement du SIDA qui se met à toucher n'importe qui, n'importe où, sans faire de distinction de classe sociale et la mort commence à être présente : "La jeune fille hurla. Aujourd'hui encore son je ne veux pas mourir, s'il vous plaît me réveille la nuit."; quant aux années quatre-vingt-dix, l'insouciance s'en est allée et Edouard se heurte aux difficultés de la vie et mûrit, enfin.
Je reconnais à Grégoire Delacourt un style fluide et très prenant.
Les chapitres sont courts, l'histoire se lit avec avidité, je qualifierai son livre de page turner.
C'est relativement bien maîtrisé, d'autant qu'il s'agit de son premier roman et que ça ne ressent quasiment pas à la lecture.
Je relativise avec quasiment pas car les quelques défauts de ce livre sont inhérents à ses qualités : Grégoire Delacourt arrive merveilleusement à capter l'attention du lecteur en égrainant dans son récit des moments futurs mais lorsque ceux-ci arrivent j'ai trouvé qu'il passait dessus trop vite.
Ainsi, il crée une tension en évoquant le test de dépistage du SIDA que sera amené à faire Edouard dans quelques années, mais lorsque ce passage arrive en un paragraphe c'est bouclé.
Pareil pour la mystérieuse jeune femme assise sur le capot de la voiture.
J'ai trouvé cela un peu dommage car une tension avait été créée mais ce traitement trop rapide sur des passages qui m'intéressaient m'ont laissé un peu frustrée dans ma lecture.
Ne vous arrêtez pas à mon chipotage sur des passages trop vite évoqués, "L'écrivain de la famille" est un très bon premier roman de Grégoire Delacourt avec de l'émotion et de la tendresse qui se lit avec beaucoup de plaisir.
Un auteur à découvrir si ce n'est déjà fait !
mardi 2 avril 2013
Les perles de la Moïka d'Annie Degroote
2003. Ana, comédienne, a coupé tout lien avec sa famille et particulièrement avec sa mère, russe, dont elle ne s'est jamais sentie aimée. Jusqu'au jour où on lui offre le plus beau rôle de sa vie dans une pièce de Tchekhov. 1903. Sur les bords de la Moïka à Saint-Pétersbourg, Tatiana Alexandrovna jouit des fastes d'une époque encore sereine. De son premier amour avec un officier de la Garde, elle a des jumelles, Olga et Natacha ; toutes trois se trouveront liées au destin de la famille Youssoupov et de Raspoutine. Mais déjà se profile la révolution. Tout bascule. Quel secret portent-elles qui bouleversera la vie d'Ana ?
Le destin tumultueux de trois générations de femmes et la quête d'un amour maternel. (Presses de la Cité)
2003. Ana est comédienne, mal dans sa
peau et dans sa vie : "Elle n'est qu'une réplique, un faire-valoir, une quantité négligeable.".
Mal aimée de sa mère plus jeune elle
traîne un ressentiment à l’égard de cette femme aux yeux de qui elle n’a jamais
trouvé grâce et qui n’a jamais daigné l’entourer d’une once d’amour maternel : "Une enfance où tout est possible, où les incompréhensions sont vite oubliées, où les petits bobs de l'âme sont soignés par une maman attentionnée. Une enfance rêvée et qui n'était pas la sienne.".
Dans le même temps, dans une maison
de retraite dans le Nord de la France, une pensionnaire s’attache à faire
revivre sa grand-mère, Tatiana, en racontant à un public de plus en plus
important sa jeunesse en 1903 à Saint-Pétersbourg, du temps de la grandeur du
tsar et de sa famille, sa rencontre avec un bel officier et les jumelles Olga
et Natacha qui viendront couronner ce mariage.
Inutile d’en dire plus, cela
reviendrait à dévoiler l’histoire, et autant vous laissez la découvrir.
Ce livre relève à la fois du roman
historique pour le traitement de l’histoire de la Russie au début du vingtième
siècle qu’il fait mais aussi du roman familial pour cette saga sur trois
générations de femmes.
Pour l’aspect historique du roman, je
ne retiens pas l’histoire du tsar et de sa famille, ni celle de Raspoutine et
de la révolution bolchevique de 1917, ce sont des points historiques que je
connais, que j’ai eus l’occasion de lire dans d’autres romans.
Ce qui a retenu mon intérêt, c’est la
partie traitant de l’Ukraine et des conséquences du régime bolchevique sur
cette région.
D’abord indépendante en 1917, elle
fait de nouveau partie de l’URSS de Staline en 1920.
J’ai ainsi découvert le traitement
réservé par Staline à cette région, particulièrement la grande famine en
Ukraine et le Kouban en 1932 et 1933 appelée Holodomor.
Comme bien souvent les millions de
morts laissés par Lénine et Staline sont passés sous silence, ce roman a le
mérite de montrer sous un éclairage différent cette période et de sortir du
faste des soirées de Saint-Pétersbourg.
Je n’ai pas non plus été marquée par
les personnages féminins, ils restent assez conventionnels et ne dénaturent pas
des héroïnes romanesques, ils sont plaisants pour le lecteur sans devenir agaçants.
Pour le côté saga romanesque et
familiale, ce livre n’atteint pas le niveau de "La lumière des
Justes" de Henri Troyat, mais il offre tout de même une histoire prenante
de femmes, de mères, et une quête de l’amour maternel.
Je considère que l’auteur a cherché à
rendre hommage aux mères et à l’amour maternel à travers ce roman et c’est
assez bien réussi.
J’ai trouvé sympathique le gros clin
d’œil fait par l’auteur à la littérature russe, et la relation entre le
personnage de Lioubov dans "La Cerisaie" de Tchekhov et les
personnages féminins de l’histoire est bien pensée sans devenir redondante.
Ce n’est pas non plus de la grande
littérature, mais je reconnais qu’Annie Degroote a un style plaisant, rendant
la lecture particulièrement fluide et prenante et qu’une fois le nez mis dans
l’ouvrage il n’est pas possible de le retirer.
J’ai été piquée au jeu et c’est avec
un certain plaisir que j’ai lu d’une traite cette histoire.
Qui plus est, l’auteur ne perd à
aucun moment son lecteur grâce à une alternance temporelle et des points de vue
par chapitre.
Avec "Les perles de la
Moïka", Annie Degroote offre au lecteur une lecture plaisante et prenante,
un moment de détente littéraire pour voyager en Russie et en France à travers
l’Histoire du vingtième siècle.
Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.
lundi 1 avril 2013
Dans ma bibliothèque - Episode 1
J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique intitulée "Dans ma bibliothèque", où je vous présenterai quelques livres de ma bibliothèque.
Je remercie Delphine qui en a eu l'idée sur son blog, son dernier article portait sur ses vieilles éditions du Livre de Poche à l'occasion des 60 ans de cette maison d'édition et cela m'a donné envie de ressortir quelques uns de mes plus beaux livres de poche.
Livres récupérés de mes parents, ou bien trouvés dans des ventes ou à ma bibliothèque (oui, ma bibliothèque met généreusement à disposition des bacs dans lesquels chacun est libre de déposer des livres et de se servir, de les lire, de les remettre ou de les garder), ils occupent une place particulière dans ma bibliothèque et j'y suis très attachée.
Voici quelques vieilles éditions du Livre de Poche (et au passage vous admirerez le parquet de ma chambre).
C'est donc dans une version de 1962 et 1963 que j'ai lu "Autant en emporte le vent" et je suis littéralement sous le charme de ces couvertures, à noter également celle très belle du "Fantôme de l'Opéra" de Gaston Leroux et mes fidèles "Fleurs du mal" de Charles Baudelaire préfacé par Jean-Paul Sartre.
Un peu d'A. J Cronin, de Colette, d'Ernest Hemingway et "La peste" d'Albert Camus.
Lorsque j'ai travaillé "La peste" à l'école j'ai évidemment opté pour cette édition, je mettais toujours un peu plus de temps à trouver mes repères dans le livre quand la professeur parlait d'un passage mais j'ai toujours trouvé que cette édition avait plus de saveur que celles plus récentes.
"Les fleurs du mal" sont toujours à portée de main.
Du Lovecraft, des nouvelles de Sherlock Holmes par Sir Arthur Conan Doyle et "Les âmes mortes" de Gogol.
Des versions plus récentes (années 70/80) mais toutes aussi belles, avec Colette "L'étoile Vesper", Marcel Pagnol "La femme du boulanger" et "Les diaboliques" de Boileau et Narcejac.
En éditions plus récentes, j'ai deux livres sur le cycle "La vie quotidienne à" : Rome qui me vient de mes parents et Pompéi que j'ai (enfin !) acquis l'année dernière, après moultes péripéties car ce livre n'est plus édité (c'est pourtant une référence sur Pompéi), je l'ai donc guetté et cherché en occasion.
Voici quelques uns des livres que je possède dans la collection "Le Livre de Poche", a priori la plus vieille édition date de 1959 mais j'approfondirai pour voir si je n'ai pas un livre encore plus vieux.
Je trouve que ces éditions avaient plus de vie que celles d'aujourd'hui, les couvertures étaient particulièrement stylisées, ces livres ont une odeur bien particulière, et la qualité générale (impression, papier et mise en page) était nettement supérieure à celle d'aujourd'hui, plus de 50 ans après ils sont toujours en très bon état alors qu'un livre aujourd'hui peut vite tomber en lambeaux.
Voilà pour cette première excursion dans ma bibliothèque !
Le tueur de la Green River de Jonathan Case et Jeff Jensen
Dans les années 1980, la priorité de la police de Seattle était l’appréhension du « tueur de la Green River », surnom du meurtrier de douzaines de femmes. Mais en 1990, alors que le nombre de crimes s’était élevé à au moins quarante-huit, l’affaire a été remise aux mains d’un seul détective, Tom Jensen. Après vingt ans, Gary Leon Ridgway finalement confondu grâce à une recherche ADN est interrogé par Jensen pendant 180 jours... (Ankama - Hostile Holster)
Au début des années 1980, les corps de plusieurs femmes, toutes prostituées, ont été retrouvés à Seattle près de la Green River, donnant ainsi son nom au tueur en série qui sévissait : le tueur de la Green River.
Dès lors la police ne cesse de traquer ce meurtrier mais se heurte aux hésitations de l'administration : "Le comté s'inquiète aussi du coût de l'enquête. On dirait que c'est difficile de les convaincre qu'une épidémie de meurtres de prostituées constitue une menace à la sécurité publique.".
Finalement, la cellule est dissoute et seul l'inspecteur Tom Jensen, soutenu par son collègue et ami Jim Doyon, continue de mener l'enquête.
Après quelques années calmes, les meurtres reprennent dans les années 90 et il faudra attendre le début des années 2000 pour que le tueur soit enfin identifié par son ADN.
Il s'agit de Gary Leon Ridgway, suspecté dès les années 80 mais sans preuve, et durant son interrogatoire de 180 jours il se révélera être un meurtrier froid et glacial.
Seul Tom Jensen parviendra à percer une fois sa carapace : "Le lendemain matin, mon père est retourné au travail et a repris les interrogatoires. Sa "percée" n'a jamais été évoquée et rien d'autre de la sorte ne s'est plus produit.". Parce qu'il a passé un accord avec la justice, Gary Leon Ridgway est condamné en 2003 à la prison à perpétuité.
A ce jour quarante-neuf meurtres lui sont attribués mais il en a avoué soixante et onze, les corps de certaines femmes disparues n'ayant pas été retrouvés.
Pour retracer l'histoire de ce tueur en série, c'est Jeff Jensen, le fils de l'inspecteur Tom Jensen, qui a écrit le scénario de cette bande dessinée.
Le travail de reconstitution est minutieux, d'autant plus que je ne connaissais pas jusqu'alors ce tueur en série américain qui est pourtant présenté comme l'un des plus grands.
La scène d'ouverture est surprenante et met tout de suite dans l'ambiance du récit.
L'histoire, découpée sur cinq jours, mêle passé et présent, à savoir les interrogatoires de Gary Leon Ridgway et les enquêtes menées dans les années 80 et 90.
Il ne faut surtout pas blâmer les inspecteurs, en cela cette bande dessinée est une forme d'hommage qui leur est rendu, car ils ont fait ce qu'ils ont pu avec les moyens qu'ils avaient.
Il faudra attendre la découverte de l'ADN et les progrès de la science pour dupliquer des échantillons trop fragiles pour résoudre ces meurtres.
Toutefois, Jeff Jensen a su présenter son père comme un homme derrière l'inspecteur, un homme qui doute, émet des hypothèses, et jongle entre sa vie professionnelle et a vie privée.
Mais plus qu'aux inspecteurs de police, cette bande dessinée est un formidable hommage rendu aux victimes et à leur famille.
Pour tous ces parents, leur fille n'était pas une prostituée, c'était leur fille, une personne qu'ils aimaient et en qui ils croyaient.
Même si certains dessins sur les cadavres sont durs, les auteurs ont redonné une identité à toutes les victimes de ce tueur, sans oublier toutes les familles plongées dans le doute et qui ne savent toujours pas ou qui ont su tardivement ce qui était arrivé à leur fille disparue : "Parfois je me sens ridicule d'espérer qu'elle soit en vie. Mais ensuite, je me sens coupable d'abandonner tout espoir. D'autres fois, je pense que le pire est de ne pas savoir. Qu'elle soit vivante ou morte, je veux juste être fixée. Ou peut-être que je dis n'importe quoi pour me rassurer, parce que je sais bien que le jour où vous viendrez m'apprendre sa mort sera le pire jour de mon existence.".
Les dessins uniquement en noir et blanc de Jonathan Case servent bien le récit et sont de belle facture.
Il a su donner vie aux personnages et surtout leur faire traverser les époques, jouant sur les transformations physiques au cours du temps.
C'est un récit très prenant que j'ai lu d'une seule traite, bien documenté et ne tombant à aucun moment dans le voyeurisme.
La préface de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série, est intéressante à lire, pour ma part je l'ai fait après la lecture de ce roman graphique pour apporter un autre éclairage sur l'histoire et ce tueur tout en contraste : il est un meurtrier implacable et glacial sous une apparence tout ce qu'il y a de plus banal, ce qui explique aussi en partie pourquoi il a été aussi difficile de l'appréhender.
"Le tueur de la Green River" relève sans doute plus du documentaire graphique que d'une bande dessinée pour la détente mais s'illustre par de beaux graphismes et un côté sobre donnant de l'éclat à cette histoire sur un tueur en série qui reste une énigme.
Avril - Les contraires Zazie
Pour avril, j'ai choisi de mettre à l'honneur Zazie dont le dernier album Cyclo est paru en mars 2013.
Pour ce nouvel opus, Zazie a privilégié un album plutôt intimiste, mettant à l'honneur la voix sur des mélodies simples avec toujours des textes peaufinés.
Elle a aussi fait appel à Olivier Coursier, membre du groupe Aaron, et cela se ressent je trouve à l'écoute des premiers extraits de cet album.
Pour ce nouvel opus, Zazie a privilégié un album plutôt intimiste, mettant à l'honneur la voix sur des mélodies simples avec toujours des textes peaufinés.
Elle a aussi fait appel à Olivier Coursier, membre du groupe Aaron, et cela se ressent je trouve à l'écoute des premiers extraits de cet album.
Même lit même camp
Ni l'un et l'autre ne s'entend
Même vent même envies
Ça ne nous arrive pas souvent
On attend on s'attend
A vivre la même vie
Et pourtant et pourtant
Seulement ce qui nous sépare nous uni
J'adore tu n'aimes pas
Je sors tu restes là
J'accoure tu es parti
C'est le jour et la nuit
Je rêve que je m'envole
Tu restes cloué au sol
Ce qui nous uni nous échappe...
Le même souffle, même cri
Pourquoi ni l'un et l'autre ne comprend
Tu fais semblent je fais comme si
Coulait dans nos veines le même sang
Et pourtant et pourtant
Les combats les non-dits
On apprend et le temps que ça prend
Pour que le noir ou blanc se marie
J'adore tu n'aimes pas
Je sors tu restes là
J'accoure tu es parti
C'est le jour et la nuit
Tu rêves que tu décolles
Je reste clouée au sol
Ce qui nous uni nous échappe...
Nous rattrape...
Nous aspire...
Nous inspire
Et je garde le sourire
Et tu gardes le silence
Tu crains le pire
Moi j’espère
Les contraires s'attirent
Que je garde le sourire
Quand tu gardes le silence
Quand tu soupires
Moi j’espère
Que les contraires s'attirent
Les contraires s'attirent.
Inscription à :
Articles (Atom)








