lundi 19 décembre 2016
Shirley de Charlotte Brontë
1812. Du fait des guerres napoléoniennes, la province du Yorkshire subit la première dépression industrielle de l’Histoire. Les temps sont durs, aussi bien pour les patrons que pour les ouvriers qui, menacés par l’apparition des machines-outils, fomentent une révolte. Robert Moore est l’un de ces industriels dont les filatures tournent à vide. La timide Caroline, sa cousine, est éprise de lui. Mais Robert est trop préoccupé par les émeutes et les ennuis financiers pour songer à un mariage si peu lucratif. Il songe plutôt à Shirley Keeldar, une jeune héritière qui vient de s’installer en ville. Vive et entreprenante, le « capitaine Keeldar » – comme elle se laisse appeler – déborde d’idées pour investir son argent, souhaitant venir en aide aussi bien à Robert qu’aux ouvriers les plus pauvres. Convaincue qu’un mariage se prépare, Caroline en tombe malade de dépit. Elle ne comprend pas que son amie repousse les beaux partis, traite ses domestiques en familiers et ait si peu d’égards pour son ancien précepteur, le frère de Robert. Lequel envisage de fermer son usine pour refaire sa vie au Canada. La balle d’un ouvrier révolté mettra fin à ce projet… (Archipoche)
Situé dans le Yorkshire dans la période 1811-1812, pendant la dépression industrielle due aux guerres napoléoniennes et à celle de 1812, le roman suit le destin de quatre personnages centraux contrastés : Robert Moore, industriel subissant de plein fouet la dépression, son frère Louis, précepteur dans une famille; et leurs deux aimées, la timide Caroline Helstone et la fonceuse et indépendante Shirley Keeldar, héritière d'une fortune.
Je n'avais pas encore lu jusqu'à présent ce roman de Charlotte Brontë.
Contrairement à "Jane Eyre", un sommet du romantisme gothique, "Shirley" peut déconcerter le lecteur à plusieurs titres.
Tout d'abord parce que la narration ne se fait pas à la première personne du singulier mais par un narrateur omni-présent qui garde pourtant l'anonymat.
Ensuite, parce qu'il faut bien reconnaître que l'intrigue met un certain temps (environ 150 pages) avant de commencer à décoller, et que j'ai bien failli abandonner cette lecture.
Charlotte Brontë prend le temps de faire entrer en scène ses personnages, c'est sans doute l'un des aspects qui m'a dérangée car les personnages principaux, Robert Moore et Caroline Helstone, n'entrent pas tout de suite en scène et j'avoue que les personnages dont il était question ne m'inspirait qu'à moitié, tandis que Louis Moore n'arrive que 150 pages avant la fin environ.
Il est bien entendu question d'amour, avec un personnage comme Robert Moore qui ne veut y penser tant il se consacre à ses affaires : "La folie n'est que temporaire. Je la connais; je l'ai éprouvée déjà. Demain l'accès sera passé.", mais aussi de l'amour véritable, avec un grand A : "L'amour peut tout excuser, hormis la bassesse; mais la bassesse tue l'amour, meurtrit même l'affection naturelle : sans estime, le véritable amour ne peut exister.".
Les thèmes de l'amour et du mariage sont chers à Charlotte Brontë et récurrents dans son oeuvre, ainsi que la position de certains personnages comme précepteur ou gouvernante.
Un autre thème dominant dans l'oeuvre de cette auteur, c'est le féminisme, thème osé pour l'époque mais omni-présent dans "Jane Eyre" et ici représenté par le personnage de Shirley : "Ils m'ont donné un nom d'homme; j'occupe la position d'un homme; c'en est assez pour me donner une touche de virilité; et, lorsque je vois des gens comme ce superbe Anglo-Belge, ce Gérard Moore, devant moi et me parlant gravement d'affaires, je me crois tout à fait un gentleman."; mais aussi de façon plus générale par les réflexions des femmes entre elles, Caroline et Shirley, à propos des hommes : "Les hommes, je crois, s'imaginent que l'esprit des femmes ressemble un peu à celui des enfants. Eh bien ! c'est une erreur.".
Il n'y a pas que les femmes qui sont considérées comme quantité négligeable, les enfants aussi le sont : "Les enfants, vous le savez, n'ont que peu de réflexion, et leurs réflexions se portent vers l'idéal.".
Ce sont des thèmes que j'aime voir traités en littérature, je suis satisfaite d'avoir pu aller jusqu'au bout mais je reconnais que "Shirley" est une lecture exigeante qui n'a pas la beauté du romantisme gothique que l'on trouve dans "Jane Eyre".
Les personnages sont bien développés, particulièrement les femmes, même si je ne me suis pas autant attachée à elle qu'à un personnage comme Jane Eyre.
Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut savoir que Charlotte s'est inspirée de ses sœurs Anne pour le personnage de Caroline et Emily pour celui de Shirley.
L'année où elle a écrit son roman a été marquée par la mort de son frère et de deux de ses sœurs, ce qui a sans doute influencé le sort réservé au personnage de Caroline, destiné dans un premier temps à mourir.
Comme dans "Jane Eyre", Charlotte Brontë s'est inspirée d'événements ou de lieux portés à sa connaissance pour bâtir son histoire.
Il faut aussi savoir que jusqu'à la parution de ce roman, le prénom Shirley était masculin et non féminin, c'est après la parution de ce dernier qu'il l'est devenu.
Outre une plume riche, j'ai été marquée par quelques expressions légères qui aujourd'hui prêteraient à sourire, je ne sais si cela est lié ou non à la traduction mais j'en retiens une particulièrement : "Il nous arrive rarement de converser tête à tête; mais il m'a fait souvent sentir sur le fond de son caractère n'est pas d'édredon.".
Voilà une lecture où je suis satisfaite d'être arrivée jusqu'au bout car malgré des difficultés cela en valait la peine, et grand bien m'en a pris de ne pas la lire directement dans sa langue originale car j'aurai sans nul doute abandonné.
"Shirley" est une lecture exigeante que je conseille aux lecteurs désireux de lire toute l'oeuvre des sœurs Brontë car elle ne se prête pas bien à une première lecture pour découvrir, néanmoins je reconnais que ce roman est une belle peinture des mœurs sociales et du début du féminisme au dix-neuvième siècle.
vendredi 16 décembre 2016
Gravity d'Alfonso Cuarón
Le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) vit sa première expédition à bord d'une navette spatiale.
En tant qu'experte en ingénierie médicale, elle accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky (George Clooney).
Mais suite à la destruction d'un satellite Russe par les Russes eux-mêmes, des débris arrivent à une vitesse affolante et détruisent leur navette.
Ils se retrouvent alors seuls et livrés à eux-mêmes, ayant perdu tout contact avec la Terre, leur seul espoir consiste à rejoindre la station internationale pour y récupérer une navette de secours afin de rejoindre la Terre.
Mais l'oxygène commence à se faire rare et l'espace peut se révéler être un chemin peuplé d'embûches.
Je n'étais pas allée voir ce film lors de sa sortie en salle, et bien j'ai eu raison car je crois que je n'aurai pas apprécié que l'on se moque autant de moi en ciblant que je serai, spectateur lambda, totalement ignorant de tout ce qui se passe au-dessus de ma tête.
Mon propos ne s'applique pas à la première partie du film qui, je le reconnais, est bien faite, bien filmée et captivante, mais à la seconde qui part dans du grand n'importe quoi et finit par prendre le spectateur pour un crétin et ça, je n'apprécie pas.
Le pitch du film était intéressant, en partant d'un fait établi : les satellites hors d'usage et les déchets laissés par d'anciennes missions spatiales ont généré de nombreux débris qui posent aujourd'hui problème (vous noterez que même dans l'espace l'Homme réitère les mêmes erreurs que sur Terre), ici cela met en péril une mission spatiale.
Dans la première partie du film, on ne va pas se mentir, les images sont saisissantes, la représentation des astronautes dans l'espace est convaincante, bref c'est un véritable plaisir pour les yeux.
A ce moment-là gros regret de ne pas l'avoir vu dans une salle de cinéma en 3D, car à mon avis cette technologie apportait un réel plus au film, ainsi que d'un niveau sonore car les personnages ne se parlent que par le biais de leur micro.
Et puis tout part à vau-l'eau, Ryan et Matt se retrouvent à faire une petite balade dans l'espace pour rejoindre l'ISS, évidemment rien ne se passe comme prévu mais le personnage de Ryan, alors que son taux d'oxygène est plus que critique réussit à entrer dans une capsule de l'ISS.
Il y a un court-circuit et un début d'incendie mais elle ne s'en rend pas compte (d'ailleurs la scène de l'incendie me paraît irréaliste mais ceci est un autre sujet), elle défait sa combinaison et flotte dans la capsule, normal me direz-vous dans l'espace, sauf que ses cheveux eux ne bougent pas d'un poil (ou alors elle a un excellent gel fixant).
Notez que Ryan est dans une capsule Soyouz, Russe donc, mais le manuel est bien en Anglais et je ne suis pas bien sûre que tous les boutons soient en cyrillique.
Et alors la suite ... de l'ISS à la station Chinoise abandonnée pour trouver une autre capsule, où là pour le coup tout est écrit en Chinois, jusqu'au retour sur Terre ... non, là j'ai clairement décroché avec le sentiment d'avoir été prise pour une idiote.
L'histoire aurait dû rester crédible, je suis d'autant plus surprise que la NASA a fourni de la documentation.
Je n'ai rien à redire sur le personnage de Ryan, qui est seul une bonne partie du film, ce qui n'a sans doute pas été évident pour Sandra Bullock de tourner dans de telles conditions, car ce personnage présente des aspects très intéressant : femme meurtrie en tant que mère, son passé explique son attitude, j'ai été agréablement surprise par la profondeur de ce personnage.
Ni sur la performance de Sandra Bullock, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu cette actrice dans un rôle "sérieux", c'est-à-dire hors d'une comédie romantique.
La mise en scène est également très artistique, visuellement il y a de très belles scènes entre les personnages dans l'espace et la Terre (bien qu'il y ait une incohérence par rapport aux distances, dans la réalité les stations spatiales sont bien plus hautes que ce qui est dit dans le film) cela n'a pas dû être évident à faire et l'on sent qu'il y a eu un gros travail derrière, une nouvelle fois dommage que l'histoire perde en crédibilité car il y avait matière à créer encore plus de suspens dans une histoire qui aurait tenu la route, ceci incluant la fin à laquelle je n'adhère pas du tout même si je peux comprendre la logique par rapport au personnage de Ryan et à la symbolique que cela représente.
Il y a d'ailleurs beaucoup de symboles derrière cette histoire, la métaphore était belle et réussie mais elle ne dure malheureusement que 45 minutes, je n'ai pour ma part pas été séduite par le parti-pris du réalisateur pour la suite et ce n'est clairement pas ce que j'attendais, mais ceci n'est que mon ressenti personnel.
"Gravity" est un film qui m'a laissée quelque peu sceptique, après une première partie prenante la suite tourne à l’invraisemblable, dommage car cela aurait pu être un grand film de science fiction.
mercredi 14 décembre 2016
Magnus de Sylvie Germain
Franz-Georg, le héros de Magnus, est né avant la guerre en Allemagne. De son enfance, «il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance». Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l'oreille roussie : Magnus. (Folio)
"D'un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ?"
C'est de ce postulat que part Sylvie Germain pour retracer dans son roman le parcours de celui qui s'est d'abord appelé Franz-Georg, puis tant d'autres noms par la suite, et qui finira par se baptiser Magnus en hommage à son ours en peluche, seul témoin de ses premières années de vie dont il a perdu tout souvenir.
Franz-Georg a la particularité de ne plus se souvenir des cinq premières années de sa vie, soit-disant à cause d'une maladie.
Orphelin adopté par les Dunkeltal, le père est un nazi convaincu et à la fin de la Seconde Guerre Mondiale toute cette famille fuit l'Allemagne.
Puis son père adoptif va disparaître, sa mère va mourir de chagrin, Franz-Georg va changer d'identité, voyager, rencontrer des personnes, aimer plusieurs femmes comme May Gleanerstones, mais c'est la fascinante Peggy Bell qui marquera le plus sa vie.
Et quand le drame resurgira une nouvelle fois, Magnus, voyageur infatigable, échouera en France pour peut-être y découvrir la vérité sur ses origines et ce trou noir qui habite sa tête depuis si longtemps.
De Sylvie Germain j'ai déjà lu le magnifique "Le livre des nuits", et c'est sans grande surprise que j'ai retrouvé ici toute la beauté de sa plume.
Après le personnage haut en couleurs de Victor-Flandrin Péniel dit Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup il en fallait un au moins équivalent.
Magnus n'a pas à rougir, voilà un homme qui va lui aussi connaître une tragique mais passionnante destinée en quête d'une vérité : celle sur ses origines.
Et quand Magnus connaîtra des moments d’abattement, les rêves lui permettront de se remettre en piste et de continuer à avancer : "Les rêves sont faits pour entrer dans la réalité, en s'y engouffrant avec brutalité, si besoin est. Ils sont faits pour y réinsuffler de l'énergie, de la lumière, de l'inédit, quand elle s'embourbe dans la médiocrité, dans la laideur et la bêtise.".
Cette lecture peut se révéler quelque peu ardue mais elle est d'une beauté toute aussi absolue.
La plume de Sylvie Germain est magnifique, elle est d'une immense poésie et fait vivre le personnage aux yeux du lecteur.
Elle n'est pas sans me rappeler celle de Jean Giono, et je me dis après cette deuxième lecture de cette auteur que décidément, il se pourrait bien qu'elle soit la digne héritière de Jean Giono.
Elle a en tout cas une plume à nulle autre pareille, et avec autant de poésie le seul nom qui me vient à l'esprit est celui de Carole Martinez qui, elle aussi, manie aussi habilement et poétiquement la langue Française.
Comme dans "Le livre des nuits", cette poésie s'accompagne d'une dimension fantastique qui permet au personnage, un être broyé par la vie et écrasé sous le poids du destin, de finalement rebondir et continuer à exister.
Une nouvelle fois, Sylvie Germain a su donner vie à un être qui subit sans cesse la fatalité de son destin, je trouve d'ailleurs très beau qu'une femme écrivain arrive aussi bien à se glisser dans la peau d'un personnage masculin.
Il y a aussi une remarque mise en abîme au début du roman sur ce qu'est écrire : "Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au cœur des mots.", une définition qui laisse présager de la suite de l'histoire et permet l'espace d'un instant de saisir au vol le processus de création artistique de l'auteur.
La Seconde Guerre Mondiale est une période de l'Histoire que j'affectionne particulièrement, elle ne sert ici que d'arrière-plan, ou presque, mais elle permet aussi de bâtir ce personnage si complexe dont le seul lien avec le passé, et donc ses origines, est son ours en peluche usé par le temps.
Ce qui explique le choix pour la couverture du livre.
"Magnus" est un roman d'une poésie rare servi par l'excellente plume de Sylvie Germain, une auteur qui a désormais toute sa place sur les étagères de ma bibliothèque.
mardi 13 décembre 2016
Orgueil et préjugés de Jane Austen
Élisabeth Bennet a quatre soeurs et une mère qui ne songe qu’à les marier. Quand parvient la nouvelle de l’installation à Netherfield, le domaine voisin, de Mr Bingley, célibataire et beau parti, toutes les dames des alentours sont en émoi, d’autant plus qu’il est accompagné de son ami Mr Darcy, un jeune et riche aristocrate. Les préparatifs du prochain bal occupent tous les esprits. (Le Livre de Poche)
Mrs Bennet a cinq filles, à la plus grande exaspération de son mari sa seule distraction consiste en des visites et commérages et son seul souci dans l'existence est de marier au mieux ses filles : "Son grand souci dans l'existence était de marier ses filles et sa distraction la plus chère, les visites et les potins.".
Jane, l'aînée, est d'une grande beauté ainsi que d'un caractère serein, elle est incapable de voir le mal chez autrui.
Elizabeth, la seconde, est sans doute moins jolie que sa chère Jane mais elle est intelligente et vive d'esprit.
Pour Mr Bennet, seules ses deux aînées ont la faveur de ses grâces, les trois autres étant d'une relative sottises et tout aussi futiles ou presque que sa femme.
L'événement majeur est l'arrivée de Charles Bingley à Netherfield, propriété voisine des Bennet, un beau parti qui ne va pas tarder à tomber sous le charme de Jane, et réciproquement.
Avec lui il y a ses sœurs Caroline et Louisa, fort imbues d'elles-mêmes et prenant de haut la population de Longbourn, ainsi que son ami Fitzwilliam Darcy, un homme qu'Elizabeth va juger fier et orgueilleux alors qu'il refusera de danser avec elle.
Elizabeth va être encouragée dans son opinion de Mr Darcy par le séduisant officier Wickham, mais les apparences sont souvent trompeuses et la vérité pourrait être toute autre.
Les personnages principaux de cette histoire sont Elizabeth Bennet, une jeune fille vive d'esprit qui n'hésite pas à dire ce qu'elle pense, et Mr Darcy, un homme fier, quelque peu hautain mais cassant, qui se révèle pourtant être un ami fidèle et d'agréable compagnie lorsque l'on sait aller au-delà de sa carapace.
Elizabeth va changer d'opinion sur Mr Darcy tout au long du roman, car elle aura été dupée par un beau parleur : "Flattée de la préférence de l'un, froissée du manque d'égards de l'autre, je me suis abandonnée dès le début à mes préventions et j'ai jugé l'un et l'autre en dépit du bon sens.".
C'est une personnalité féminine attachante qui s'attire encore aujourd'hui la sympathie du lecteur, elle va apprendre à reconnaître ses erreurs malgré son caractère, c'est somme toute un personnage fort intéressant à suivre et dont le comportement peut encore servir de modèle de nos jours.
Elle n'a pas la forme de naïveté de sa sœur Jane qui paraît presque être parfaite, voilà sans doute pourquoi les lecteurs, en tout cas les lectrices, s'attachent autant à ce personnage.
Elizabeth est une personne franche et entière, ce sont sans doute ces deux qualités qui me la rendent si sympathique, ainsi que le fait qu'elle reconnaisse ses erreurs : "Elle ne détestait plus Mr. Darcy, non certes. Il y avait longtemps que son aversion s'était dissipée et elle avait honte maintenant de s'être allée à un pareil sentiment.".
Il y a une certaine dimension tragique lorsqu'elle découvre la véritable nature de Mr Darcy et que ses sentiments à son égard se mettent à changer, paradoxalement c'est à ce moment-là qu'il lui devient inaccessible : "Jamais encore elle n'avait senti qu'elle aurait pu l'aimer comme en cet instant où l'aimer devenait désormais chose vaine.".
Il me paraît nécessaire de s'attarder aussi sur le personnage de Mr Darcy, c'est la première fois qu'un personnage masculin est autant complexe et fouillé dans l'oeuvre de Jane Austen, c'est même sans doute la seule fois, une des raisons qui l'a également rendu populaire et aussi connu même de nos jours.
L'histoire d'amour entre ces deux personnages est sans doute l'une des plus belles de la littérature.
La plume de Jane Austen excelle pour croquer les mœurs de son époque, sans se gêner d'ailleurs pour les critiquer, elle a ainsi su mettre en lumière le comportement de la société Anglaise à la fin du dix-huitième siècle ainsi que les préoccupations de la petite bourgeoisie campagnarde à travers le personnage loufoque de Mrs Bennet et celui plus sérieux d'Elizabeth.
Voilà sans doute pourquoi les thèmes principaux de ce roman sont le mariage et l'argent.
En effet, à cette époque il était très important de faire un bon mariage, qui disait bon mariage disait évidemment argent.
Cette problématique est représentée par le personnage de Charlotte Lucas, grande amie d'Elizabeth, qui a du mariage une vision assez cynique et n'hésite pas à épouser un homme qu'elle apprendra peut-être à aimer par la suite mais qui lui offre dans l'immédiat une place dans un certain monde et une sécurité matérielle.
Outre cette analyse de mœurs très poussée, ce roman de Jane Austen offre de nombreux rebondissements et une intrigue prenante, ainsi que de l'humour, et c'est sans doute ce qui m'a le plus surpris à la lecture.
Je ne m'attendais pas vraiment à en trouver et je me suis même trouvée à rire d'une réplique du père d'Elizabeth lorsqu'il confirme à Mr Collins, un lointain cousin, quElizabeth pourrait répondre favorablement à une demande en mariage de Mr Darcy : "Consolez de votre mieux lady Catherine; mais; à votre place, je prendrais le parti du neveu : des deux, c'est le plus riche.".
J'ai sans doute bien fait d'attendre aussi longtemps pour découvrir cette oeuvre majeure de la littérature Anglaise, cela m'a permis de l'apprécier pleinement ce que je n'aurai peut-être pas fait si je l'avais lu plus jeune.
La meilleure adaptation que j'en ai vu à ce jour reste celle de Sue Birtwistle et Simon Langton pour la BBC avec Jennifer Ehle et Colin Firth dans les rôles principaux.
Grand classique de la littérature Anglaise, "Orgueil et préjugés" a su traverser le temps et bénéficie d'une popularité qui ne se dément pas, une lecture très agréable et une belle photographique de la société Anglaise de la fin du dix-huitième siècle.
lundi 12 décembre 2016
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. (Le Livre de Poche)
Premier roman de Harper Lee (et pendant longtemps son seul et unique) paru en 1960, prix Pulitzer en 1961, je crois que cela veut tout dire.
Harper Lee situe son histoire, une oeuvre de fiction mêlant des éléments biographiques, dans les années 1930, pendant la Grande Dépression.
Atticus Finch, un avocat droit et honnête, élève seul ses deux enfants Jem (Jeremy) et Scout (Jean Louise), sa mère étant morte il y a plusieurs années.
C'est la jeune Scout la narratrice de l'histoire qui, avec son frère, va se lier avec Dill, un garçon baladé de foyer en foyer.
Les trois enfants sont fascinés par leur voisin, le mystérieux et fantomatique Boo Radley, et passent leur temps à essayer de le faire sortir de chez lui pour voir enfin à quoi il ressemble.
Mais la vie de Scout et de sa famille va basculer le jour où Atticus est commis d'office pour la défense d'un homme noir accusé d'avoir violé une femme blanche.
Que dire de ce livre qui n'a pas déjà été dit ... .
Lu en août j'ai toujours du mal à mettre des mots sur mon ressenti tant cette lecture a été forte et a tenu ses promesses.
Bien entendu, cela fait des années que j'entends parler de ce livre, systématiquement en bien, pourtant j'ai retardé sa lecture parce que ... en fait je ne sais pas trop pour quelle raison, peut-être à cause de cette si grande notoriété.
L'entrée en matière du roman sert à camper le décors et les personnages, le cœur du roman est bien entendu le procès de cet homme accusé injustement er les répercussions que sa défense assurée par Atticus va avoir sur la famille de ce dernier.
Car à cette époque la ségrégation st omni-présente dans les états du sud et il est impensable qu'un noir puisse être innocent, et encore moins que son avocat démontre que la partie adverse ment effrontément.
La narration de Scout, petite fille au moment des faits, permet d'immerger le lecteur dans cette époque et lui fait vivre le procès de l'intérieur.
Et c'est sans doute parce que le ton est un peu enfantin que l'histoire percute aussi bien et touche autant.
Atticus est un homme profondément bon, qui inculque des valeurs à ses enfants et ne les élève pas dans la haine d'autrui, à tel point que Scout, bien que jeune, est lucide face aux événements : "La vie impossible qu'imposent les Blancs aux gens de couleur sans même prendre la peine de penser qu'ils sont eux aussi des êtres humains.".
La fillette prend bien évidemment fait et cause pour son père car comme lui elle est persuadée de l'innocence de Tom Robinson (à juste titre par ailleurs) : "C'est pas juste de les traiter comme ça !".
Le personnage de Scout a une prise de conscience très tôt du racisme ambiant et de mise dans cette ville, pourtant élevée comme elle l'a été elle ne va pas se laisser influencer et céder à la vindicte populaire.
Ce personnage m'a un peu rappelé celui plus récent de Skeeter dans "La couleur des sentiments".
Outre Scout, j'ai été fascinée par la personnalité du père, Attcius, un homme bon qui élève seul ses enfants et se bat pour une justice en laquelle il croit, même si à cette époque et avec toute la meilleure volonté du monde et toutes les preuves il n'avait aucune chance de gagner et d'innocenter Tom : "Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner.".
Ce roman a l'intelligence de mélanger habilement plusieurs genres, une bonne partie du récit se rapprochant d'un roman policier, ce qui le rend encore plus addictif à la lecture.
S'il s'agit d'une fiction, Harper Lee y a quand même glissé des éléments autobiographiques de sa propre enfance (le personnage de Dill a par exemple été inspiré de son ami d'enfance Truman Capote) et s'est inspirée d'une histoire ayant eu lieu dans sa jeunesse pour bâtir le personnage de Tom.
Bien que l'intrigue se situe dans les années 30, ce roman a été publié en 1960, époque à laquelle les droits civiques des Afro-américains ont été retenus et de l'abolition de la discrimination dans les établissements d'enseignement ("Sweet sixteen" est justement un roman pour adolescents traitant de ce sujet).
Il est assez incroyable de se dire qu'il s'agissait là d'un premier roman tant la plume est merveilleuse et le style maîtrisé.
C'est un véritable coup de maître qu'a réalisé Harper Lee et je peux comprendre qu'elle n'ait pas souhaité récidiver, sans doute a-t-elle écrit dès sa première oeuvre le récit de sa vie, celui qui restera à jamais dans les annales de la littérature, ce qui bel et bien le cas.
Cette lecture m'a évidemment énormément touchée et il ne me reste plus qu'à voir l'adaptation cinématographique qui en a été faite sous le titre "Du silence et des ombres" avec Gregory Peck dans le rôle d'Atticus Finch.
Plaidoyer pour la justice, "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" est un bouleversant livre dont je garderai un souvenir ému à jamais.
dimanche 11 décembre 2016
Sully (Sully) de Clint Eastwood
Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au "miracle sur l'Hudson" accompli par le commandant "Sully" Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière. (AlloCiné)
Le 15 janvier 2009, l'Airbus A320 de US Airways piloté par le commandant Chesley "Sully" Sullenberger (Tom Hanks) et son copilote Jeffrey Skyles (Aaron Eckhart) décolle à 15h26 de LaGuardia à direction de Charlotte/Douglas.
Il a à son bord 150 passagers et 5 membres d'équipage.
Deux minutes après le décollage, alors que l'avion est encore en phase d'ascension, il heurte un vol de bernaches du Canada.
Les oiseaux ont endommagé les deux réacteurs.
Le commandant avertit la tour de contrôle qu'il doit immédiatement faire demi-tour et revenir à La Guardia.
Mais il se rend compte qu'il ne pourra pas atteindre l'aéroport, il envisage alors l'aéroport de Teterboro dans la banlieue ouest de New York mais comprenant qu'il ne pourra pas non plus l'atteindre, il tente l'impossible et décide de faire amerrir l'avion sur l'eau glacée de l'Hudson (l'eau est à -2° celsius, il fait également très froid à l'extérieur).
En choisissant de garder le train d'atterrissage rentré il réussit à poser l'avion sur l'eau et évacue les passagers et membres d'équipage sur les ailes et les toboggans de l'avion, en attendant les secours.
155 personnes au départ, 155 à l'arrivée, c'est la troisième fois dans l'histoire de l'aviation qu'un amerrissage d'urgence d'un avion de ligne n'a provoqué aucun décès.
Le commandant Sully est entré dans l'histoire, la presse a surnommé son exploit "Le miracle de l'Hudson".
Mais alors qu'il est acclamé par l'opinion publique et par la presse comme un héros, une enquête est ouverte, menaçant sa carrière et sa réputation.
De cet événement, je me rappelle très nettement deux choses : c'était la première fois que j'entendais parler d'un crash aérien dans lequel tout le monde avait survécu, dans mon esprit jusqu'alors au mieux quelques personnes survivaient au pire tout le monde périssait; la deuxième c'est une image, celle de cet avion sur l'Hudson avec les passagers et membres d'équipage sur les ailes et les toboggans en train d'attendre les secours, scène totalement irréelle en plein coeur de l'hiver.
Clint Eastwood aime les héros, ces personnes réelles qui ont accompli de grandes choses, et si j'ai été nettement partagée sur son dernier opus, "American Sniper", dans lequel il glorifiait trop à mon goût Kris Kyle, je trouve qu'ici il a su savament dosé l'hommage rendu à la personne de Chesley Sullenberger.
C'est une première dans la filmographie de Clint Eastwood en tant que réalisateur, le film dure 1h36, jamais il n'était parti sur un format aussi court.
Le film s'ouvre sur la scène de décollage, le choc avec les oiseaux, la perte des deux moteurs, sauf qu'en lieu et place du happy end que l'on connaît c'est une tragédie qui se déroule sous les yeux du spectateur, l'avion finissant par percuter un immeuble dans Manhattan.
Sully se réveille, une nouvelle fois il vient de revivre son exploit, sauf que le dénouement n'est pas le même.
La raison de cette angoisse ?
L'enquête qui s'ouvre et dans laquelle Sully et son copilote se retrouvent en première ligne, la compagnie d'assurance cherchant à démontrer l'erreur humaine.
Car c'est bien sur cet aspect plutôt méconnu de cette incroyable histoire que le réalisateur a orienté son film, en se basant sur le livre co-écrit par Sully et son copilote, ainsi que des nombreux entretiens qu'il a eus avec Sully.
Malgré un découpage qui pourrait sembler chaotique il y a une logique dans tout cela, et ce qui pourrait sembler n'être qu'un patchwork de scènes disséminées dans le temps est au contraire une seule et même ligne logique.
Malgré un éloignement physique, j'ai apprécié la relation qu'entretient Sully avec sa femme et comment ces entretiens téléphoniques ponctuent l'histoire.
Sa femme, interprétée par la trop discrète Laura Linney, est le lien qui permet à Sully de garder contact avec la réalité et de rester sûr de lui et de ses choix.
Tom Hanks est remarquable de sang-froid et de maîtrise dans son interprétation de Sully, après une disparition des écrans il semblerait que cet acteur retrouve les faveurs de quelques réalisateurs et pour une première collaboration avec Clint Eastwood elle est réussie.
Clint Eastwood est un malin et connaît bien les ficelles de son métier, sa mise en scène est non seulement maîtrisée mais il sait aussi focaliser l'attention du spectateur sur les émotions de quelques personnages secondaires, outre celles de ses deux personnages principaux balançant entre lea persuasion d'avoir fait ce qu'il fallait et le doute.
La reconstitution de la catastrophe vécue de l'intérieur de l'avion est remarquable et saisissante, d'autant que le réalisateur a non seulement filmé de l'intérieur mais aussi de l'extérieur, ce qui permet d'offrir au spectateur un panorama complet de cet événement.
La reconstitution de l'enquête est aussi très bien faite, il paraît aberrant que l'on ait cherché à imputer cet accident au pilote et à son copilote, mais certains passages de la commission d'enquête sont particulièrement savoureux, notamment ceux concernant les simulations reconstituant les discussions et décisions prises dans le cockpit ce jour-là.
J'ai également été touchée par le dialogue entre Sully et la tour de contrôle, cet homme qui s'effondre car il est persuadé qu'il vient d'assister en direct et impusisant au crash d'un avion, lui qui n'a pas cru Sully quand celui-ci lui a dit qu'il ne lui restait que l'Hudson pour tenter d'atterir, enfin amerrir.
Au final, c'est un film très humain, sur des hommes ordinaires qui ont un jour accompli une chose extraordiaire mais comme Chesley Sullenberger et Jeffrey Skyles le disent si modestement et si humblement, ils n'ont fait que ce qu'ils avaient à faire, voilà sans doute ce qu'il faut retenir de toute cette histoire.
A noter que certaines personnes ayant réellement participé au sauvetage, comme le capitaine du ferry se rendant en premier sur les lieux, jouent leur propre rôle; avec les différentes scènes lors du générique de fin tout cela contribue à l'authenticité de cette histoire qui a amrqué l'année 2009, et sans doute les suivantes, car il faut la remettre dans son contexte : la fin d'année 2008 et le début de 2009 sont moroses, l'affaire Madoff vient d'exploser au grand jour, et le traumatisme des avions encastrés dans les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 est encore très présent dans la mémoire collective, particulièrement dans celle des New-yorkais.
Alors pour une fois qu'une histoire finit bien et que l'Amérique s'est trouvée un nouveau héros ... .
Ce 15 janvier 2009, ce n'est pas la décision et l'habilité d'un seul homme qui a sauvé toutes ces personnes, c'est une solidarité à grande ampleur qui a permis à ces 155 personnes de s'en sortir sans quasiment une égratignure, notamment grâce aux 1200 secouristes et bénévoles de la Croix Rouge qui sont venus en aide aux rescapés.
Et c'est pourquoi je crois bien que ce film non seulement rend hommage à Sully mais aussi à toutes ces personnes et met en lumière qu'en étant solidaire les uns avec les autres il est possible de réaliser de grandes choses, notamment des miracles.
Film après film, c'est une histoire Américaine que forge Clint Eastwood, et en s'interrogeant une nouvelle fois sur la figure du héros Américain, il signe, à la différence de son précédent opus, un grand film avec "Sully".
Image d'archive avec les passagers et membres d'équipage attendant les secours
samedi 10 décembre 2016
Dans la lumière de Barbara Kingsolver
Dans les Appalaches, au cœur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n'ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres. Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l'Amérique se met à observer ce coin isolé, ancré dans les traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papillons vont bouleverser sa vie, et peut-être l'ordre du monde. (Payot et Rivages)
Dellarobia Turnbow est une jeune femme mariée très jeune à Cub, parce qu'enceinte à ce moment-là, l'enfant étant mort-né, et désormais mère au foyer de deux enfants en bas âge, Cordelia et Preston.
Mariée trop vite, ayant arrêté ses études trop tôt, cette jeune femme est aujourd'hui perdue et malheureuse, d'autant qu'elle ne s'entend pas très bien avec sa belle-fille, ses parents à elle étant tous deux décédés : "Sa famille était toujours sa famille, une alliance de gens qui ne s'entendaient pas, et survivaient comme tous les autres en fermant les yeux au quotidien.".
Elle ne supporte plus sa vie, plus son mari : "Cet homme en était venu à être tout son monde, et elle n'avait pas pris sa mesure.", plus son petit train-train quotidien, c'est pourquoi elle part dans la montagne, pour y retrouver un potentiel amant.
Mais en chemin, elle se retrouve face à un phénomène étrange : des reflets rougeoyants qui n'ont rien à voir avec un feu mais sont en réalité des milliers de papillons recouvrant les arbres et le sol.
Ces papillons, ce sont des monarques, et contrairement à leur habitude de passer l'hiver au Mexique ils sont cette année venus dans les Appalaches, sur les terres de Dellarobia et son mari.
Bientôt l'Amérique entière a les yeux braqués sur ces papillons et ce petit coin des Appalaches.
Si les monarques ont changé le cycle de leur vie, il va en être de même pour Dellarobia.
J'ai par le passé découvert Barbara Kingsolver en lisant "Les yeux dans les arbres" (dont je garde un souvenir émouvant), puis "Une rivière sur la lune", roman dans lequel la thématique de l'écologie était déjà très présente.
C'était donc avec un certain enthousiasme que j'entamais cette lecture, qui s'est révélée quelque peu laborieuse et lente à se mettre en place.
Déjà, le roman de Barbara Kingsolver est bien épais, et il faut reconnaître qu'il est très long à se mettre en place, les cent premières pages ne sont consacrées qu'à parler de Dellarobia, des prêches à l'église, des reproches de sa belle-mère, en somme, il ne s'y passe pas grand chose, le lecteur ressentant le même ennui que Dellarobia piégée dans cette vie.
Puis, il y a la découverte des papillons, ces animaux qui vont changer à tout jamais la vie de Dellarobia : "Ces papillons lui avaient appartenu.".
Etant la première à les découvrir c'est elle qui va alerter les gens, en commençant par son mari dont le père Bear a décidé de faire déboiser cette partie de la forêt pour permettre de rembourser leurs dettes, car Dellarobia a très vite compris que ces papillons n'étaient pas là par hasard et que ce phénomène dépassait tout le monde : "Et que pouvait-on faire pour protester contre pareil phénomène ? On pouvait en théorie faire obstacle au projet de Bear Turnbow, mais pas se répandre en injures contre le temps. C'était précisément le sujet de tant d'histoires. Jack London et Ernest Hemingway, la confiance qui brave la tempête : l'Homme contre la Nature. De tous les conflits possibles, celui-là était sans espoir. Même sa maigre éducation lui avait appris au moins ça : l'Homme perd.".
Un scientifique, spécialiste des papillons monarques, va venir s'installer dans la cour de Dellarobia, un homme qui va la fasciner et pourtant lui restera inaccessible alors que dans le même temps il lui ouvrira un travail et lui permettra de s'émanciper de cette vie qui la ronge.
Mais est-ce lui ou les papillons qui poussent Dellarobia à prendre conscience qu'elle a dormi depuis trop longtemps et qu'il était temps qu'elle reprenne sa vie en main ?
Le personnage de Dellarobia est le point fort de ce roman, c'est une jeune femme attachante, qui au début fait mal au cœur tant elle est prisonnière d'une vie dans laquelle elle a été piégée, et à l'image du papillon elle finit par sortir de sa chrysalide pour prendre sa forme définitive et enfin vivre.
Heureusement que sa meilleure amie Dovey est là, à elles deux elles offrent les passages les plus truculents de ce roman et arrachent quelques sourires au lecteur.
Sinon, j'ai trouvé qu'il tardait à se passer quelque chose dans ce roman, il est beaucoup trop bavard et contemplatif, à tel point que certaines personnes pourraient être tentées de le laisser tomber.
Clairement j'en ai appris sur les papillons monarques (maintenant vais-je pouvoir ressortir ce savoir lors d'un dîner ? Telle est la question) mais la dimension écologique du roman m'a interpellée, soit il y en a trop, ce dont je doute connaissant l'auteur, soit alors il n'y en a pas assez dans le sens où certaines choses ne sont qu'abordées alors qu'elles demandaient à être plus présentes, je penche pour cette version.
Je constate néanmoins qu'il y a eu un gros travail de traduction pour réussir à transposer toute la richesse et une certaine forme de beauté de la plume de Barbara Kingsolver.
"Dans la lumière" de Barbara Kingsolver ne m'a qu'à moitié convaincue et pour une première lecture de cette auteur je vous conseillerai plutôt "Les yeux dans les arbres".
Ce roman plaira toutefois aux amateurs de cette auteur et de la nature sauvage des Appalaches.
Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices
vendredi 9 décembre 2016
Chanson douce de Leïla Slimani
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. (Gallimard)
Myriam est la mère de deux jeunes enfants mais son travail d'avocate finit par lui manquer.
Après avoir convaincu son mari Paul, elle reprend une activité professionnelle, en ayant pris soin de choisir une nounou pour s'occuper de ses deux enfants.
Après un casting strict, ils ont trouvé la perle rare en la personne de Louise : "Louise est un soldat. Elle avance, coûte que coûte, comme une bête, comme un chien à qui de méchants enfants auraient brisé les pattes.", une femme qui ne se laisse pas abattre par les vicissitudes de la vie, mais tout cela ne pourrait bien être qu'une façade : "Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses.".
"Le destin est vicieux comme un reptile, il s'arrange toujours pour nous pousser du mauvais côté de la rampe.", et c'est ainsi que s'ouvre ce roman, sur un coup vicieux du destin.
Leïla Slimani est d'emblée directe et ne prend pas en traître le lecteur, ici point question de "chanson douce" que nous chanterait notre maman pour que l'on s'endorme, mais d'un cri de désespoir, celui d'une mère qui vient de rentrer chez elle pour y trouver un bain de sang : sa si merveilleuse nounou a tué ses deux enfants et a tenté de se tuer elle aussi, sauf que ça, elle n'a pas réussi.
En aparthé, cette scène d'ouverture n'a pas été sans me rappeler la scène finale du film de Claude Chabrol "La cérémonie".
La suite du roman est l'autopsie d'un crime, du dérapage d'une femme en apparence normale et qui pourtant cachait de profondes failles que Myriam et Paul n'ont pas su voir.
"Il faut que quelqu'un meurt pour que nous soyons heureux.", il est sûr que les parents sont loin d'être heureux après ce drame, c'est cruel à dire mais ce drame leur aura ouvert les yeux, mais à quel prix.
Car pendant tout le roman ils n'ont pas de mots assez beaux pour parler de Louise, ils dégoulinent de belles paroles à son égard, ils la trouvent formidable : disponible, sachant ce qu'elle fait, réussissant à transformer l'acte le plus banal en merveille : "Elle voit de l'exceptionnel dans ce qui est banal. Elle s'émeut pour un rien.".
Cette Louise, c'est une véritable fée, elle sait tenir propre une maison, éduquer correctement des enfants, c'est un vrai bonheur pour des parents comme Myriam et Paul débordés par leur activité professionnelle.
Mais il y a des brisures dans cette Louise, une forme de folie que personne ne voit venir, si cet aveuglement est évident pour Myriam et Paul il en est de même pour une autre nounou avec qui Louise tisse une forme d'amitié, même les voisins de l'immeuble n'ont rien vu venir.
Avec une telle scène d'ouverture, il est sûr que le lecteur ne peut pas s'attacher à Louise, elle 'ma mis d'emblée mal à l'aise mais sans doute parce que je connaissais l'issue fatale de son histoire.
Quant à Myriam, l'auteur réussit à dresser d'elle le portrait d'une femme d'aujourd'hui, partagée entre son amour maternel et son désir de réussite, une femme qui jongle en permanence entre ces deux aspects de sa vie.
Jamais l'auteur ne porte jugement sur elle ni sur ses choix, par conséquent il en va de même pour le lecteur, et c'est un point important de ce récit car il aurait été facile de pointer du doigt cette "mauvaise" mère qui choisit de reprendre une activité professionnelle plutôt que de s'occuper 24h/24h, 365 jours par an, de ses chères têtes blondes.
Rien de ce qui arrive à elle et à son mari n'est mérité, d'ailleurs, concernant le mari, il est un peu plus en retrait que sa femme et est moins présent dans le récit.
Mais comme Myriam, Paul est une victime de ce drame.
La plume de Leïla Slimani est intéressante, elle exclut toute forme de sentimentalité et arrive pourtant à tenir en haleine le lecteur qui ne peut que lire d'une traite cette histoire.
J'ai beaucoup aimé son style et je vais sans doute lire son premier roman "Dans le jardin de l'ogre".
"Chanson douce" est une fable moderne cruelle et dramatique maîtrisée par la plume à la fois sèche et poétique de Leïla Slimani qui a reçu pour ce livre le Prix Goncourt.
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