vendredi 21 décembre 2012

Agence Hardy Tome 7 Les diamants fondent au soleil d'Annie Goetzinger et Pierre Christin


Dans le Paris du début des années 1960, des diamants volés à une famille juive pendant la guerre refont surface. Édith Hardy se lance dans une enquête aussi cocasse que douloureuse et plonge dans un passé honteux, à la recherche de biens spoliés. Elle devra également se rendre en Algérie, alors ravagée par ce que l’on appelait les « évènements ». Mêlant comédie sentimentale, investigation policière et chronique sociale d’une France disparue, Pierre Christin et Annie Goetzinger signent une magnifique série et un très beau portrait de femme. (Dargaud)

Nouvelle enquête pour l'agence Hardy qui démarre avec la réapparition d'un rubis ayant appartenu à une famille juive assassinée dans les camps pendant la Seconde Guerre Mondiale : "Il y a un fantôme, madame. Il avait dû m'entendre farfouiller et il est sorti de là comme un vieux diable de sa boîte en me tendant la pierre rouge, le rubis je veux dire.", tandis que son jeune assistant Victor est parti en Algérie à la recherche de sa fiancée, Rosa, une journaliste qui a disparu.
"Cette femme réussit tout ce qu'elle entreprend.", voilà donc pourquoi Edith Hardy va réussir en deux temps et trois mouvements à résoudre l'enquête sur le rubis et sauver son jeune assistant qui s'est retrouve emprisonné dès son arrivée, tout comme sa fiancée qui est elle aussi retenue prisonnière, aidée bien entendu de l'agent secret américain Jones.

Je suis globalement déçue par ce septième tome de l'agence Hardy alors que j'étais impatiente de lire cette nouvelle enquête.
Ma déception tient au fait qu'il n'y a déjà pas vraiment d'intrigue, l'affaire du rubis étant résolue assez rapidement et sans trop de difficultés, j'avais pourtant l'habitude de scénarios mieux ficelés avec cette série et dont je ne devinais pas tout de suite les ficelles.
Quant à l'histoire de Victor, le lecteur n'en voit que quelques bouts au milieu de l'enquête d'Edith Hardy et au final ne sait pas trop pourquoi il a été arrêté, ni ce qu'a bien pu faire son amie Rosa pour être retenue prisonnière.
En somme, le lecteur doit faire beaucoup de déductions : certainement que les articles de Rosa ne plaisent pas à tout le monde : "Moi, je lis vos articles dans "Combat" mademoiselle Rosa, et je trouve qu'ils rachètent bien des mauvaises actions françaises.", certainement que Victor a été pris pour un déserteur, et si le but était de faire voyager Edith et Jones en Algérie en plein pendant la guerre, l'intrigue censée y prendre place n'est qu'un noyau vide trop vite balayée par la décidément parfaite et irréprochable Edith Hardy.
Car Edith Hardy est pétrie de bons sentiments, elle prend sous son aile une petite fille maltraitée par ses parents adoptifs, elle fait de l'affaire du rubis une affaire personnelle et d'honneur : "J'en fais pour ma part une affaire de morale. Nul n'a le droit de profiter impunément du malheur de ceux qui ont été rayés de la liste des vivants.", et tout lui sourit toujours, dans ce tome-ci beaucoup trop facilement d'ailleurs.
Au bout de sept volumes, j'aimerai voir une Edith Hardy un peu moins parfaite, un peu plus humaine, qui laisse ses sentiments s'exprimer, car je suis bien incapable de dire si elle pense toujours à son mari décédé et dans ce cas Jones n'est qu'une passade ou si elle éprouve de réels sentiments pour l'américain.
Victor est peu présent et c'est dommage car ce personnage apportait une touche humoristique dans les autres tomes.
Là, il n'y a pas vraiment de situation qui prête à sourire et la présence de Jones en Algérie est une coïncidence de trop, car ce personnage a trop tendance à apparaître comme un cheveu sur la soupe dans les intrigues.
Le personnage du Beau Denis est mal utilisé, il aurait pu apporter une petite touche comique à l'histoire, mais c'est plutôt raté, comme si les auteurs s'était freinés pour jouer de la non ressemblance entre Edith Hardy et Beau Denis.
Même les graphismes m'ont quelque peu déçus, Edith Hardy fait moins femme élégante que dans les précédents tomes et Jones a les traits du visage trop durs en contraste avec des épaules de déménageur.
D'une façon générale j'ai trouvé les traits des visages et les expressions trop flous, la qualité des dessins s'est dégradée à mon sens par rapport aux premiers tomes de cette série.

"Les diamants fondent au soleil" ne me laissera pas un souvenir impérissable et je préfère garder en mémoire les premiers volumes de cette série qui sont d'une qualité supérieure, tant au niveau de l'intrigue que du graphisme.
Ce septième tome des enquêtes de l'agence Hardy fond comme neige au soleil sitôt la lecture achevée, un cru de piètre qualité qui n'était pas à la hauteur de mes attentes.
Espérons que le prochain sera meilleur.

jeudi 20 décembre 2012

Valérian Tome 7 Sur les terres truquées de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin


Valérian déchiqueté par une salve de coups de feu dans le palais d'un maharadjah. Valérian quittant un club huppé londonien pour tomber dans un abîme spatial insondable. Valérian descendu par des malfrats sur la plate-forme d'un vieil autobus parisien. Et Laureline assistant impuissante à ce carnage de Valérian clonés... L'une des aventures les plus étranges de la série Valérian, où les deux héros aux prises avec des mondes artificiels se battent pour défendre leur bonheur bien réel. (Dargaud)

J'aurai préféré que cela n'arrive pas mais il faut bien reconnaître que ce nouveau tome des aventures de Valérian et Laureline est raté et sans grand intérêt.
On y voit Valérian dans des situations périlleuses, il se fait systématiquement tué tandis que Laureline est en compagnie d'une femme peu agréable dont le but est de localiser quelqu'un ou quelque chose : "Jeune sotte ! Partez donc avec votre soudard. Vous êtes imperméable à la beauté. C'est bien volontiers que je reste ici. Bon vent.".
Je suis restée imperméable à cette histoire sans queue ni tête et j'ai préféré l'oublier aussitôt la bande dessinée refermée.
J'ai assez vite compris que Valérian n'était pas Valérian à proprement parler mais un clone à chaque fois, qu'il se comportait néanmoins comme l'original : "C'est peut-être un idiot mais c'est un idiot courageux et c'est justement pour ça que ...", j'ai par contre mis de temps à saisir que Laureline était effectivement en mission pour Galaxity, ce n'est jamais dit clairement et c'est dommage car cela m'aurait sans doute permis de mieux comprendre l'histoire développée.
Le seul petit avantage de ce volume, c'est la présence de Laureline avec son caractère fort, qui n'hésite pas à prendre la défense de Valérian et à exprimer clairement les sentiments qu'elle ressent pour lui : "A vos ordres, pauvre cloche. Parce que si vous vous figurez que c'est pour cause de suprématie mâle que je l'aime mon bonhomme ..." et qui, comme à son habitude, va se rebeller pour une raison juste et prendre les choses en main, à savoir laisser cette femme avec la créature qu'elle recherchait tandis qu'elle et Valérian vont aller prendre un repos bien mérité : "Parlons-en de vos splendides reconstructions. La conquête des indes, c'est le colonialisme ! L'Angleterre de Gladstone ou je ne sais qui, c'est l'impérialisme ! L'Amérique de la ruée vers l'ouest, c'est le capitalisme ! Quant à la première guerre mondiale, allez donc voir dehors, vous découvrirez à quoi ça ressemblait en effet !!".
Car oui, le but était de trouver cette créature qui passe son temps à reconstruire des époques : la ruée vers l'or, la Première Guerre Mondiale, le tout avec des anachronismes, et de s'assurer qu'elle n'était pas dangereuse pour Galaxity.
Je reconnais que du point de vue du graphisme ce n'est pas trop mal, notamment en ce qui concerne la palette de couleurs utilisées, et encore, j'ai trouvé que les dessins de Valérian étaient moins bien réussis que d'ordinaire.
Au final, tout ça pour ça, il n'y avait franchement pas matière pour faire un volume des aventures de Valérian et Laureline.

"Sur les terres truquées" est un album de piètre qualité qui dénote de mes précédentes lectures de la série de Valérian et Laureline, agents spatio-temporels.
Je préfère oublier ce volume aussi vite que je l'ai lu et j'espère que la suite sera de meilleure qualité.

Livre lu dans le cadre du club de lecture BD - Bandes Dessinées de l'Imaginaire de Babelio


dimanche 16 décembre 2012

Peter Pan de James Matthew Barrie


Wendy, John et Michael n'auraient jamais imaginé qu'ils pouvaient voler. Ni qu'ils s'en iraient au Pays Imaginaire, affronter les Indiens et les Pirates du redoutable Capitaine Crochet. Seulement, un beau soir, Peter Pan a fait irruption dans leur vie bien tranquille. Et pour visiter le Pays Imaginaire, rien n'est plus simple : il suffit de bien connaître Peter Pan, et de posséder quelques grains de poussière des fées. (Hachette Jeunesse)

Peter Pan, ou le mythe de l'enfant qui ne grandit jamais.
Bien sûr, j'avais vu le dessin animé de Walt Disney, je connaissais les grandes lignes de cette histoire, puis l'adaptation en bande dessinée de Régis Loisel m'avait quelque peu dérangée et au final je n'y avais pas accroché, finalement, il ne me restait que l'oeuvre originale à lire pour continuer à me forger une opinion.

Tout commence dans la maison de Monsieur et Madame Darling, et de leurs trois chérubins : Wendy, John et Michael, ainsi que leur nurse, Nana, une chienne terre-neuve : "Il n'y avait jamais eu de famille plus simple ni plus heureuse jusqu'à la survenue de Peter Pan.".
Et c'est alors que Peter Pan surgit une nuit, flanquée de la méchante fée Clochette.
Peter Pan est un petit garçon qui déteste les adultes et qui veut rester enfant à tout jamais : "C'était un charmant garçon vêtu de feuilles mortes collées par la sève qui suinte des arbres mais ce qui ravissait le plus chez lui, c'était qu'il avait encore toutes ses dents de lait.", d'ailleurs pour le côté charmant il repassera, c'est un qualificatif qui ne lui va pas étant donné qu'il est vaniteux, inconséquent, insouciant et fortement égocentrique.
Un psychanalyste ferait recette avec un enfant tel que Peter Pan, c'est un personnage auquel je ne me suis pas attachée et qui m'a même énervée à plusieurs reprises (comme dans l'oeuvre de Régis Loisel d'ailleurs).
Pour le seconder dans sa tâche de kidnapper une mère, il est épaulé par Clochette, une fée.
Arrêtez tout de suite de fantasmer, non, Clochette n'est pas gentille, bonne, prompte à exaucer vos souhaits pour que vous puissiez aller au bal car votre affreuse belle-mère vous a enfermée afin que vous n'y paraissiez pas, c'est une teigne vicieuse, mais là pour le coup j'étais prévenue donc le choc a été moins rude que prévu : "Clochette n'était pas totalement mauvaise ou, plutôt, elle était totalement mauvaise à ce moment-là tandis qu'à d'autres elle était entièrement bonne. Les fées doivent être une chose ou l'autre : elles sont si petites qu'elles ne peuvent malheureusement héberger qu'un sentiment à la fois.".
En voilà un personnage bien antipathique rendu fort agréable par Walt Disney, d'un autre côté, une fée qui fait tout pour que Wendy soit tuée, ça le fait moyen dans un dessin animé pour jeunes enfants.

Donc, pour en revenir à l'histoire, Peter Pan convainc Wendy et ses deux frères de venir avec lui au Pays Imaginaire car il veut une mère et Wendy ne rêve que d'une seule chose : être mère !
Cette histoire a été écrite au début du vingtième siècle, à l'époque les filles étaient fortement conditionnées dès leur plus jeune âge à se marier très vite pour pouvoir élever des enfants et s'occuper des tâches ménagères pendant que monsieur travaille pour ramener sa paye et faire vivre la maisonnée.
De lire que Wendy est ravie d'être mère, qu'elle prend plaisir à passer des journées à faire le ménage, la lessive, à repriser les chaussettes et recoudre les vêtements, à border, à faire à manger à toute une tripotée d'enfants a été difficile, j'en avais à la fois mal au coeur pour elle et ça me révoltait.
Il s'agit d'une petite fille, pas d'une femme, là elle ne pense ni ne souhaite s'amuser, et c'est censé être un livre s'adressant à un public jeune pour le faire rêver ?

Pour se rendre au Pays Imaginaire (la non prochaine destination de mes vacances), il faut y aller en volant : "Ce sont seulement ceux qui sont gais, innocents et sans coeur qui peuvent voler.", et concrètement voilà à quoi ressemble ce soi-disant paradis des enfants : "De toutes les îles enchantées, le Pays Imaginaire est le plus douillet, le plus compact, pas du tout étalé et démesuré avec des distances interminables entre une aventure et une autre, mais, au contraire, agréablement concentré.".
Au Pays Imaginaire, il y a le terrible capitaine Crochet qui terrorise les populations avec son équipage, les Indiens, des sirènes (mais vu leur faible utilisation dans le récit quel était l'intérêt de les mentionner ?) et un crocodile avec un réveil dans le ventre qui poursuit inlassablement Crochet pour terminer de le dévorer tellement il a apprécié le goût d'une de ses mains.
Je m'insurge du choix de l'auteur en ce qui concerne le degré de dangerosité du capitaine Crochet, il ne peut pas exister pirate plus dangereux, plus rusé, plus roublard et mesquin que Long John Silver, c'est une référence en la matière et là, Crochet ne m'a jamais fichu la trouille et même plus jeune il n'aurait pas réussi.
J'ai d'ailleurs moyennement apprécié au cours de ma lecture les interpellations du narrateur disant qu'il aurait pu choisir telle histoire mais qu'il en présente une autre, qu'il aurait pu faire agir ainsi les personnages mais qu'il choisit une autre façon, cette interactivité n'apporte pas à mon sens grand chose à la lecture.
Des aventures, il y en a beaucoup dans ce récit, mais je dois bien avouer qu'aucune ne m'a jamais complètement transportée, ceci étant certainement lié au fait que le comportement des enfants avaient tendance à m'exaspérer, notamment leur insouciance et leur oubli très rapide de leurs parents.
Par contre, ce livre se lit très rapidement du fait d'une narration fluide et de chapitres bien proportionnés.

Au final, l'histoire de Peter Pan m'a hérissé le poil par moment, non pas parce que c'est mal écrit et/ou inintéressant, mais parce que les situations décrites me font réagir, particulièrement la situation de Wendy qui prend un immense plaisir à être mère et non pas une petite fille ainsi que l'une des coutumes du Pays Imaginaire : tout s'oublie très rapidement, les bons comme les mauvais souvenirs.
Lu par un jeune public ce livre ne dégagerait certainement pas les mêmes impressions, par contre lu par un adulte il soulève des questions et penche énormément vers le domaine de la psychanalyse, le personnage de Peter Pan étant un stéréotype exagéré de l'enfant insouciant, vantard, égoïste voire même méchant par moment.
J'en viens même à me demander si ce livre ne personnifie pas l'égoïsme de l'enfance, il ne représente pas en tout cas pour moi un éloge de l'enfance et une incitation à ne pas devenir adulte, au contraire.

"Peter Pan" de James Matthew Barrie n'est pas un conte, c'est au contraire un livre qui pousse à la réflexion et qui plante les bases de ce qui est désigné par le "syndrome de Peter Pan" en psychanalyse.
Plutôt que d'inviter au rêve, il soulève beaucoup de questions et il faut en faire une lecture à deux niveaux pour saisir toute la profondeur de ce livre.
Walt Disney en a proposé une version édulcorée en dessin animée, lire l'oeuvre de James Matthew Barrie permet de rétablir la vérité sur ce personnage et les implications qui en découlent.
Alors, grandir ou pas grandir ?

Livre lu dans le cadre d'une lecture commune organisée par isallysun

Livre lu dans le cadre du challenge La face cachée des Disney


Livre lu dans le cadre du challenge ABC Critiques 2012/2013 - Lettre B

Dans la nuit blanche et rouge de Jean-Michel Payet


Pétrograd, février 1917. Dans une Russie épuisée par des années de guerre, où grondent la famine et le mécontentement, où sévit la police secrète du tsar, la comtesse Tsvetana Kolipova, 17 ans, rêve d’un monde qu’elle voudrait plus juste, moins arbitraire. Contribuant à une revue clandestine, la jeune fille découvre bientôt un secret familial qui va balayer ses repères et, avec eux, les vestiges d’un empire qui vit ses derniers instants. Des contreforts de l’Oural à la Sibérie Occidentale, des premières émeutes populaires à l’exécution sommaire des Romanov, Tsvetana cherchera ainsi à retrouver la trace de sa demi-soeur, Natacha, dont tout la sépare ; à mettre la main sur un étrange bijou aux vertus surnaturelles pour lequel certains seraient capables de tuer ; à rejoindre Roman Vrabec, enfin, ce jeune homme sans âge dont le destin semble irrémédiablement lié au sien… (Les Grandes Personnes)

Il y a du bon et du moins bon dans ce livre de Jean-Michel Payet, heureusement que les aspects positifs l'emportent sur ceux négatifs mais ils ne me permettent tout de même pas de qualifier ce livre de coup de coeur.
Tout a commencé au Salon du livre et de la jeunesse où j'avais repéré ce livre.
Le résumé avait capté mon attention, ainsi que la couverture, et c'est donc pour le découvrir que je l'ai emprunté en bibliothèque.

Tout d'abord, c'est un livre assez volumineux d'un peu plus de cinq cent pages qui s'adresse en premier lieu aux adolescents.
Pour pouvoir capter leur attention il faut donc mettre en place une intrigue à rebondissements jusqu'à la fin.
Ici, l'auteur a choisi de placer son histoire dans la Russie de 1917, en plein conflit de la Première Guerre Mondiale mais également au moment où la Russie est en train de basculer du régime du Tsar à celui des communistes.
C'est une période riche en évènements et qui donne un souffle et un dynamisme à l'histoire, j'ai bien aimé ce contexte historique, d'autant plus qu'il colle relativement bien à la trame développée par l'auteur qui semble s'être bien documenté sur le sujet.
Pour s'envoler dans ce tourbillon historique, l'auteur a choisi pour héroïne Tsevatana Kolipova, une jeune comtesse de dix-sept ans également danseuse au théâtre Mariinsky.
Là, je suis un peu plus dubitative quant au choix de ce personnage.
Elle est issue de la petite noblesse et d'un monde de privilégiés : "Elle savait que ce n'était pas seulement la robe qui la faisait comtesse, mais surtout dix-sept années d'éducation et d'évolution dans ce monde privilégié.", mais dans le même temps elle penche plutôt vers l'idéologie des "rouges" et n'aurait rien contre une Russie débarrassée du Tsar et de sa famille, toutefois il ne faudrait pas cela se fasse dans la violence :  "Moi, je me bats pour une Russie libre et plus belle que du temps du Tsar. Pas pour la barbarie.".
Pour finir, elle se déclare ni blanche ni rouge, juste russe : "Plus que rouge ou blanche, danseuse ou infirmière, elle se savait russe et voulait le crier à la face du monde.".
En soi c'est une très belle pensée, dans la réalité je doute qu'une telle personne aurait pu survivre longtemps dans une Russie aussi agitée qui basculait irrémédiablement vers un régime communiste totalitaire où ceux qui n'étaient pas d'accord étaient tout bonnement éliminés.
J'aurai aimé un personnage avec un avis un peu plus tranché sur sa position, mais je comprends aussi que pour le public auquel s'adresse en premier lieu le livre ce n'était pas forcément compatible.
Néanmoins, Tsvetana reste un personnage auquel le lecteur s'attache et suit avec un certain plaisir son périple dans le Russie de 1917/1918.
Ensuite, il fallait un homme beau et mystérieux qui ferait battre le coeur de notre héroïne, c'est ainsi qu'entre en scène Roman Vrabec.
Aucune surprise sur les liens entre les deux personnages principaux, d'un côté c'est un peu ce que j'attendais en lisant le livre.
Par contre, j'ai trouvé que l'auteur cherchait un peu trop à les faire souffrir en les faisant se séparer trop souvent.
Qu'une fois, voire deux, Roman doive se séparer de Tsvetana, cela passe, par contre ce procédé est utilisé de façon trop répétitive et à la fin je ne prenais qu'un petit plaisir à lire leurs retrouvailles, sachant pertinemment que de toute façon ils allaient bien vite de nouveau être séparés.
Du point de vue de la construction du récit, l'auteur alterne les points de vue : celui de Tsvetana, celui de Grigori Tarakhan un homme redoutable, celui d'un homme mystérieux qui s'adresse à sa femme et à son enfant en parlant de vengeance.
Cela a un énorme avantage : la lecture de ce roman est très prenante et malgré les quelques points que j'évoquais avant j'étais prise dans l'histoire et je voulais connaître la suite des aventures de Tsvetana et de Roman.
Tout au long de son aventure, Tsvetana va rencontrer des personnages aussi divers que variés, aux opinions aussi différentes que variées.
Néanmoins, j'aurai un petit reproche à faire quant au traitement de certains personnages : ils disparaissent sans que l'on sache vraiment ce qu'ils deviennent, c'est le cas notamment pour Natacha, la demi-soeur de Tsvetana qui disparaît un beau matin, quant au sort de sa mère et de sa soeur il n'en est jamais réellement question, j'ai même eu l'impression que cela n'intéressait pas Tsvetana.
Cela donnerait l'impression que l'auteur ne sachant trop quoi en faire les aurait fait disparaître pour ne plus avoir à s'en soucier, une fois qu'ils avaient joué leur rôle dans l'intrigue.

"Dans la nuit blanche et rouge", malgré quelques chipotages sur des détails, est un un roman d'aventure historique et fantastique relativement bien construit qui se lit avec un certain plaisir et attention, le tout sous fond de Russie révolutionnaire et d'une ville de Pétrograd plus belle que jamais, distillant à elle seule toute l'âme russe.

samedi 15 décembre 2012

Valérian Tome 6 L'ambassadeur des ombres de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin


Valérian, le plus grand space-opéra publié par des auteurs français, nous entraîne dans un monde et un futur lointains. Le duo est constitué d'agents spatio-temporels : Valérian et Laureline. C'est à bord d'un vaisseau affrété par Galaxity, capitale de l'Empire Terrien, qu'ils se déplacent pour vivre des aventures hautes en couleur. Les scénarios font d'habiles clins d'oeil à notre époque, mettant en scène tyrans et dictateurs, souvent bien proches de ceux de notre 20ème siècle. Le dessin est classique mais doué d'une fantaisie qui donne une saveur rarement égalée aux créatures monstrueuses ou sympathiques que croise Valérian. Grâce à des histoires formidablement inventives, les auteurs de Valérian ont su séduire le public le plus large possible depuis 1967, année de création de cette série pour l'hebdomadaire PILOTE. (Dargaud)

Avec ce nouvel opus des aventures de Valérian et Laureline, agents spatio-temporels, les auteurs ont décidé de montrer au lecteur un élément important de l'univers de leurs deux héros, Point Central : "Point Central dont le nom connaît mille formes différentes en mille lieux du cosmos. Immense construction artificielle où se multiplient sans cesse les ports d'attache, organisme mosaïque où se résume l'inouïe diversité de l'univers.".
C'est à la fois un nouveau souffle donné à l'histoire et une très bonne invention, mais le petit inconvénient est que c'est aussi complexe et qu'il vaut mieux sans doute lire ce volume en une seule fois plutôt que de le fractionner comme je l'ai fait.
L'énorme atout, à mon sens, de cet opus, c'est de faire de Laureline l'héroïne de l'histoire, à la recherche d'un Valérian qui a disparu avec l'ambassadeur de la Terre, lui-même kidnappé par d'étranges créatures.
D'ailleurs, des étranges créatures, le lecteur ne va faire que ça d'en croiser au cours des déambulations de Laureline dans Point Central : les shingouz monnayant leurs informations (fraîches ou dépassées), les zools, les kamuniks, sans oublier le petit compagnon de Laureline, le transmuteur grognon de Bluxte, qui sous ses airs grognons est finalement plutôt mignon et se révèle fort utile pour obtenir différentes monnaies : "Me voilà transformée en convoyeuse de coffre-fort à pattes !".
Pierre Christin s'en est donné à coeur joie dans le scénario et la création et cela s'en ressent durant toute l'histoire, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Quant à Laureline, elle va se montrer relativement sage (tout est dans le "relativement"), décidée pour une fois à suivre les ordres qu'on lui a donnés : "Les consignes sont strictes ! On m'a dit pas d'initiative ! Moi, je respecte les consignes !", elle signe aussi les réparties les plus amusantes de ce tome, n'hésitant pas à souligner son côté féministe : "Les hommes loin de maman-planète, ça a des besoins, hein ?", tandis que pendant ce temps Valérian est avec l'ambassadeur qui a quelques points communs avec lui, notamment sur son côté service-service : "Je suis sûr que c'est un brave type sous son aspect service-service.".
Le côté féministe de la bande dessinée ressortait déjà lors des précédents tomes, dans celui-ci il est clairement mis en valeur : c'est Laureline qui va sauver tout ce petit monde et prendre la décision qui s'impose en fin d'histoire, c'est elle qui ne se découragera pas, s'énervera lorsqu'il le faudra et n'hésitera pas à remuer ciel et terre pour retrouver son Valérian.
Et si du côté du scénario ce tome est très réussi, il l'est tout autant du point de vue des graphismes, Jean-Claude Mézières ayant réussi à créer des créatures aussi diverses que variées.
Visuellement c'est très réussi, très beau et cela fait de cet album sans doute l'un des plus réussis de la série, en tout cas parmi ceux que j'ai eu l'occasion de lire jusqu'à présent.

"L'ambassadeur des ombres" est un excellent opus de la série Valérian et Laureline qui en plus d'introduire Point Central, un élément primordial de l'univers créé par les auteurs, est parfaitement maîtrisé et réussi au niveau du graphisme.
Un régal pour les yeux et un plaisir à la lecture !

Livre lu dans le cadre du club de lecture BD - Bandes Dessinées de l'Imaginaire de Babelio

Valérian Tome 5 Les oiseaux du maître de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin


Ce n'est pas seulement sur notre globe que sévissent d'horribles despotes attirant à eux des innocents pour mieux les asservir. Et si des patrouilles d'oiseaux-folie à la morsure venimeuse n'ont pas encore été signalées sur Terre, les moyens d'amener des populations à endurer les pires oppressions n'y manquent pas plus que sur le territoire du Maître. 
Happés par une force inconnue vers un cimetière d'astronefs, Valérian et Laureline vont bientôt se retrouver aux côtés d'autres malheureux affectés à la production du Klaar, destiné à assouvir l'appétit énorme du dictateur régnant en toute bonne conscience sur l'astéroïde dont il a fait sa grande cuisine personnelle. (Dargaud)

Quelques changements pour ce nouveau tome des aventures de Valérian et Laureline.
Tout d'abord, pas de mission à proprement parler pour nos deux agents spatio-temporels mais un échouage sur une planète sous la coupe du maître qui a réduit en esclavage les différentes populations qu'il y a attirées et qui punit les rebelles ou les paresseux en leur envoyant ses terribles oiseaux qui finissent par rendre fou : "La loi du maître punit les rebelles et les paresseux !".
Ensuite, Laureline explose littéralement au point de vue caractère, en ayant plus qu'assez d'être esclave, habillée comme une souillon, à devoir trimer du matin au soir, et ceci donne quelques savoureux dialogues et passages qui font sourire : "J'ai déjà été noyée, déguisée en souillon, forcée à trimer comme une bête, assommée et maintenant lapidée ... si tu tiens à savoir, j'en ai assez, assez, assez !!! Puisqu'ils aiment bosser pour leur maître, qu'ils le fassent !!! Moi je veux retourner à l'astronef ! ...Na !".
Le scénario de Pierre Christin est bien ficelé et propose une nouvelle forme d'aventure pour Valérian et Laureline, ce qui les changent des missions de Galaxity et j'ai trouvé que c'était une bonne chose car cela permet de les découvrir dans un autre contexte, où ils sont sans doute un peu moins sûrs d'eux et où le manque de réflexion de Valérian avant d'agir et ses discours bien souvent peu convaincants peuvent avoir des conséquences pour les deux personnages.
L'histoire est intéressante car elle aborde de façon intelligente l'asservissement des peuples à travers le prisme du maître, une entité extra-terrestre redoutable et se promenant à travers l'espace pour à chaque fois mettre sous sa coupe les peuples attirés sur la planète qu'elle a colonisée : "Car qui es-tu, toi, homme Valérian ? Sais-tu ce que tu fais en venant ici créer le désordre ? Sais-tu seulement quelle fut la cruauté de tes propres ancêtres ? Et sais-tu, justicier imposteur, tout le crime que tu portes enfoui en toi ? Comme les autres, plus que les autres, tu me dois respect et amour à moi qui ne suis qu'ordre et bonté !".
L'affrontement final est d'ailleurs une belle illustration de la maxime "l'union fait la force".
J'ai également noté une évolution dans les graphismes, Jean-Claude Mézières se lâche un peu plus, montre au lecteur une Laureline nue de dos, et surtout, déploie une belle palette de couleurs et d'imagination dans la création des races et des paysages, ce qui donne une bande dessinée agréable à découvrir.
Ses illustrations créent une ambiance tout au long du récit qui ne s'achève qu'une fois la bande dessinée refermée, car j'ai extrêmement apprécié le revirement final sur la dernière case.

Cette nouvelle aventure de Valérian et Laureline, "Les oiseaux du maître", marquerait-elle une évolution dans cette série de space-opéra ?
En tout cas, ce cinquième opus est des plus agréables à découvrir et propose quelques évolutions dans cette série qui reste, pour l'instant, toujours aussi plaisante à découvrir et à lire.

Livre lu dans le cadre du club de lecture BD - Bandes Dessinées de l'Imaginaire de Babelio


lundi 10 décembre 2012

E.T et moi



E.T l'extra-terrestre et moi c'est un grande histoire qui a débuté il y a des années désormais, c'est aussi une relation ancrée dans l'histoire familiale.


Vous ne comprenez pas forcément ?
Ce n'est rien, c 'est normal, néanmoins je sais que certaines personnes comprendront le message.


Donc Joyeux 30ème anniversaire E.T !

dimanche 9 décembre 2012

La chambre des officiers de François Dupeyron


Au début du mois d'août 1914, Adrien, un jeune et séduisant lieutenant, part en reconnaissance à cheval. Un obus éclate et lui arrache le bas du visage. La guerre, c'est à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce qu'il la passe, dans la chambre des officiers. Une pièce à part réservée aux gradés atrocement défigurés par leurs blessures. Un antre de la douleur où chacun se voit dans le regard de l'autre. Cinq ans entre parenthèses à nouer des amitiés irréductibles avec ses compagnons d'infortune. Cinq ans de "reconstruction" pour se préparer à l'avenir, à la vie. (AlloCiné)

J'ai lu il y a quelques années maintenant le très beau livre de Marc Dugain "La chambre des officiers" s'intéressant aux gueules cassées lors de la Première Guerre Mondiale, plus particulièrement à une pièce de l'hôpital du Val-de-Grâce dédiée aux officiers.
Le récit faisait une belle place aux opérations de chirurgie esthétique pour faire des reconstructions faciales (il ne faut pas oublier que, malheureusement ou heureusement, la Première Guerre Mondiale du fait de l'utilisation d'artillerie lourde a laissé de grands mutilés, ce qui a permis de faire avancer considérablement la chirurgie esthétique et réparatrice), mais abordait également l'angle de la reconstruction psychologique, de l'apprentissage de la vie avec ce nouveau visage ainsi que domptage du regard de l'autre.
Je savais depuis longtemps qu'un film avait été tiré du livre mais j'hésitais à le voir, sans doute par peur de voir en image l'horreur décrite par des mots des mutilations faciales (il est bien décrit dans le livre qu'Adrien a  a perdu ses lèvres, ses dents, son palais et l'odorat, il ne peut manger que par un tube qu'on lui met dans la bouche, il me semble aussi que ses sinus ont été détruits).
Je le reconnais aujourd'hui, j'ai eu tort d'attendre aussi longtemps de voir ce film car il traite le sujet de manière tout à fait pudique et courtoise, avec beaucoup de respect et sans chercher à faire de l'image racoleuse.

Pour se remettre dans l'histoire, nous sommes en août 1914, c'est la mobilisation et Adrien, jeune lieutenant, profite de la veille de son départ pour séduire Clémence et passer avec elle une nuit d'amour.
Il est séduisant, il est jeune, il a du bagou et de l'humour, il plaît.
Il part à la guerre, mais en réalité, il la passera à l'hôpital car dès les premiers jours lors d'une reconnaissance à cheval un obus lui arrache une partie du visage et tue les deux autres soldats l'accompagnant.
Commence alors le long périple d'Adrien vers l'hôpital du Val-de-Grâce.



A partir de ce moment, le réalisateur choisit de ne plus montrer Adrien, on l'entend et rien que le bruit de sa pseudo respiration laisse imaginer l'étendue et la gravité de ses blessures, et pour s'en convaincre définitivement, il suffit de voir le regard dégoûté des personnes le regardant, faisant toutes remarquer qu'il pue (là il me semble que dans le livre c'est expliqué par le fait que ses sinus ont explosé, à vérifier).
Adrien ne parle plus, mais le réalisateur choisit de nous faire entendre ses pensées : il se demande si c'est lui ce bruit atroce qu'il entend, et pourquoi il ne peut plus parler.
Jusqu'à Paris, personne ne se chargera de le nourrir ou de lui donner à boire, inutile de montrer l'image on comprend très bien pourquoi.
Il se retrouve alors dans l'entrée du Val-de-Grâce, dans une civière à même le sol et c'est une infirmière qui se penchera vers lui, à la recherche d'un officier.
Elle comprendra vite que son parapluie le gêne et qu'il veut la pluie sur lui, à aucun moment elle ne laissera paraître du dégoût.



Commence alors le long séjour d'Adrien à l'hôpital, il y a restera 1 640 jours.
Il est le premier patient de cette pièce particulière : la chambre des officiers.
Bientôt d'autres officiers le rejoindront, eux aussi atrocement mutilés.
Certains survivront, d'autres non, certains n'accepteront pas ce qu'ils sont devenus ni le regard de leurs proches et se suicideront.



Pourtant dans cette pièce, les infirmières ont pris soin de retirer tous les miroirs, les patients ont interdiction de se voir.
Et le médecin est plein de bonne volonté, pratiquant opération sur opération pour reconstruire les visages cassés : des greffes de peau, des greffes osseuses, des greffes du palais, le film permet de montrer quelques unes des techniques employées à l'époque et c'est un aspect particulièrement intéressant.
Durant une bonne partie de la reconstruction du visage d'Adrien par la chirurgie, le spectateur ne verra rien de lui, à part ses jambes ou de dos.
J'ai trouvé cela extrêmement respectueux, il n'y a pas besoin d'image d'ailleurs, le spectateur saisit très bien le degré de défiguration du personnage.
Clairement le réalisateur n'a pas cherché à faire hurler d'horreur le spectateur, il l'a plutôt amené à aborder cette histoire par rapport à l'aspect humain.
Et il ne lui remontra le visage d'Adrien que lorsqu'il se sera habitué à l'idée qu'Adrien est défiguré, ce qui fait qu'au final je n'ai pas été horrifiée lorsque j'ai vu à quoi ressemblait désormais Adrien, malgré plusieurs opérations à mener encore.



Pour Adrien, il en va tout autrement. Il ne résistera pas et se regardera dans le reflet de la vitre en défaisant son bandage, il pleurera en découvrant son visage ou ce qu'il en reste et sera soutenu par deux compagnons d'infortune : Henri et Pierre, et par Anaïs l'infirmière qui l'empêchera de mettre fin à ses jours.



Car ce film est aussi une belle histoire d'amitié qui se forge entre trois hommes marqués par la guerre.
Ils vont apprendre à se connaître, à partager leur quotidien, les moments difficiles, les souffrances des nuits entières après une opération, ils vont jouer aux cartes, se soutenir les uns et les autres et soutenir les autres, empêcher les nouveaux arrivants de se suicider car ils ont compris que malgré tout la vie valait quelque chose, ils vont aussi affronter ensemble le regard des autres, ils finiront même par plaisanter de leur physique.



Et puis un beau jour, ils vont faire une découverte, leur cercle d'amitié va s'agrandir à Marguerite, une jeune infirmière cachée à l'étage supérieur, une femme qui, comme eux, a été défigurée par un éclat d'obus.
C'était extrêmement émouvant dans le roman, ça l'est tout autant dans le film, d'autant qu'elle fait preuve de clairvoyance, sachant pertinemment qu'aucun homme ne voudra d'une femme comme elle, tandis qu'elle sait et qu'elle dit à ses trois amis que eux trouveront une femme.



Cela permet de monter un aspect quasi inconnu : il n'y a pas que des hommes qui ont été défigurés, mais des femmes aussi, des infirmières notamment.
Cela renforce le caractère d'horreur de cette guerre.
Il y a également de très belles scènes qui montrent le décalage entre les autorités françaises et la réalité sur le terrain, ainsi une personnalité du gouvernement dit à Adrien lors d'une visite à l'hôpital qu'il souhaite le revoir très vite sur le front car la France a besoin d'homme comme lui, ce à quoi le médecin lui fait remarquer qu'il va encore être convalescent de longs mois.
De toute évidence, cette personne n'était intéressée que par l'armée et envoyer des jeunes hommes au front, ne se rendant même pas compte que celui qu'il avait devant les yeux était défiguré à vie et incapable de retourner se battre, voire même de mener une vie à peu près normale.
Le réalisateur a également fait le choix de filmer les images dans des tons sépia/jauni, ce qui donne un caractère vieux à l'histoire et lointain, principe que réutilisera Jean-Pierre Jeunet dans "Un long dimanche de fiançailles".
Visuellement, je trouve que c'est un très beau film et que la manière de filmer de François Dupeyron est des plus intelligentes, respectueuses et pudiques.
Quant au casting, les acteurs sont excellents et Eric Caravaca campe un Adrien très juste, avec ce qu'il faut d'humour et de désolation, de joie suivie d'une longue dépression jusqu'au retour à la vie civile.
Les dernières scènes sont à ce titres réussies, celle dans le métropolitain est extrêmement touchante et la petite chute finale referme le film sur la gouaillerie avec laquelle Adrien embobinait Clémence il y a 5 ans de cela.
J'aurai par contre aimé savoir ce que devenait les autres personnages, ils sont trop laissés de côté à la fin et c'est un peu dommage.
Le maquillage est très bien réussi, à tel point que je n'a pas reconnu Denis Podalydès ni Gregori Derangère qui ont tous deux des rôles importants.
Enfin, la musique est très belle et s'accorde bien avec les images.

En conclusion, "La chambre des officiers" est une brillante adaptation du livre de Marc Dugain à la réalisation parfaite et au casting sans faute.
Je ne peux que vous inviter à regarder ce très beau film, une belle leçon d'histoire, d'amitié et surtout de vie au delà de l'horreur de la guerre.