lundi 21 octobre 2013

Fleur de tonnerre de Jean teulé


Hélène Jégado a tué des dizaines de ses contemporains sans aucune raison apparente. Quels secrets renfermait cette tête qui, le 26 février 1852, sur le Champ de mars de Rennes, roula dans la corbeille de la guillotine ? (Julliard)

Hélène Jégado a été une enfant adorable, enfin, jusqu'à l'âge de sept ans où sa mère lui a donné le surnom de Fleur de tonnerre et surtout où elle a essayé, pour la première fois et malheureusement pas la dernière, d'empoisonner une autre fillette de son âge.
Il faut dire qu'Hélène a aussi eu la tête farcie par sa mère de toutes les légendes bretonnes, particulièrement celle de l'Ankou :  "Il n'y a rien de pire que l'Ankou ! Se promenant en Bretagne avec sa charrette, il la charge de corps, frappés d'une puissance invisible, de toutes celles, ceux, qu'il fauche sans distinction.", à tel point qu'Hélène a fini par s'identifier à l'Ankou, ne faisant plus q'un avec cette légende et ce, pour le restant de sa vie : "Dehors, le lampion de la bergère Emilie, courant sur la lande, projette, à travers le vitrail, un autre rayon de lumière qui tourne. Il étire l'ombre de l'Ankou qui se déplace pour venir se fondre en Fleur de tonnerre. L'ombre de l'Ouvrier de la Mort paraît maintenant porter une coiffe d'enfant bretonne. Ô le cerveau de petite fille qu'un tel prodige affole ! Ainsi que l'Ankou, elle lève un bras comme si elle tenait une faux.".
Après un empoisonnement raté, elle réussira tous les suivants et commencera alors à arpenter la Bretagne, semant derrière elle la mort sans distinction aucune : homme, femme, enfant, et sans raison particulière :  "Ne faisant aucune distinction, elle empoisonne comme par distraction ainsi que si elle lançait des graines aux pigeons.".
Et quand elle ne peut pas tuer, ça la rend mauvaise la Jégado, elle a ça dans le sang, pire qu'une drogue, elle n'a aucune conscience ni notion du bien ou du mal, a fort mauvais caractère, et se croit indestructible et intouchable : "Aucune avanie ne me jettera par terre, aucun écueil ne me fera sombrer, aucun marteau ne m'écrasera. Je suis indémolissable !".

Jean Teulé a le chic pour bâtir ses récits à partir de faits véridiques ou de personnages ayant existé.
Ici, il s'attache à Hélène Jégado, une femme tueur en série ayant sévi en Bretagne durant la première moitié du 19ème siècle.
Avant la publication de ce livre, je n'en avais pas entendu parler.
Comme d'ordinaire, la base est réelle mais l'auteur brode autour et se permet de prendre des libertés.
Ainsi, il attribue à Hélène des forfaits dont on ne soit pas sûr qu'ils soient bien de son fait, l'assassinat de sa mère par exemple.
Il présente aussi Hélène Jégado comme la plus grande tueuse en série de tous les temps, je ne sais si cette affirmation est vraie, mais il faut bien dire qu'au cours de chaque chapitre il y a au moins un mort.
Jean Teulé a un style que je trouve agréable, il mêle modernité et parler ancien, il y a des petites touches d'humour dans son récit, si bien que le dramatique passe facilement.
Je qualifierai cette lecture de "page turner", j'ai lu ce roman très rapidement, les chapitres sont rapides et s'enchaînent facilement les uns derrière les autres.
La base de l'histoire est intéressante, j'aime le style d'écriture de Jean Teulé ainsi que son don pour dénicher des personnages plus ou moins connus et leur donner vie sous sa plume.
Mais Jean Teulé a parfois tendance à grossir le trait, ce qui vient quelque peu discréditer son histoire.
Ici, c'est le nombre de forfaits qu'il impute à Hélène Jégado, mais également la présence durant tout le récit de deux normands venus faire fortune en collectant les cheveux en Bretagne et à qui il arrivera moultes péripéties.
Je n'ai pas vraiment compris la raison d'être de ces deux personnages, ça donne un côté gag à l'histoire qui n'était pas nécessaire, d'autant plus qu'ils n'auront que très peu d'interaction avec Hélène Jégado alors qu'ils suivent son parcours d'empoisonneuse.
Et puis a contrario, il y a de très beaux passages, comme celui où Hélène tombe amoureuse ainsi que son procès à la fin.

"Fleur de tonnerre" est un divertissement littéraire agréable servi par Jean Teulé qui, sans être inoubliable, permet au lecteur de passer un bon moment et de découvrir le portrait de cette femme hors norme dont je ne suis prête à manger sa soupe aux herbes et encore moins son gâteau à l'angélique, le tout avec en toile de fond la Bretagne, magnifique région qui justifie à elle seule (ou presque) la lecture de ce roman.

dimanche 20 octobre 2013

Adèle Blanc-Sec Tome 3 Le savant fou de Jacques Tardi


Janvier 1912. Paris frissonne sous la neige, mais la capitale ignore encore que dans quelques jours c'est de peur qu'elle tremblera. Amenée à assister à la “résurrection” d'un homme préhistorique, Adèle Blanc-Sec est entraînée dans une des ses plus mystérieuses aventures, remplie d'étranges disparitions, de tentatives de meurtres et d'esprits invoqués. (Casterman)

Les mois passent mais les expériences les plus folles continuent, après avoir ramené à la vie un ptérodactyle (paix à son âme), le démon Pazuzu (disparu de la circulation après avoir été interprété avec brio par Clara Benhardt), c'est désormais au tour d'un homme-singe préhistorique : un pithécanthrope, d'être ramené à la vie.
Et comme de bien entendu, Adèle Blanc-Sec est toujours mêlée de près ou de loin à ces expériences les plus folles, et toujours la cible d'attaques visant à la faire passer de vie à trépas : "Je rencontre Espérandieu, j'assiste à une séance de spiritisme, on ramène à la vie sous mes yeux un pithécanthrope âgé de 400 mille ans, ensuite on essaye de m'assassiner ... Ca suffit comme ça. Aujourd'hui, je ne sors pas.".
Effectivement, certains jours cela vaudrait mieux de rester au lit, ou alors momifié tel la momie qu'Adèle a dans son salon et a qui d'ailleurs elle ne parle pas toujours correctement (m'est avis que cette momie va finir par elle aussi revenir à la vie un de ces quatre) : "Et si à coups de décharges électriques dans ton cerveau desséché on réussissait à te ramener à la vie, ça te plairait ? Que penses-tu de tout ça, vieille peau ?".
C'est qu'elle a du caractère la demoiselle Blanc-Sec et qu'elle sait ce qu'elle veut, outre le fait qu'elle soit moderne par rapport à son époque.
La bonne nouvelle de ce troisième tome, c'est que l'inspecteur Caponi est de retour et réserve de belles surprises au lecteur et à notre héroïne : "Remarquez, j'ai toujours pensé que la différence entre le flic et le malfrat n'était pas très marquée. D'un côté comme de l'autre, c'est à peu de chose près le même genre d'individus. Un jour on est d'un côté, le lendemain de l'autre, c'est selon."; à moins que ça ne soit le retour de Pazuzu pour accomplir sa vengeance; ou alors la présence de savants qui en lieu et place de perdre l'esprit pour Adèle le perdent plutôt au cours de leurs expériences; ou tout simplement le retour d'Adèle Blanc-Sec, une héroïne très attachante et qui vit toujours des aventures palpitantes et extraordinaires.
J'aime toujours autant le coup de crayon de Jacques Tardi ainsi que son scénario, la façon qu'il a de s'adresser au lecteur via une voix narrative qui j'imagine aisément, et surtout l'humour très présent qui donne un côté non sérieux à toute cette histoire et permet au lecteur de passer un très bon moment.
Ceci est encore plus vrai dans ce troisième volume qui est à ce jour mon préféré dans la série.
J'avais déjà remarqué les jeux de mots dans les noms de famille, mais il y en a d'autres dans cet album qui ne sont pas piqués des vers, je vous en livre un qui m'a valu un fou rire de cinq bonnes minutes avant de pouvoir continuer ma lecture : "Un jour la vengeance de Pazuzu sera accomplie ! Alors tu seras morte Adèle !".

"Le savant fou" est un album riche en rebondissements et en humour, dans la parfaite lignée de la série des "Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" créée par Jacques Tardi, dont je prends énormément de plaisir à découvrir et que je ne peux que vous recommander.

Découvertes musicales d'octobre 2013

Voilà, il suffit que j'arrête de faire la chanson du mois pour faute d'inspiration sur août et septembre pour que je dégote de nouvelles pépites musicales fin septembre/début octobre.
Plutôt que de ré-instaurer la chanson du mois, je vous parlerai de temps en temps de mes découvertes musicales.
Ca me prend de temps en temps mais il y a une dizaine de jours je suis ressortie de chez le disquaire avec 3 CD.

Pour le premier, il s'agit du premier opus d'Agnes Obel à petit prix, la demoiselle vient de sortir un nouvel album, je n'avais jamais eu l'occasion de l'entendre jusqu'à présent (et non, je n'ai pas vécu dans une grotte tout ce temps), autant commencer avec le premier avant d'attaquer le deuxième (il a fallu que j'explique au caissier pourquoi il ne voyait pas le titre phare sur l'album ... que là, c'était le premier opus et qu'elle venait d'en sortir un nouveau, bref il a conclu en me disant qu'il adorait ce qu'elle faisait).
De ce que j'ai pu entendre, j'avoue que ça a de la classe et que ça sort de l'ordinaire.



Extrait de son nouvel album :


Pour le deuxième, il s'agit d'une découverte grâce à Alcaline, le nouveau magazine musical sur France 2 (et dire que je râlais de la suppression de Taratata qui permettait de découvrir de nouveaux talents) : HollySiz.
Le titre "Come back to me" bougeait bien, j'ai creusé pour découvrir ... que sous le pseudonyme de HollySiz se cache une tête connue : l'actrice Cécile Cassel.
Donc elle ne sait pas que jouer mais aussi chanter et son premier album "My name is" est une très belle découverte qui n'est pas sans me rappeler l'album de Lou Doillon l'an passé, dans un autre registre mais le talent est là.


Enfin pour le troisième, c'est un peu pris au petit bonheur, parce que j'ai entendu parler de ce groupe dans les Inrocks que j'achète de temps en temps quand il y a un CD compilation des titres/nouveautés du moment et parce que le clip regardé m'a plu : London Grammar.
Contrairement à ce que le nom du groupe laisserait penser, il ne s'agit pas de leçons de grammaire, par contre le groupe est bien anglais.
Je vous laisse découvrir, c'est un premier album et à mon avis une valeur sûre dont on devrait entendre parler de plus en plus.




Sinon, j'ai découvert il y a quelques mois, grâce aux Inrocks, Arman Méliès que je ne connaissais jusque là ni d'Eve ni d'Adam.
J'ai flashé sur sa très belle chanson "Pompéi" :

Je teste une liseuse

Grâce à ma bibliothèque qui s'est lancée depuis quelques temps dans le prêt de liseuses, j'en ai récupéré une hier et ce, pour une durée de trois semaines.
Je vais donc pouvoir tester le principe d'une liseuse, après que plusieurs personnes m'en aient parlé en bien, voire peut-être prolonger l'expérience si affinités par l'acquisition d'une de ces bestioles électroniques.
A l'issue de ce prêt, je dois également remettre aux bibliothécaires un questionnaire, cela leur permet de voir le ressenti des personnes ayant emprunté une liseuse et surtout s'ils doivent poursuivre sur cette voie.

Le catalogue proposé comporte des titres de 2012 et de 2013, il y en a pour tous les goûts, j'ai donc l'embarras du choix dans les lectures.
J'ai débuté par un roman catalogué en jeunesse mais qui à mon sens peut se lire à tout âge : "Hate List" de Jennifer Brown.
Quant à la liseuse, il s'agit d'une Cybook Odyssey, très facile à prendre en main et à utiliser, en voici d'ailleurs un aperçu.


Durant cette période, mes lectures numériques seront signalées par ce logo :


A dans trois semaines pour un bilan sur mon expérience de lecture sur liseuse !

Bilan de la liseuse le 09/11/2013

Les trois semaines ont filé vite et voilà que j'ai rapporté la liseuse cet après-midi à ma bibliothèque, en ayant pris soin de remplir consciencieusement le questionnaire qui l’accompagnait.

J'ai lu trois livres sur liseuse, en plus de mes autres lectures papier du moment :
- "Hate List" de Jennifer Brown
- "La pluie, avant qu'elle tombe" de Jonathan Coe
- "Les vampires de Londres" de Fabrice Colin

Je n'ai pas eu de mal à maîtriser la bête, c'est facile d'utilisation et les fonctions proposées sont utiles, comme les annotations que j'ai utilisées en lieu et place de mes post-it, ainsi que les signets.
Le seul bémol que j'apporterais sur ce modèle est au niveau du bouton d'alimentation, la tirette ripe facilement et j'ai dû m'y reprendre à deux fois bien souvent pour allumer la liseuse.
Je n'ai pas testé le rétro-éclairage, n'ayant pas cherché à lire dans le noir, mais la qualité de l'encre électronique est agréable à lire et ne fatigue pas les yeux, j'ai réussi à lire sur liseuse comme en version papier, à savoir sans mettre de lunettes et sans fatiguer mes yeux (i.e je n'avais pas des yeux rouges de lapin ni des larmes qui coulaient à flot), quant à la possibilité de régler la taille des caractères, c'est un plus intéressant.
L'autre avantage de la liseuse, c'est son format et son poids, ça se tient très bien d'une seule main et ça ne prend pas beaucoup de place.
J'ai utilisé le catalogue présent dans la liseuse pour lire des romans que je n'aurais pas forcément lu en version papier, d'ailleurs j'ai fait une très belle découverte avec Jonathan Coe et les nombreux éloges de cet auteur qui m'ont été faits me poussent à lire d'autres œuvres de lui.
Au final, je suis satisfaite de cette découverte et la liseuse ne m'a pas empêchée de lire en parallèle des livres en version papier.
J'y vois des avantages, sans pour autant renier le livre papier, c'est donc pourquoi je songe à acquérir prochainement une liseuse (et par la même occasion je ré-utiliserai le logo pour signaler les lectures faites sur liseuse).

Jeanne de Jacqueline de Romilly


En 1977, dans l’année qui suit la mort de sa mère, Jacqueline de Romilly écrit ce texte, en fait imprimer quelques exemplaires, destinés aux amis. Mais, par pudeur, parce qu'il y a quelque chose de vulgaire à dévoiler ce que l’on a de plus intime, elle ne souhaite pas que ce livre soit publié de son vivant et charge son éditeur et ami Bernard de Fallois de le faire après sa mort. Jeanne, c’est le portrait d'une femme aux dons multiples, travailleuse infatigable, qui fit preuve pendant trente ans d'un talent d'écrivain reconnu. Veuve dès le début de la guerre de 1914, elle choisit de vivre dans l'ombre de sa fille, tissant ainsi un lien indissoluble entre elles deux. Ce récit nous en apprend beaucoup sur Jacqueline de Romilly, et l’on comprend d’autant plus l’admiration et l’affection que ses lecteurs, même s'ils ne l'avaient jamais rencontrée, ont éprouvées en apprenant sa disparition. (Le Livre de Poche)

Delphine de Vigan l'a si bien écrit dans "Rien ne s'oppose à la nuit" : "Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.", une phrase qui m'avait renvoyée dans ma propre famille et son histoire.
Il en a été de même ici dès les premières phrases du livre de Jacqueline de Romilly consacrée à sa mère, Jeanne.
L'auteur se fait la réflexion, et éprouve des regrets, sur le fait de ne pas avoir interrogé plus sa mère sur son frère mort durant la Première Guerre Mondiale, un frère qui avait compté pour sa mère et que l'auteur n'a pas connu.
Cette entrée en matière dès les premières pages m'a interpellée, je n'ai pas connu mes grand-parents ni la majorité de mes oncles et tantes du côté de mon père, ils étaient déjà morts et je me rends compte que je n'ai jamais trop posé de questions sur eux, ce n'est pas non plus un sujet de discussion, sans éprouver de regrets je le perçois plus comme de la pudeur et une non volonté d'en parler, ce que je respecte.
A ce stade, je me suis dit que si tout le livre était de cet acabit, sa lecture n'en serait pas facile tant elle serait une forme de miroir qui me renverrait à ma propre histoire.
Finalement, comme avec le roman de Delphine de Vigan, j'ai fini par prendre du recul et, dernier point commun et référence que je ferais à ce roman, là aussi l'auteur parle de sa mère en l'appelant par son prénom, à mon sens une façon de prendre du recul sur les événements et de ne pas laisser sa plume prendre le pas sur les sentiments.

Jacqueline de Romilly a écrit une véritable ode à sa mère, un grand cri d'amour, et, sans avoir lu  ses œuvres hellénistes, je me dis que si elles sont écrites avec autant de passion et d'amour elles doivent être d'une profonde richesse.
C'est avec précision sans toutefois pouvoir être parfaitement exacte que Jacqueline de Romilly parle de sa mère et retrace son parcours.
Jeanne était une femme en avance sur son temps, ouverte d'esprit et sans crainte de choquer les gens bien pensants : "Jeanne au bracelet d'argent était, je le sais, beaucoup plus rebelle, et audacieuse, et passionnée, que ne sont nos filles en blue-jeans.".
A la lecture de ce roman, j'ai éprouvé une forme d'admiration pour cette femme qui se sera mariée une seule fois dans sa vie, aura connu la vie et le bonheur conjugal que quelques courtes années avant que son mari ne soit tué durant la Première Guerre Mondiale, se sera consacrée à sa fille dans une forme d'amour et d'exclusivité rare et que seul l'amour maternel peut expliquer, tout en travaillant et devenant une écrivain reconnue, en tout cas pendant un temps.
Une femme de caractère mais également une belle personne qui a, sa vie durant, tenu à honorer le sens qu'elle donnait au mot "amour" et est toujours restée tournée vers les autres, rompant ainsi l'impression bourgeoise qu'elle dégageait au premier abord : "Indépendante et fière, elle cessait par là même de se confondre avec les bourgeois. Intelligente, elle comprenait les autres et ils le sentaient.".
Jeanne était de ces personnes qui aiment et donnent sans compter, sans rien attendre en retour, et qui savent prendre la vie comme elle vient, ironisant dans les moments difficiles et arrivant ainsi toujours à relativiser les événements, à les rendre plus agréables pour les autres.
Ainsi, c'est tout naturellement qu'elle se dévoue pendant la Seconde Guerre Mondiale à sa fille et à son gendre, forcés de se cacher pour échapper aux rafles de Juifs.
A la lecture de ce roman, je me dis que la vie devait être bien douce aux côtés d'une personne comme Jeanne, et qu'elle fait partie de ces personnes qui auraient mérité d'être connues et reconnues, mais par-dessus tout, de ces personnes qu'il est si facile d'aimer et d'apprécier : "On aimait Jeanne, je crois, pour sa fragilité, pour son courage. On l'aimait pour ce qui survivait en elle de la Jeanne pleine d'histoires, comprenant tout à demi-mot, confiante et ironique, et soucieuse encore de plaire. Mais on l'aimait aussi pour le reflet de cette tendresse sans mesure qu'elle ne cachait pas de me porter. On était gentil pour elle à cause de moi, mais aussi pour moi à cause d'elle.".

C'est dans un style simple mais pudique que Jacqueline de Romilly livre dans "Jeanne" le portrait de sa mère, une femme battante, courageuse et infatigable, qui permet également au lecteur de voir au-delà de ce portrait celui de Jacqueline de Romilly, une femme dont j'ai désormais envie de découvrir l'oeuvre helléniste, tout comme les romans et les pièces de sa mère.

Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices

mardi 15 octobre 2013

Top Ten Tuesday #18


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 raisons qui vous poussent à faire des rendez-vous livresques (C’est lundi, Top Ten Tuesday, IMM ? etc.)

J’ai quelque peu séché sur ce thème.

1) La curiosité, ce n’est que depuis très récemment que je participe à un rendez-vous livresque ;
2) Pour faire un point sur l’état de mes lectures en cours et à venir ;
3) Pour prendre du recul sur mes lectures passées ;
4) Pour découvrir ce que lisent d’autres personnes et y piocher des idées ;
5) Pouvoir préparer des articles sur le blog et le faire vivre même sans pouvoir y accéder plusieurs jours ;
6) Pour me décider à faire sortir de ma PAL certains livres. 

lundi 14 octobre 2013

Délivrance de James Dickey


Avant que la rivière reliant la petite ville d'Oree à celle d'Aintry ne disparaisse sous un immense lac artificiel, quatre trentenaires décident de s'offrir une virée en canoë pour tromper l'ennui de leur vie citadine. Gagnés par l’enthousiasme du charismatique Lewis et bien que peu expérimentés, Bobby, Ed et Drew se laissent emporter au gré du courant et des rapides, au cœur des paysages somptueux de Géorgie. Mais la nature sauvage est un cadre où la bestialité des hommes se réveille. Une mauvaise rencontre et l'expédition se transforme en cauchemar : les quatre amis comprennent vite qu'ils ont pénétré dans un monde où les lois n’ont pas cours. Dès lors, une seule règle demeure : survivre. (Gallmeister)

Pour rompre la monotonie de leur existence et vivre des sensations fortes, quatre hommes décident de s'offrir une virée de trois jours en canoë sur une rivière vouée à disparaître sous un lac artificiel.
Ils pensent être prêts et vivre un moment franche camaraderie en communion avec la nature, c'est tout autre chose qui les attend, une nature à l'état sauvage dans laquelle toute la bestialité humaine se réveille et prend forme.
Dès lors, une seule règle s'impose à eux : survivre, à n'importe quel prix et par n'importe quel moyen : "J'en suis arrivé à la conclusion que la clé de la survie ne se trouvait pas dans les rivets et le métal, dans les doubles portes blindées et les billes de dames chinoises. Elle se trouvait en moi. Elle ne dépendait plus que de l'homme et de ce qu'il était capable de faire. Le corps est la seule chose qu'on ne puisse feindre; il doit être là, c'est tout.".
Ils sont maîtres de leur destin : "Le droit, ici, c'est nous.", sans doute pour la première fois de leur vie, mais ils vont devoir vivre et commettre l'inacceptable : "C'est lui ou nous. On a tué un homme. Lui aussi. Pour savoir qui s'en sortira vivant, il faut savoir qui tuera qui. C'est aussi simple que ça.".
Ce roman est dur et violent, certaines scènes sont à la limite du soutenable, mais c'est écrit formidablement, avec un suspens de chaque instant qui plonge le lecteur dans l'incertitude la plus totale.
James Dickey livre-là une analyse détaillée du caractère humain : ces quatre hommes blasés par leur vie quotidienne et leur petit confort partaient avec insouciance, ils vont vivre l'enfer et essayer de s'en sortir.
C'est un jeu terrible et cruel dans lequel l'auteur les a plongés, narré par la plume d'Ed Gentry, l'un des quatre hommes de cette expédition.
Eux qui trouvaient leur vie quotidienne intolérables vont finir par l'apprécier à sa juste valeur, mais par combien d'épreuves il aura fallu pour en arriver là.
Et puis, il y a aussi un autre personnage omniprésent : la rivière qui relie la petite ville d'Oree à celle d'Aintry, cette rivière qui va finir par faire corps avec le personnage d'Ed : "Je contemplais la rivière dans son puits de brillance glacée, dans sa rumeur et son indifférence lointaines, en bas, dans son ample boucle et dans ses minuscules éclats de lune, dans son long tracé sinueux, dans sa prégnance ébahie.", jusqu'à le hanter pour le restant de ses jours mais lorsqu'elle n'existera plus.
J'ai trouvé cet aspect de communion spirituelle entre la rivière et le personnage d'Ed très intéressant, cela donnant une dimension un peu mystique à tout ce récit et à ce qui s'en dégage.
Je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique de John Boorman, il faut dire que j'ai été influencée par ce que j'en ai entendu dire : un film violent avec des des scènes crues, et que par ricochet, je tournais les pages au fil de ma lecture en me demandant ce qui allait se passer.
Après cette lecture, je suis désormais curieuse de voir l'adaptation qui en a été faite, j'ai en quelque sorte vaincu ma peur née de tout ce qui se dit autour de ce film.

"Délivrance" est un roman brutal qui ne laisse indemne ni les personnages ni le lecteur, décrivant une nature dans l'état le plus brut qui soit ainsi que le réveil du côté bestial de l'Homme qui peut en découler.
Un roman à découvrir qui s'inscrit dans la lignée éditoriale des éditions Gallmeister qui décidément publient des livres d'une qualité à chaque fois rare et en un sens unique.

dimanche 13 octobre 2013

Adèle Blanc-Sec Tome 2 Le démon de la tour Eiffel de Jacques Tardi


En ce mois de décembre 1911, Paris est secouée par la brusque réapparition de la peste et par une mystérieuse vague de disparitions sur le Pont-Neuf. Adèle, déterminée à venger la mort de son ami Lucien Ripol, mène l'enquête, persuadée qu'un lien existe entre ces trois affaires. Affrontant tour à tour Albert, son ancien complice, et une redoutable secte d'adorateurs du démon Pazuzu, arrivera-t-elle à échapper aux différentes menaces qui planent sur elle ? (Casterman)

La dernière fois que nous avions quitté Adèle, elle était bien décidée à venger la mort de Lucien Ripol, ainsi que d'en découdre avec Albert, son ancien complice qui l'a lâchement trahie, alors que dans le même temps le ptérodactyle mourait du fusil de Justin de St Hubert, ainsi que le savant à l'origine de sa naissance.
Faire revivre un ptérodactyle était déjà un exploit, cette fois-ci Adèle Blanc-Sec se trouve aux prises avec une secte d'adorateurs particulièrement allumés du démon Pazuzu : "Pazuzu est de retour. Les impurs qui ont eu l'outrecuidance de le souiller de leurs mains détestables ont péri ! Justice leur a été faite, mais bien d'autres impurs de pareille sorte restent à sauver, qu'ils aient ou non posé leurs mains sur Pazuzu ! Ce rituel a déjà commencé, mais il va maintenant entrer dans une phase décisive !".
Comme le dit si bien Adèle, et je ne la contredirai pas sur ce point : "Il y a des jours où on a intérêt à se coucher tôt !", d'autant plus que dans cette nouvelle aventure cela sent le roussi pour elle : "Cette fois, Adèle, je crois que tu es fichue.".

Toujours aussi drôle et tournant à la dérision bien des scènes et des personnages, ce deuxième tome est dans la continuité du premier et c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Adèle pour la suivre dans ses nouvelles aventures extraordinaires.
Ce nouveau volume amène de nouveaux personnages, comme l'actrice Clara Benhardt, jalouse d'Adèle, et quelques autres du précédent volume, comme des savants ayant perdu l'esprit.
A noter que les expériences bizarres continuent : après un ptérodactyle ramené à la vie, c'est au tour d'un Tarbosaurus, autant dire que cela promet pour le prochain volume.
Le lecteur en apprend également un peu plus sur la personnalité d'Adèle Blanc-Sec : outre son amour des bains pour réfléchir, la demoiselle fume et ne refuse pas un verre, elle a aussi des principes, comme celui d'être contre la peine de mort : "J'ai toujours été contre la peine de mort !", elle est également dotée d'un humour à toute épreuve et si elle a le chic de se fourrer dans des situations étranges elle bénéficie toujours d'une aide miraculeuse pour s'en sortir.
L'univers créé par Jacques Tardi, mélange de réel et d'imaginaire, est un véritable régal pour les yeux, tout comme son souci du détail pour faire revivre le Paris de 1911.
J'aime les touches d'humour qu'il distille dans son histoire, ses personnages inspirés de personnages ayant réellement existé ou bien les noms de famille sous forme de jeux de mots.

Si Notre-Dame de Paris avait Quasimodo créé par Victor Hugo, Jacques Tardi a quant à lui créé un démon pour la Tour Eiffel et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur qui se laisse une fois de plus entraîner par les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, une héroïne moderne et attachante à découvrir sans tarder.