jeudi 21 décembre 2017

Gen d'Hiroshima - Tome 1 de Keiji Nakazawa


Dans le Japon en guerre, le jeune Gen Nakaoka et sa famille survivent, tant bien que mal, entre la faim et les persécutions dues au pacifisme militant du père, dans une ville curieusement épargnée par les bombardements, jusqu'au matin du 06 août 1945, lorsque l'enfer nucléaire se déchaîne soudain sur Hiroshima. (Vertige Graphic)

Nous sommes au Japon en 1945.
Le jeune Gen Nakaoka vit à Hiroshima avec sa famille, son père étant un pacifiste ils sont rejetés par leurs voisins et méprisés, car au Japon à cette époque il est très mal vu d'être contre la guerre, et donc contre l'empereur : "La guerre avait appris aux japonais que mourir pour l'empereur était un honneur. De ce fait, ils n'avaient plus peur de la mort.".
Victime de brimades, la famille Nakaoka a du mal à trouver de quoi se nourrir, et se divise, l'un des garçons décidant de s'enrôler dans l'armée.
Cette division dans la famille Nakaoka n'est que le reflet du Japon à cette époque : "Il faut que les japonais, tous autant qu'ils sont, se respectent. Sinon, la guerre ne finira pas.".
Et ce que Gen et sa famille ne soupçonnent pas, c'est que bientôt, le 6 août précisément, va s'abattre du ciel la première bombe atomique de l'Histoire : "Pour la ville d'Hiroshima où vivaient Gen et les siens, le compte à rebours du moment fatal avait commencé.".

"Gen d'Hiroshima" est l'oeuvre la plus connue de Keiji Nakazawa et également une autobiographie, l'auteur ayant perdu son père, un frère et sa sœur dans l'explosion de la bombe à Hiroshima.
Il a donc créé son alter ego en la personne de Gen pour raconter l'avant bombe et l'après bombe dans une oeuvre aujourd'hui majeure de la littérature Japonaise, et sans doute l'une des plus précises sur ce que les Japonais ont vécu.
Trop facilement vient à l'esprit l'image des Japonais kamikazes, prêts à tout pour gagner la guerre, mais on a tendance à oublier à oublier la population qui, pour une majorité, soutenait les décisions de l'empereur et du gouvernement mais qui dans le même temps payaient un lourd tribu à la guerre en termes de pertes humaines et de restrictions alimentaires.
Alors les pacifistes comme le père de Gen, n'en parlons pas, et apprenons au passage que les Coréens étaient également mis au ban de la société, ce qui est le cas d'un voisin de la famille Nakaoka.
La majeure partie de ce premier tome est consacré aux quelques jours avant la bombe, période plutôt heureuse pour Gen qui fait les quatre cent coups avec son jeune frère Shinji, et permet de dresser un portrait précis des conditions de vie quotidienne en 1945.
La fin est évidemment consacrée à la bombe : "Ce fut comme le cri fou d'un démon. Le champignon atomique monta jusqu'à 10 000 mètres de hauteur en trois minutes et s'étendit à une vitesse incroyable.", les images de l'explosion sont saisissantes mais celles qui frappent le plus sont celles après, avec des personnes brûlées, dont la chair part en lambeaux et qui se traînent misérablement dans les décombres en agonisant et en mourant dans les minutes qui ont suivi l'explosion : "La chaleur de l'explosion fit fondre la peau de ceux qui étaient dehors. Les gens habillés en noir furent plus gravement brûlés. Les gens se retrouvèrent quasiment nus, le souffle ayant arraché leurs vêtements.".
Je crois bien que c'est la première fois qu'il m'était donné de voir de telles horreurs, car les Américains ont pris soin de préserver les photographies et vidéos ayant été faites à l'époque après les deux bombardements atomiques, mieux valait cacher l'atroce vérité à la face du monde.
Outre ces humains en décomposition, l'image la plus forte de ce récit est un cheval en feu devenu fou qui déambule dans les rues.
Visions d'apocalypse malheureusement réelles, l'horreur a atteint son paroxysme une première fois dans la matinée du 6 août 1945.
Si "Gen d'Hiroshima" est historiquement le premier manga publié en France en 1983 il rencontrera un échec cuisant, tout comme la deuxième tentative de publication en 1990 et il faudra attendre 2003-2007 pour qu'il soit enfin publié dans son intégralité.
Et si le style de Keiji Nakazawa est plutôt simple, c'est sa violence graphique qui a révulsé le public Occidental.
Je crois qu'il était plus que temps que nous autres Occidentaux nous prenions en pleine face ce qui s'est passé au Japon en 1945, toute l'horreur qui en a découlé, la misère, et le rejet des personnes victimes des bombardements atomiques, connues sous le nom d'hibakusha.
La préface de cette oeuvre est signée Art Spiegelman, très marqué par cette histoire publiée avant que lui-même ne sorte son oeuvre majeure : Maus.

"Gen d'Hiroshima" est l'une des œuvres les plus belles et les plus dures de la littérature Japonaise qu'il m'ait été donné de lire, mais une lecture indispensable et ô combien passionnante.





mercredi 20 décembre 2017

Les proies (The Beguilded) de Sofia Coppola

       
     

En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d'un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu'elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l'atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu'à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous. (AlloCiné) 


Ce film est clairement conçu dans une ambiance typique à Sofia Coppola, avec un côté très prononcé Sud des Etats-Unis. Assez fidèle à l’image que l’on peut s’en faire d’ailleurs.
Sofia Coppola revient à ses premières amours cinématographiques : des films avec des femmes sur des femmes.
Elle s’interroge une nouvelle fois sur la féminité, les relations hommes-femmes, le désir et l’éveil à la sexualité.
Pour cela, elle part d’une communauté de femmes qui se met à évoluer et à se révéler les unes aux autres lorsqu’un élément perturbateur est introduit : un homme, un soldat blessé du camp adverse qui plus est. L’harmonie se rompt entre les femmes et les pulsions des unes et des autres se réveillent, un peu comme dans "Virgin Suicides".
L’homme lui-même n’est pas très clair, Sofia Coppola joue avec cette ambiguïté tout au long de son film : est-ce lui qui est mauvais et les femmes innocentes ou bien est-il sain d’esprit et ce sont elles qui sont folles ?
La folie est omni-présente dans cette histoire, mais difficile à cerner et à attribuer à quelqu’un en particulier.
Me voilà bien incapable de répondre à cette question, le seul constat est que mon regard de spectatrice a changé sur ces femmes entre le début et la fin du film.
Et je ne mangerai plus de champignons comme auparavant.


Le prix de la mise en scène n’est absolument pas une surprise, c’est même l’aspect le plus intéressant de ce film et qui à mon avis fera date.
Aucune scène n’est totalement ouverte, il y a toujours un obstacle dans le champ de la caméra, comme un arbre lors des scènes en extérieur, ou alors les scènes se passent dans l’univers clos de la maison.
L’image étouffe en permanence le spectateur, un peu comme ce soldat recueilli dans cette maison, et surtout une belle métaphore de ces femmes étouffées par le refoulement de leurs pulsions sexuelles.
Autre belle métaphore relevée, celle d’une toile d’araignée présente sur un arbre, symbolisant le soldat pris dans les mailles du filet de ces femmes et qui n’arrivera plus à s’en extirper.
Dès que les personnages quittent le vase-clos de la maison, il y a de la brume, jamais un ciel complètement dégagé, et si l’on ne voit pas la guerre on l’entend, on la devine proche par le bruit des canons mais ces femmes vivent comme des recluses, hors du temps.
L’image est particulièrement léchée et contribue à l’ambiance générale, c’est du Sofia Coppola craché mais c’est un style que non seulement elle maîtrise mais qui lui va bien.


Le casting de ce film est aussi très bon.
Sofia Coppola retrouve une nouvelle fois Kirsten Dunst, en lui confiant le rôle d’Edwina, l’ingénue bien sage qui fait figure de grande sœur pour toutes ces femmes.
Elle invite Nicole Kidman dans le rôle de Miss Martha, la maîtresse d’orchestre de cette chorale féminine, qui retrouve des rôles à sa hauteur après s’être perdue quelques fois.
Elle confie la troublante
Elle Flanning en lui offrant le personnage d’Alicia la tentatrice, encore une jeune actrice issue du milieu Coppola qui dégage de façon certaine une présence à l’écran.
Et puis je citerai aussi la jeune Oona Laurence dans le rôle d’Amy.
Côté homme, c’est Colin Farrell qui campe le Caporal McBurney, un acteur que j’ai vu peu souvent car il est souvent cantonné dans des films qui ne m’intéressent pas.
 Force est de constater ici que quand il a un rôle consistant il dégage quelque chose à l’écran et ne se contente pas de faire la potiche.
Sofia Coppola prête d’ordinaire une attention particulière à la musique, hormis quelques airs en sortant du film j’ai depuis un peu oublié l’ambiance musicale.
Je ne me prononcerai pas sur le film d’origine, je ne l’ai pas vu, je sais juste qu’il offre une vision de l’histoire opposée à celle-ci.


"Les proies" est un film d’ambiance qui ne plaira sans doute pas à tout le monde mais que les aficionados de Sofia Coppola savoureront tant il condense les caractéristiques de mise en scène de cette réalisatrice depuis ses débuts.


       
     

       
     

       
     

       
     

mardi 19 décembre 2017

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao de Junot Diaz


Le fukú, malédiction ancestrale, n’épargne personne. Pas même Oscar, jeune dominicain américain, obèse et solitaire, qui préfère la science-fiction à l’âpreté du véritable monde. Entre l’île de Saint-Domingue et le New Jersey, dans l’ombre brisée de ses aïeux, la vie d’Oscar s’écrit, fulgurante et désastreuse. (10/18)

Oscar est né frappé par le fukú, une malédiction Dominicaine ancestrale, tout comme le restant de sa famille.
A partir de là, inutile de préciser que sa vie sera donc courte et tortueuse, fukú oblige.
Oscar n'est pas gâté par la nature : "Il était chiant, il était gros, il avait tellement peur.", il se réfugie dans un monde de science-fiction et reste solitaire, n'arrive pas à conclure avec une fille.
Oscar va partager sa vie entre le New Jersey et la République Dominicaine : "Mais si toutes ces années m'ont appris quelque chose, c'est bien ceci : tu ne peux jamais t'enfuir. Jamais. La seule façon de s'en sortir, c'est de rester.", partir sur les traces du passé de sa famille et voir leur destin le rattraper.

Malgré la belle couverture avec des crayons de couleur, cette histoire n'est pas joyeuse.
Non seulement Oscar est frappé par le fukú, mais la République Dominicaine vit ses années noires avec la dictature de Trujillo.
Période historique peu connue outre Atlantique, il faut bien le reconnaître.
La première chose qui frappe dans cette lecture, ce sont les notes de bas de page.
Nombreuses.
Et très fournies.
Mais très intéressantes, car historiques et permettant de replacer cette histoire en partie merveilleuse dans la cruelle réalité.
Passé les surprises de ces notes, et j'ai eu un petit temps d'adaptation avant de trouver l'astuce pour ne plus couper ma lecture, la seconde chose qui frappe, c'est le style de Junot Diaz.
A la fois drôle et sérieux, ironique et véridique, mêlant classicisme, argot, verlan et Espagnol.
J'ai particulièrement apprécié ce mélange de style, je trouve que cela donne un charme tout particulier à ce récit.
Au passage, j'ai pu réviser mon Espagnol qui est quelque peu rouillé depuis les années de collège et lycée.
La construction de l'histoire est elle-même hachée, après une tranche de vie d'Oscar le lecteur est emmené dans le passé, la vie de la mère d'Oscar mais aussi celle de la personne l'ayant élevée.
Là encore, ce découpage ne m'a pas gênée car ces différentes histoires finissent par s'imbriquer les unes dans les autres et expliquer le pourquoi du comment de la vie d'Oscar Wao.
J'ai donc franchement apprécié le style, la construction, bref une belle découverte de cet auteur et dont je trouve le Prix Pulitzer amplement mérité.
Comme dans toute histoire se passant en Amérique du Sud il y a une dimension fantastique, pour ne pas dire magique, une touche qui me plaît tout particulièrement dans cette littérature.
D'ailleurs, ce roman n'a pas été sans me rappeler "Ce que je sais de Vera Candida" de Véronique Ovaldé.

"La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao" est un très bon roman au style inhabituel qui transporte dans une Amérique du Sud non fantasmée et fait revivre les années noires de la dictature de Trujillo, le tout en suivant le destin dudit Oscar Wao.
Une belle découverte littéraire.

lundi 18 décembre 2017

The Square de Ruben Östlund

       
     

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle. (AlloCiné) 


"Si tu veux voir un film barré et perché, va voir The Square" *clap clap*
"Si tu veux voir un film barré et perché, va voir The Square" *clap clap*
Parce que barré et perché sont les premiers adjectifs qui me viennent à l’esprit en évoquant ce film vu en avant-première et suivi d’un débat avec le réalisateur et l’acteur principal, Claes Bang.
Ce film, Palme d’Or au festival de Cannes, est ambitieux et aborde beaucoup de thèmes, en opposition les uns avec les autres : richesse et pauvreté, pouvoir et impuissance, le tout sous fond d’une exposition d’art contemporain baptisée The Square.
C’est satirique, ne nous voilons pas la face j’ai souri ironiquement plus d’une fois, notamment lors de cette scène d’ouverture où la journaliste Anne (Elizabeth Moss) interroge Christian (Claes Bang) sur la signification d’une phrase qu’il a écrite sur le blog du musée pour parler de cette exposition et qu’elle n’a pas compris.
Lui non plus, je vous rassure, la grimace d’Anne ressemble à celle que je fais lorsque je m’aventure dans un musée d’art contemporain pour essayer de comprendre (je suis maso par moment).
Mais c’est aussi humain, car Christian joue le bon samaritain, celui qui en voulant porter secours aux autres se retrouve dans la mouise, et va alors avoir une réaction qui ne va guère l’honorer.
Ruben Östlund s’est inspiré de l’expérience du bon Samaritain menée à l’université de Princeton en 1973, tout ce débat autour de cette expérience m’a rappelé mes souvenirs de cours à la faculté sur la théorie des jeux, c’est un concept passionnant mais que je ne développerai pas plus ici, en tout cas c’est plaisant à voir à l’écran et cela pousse à la réflexion.


De la réflexion, ce film a le mérite d’en proposer une palanquée et ne se contente pas de montrer les faiblesses humaines à travers le personnage de Christian, transformé en simili monstre suite au vol de son téléphone, incapable de s’engager dans une relation amoureuse (à sa décharge Anne est aussi perchée dans son genre, je reverrai toujours Elizabeth Moss avec la poubelle à la main après une scène d’amour).
"The Square" met en avant les pires tendances de notre époque, les médias qui font dans le trash pour faire parler de quelque chose, les médias qui jouent avec l’actualité et la biaisent, poussent la pensée des gens dans un sens.
Ce film, c’est un peu le miroir de notre époque et sans doute qu’il fera grincer quelques dents, car cela ne fait jamais plaisir de voir en face nos pire travers.
Et puis il y a cette scène absolument fabuleuse au cours d’un dîner où l’artiste Terry Notary s’avance torse nu et se met littéralement dans la peau d’un singe, poussant des cris, balayant du regard la salle, chahutant avec certains convives.
Je crois que c’est la scène la plus marquante du film, et aussi celle qui a la symbolique la plus forte et condense tous les propos que Ruben Östlund a voulu aborder dans son film.
Il n’est pas étonnant que ce soit cette image qui ait été retenue pour faire l’affiche du film.
J’ai pu apprécier une nouvelle fois la justesse du jeu d’Elizabeth Moss, quelle formidable actrice, et j’ai découvert Claes Bang dont l’interprétation est également très travaillée et s’inscrit parfaitement avec son personnage.


Difficile de dire exactement ce que je ressens vis-à-vis de "The Square", un film particulièrement riche et qui ne laissera pas indifférent, à chacun de sa faire son opinion.


Quelques photographies de la rencontre au Méliès : 






       
     

       
     

dimanche 17 décembre 2017

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve

       
     

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies. (AlloCiné) 

Dire que j’attendais ce film est un doux euphémisme.
Je suis fascinée depuis de nombreuses années par le film "Blade Runner", sans doute l’un des films que j’ai le plus regardé, à chaque fois ce sont de nouvelles choses que j’y découvre, de nouvelles questions qui se soulèvent.
Pour avoir lu le roman de Philip K . Dick, il est également surprenant de voir ce que les scénaristes en ont fait, si le roman est aujourd’hui relégué au second, voire troisième, plan, le film lui est resté dans toutes les mémoires, peut-être parce qu’il offre, contrairement aux livres, des images qui s’imprègnent dans l’esprit, mais aussi parce que certains des personnages y tiennent des discours forts.
J’étais confiante de savoir que la réalisation avait été confiée à Denis Villeneuve, réalisateur découvert l’année dernière à l’occasion du très bon "Premier contact".


Dès les premières images, c’est toute une atmosphère qui se créée, la brume, le bruit, pas de doute, je suis immédiatement entrée dans l’univers de ce "Blade Runner 2049", qui se situe trente ans après son aîné devenu culte.
"Blade Runner 2049" est un film long, contemplatif, cet aspect pourra sans doute en rebuter certains, pour ma part j’ai adoré être plongée dans cet univers, dont je n’ai bien entendu pas saisi toutes les subtilités lors de ce premier visionnage.
Pour bien s’imprégner de ce film et des messages qu’il véhicule, il faut le voir plusieurs fois, impossible de tout saisir en une fois.
D’autant qu’on le voit dans un état d’esprit différent à chaque fois.
Lors de ce premier visionnage, j’ai été occupée une bonne partie du film pour découvrir le fin mot de l’intrigue et ne pas me faire surprendre par la révélation finale.
Ce fut le cas, néanmoins je suis sans doute passée à côté de détails.
J’ai assez vite deviné de quoi il en retournait et quel secret l’agent K allait découvrir, mais c’est bien complexe que cela, il y a tellement d’autres choses derrière, tellement de questions qui se posent.
Et l’une est récurrente : y-a-t-il encore des êtres humains dans ce monde ?


J’aime la science-fiction quand elle est bonne, ici c’est le cas.
Par bonne, j’entends qu’elle ne se contente pas de dresser le portrait d’une Terre future où la technologie est avancée, mais aussi lorsqu’elle fait référence à la religion et pose beaucoup de questions, notamment éthique. Dans ce film, au niveau questions le spectateur est servi.
L’agent K est un Blade Runner évolué même s’il apparaît dans un premier temps comme dénué de sentiment et se contentant d’obéir aux ordres, les replicants sont nombreux mais mis au ban de la société et régulièrement injuriés, pourtant ils sont indispensables à ce qu’est devenu le monde (et les colonies de l’espace dont on nous parle mais que l’on ne voit jamais).
Mais le destin de l’agent K n’est pas forcément heureux, il vit une relation passionnelle avec Joi mais la désillusion qui le guette va être rude.
C’est sans doute l’un des moments le plus cruel du film.


Visuellement, Blade Runner 2049 est une pure merveille, c’est un enchantement des yeux dès les premières minutes et que dire des contrastes entre la ville de Los Angeles, la campagne et cet endroit perdu dans la brume jaune où des statues géantes émergent de-ci de-là.
J’aime beaucoup de personnage de K, le spectateur s’attache très vite à lui et à sa quasi solitude, il ressent de l’empathie vis-à-vis de lui, ce qui n’était pas forcément gagné dès le départ.
L’interprétation de Ryan Gosling m’a une nouvelle fois surprise, dans le bon sens du terme, par sa justesse et son implication dans le rôle, j’avais une autre image en tête de cet acteur et je me rends compte que j’ai sans doute eu tort de ne pas trop m’intéresser à ses films jusqu’à présent.
Grand plaisir de retrouver Rick Deckard, alias Harrison Ford, à l’écran, quelques rides en plus mais toujours cette présence et ce charisme que ce personnage dégage, ainsi que sa force et le sentiment de protection que l’on ressent à ses côtés.
Quelques personnages féminins se greffent à l’histoire, certaines se rapprochent des replicants femmes du premier opus, d’autres s’en éloignent.
Ana de Armas livre une belle interprétation de Joi, ce personnage féminin qui pourrait vous surprendre. Je suis plus partagée sur le personnage de Niander Wallace, interprété par Jared Leto.
Il est à mon sens mal exploité et pas forcément bien amené, je n’ai pas trouvé qu’il amenait grand-chose à l’histoire, une déception à ce niveau.
L’autre déception vient de la musique, clairement inférieure à celle de Vangelis et qui n’arrive ni à se démarquer, ni même à épouser les images du film.
Limite ce film aurait pu se passer de musique tant l’ambiance et les sons sont présents tout du long. 


"Blade Runner 2049" est un très beau film de science-fiction qui se pose dans la droite ligne du premier opus, une réussite à mes yeux qui m’envoûte encore plusieurs semaines après l’avoir vu, reste à savoir si lui aussi deviendra culte.


       
     

       
     

samedi 16 décembre 2017

La tristesse des éléphants de Jodi Picoult


Jenna avait trois ans quand a inexplicablement disparu sa mère Alice, scientifique et grande voyageuse, spécialiste des éléphants et de leurs rituels de deuil. Dix années ont passé, la jeune fille refuse de croire qu’elle ait pu être tout simplement abandonnée. Alors elle rouvre le dossier, déchiffre le journal de bord que tenait sa mère, et recrute deux acolytes pour l’aider dans sa quête : Serenity, voyante extralucide qui se prétend en contact avec l’au-delà ; et Virgil, l’inspecteur passablement alcoolique qui avait suivi – et enterré – l’affaire à l’époque. (Actes Sud)

Ami(e)s des éléphants, bonjour !
 On va parler éléphants avec cette histoire, et que de ça, ou presque, car c’est bien le seul aspect intéressant de cette lecture.
La mère de Jenna a mystérieusement disparu lorsqu’elle était jeune, elle décide de se lancer à sa recherche plusieurs années après et fait pour cela appel à Serenity, une voyante, et Virgil, l’inspecteur qui avait à l’époque suivi – et enterré – l’affaire de cette disparition. "Jenna a perdu sa mère. J’ai perdu ma crédibilité. Virgil a perdu confiance en lui-même. Nous avons tous des pièces manquantes. Mais j’ai cru, un instant, qu’ensemble, nous pourrions former un tout.", autant dire que ces trois-là sont plus que bancals, le récit alternant entre ces trois personnages.

"On ne peut pas être né et ne pas croire à la puissance des signes.", je ne m’étais jamais vraiment posée la question, en fait je ne me la pose toujours pas, sauf celle de savoir pourquoi je me suis embarquée dans cette lecture.
La couverture était belle.
Est-ce suffisant ?
Ce roman est édité chez Actes Sud, c’est en principe gage de qualité, ce roman semble être l’exception à la règle, je me demande même comment il a pu être publié par cette maison d’édition.
J’ai très vite trouvé le fin mot de l’histoire et le twist final, disons que si vous avez vu un certain film vous ferez vous aussi vite le rapprochement.
(Je me retiens de ne rien spolier, et croyez-moi c’est dur, parce que j’ai envie de vous épargner cette lecture.)
Donc niveau suspens, néant.
Niveau style, c’est un peu le néant là aussi, je n’ai pas été transcendée par le style de Jodi Picoult, comme je suis gentille je dirai que ça ne casse pas trois pattes à un canard (aucun animal, je dis bien aucun, n’a souffert au cours de cette chronique).
Il est question d’éléphants, et pour cette partie l’auteur s’est documentée, j’ai appris deux-trois trucs, et c’est bien la seule partie de ce roman qui a éveillé mon intérêt.
A lire en écoutant la chanson "Le cimetière des éléphants", évidemment.

"La morale de cette histoire, c’est que, quels que soient nos efforts, et aussi violemment qu’on le désire … certaines histoires ne finissent jamais bien.", oh mais certaines histoires ne sont même jamais bien quels que soient les efforts de l’auteur, ça s’applique très bien à "La tristesse des éléphants".

vendredi 15 décembre 2017

Frappe-toi le coeur d'Amélie Nothomb


« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » 
 Alfred de Musset
(Albin Michel)

Amélie Nothomb, j'en ai lu à une époque et puis j'ai arrêté.
Parce que j'avais eu quelques déceptions, et puis parce qu'au bout d'un moment je m'étais lassée de cette auteur prolifique et j'avais envie de découvrir d'autres auteurs, d'autres univers.
Celui-là, c'est le titre qui m'a intriguée, tiré d'un vers d'Alfred de Musset, et l'absence de résumé.
Tout commence avec une belle jeune fille blonde de province, Marie, qui aime susciter l'envie chez les autres.
Mais à trop marivauder, elle tombe enceinte et épouse le futur pharmacien, une belle situation en somme.
Une petite fille naît, Diane, et là, tandis que tout le monde s'extasie sur cette beauté, Marie ne l'aime pas et ne comprend pas l’engouement qu'elle suscite.
Pire que cela, elle la jalouse, elle l'envie pour tout dire : "Je pensais que son problème s'était arrangé : elle est devenue la plus belle femme de la ville, elle a fait un mariage magnifique. Et bien non : je l'ai vue, de mes yeux, jalouse de sa fille.".
Diane va grandir sans tendresse maternelle, elle va se forger toute seule son destin mais ce dernier va la rattraper à l'université mais chut, je m'arrête là pour ne pas dévoiler toute l'intrigue.

C'est donc autour de l'envie, et de la jalousie, que tourne ce nouveau roman d'Amélie Nothomb.
J'ai franchement bien fait de faire une pause de plusieurs années, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé cette auteur et son style, dans une histoire acide comme elle sait en faire, et sans abuser de son style comme elle avait tendance à le faire dans les derniers romans que j'avais pu lire.
Ce "Frappe-toi le cœur" est net et précis, il tranche dans le vif et, fort heureusement, ne nous pousse pas à nous frapper le cœur, mais nous fait ressentir de l'empathie pour le personnage de Diane, sans doute l'un des personnages les plus touchants d'Amélie Nothomb à ce jour.
Le manque d'amour maternel est cruel, mais quand il se double de l'envie c'est pire que tout.
Des personnes toxiques, nous en rencontrons tous à un moment donné de notre existence, le plus dur c'est de les reconnaître et de s'en éloigner sous peine d'y laisser des plumes.
Diane l'apprendra à ses dépens, et c'est grâce à son grand cœur, et à son métier de cardiologue, qu'elle réussira à s'en sortir et à vivre.
Outre le style, ce roman se lit très facilement, les pages défilent les unes après les autres et c'est un régal de suivre cette histoire.
J'ai été plus déçue par la fin, beaucoup trop abrupte à mon goût et qui se termine de façon trop tranchée.
J'ai eu l’impression de ne pas couper le cordon avec Diane, j'aurai sans doute aimé une fin un peu moins brut de décoffrage, mais c'est bien la seule chose que je trouve à redire de ce nouveau roman d'Amélie Nothomb

"Frappe-toi le cœur" est dans le pur style d'Amélie Nothomb, une histoire délicieusement acide au style tranchant comme un couteau, un bon cru de cette auteur extrêmement prolifique.

jeudi 14 décembre 2017

Nos années folles d'André Téchiné

     
     

La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul. (AlloCiné) 


L'histoire étonnante de Paul Grappe, je l'ai découverte à travers la bande dessinée de Chloé Cruchaudet "Mauvais genre".
Elle surprend, cette histoire d'un homme qui par refus de retourner au front et pour pouvoir vivre à l'air libre va se travestir en femme, aidé par son épouse.
Et se perdre au passage, perdre son identité, ne plus savoir qui est Paul ou Suzanne, se perdre avec Suzanne dans les plaisirs de la nuit et une sexualité débridée où les interdits n'ont plus lieu d'être.
Alors, comment André Téchiné s'est-il emparé de cette histoire pour la montrer à l'écran ?


C'est en repensant au film que l'on se met à saisir les symboliques dont le réalisateur a parsemé les dialogues.
Ainsi, dans un scène où Paul, encore soldat, vient de rejoindre Louise dans une chambre miteuse, celle-ci le lave et il lui demande de frotter pour retirer l'odeur de boue, et si elle l'aimera encore quand il n'aura plus de peau.
Comprendre : m'aimeras-tu si je change de peau ?
Et plus tard : continueras-tu à m'aimer en femme ?
On voit souvent Paul boire un verre avant/pendant la guerre, ce qui laisse présager de son alcoolisme par la suite et des verres qu'il enfilera à la chaîne.
Il faut dire qu'André Téchiné a l'habitude de ne pas tout expliquer et de laisser le spectateur deviner.
Si sa Louise reste quasiment la même du début à la fin, il n'en est pas de même de Paul.
Il y a Paul l'homme, celui de 14-18, celui qui se travestit, celui qui se prostitue, celui qui joue son propre rôle sur une scène.
A la fin, Paul est un puzzle dont les pièces sont éparpillées aux quatre vents, pas étonnant que Paul ne sache plus qui il est ni ce qu'il veut être.
La folie de Paul se ressent à l'écran, tout comme la peur qu'il inspire à Louise, pourtant à l'origine de la création de Suzanne, une créature diabolique qu'elle ne maîtrise plus.


La mue de Paul n'est pas toujours très réussie, il faut bien le reconnaître, surtout si l'on compare à Romain Duris dans "Une nouvelle amie" de François Ozon, qui excellait dans ce rôle d'homme se transformant en femme.
Si Céline Sallette est juste dans son jeu, c'est d'ailleurs un vrai bonheur à voir  l'écran tant elle habite ce personnage de Louise et tant il semble avoir été fait pour elle, on ne peut pas toujours en dire autant de Pierre Deladonchamps que je découvrais à l'écran pour la première fois.
Il joue parfois bien, d'autres fois il est en-dessous, ou alors le problème vient de la direction par André Téchiné de ses acteurs.
J'ai eu l’impression qu'il pouvait donner bien plus, ce rôle n'était pas évident et ce n'est pas une mission complètement réussie.
Autant j'ai pu cerner Louise autant Paul reste une énigme, Suzanne serait presque plus compréhensible.
Heureusement que pour rehausser un tantinet l'ensemble il y a la très belle reprise de la chanson Auprès de ma blonde par Olivia Chaney qui vient ponctuer les scènes de ce film, sinon Céline Sallette n'aurait pas suffi à elle seule pour tenir le film.
C'est un bon André Téchiné mais j'ai connu mieux de ce réalisateur, je suis partagée sur ce film, surtout en y repensant après coup.


"Nos années folles", c'est d'abord l'histoire d'une passion entre un homme et une femme, et qui dit passion sous-entend évidemment drame; puis celle d'une mue qui aurait pu mieux réussir à André Téchiné.