mardi 1 mai 2012

Les guichets du Louvre de Roger Boussinot


Paris, 16 juillet 1942. Un jeune étudiant provincial s'apprête à quitter Paris pour rejoindre la maison familiale. Mais la visite d'un camarade de classe va tout changer. On lui propose une mission. La marche à suivre semble simple. Agir, au nom d'un idéal. Mettre à l'abri le maximum de femmes et d'enfants juifs, les convaincre d'arracher leur étoile jaune ; les faire passer sur la rive gauche : simplement franchir les guichets du métro Louvre. En toute humilité, Roger Boussinot raconte sa propre histoire. Il se souvient comme il était difficile d'aborder une inconnue dans la rue, comme il était impossible d'expliquer qu'il ne fallait pas se fier à la police française. Il se souvient qu'il plut, un peu avant quatorze heures, ce jour-là. Et que ses vacances n'auront finalement attendu que quelques heures, le temps qu'ait eu lieu ce qu'on appellera plus tard la "Rafle du Vel d'Hiv". (Gaïa)


"Madame, je suis étudiant, je ne suis pas juif, et je peux vous aider à passer les barrages : ils ne demandent pas leurs papiers aux femmes accompagnées. Voulez-vous ? ..."
C'est l'une des accroches auxquelles Roger Boussinot a réfléchi en ce matin du 16 juillet 1942 afin d'essayer de sauver ne serait-ce qu'une personne de la grande rafle en cours sous Paris désignée par le nom de code "Vent printanier" mais que l'Histoire a retenu sous celui de "Rafle du Vel d'Hiv".

Parce que l'une de ses connaissances est venu chez lui en ce matin du 16 juillet 1942 et lui a demandé de l'aider, Roger Boussinot décide d'ajourner son départ pour la maison familiale.
Sa mission est d'essayer de sauver un maximum de gens possibles, femmes et enfants notamment, arrêtés en cette journée du 16 juillet 1942 par la police française pour le motif qu'ils sont juifs, et pour cela les faire passer sur la rive gauche en leur faisant franchir les guichets du métro Louvre.
En se préparant, Roger Boussinot envisage différentes phrases qu'il pourra dire pour essayer de convaincre les gens de le le suivre, lui, un parfait inconnu : "La démarche est très simple. Avec un enfant, ce serait plus compliqué : un enfant ne suit pas n'importe qui, à moins qu'il n'ait conscience du danger réel. Je commencerais alors par : "Ecoute, petit ...", mais je n'ai aucune chance s'il n'a pas au moins une dizaine d'années."
Pour lui, "Il me semble que cela serait le plus dur : demander d'enlever l'étoile. Prononcer le mot juif, aussi. C'est-à-dire faire remarquer ce qui pour certains est aujourd'hui une tare, une marque, presque une infirmité."
Mais le plus difficile, ce sera tout cela, mais par dessus tout d'aborder les gens dans la rue, de les mettre en confiance, de leur expliquer ce qui est en train de se passer et qu'il ne faut surtout pas rentrer chez soi, surtout pas se fier à la police française.

Roger Boussinot revient avec "Les guichets du Louvre" sur sa propre histoire qui a croisé celle de la grande Histoire en ce jour de juillet 1942.
De façon très pudique, il raconte cette journée, la façon dont il l'a vécue, et quels sont les sentiments qui l'ont habité tout au long de cette journée et en fonction des évènements qui la jalonneront.
Il sera tenté de tout laisser tomber vers le milieu de la journée, puis il se ressaisira.
Quand enfin il réussira à convaincre une jeune fille de rester avec lui, il n'en pourra plus à la fin de journée : "Eh bien oui, je me l'avouais : qu'elle s'en aille maintenant où elle voudra, qu'elle me laisse. J'en ai marre. Marre d'elle. Marre de décider, de marcher, de discuter, d'avoir peur. Marre de la chaleur, de la police, de me trouver encore à Paris, de n'être pas à l'aise dans ma peau. Marre des Juifs ...", mais il le précisera lui-même : "N'oubliez pas combien nous étions jeunes.", comme si quiconque pourrait lui jeter la pierre d'avoir eu de telles pensées.
C'est l'une des forces de ce témoignage, la franchise de Roger Boussinot.
Il n'a pas peur de mettre des mots sur les pensées qui lui ont traversé l'esprit en ce jour et cela rend cette lecture encore plus humaine et ne fait jamais perdre à l'esprit du lecteur que le narrateur est un homme, un simple homme qui ce jour-là a essayé de faire quelque chose, d'agir au nom d'un idéal.

J'ai apprécié la lecture de ce témoignage qui offre une nouvelle vision sur la première journée de cette rafle.
Ce livre a un petit quelque chose de bien particulier, de bien à lui, sans doute parce qu'il a été écrit par une personne ayant vécu l'évènement de l'intérieur, mais pas avec les yeux de personne victime de cette rafle ou de policier, simplement avec les yeux d'un jeune étudiant qui s'est un peu trouvé malgré lui emmené dans le tourbillon de cette grande rafle.
Le style narratif n'a rien de particulier, il s'agit d'un récit et à aucun moment il n'est possible au lecteur de penser le contraire, puisque l'auteur intervient régulièrement, faisant ainsi part de ses sentiments au moment de la rédaction de son propre vécu.
Il a sans doute eu du mal à coucher sur papier son récit et il ne s'en cache pas.
Tout comme il a eu du mal ce jour-là à aborder des inconnu(e)s dans la rue, car il était à l'époque un jeune homme timide, pas forcément très sûr de lui, et il se retrouvait à devoir trouver en quelques instants les mots nécessaires pour convaincre une personne de le suivre et résumer la criticité de la situation.
A noter la note en post scriptum, très intéressante, de Roger Boussinot qui revient sur la genèse de ce récit et qui rappelle les différentes censures auxquelles a été soumise son histoire : tout d'abord la sienne, celle de revenir sur ce tragique évènement; celle de l'Histoire qui pendant près de deux décennies ne voudra entendre parler de rien; et enfin celle des maisons d'édition pour rééditer cet ouvrage.
Je précise d'ailleurs à cet effet que cela faisait longtemps que j'attendais la réédition de ce livre et je commençais à ne plus trop y croire.
J'ai énormément de mal à concevoir qu'une maison d'édition ne veuille rééditer un récit d'une telle qualité et d'une telle importance.

J'attendais depuis longtemps de pouvoir enfin lire "Les guichets du Louvre", le témoignage de Roger Boussinot sur son action en cette journée du 16 juillet 1942.
Son récit offre une vision nouvelle et intéressante de cet évènement tout en restant très pudique, une vraie réussite et un témoignage rare qu'il est utile de connaître, de lire et de faire connaître.

J'aurais adoré être ethnologue ... de Margaux Motin


Ce livre décrit de façon humoristique les aventures parentales, professionnelles et "modesques" de Margaux Motin : cette trentenaire doit mener de front sa vie de femme mariée à un fan de jeux vidéo qui ne comprend décidément rien à la mode, son rôle de jeune maman d'une petite fille adorable mais envahissante, et sa carrière d'illustratrice freelance décontractée mais désespérément solitaire. La chronique tendre et drôle d'une femme moderne. (Marabout)


Margaux Motin le dit elle-même en quatrième de couverture : "J'aurais adoré être ethnologue ... j'aurais étudié la symbolique de la chaussure à talon chez les pygmées, observé la fréquence d'épilation des femmes en Amazonie, établi une typologie du bébé morue dans les sociétés inuit, j'aurais même probablement appris à construire une pirogue avec une bretelle de soutif et une tong, et pris des cuites à l'alcool de manioc. La vie aurait été une course folle, une nuit d'ivresse interminable, un vaste champ de possibles ! Mais je suis une grosse feignasse, je vomis quand je suis soûle et j'ai peur des guêpes. Et puis, de toute façon, tout ce que je sais faire, c'est dessiner ..."
Pourtant, à travers cette bande dessinée, Margaux Motin va explorer et décortiquer la vie quotidienne d'une trentenaire mêlant sa vie amoureuse avec un homme ne comprenant pas grand chose à la mode, sa vie professionnelle de dessinatrice free lance, sa vie de maman d'une petite fille et ses relations avec ses parents.

Alors oui, c'est très "girly" et orientée fille/problématiques de fille, un peu trop parfois à mon goût, mais j'ai tout de même pris beaucoup de plaisir à découvrir les aventures quotidiennes de Margaux Motin.
Les dessins sont agréables, avec une touche de modernité plaisante à voir, et les visages sont toujours expressifs, même lorsque l'auteur choisit un coup de crayon plus rond pour les dessiner.
Il y a juste certaines planches où j'ai eu du mal à reconnaître le personnage féminin, notamment par un changement de couleur des cheveux, et c'est le petit point faible de cette bande dessinée.
Tout le reste se lit avec plaisir, j'ai beaucoup souri au cours de ma lecture, il y a des scènes assez drôles et Margaux Motin a fait le tour des principaux évènements que tout un chacun peut rencontrer dans sa vie quotidienne.
Je décerne une mention spéciale à l'épilogue, plutôt marrant et quelque peu ironique, l'auteur laissant croire qu'elle ne sait pas trop comment finir son livre.
Et si finalement cet épilogue n'était que le prétexte pour une suite de la vocation ratée d'ethnologue de Margaux Motin mais celle réussie d'illustratrice ?

"J'aurais adoré être ethnologue ..." est une bande dessinée "dans l'air du temps", résolument moderne par les thèmes traités et le coup de crayon utilisé par Margaux Motin et agréable à lire, faisant sourire le lecteur à de nombreuses reprises.
A la lecture de cette bande dessinée il est difficile de ne pas se dire : "J'aurais adoré savoir dessiner ...", alors pourquoi ne pas prendre quelques minutes de détente et de sourire pour découvrir Margaux Motin à travers sa première bande dessinée ?

XIII Tome 18 La version irlandaise de Jean Giraud et Jean Van Hamme


Les clefs de l’identité de XIII !
Qui est réellement XIII, l’amnésique le plus célèbre de la bande dessinée ?
Jason Fly, fils d’un journaliste américain assassiné par le Ku Klux Klan ?
Kelly Brian, terroriste irlandais ? Ces deux hommes ont un jour gravi une montagne. Un seul en est redescendu… Lequel? C’est le parcours de ces deux garçons, leur amitié et leur dernier face-à-face tragique que raconte La Version irlandaise. (Dargaud Benelux)



Jusqu'à cette lecture, je ne connaissais pas l'univers de XIII en bande dessinée et c'est donc une entrée en matière un peu particulière que j'ai choisie : celle de commencer par le tome révélant les clefs de l'identité de XIII.
Pour les puristes, il s'agira sans doute d'un mauvais choix, mais étrangement, j'en suis plutôt satisfaite.

Il n'y a pas d'intrigue et d'action dans ce tome comme on pourrait en attendre pour une bande dessinée d'aventure, par contre il y a une histoire de fond : celle du mystérieux XIII, plus particulièrement de la confrontation entre Jason et Seamus dont un seul homme en est ressorti vivant.
La toile de fond de cette histoire est l'Irlande, comme l'indique le titre de cet album, et autant dire que le rappel historique sur ce pays en première page n'est pas superflu, bien au contraire. Il permet de recadrer l'histoire afin de bien comprendre toutes les clés politiques qui régissaient l'Irlande il y a quelques années et ainsi de bien s'imprégner de l'histoire racontée dans ce tome.

La majorité de ce tome est un dialogue entre deux amis, Seamus racontant à Jason la vérité sur ses origines et son passé.
L'histoire est prenante et retrace l'époque de la lutte entre l'Irlande du Sud et l'Irlande du Nord, avec des groupes armés, notamment l'IRA.
J'ai apprécié ce scénario ancré dans la réalité historique et cela apporte, à mon sens, une autre dimension à l'histoire globale de cette série.
Les dessins sont de très bonne qualité, les personnages étant bien tranchés les uns par rapport aux autres.
N'ayant pas lu d'autres bandes dessinées de cette série, je ne suis pas en mesure d'apporter des éléments de comparaison, je fais donc part de mon ressenti à la lecture de ce tome.

"La version irlandaise" est l'avant dernier tome des aventures de XIII et j'ai apprécié cette entrée en matière révélant des clés du passé du mystérieux personnage de XIII.
Après la lecture de ce tome au scénario bien ficelé et aux dessins de bonne qualité, j'ai désormais envie de découvrir cette série en commençant par les premiers tomes afin de découvrir les aventures de XIII.

Livre lu dans le cadre du club de lecture BD d'avril de Babelio - Jean Giraud / Moebius



La minute culturelle du 1er mai


Le 1er mai, la fête des travailleurs

S’il est bien une date sur laquelle tous les pays du monde ou presque s’accordent, c’est celle du 1er mai, célébrée en tant que fête des travailleurs.
De la France aux Etats-Unis, en passant par l’Allemagne, l’Indonésie, la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud, pour n’en citer que quelques uns, le 1er mai est la journée internationale des travailleurs, la fête des travailleurs.
Si dans la plupart des pays ce jour est chômé, ce n’est pas le cas partout.

Déjà à l’époque du Crétacé … en fait non, il ne faut pas remonter aussi loin pour les origines de cette fête, mais il faut aller chercher du côté de la France.
Et oui, comme il est dit parfois : en France nous n’avons pas de pétrole mais des idées.
La fête du travail a été fixée le 1er pluviôse (comment cela ? Vous ne connaissez pas le calendrier révolutionnaire ?) dès 1793, à l’initiative de Fabre d’Eglantine (églantine, muguet, tout ça reste dans les fleurs) et sera célébrée durant quelques années.

Que ce soit aux Etats-Unis ou en France, l’un des points de départ de cette journée est la revendication de la journée de travail de 8 heures (et seul le dimanche était chômé).
Aux Etats-Unis, le 1er mai 1886 la pression syndicale permet à 200 000 travailleurs d’obtenir la journée de travail de 8 heures, et pour les patrons qui ont refusé, environ 340 000 travailleurs entament une grève générale.
En France, le 20 juillet 1889 la IIe internationale socialiste réunie à Paris décide de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation avec pour objectif d’obtenir la journée de travail de 8 heures.
Le 1er mai 1890, la journée est célébrée dans tous le pays.
Mais aux Etats-Unis comme en France, cette revendication ne s’obtient pas sans que du sang soit versé. Aux Etats-Unis les manifestations de Chicago finissent dans le sang en 1886 et le 1er mai 1891 la manifestation tourne au drame dans le Nord de la France à Fourmies : la police tire sur les manifestants et fait 9 morts.


C’est avec ce drame que le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.


Ainsi, à Bruxelles, quelques mois plus tard, l’Internationale Socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai.
En 1920, c’est la Russie bolchévique qui proclame que le 1er mai sera désormais chômé et fête légale des travailleurs.

En Allemagne, il est de tradition de porter un œillet rouge à la boutonnière pour cette fête.
En France, il faudra attendre avril 1919 pour que le Sénat ratifie la journée de travail de 8 heures et fasse du 1er mai une journée chômée.
En 1941, sous le gouvernement du maréchal Pétain, l’églantine rouge associée à la gauche sera remplacée par du muguet.


Il faudra attendre avril 1948 pour que soit officialisé la dénomination "fête du travail" pour le 1er mai.
Aujourd’hui, cette journée donne lieu à des manifestations syndicales, voire intersyndicales ou unitaires dans les grandes villes de France, la plus importante ayant lieu à Paris.


Ils sont nés un 1er mai

Quelques noms connus nés un 1er mai :

1852 : Martha Jane Cannary dite Calamity Jane, figure légendaire du Far West
1917 : Danielle Darrieux, comédienne
1923 : Shimon Peres, home d’état israélien
1954 : Frédéric Chichin, musicien français et guitariste de Les Rita Mitsouko
1956 : Catherine Frot, actrice française
1957 : Julie Piétri, chanteuse française
1971 : Amira Casar, actrice française
1983 : Alain Bernard, nageur français, médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Pékin 2008

Ils sont morts un 1er mai

Quelques noms connus morts un 1er mai :

1731 : Johann Ludwig Bach, compositeur allemand, cousin au second degré de Johann Sebastian Bach
1900 : Mihály Munkácsy, peintre hongrois
1904 : Antonín Dvořák, compositeur tchèque
1945 : Joseph Goebbels, ministre allemand d'Adolf Hitler
1993 : Pierre Bérégovoy, homme politique, ancien premier ministre français
1994 : Ayrton Senna, coureur automobile brésilien, décédé au cours du grand prix de Formule 1 de Saint-Marin

C’est arrivé un 1er mai

Quelques faits marquants un 1er mai :

1045 : Le pape Benoît IX abdique pour se marier
1707 : La Grande-Bretagne est constituée par l’union de l’Angleterre et de l’Ecosse
1789 : Convocation des Etats Généraux en France
1862 : Prise de la Nouvelle Orléans par les nordistes lors de la Guerre de Sécession
1869 : Ouverture des Folies Bergères à Paris
1878 : Inauguration de l’Exposition Universelle à Paris
1891 : En France, fusillade de Fourmies
1916 : Le terme jazz est reconnu aux Etats-Unis comme décrivant un style musical
1930 : La planète Pluton reçoit son nom officiel
1931 : Inauguration de l’Empire State Building à New-York
1953 : Entrée en vigueur de la CECA – Communauté Economique du Charbon et de l’Acier
1961 : Fidel Castro décide qu’il n’y aura plus d’élections libres à Cuba
1974 : L’Assemblée générale des Nations Unies approuve une proposition du tiers monde tendant à la création d’un fonds spécial d’aide aux pays pauvres
1982 : Guerre des Malouines gagnée par le Royaume-Uni sur l’Argentine
1986 : Le nuage radioactif de Tchernobyl censé s’être arrêté à la frontière française traverse en réalité la France
1998 : Le Conseil Européen décide de la liste des 11 pays de l’Union économique et monétaire ou zone euro
2004 : L’Union Européenne accueille 10 nouveaux membres
2011 : Béatification de Jean-Paul II

Les dictons du 1er mai

Le 1er mai est un jour propice aux dictons météorologiques et ils ont tous un point en commun : il est question de pluie.

Pour n’en citer que quelques uns :
"De la pluie le premier jour de mai, ôte aux fourrages de la qualité."
"Pluie du premier mai, présage année fertile." ou son contraire "Pluie du premier mai, sécheresse le reste de l’année."
"Quand il pleut le premier jour de mai, les vaches perdent la moitié de leur lait." ou son contraire "Quand il tonne le premier jour de mai, les vaches auront du bon lait."
"S’il pleut le premier mai, le cheval gagne son procès et la truie le perd."

Et il est même question de pluie et de coings :
"Quand le premier mai, la pluie oint, il n’y aura point de coing."
"S’il pleut le premier jour de mai, les coings ne seront qu’aux haies."
"Quand le premier mai la pluie vient, il n’y aura pas le moindre coing."
"S’il pleut le premier mai, peu de coings, s’il pleut le deux, ils sont véreux, s’il pleut le trois, il n’y en a pas."

Avec tout ça, il n’y pas de quoi faire un fromage au lait de vache, ni de confiture de coings, et si tout simplement le vrai dicton à écouter était : "Premier mai sous la pluie, sors avec ton parapluie" ?


Et du côté des fleurs

Le 1er mai, c’est aussi la tradition d’offrir du muguet "porte-bonheur".
D’ailleurs, selon le langage des fleurs, le muguet signifie "retour du bonheur" et "Au premier mai, fleurit le bon muguet."
Cette tradition est présente, notamment, en France, en Suisse, en Belgique ou encore en Andorre.
Pour les plus superstitieux, seuls les brins ayant spontanément et naturellement 13 fleurs portent bonheur.


Alors, passerez-vous cette journée à manifester dans les rues, à guetter la pluie et prier pour les récoltes ou à chercher LE brin de muguet porte-bonheur ?

Quel que soit votre choix, je vous souhaite un très bon et très agréable 1er mai !

lundi 30 avril 2012

Surcouf Tome 1 Naissance d'une légende d'Erick Surcouf, Guy Michel, Arnaud Delalande


Fin du 18e siècle.
La Révolution est en marche. Mais l’Angleterre est maîtresse des mers. Le roi de France a recours à des armateurs privés qui offrent à des aventuriers la possibilité de s’enrichir sur le dos de l’ennemi. Ainsi est créée la course en mer. Un acte officiel, la « lettre de marque », en fixe le cadre légal. Les corsaires ne sont pas des pirates : ils ne peuvent attaquer que des bateaux en guerre avec leur pays, ou transportant des marchandises ennemies. Or, tandis que la guerre navale se déchaîne, un jeune homme s'apprête à quitter Saint-Malo.
Il deviendra un héros de légende… La terreur des océans et de l’Angleterre... Un symbole de courage, d’audace et d’aventure, dont le nom claque comme une voile au vent... Surcouf ! Le Tigre des Mers ! Le futur « roi des corsaires » ! Et voici qu’un mystérieux journaliste du Times, alors naissant, se lance sur ses traces (12 Bis Editions)



J'étais curieuse de voir ce que la vie de Robert Surcouf, émérite corsaire et personnalité incontournable de Saint-Malo, pouvait donner en bande dessinée, et bien je reconnais que ce premier tome est une belle réussite.

Plutôt que d'utiliser une trame narrative traditionnelle, les auteurs de cette bande dessinée ont choisi une narration de la vie de Robert Surcouf par le biais d'un personnage dont l'identité ne sera révélée qu'à la toute fin de ce premier tome : "Mon nom est Jonas Wiggs.[...] Je n'étais pas seulement journaliste pour le "Times" ... mais aussi, espion, pour la couronne d'Angleterre."
Pour remettre l'histoire dans son contexte, Robert Surcouf a pris la mer très jeune afin de devenir riche et de pouvoir épouser la femme qu'il aime et a vite appris.
Il est devenu capitaine corsaire à 22 ans, ce qui est extrêmement jeune à l'époque, et très vite il s'est forgé une solide réputation et est devenu la terreur de l'Angleterre sur mer.
Ce premier tome se focalise sur la jeunesse, l'apprentissage et les débuts de capitaine corsaire de Robert Surcouf.
C'est à la fois suffisant pour un premier tome mais constitue également une mise en bouche et frustre quelques peu, notamment vers la fin où l'action prend une place importante.
L'histoire est en tout cas fidèle à la réalité et donne envie de connaître la suite.

Du point de vue des dessins et des couleurs, cette bande dessinée est particulièrement bien travaillée, certaines images mettant bien en avant le côté bestial des combats en mer, la fièvre qui s'empare des hommes à ce moment-là.
Il y a un côté carnassier, notamment au niveau du personnage de Surcouf, qui retranscrit assez bien au lecteur ce que devait être la vie en mer à cette époque.
Esthétiquement, cette bande dessinée est très agréable à lire, les personnages ne sont peut-être pas toujours bien tranchés, les femmes notamment se ressemblent beaucoup, mais les combats navals et les bateaux sont d'un réalisme saisissant et j'ai senti le travail minutieux qu'il y a eu au moment de l'élaboration des dessins.
Quant au choix des couleurs, c'est un sans faute sur toute la ligne, elles s'entremêlent les unes aux autres pour livrer de superbes images.

"La naissance d'une légende", premier tome de l'autobiographie de Robert Surcouf en bande dessinée, est une très bonne entrée en matière qui ravira les amateurs d'histoires de corsaires ou plus généralement d'aventures et qui donne envie de découvrir la suite.
Alors, à quand le deuxième tome ?

Je remercie Babelio et les éditions 12 Bis pour l'envoi de cette bande dessinée dans le cadre de l'opération Masse critique - Bande dessinée

jeudi 26 avril 2012

Cristallisation secrète de Yoko Ogawa


L'île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d'effacement diaboliquement orchestré.
Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s'épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d'un oiseau s'est évanoui tout comme celui de l'émotion que provoquaient en elle la beauté d'une fleur, la délicatesse d'un parfum, la mort d'un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner.
En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l'objet de rafles terrifiantes... Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l'insidieux phénomène d'effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire. (Actes Sud)



A travers ce roman flirtant en permanence avec le fantastique, la science-fiction et la poésie, Yoko Ogawa livre une formidable métaphore sur les régimes totalitaires.

L'histoire, racontée par une narratrice dont le lecteur ne connaîtra jamais le nom, se situe sur une île frappée par un étrange phénomène : depuis toujours des choses y disparaissent, physiquement mais également dans l'esprit de ses habitants. Ainsi, un matin ce sont les oiseaux qui disparaissent, puis un autre jour les roses, un autre les livres et ainsi de suite jusqu'au jour où ce sont des parties du corps qui disparaissent à leur tour. En même temps que ces choses disparaissent, elles le sont également de la mémoire collective et plus personne ne se souvient du chant des oiseaux, de l'odeur des fleurs, de l'utilité d'un livre ni même sa façon de l'écrire, comble absolu pour la narratrice dont le métier était écrivain.
Pour les récalcitrants qui ne veulent pas supprimer les choses disparues, il y a une police secrète en charge de surveiller la bonne mise en oeuvre des disparitions.
Et pour ceux incapables d'oublier, qui conservent leur mémoire et leurs souvenirs, ils disparaissent à leur tour, traqués par la police secrète et sont emmenés pour une destination inconnue.

La narratrice a vu sa mère, sculptrice, disparaître, emmenée par les chasseurs de mémoire qui ne rapporteront que sa dépouille.
Puis son père va mourir et elle se retrouvera seule avec le grand-père, l'un de ses voisins, et son éditeur qu'elle cachera chez elle aidée par le grand-père.
Très vite, l'histoire se centralise autour de ces trois personnages, reléguant les autres à des passagers traversant le récit à un moment donné.
Une relation particulière va se nouer entre la narratrice et son éditeur, elle ira même jusqu'à lui déclarer : "Mais c'est très difficile d'écrire des histoires dans cette île. On dirait qu'à chaque disparition qui se produit, les mots s'éloignent de plus en plus. Peut-être que si je réussis à continuer à écrire, c'est parce que votre coeur dont rien ne s'efface est toujours à mes côtés."
Sans dire quoi que ce soit sur l'héroïne, l'auteur a su créer une empathie avec le lecteur, et c'est un véritable tour de force.
Ces trois personnages sont très différents les uns des autres et pourtant deviendront vite indissociables les uns des autres, créant une symbiose entre eux.
Et lorsque le grand-père ne sera plus là, la narratrice ne pourra que se confier à son éditeur, notamment lorsque les membres commencent à disparaître et que malgré ses efforts elle n'arrive pas à se souvenir des choses effacées : "Mon coeur endormi ? S'il était seulement endormi, ce serait bien, mais il s'est effacé et il a disparu."

Ce récit se lit facilement grâce à la finesse de l'écriture de l'auteur, et c'est tout en subtilité qu'elle amène le lecteur vers l'angoisse, la peur, une métaphore des régimes totalitaires où des personnes disparaissent du jour au lendemain vers une destination inconnue.
Yoko Ogawa réveille les peurs et les souvenirs d'un passé pas si lointain que cela où le pire finit par être accepté puisque parmi ceux qui subissent des pertes personne ou presque ne se révolte et tous ou presque les acceptent; et où des rafles sont organisées par la police secrète pour traquer et fair disparaître ceux qui se souviennent.

Il s'agissait d'une première lecture de cette auteur, j'en suis bouleversée et conquise, "Cristallisation secrète" étant un roman superbe qu'il ne faut ignorer sous aucun prétexte.
L'exercice aurait pu être délicat mais Yoko Ogawa le réussit avec aisance, livrant ainsi un roman captivant et envoûtant, au titre mystérieux, qui secoue le lecteur au plus profond de son être et de son âme.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre O

Lady Susan de Jane Austen


Une veuve spirituelle et jolie, mais sans un sou, trouve refuge chez son beau-frère, un riche banquier. Est-elle dénuée de scrupules, prête à tout pour faire un beau mariage, ou juste une coquette qui veut s'amuser ? Le jeune Reginald risque de payer cher la réponse à cette question... (Gallimard)



"Lady Susan" est un court roman épistolaire de Jane Austen et est l'un des premiers écrits de cette romancière anglaise.

A travers une correspondance effrénée et sans concession, Jane Austen centre son histoire sur le personnage de Lady Susan, une veuve particulièrement égoïste, ne reculant ni ne refusant aucun flirt et s'occupant très mal de sa fille Frederica, allant même jusqu'à parler d'elle en ces termes : "L'ingénuité n'aboutira jamais à rien en amour, et une fille est d'une niaiserie sans remède qui est ingénue par nature ou par affection.".
Car Frederica est l'exacte opposée de sa mère, et la seule amie de Lady Susan est Mrs Alicia Johnson avec qui elle partage tous ses secrets.

Ce roman, composé de 41 lettres, livre surtout la correspondance entre Lady Susan et Mrs Johnson ainsi qu'entre Mrs Vernon (épouse du beau-frère de Lady Susan) et sa mère Lady de Courcy et autant le dire, ces deux clans se détestent prodigieusement car : "Lorsqu'on a envie de détester quelqu'un, on n'est jamais à court de raisons pour cela."

Jane Austen livre à travers ce court mais prenant roman épistolaire une magnifique étude de caractères de ses personnages à dominante féminine, particulièrement avec l'odieuse Lady Susan, ainsi qu'une formidable reconstitution des moeurs et coutumes du 18ème siècle.
Les personnages sont très travaillés et affinés sur un plan psychologique.
Mais le tour de force de ce livre, c'est de réussir à créer et faire vivre une histoire ainsi que des personnages et surtout de créer une atmosphère et de donner un aperçu visuel et précis des lieux de l'action alors qu'il n'y a aucune description et uniquement des échanges de lettres.

Jane Austen signe là un roman féroce centré autour de la redoutable Lady Susan qui se lit avec grand plaisir pour la plume de l'auteur et la galerie savoureuse de personnages qui y sont dépeints.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre A

Le voisin de Tatiana de Rosnay


Un mari souvent absent. Un métier qui ne l'épanouit guère. Un quotidien banal. Colombe Barou est une femme sans histoires. Comment imaginer ce qui l'attend dans le charmant appartement où elle vient d'emménager ? À l'étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l'épaisseur d'un plancher la sépare désormais de son pire ennemi... Quel prix est-elle prête à payer pour retrouver sommeil et sérénité ? Grâce à un scénario implacable, Tatiana de Rosnay installe une tension psychologique extrême. Situant le danger à notre porte, elle réveille nos terreurs intimes. (Le Livre de Poche)

Colombe Barou est l'archétype de l'épouse aimante, de la femme au foyer, de celle qui se fait perpétuellement discrète et que personne ne regarde jamais, celle qui s'est oubliée pour ne vivre que pour son mari et ses enfants : "Balthazar. Oscar. Stéphane. Elle sait tout de leurs goûts, leurs habitudes, leurs manies, leurs peurs, leurs passions. Du coup, elle en oublie les siennes."
Mais voilà que suite à un déménagement, le voisin du cinquième, le docteur Faucleroy, va lui faire vivre chaque nuit où elle sera sans son mari "Un viol auditif", passant successivement de Mick Jagger à des bruits plus ou moins insolites, privant définitivement Colombe du sommeil, la transformant en zombie et la faisant doucement mais sûrement basculer dans la folie.

Ce roman de Tatiana de Rosnay oscille perpétuellement entre le thriller, le conflit domestique et la quête de soi. Ni récit romantique, ni récit d'horreur, l'histoire se situe quelque part entre les deux et je n'ai pas toujours réussi à bien me positionner au cours de cette lecture.
Je reconnais pourtant que l'histoire est bien menée, il y a un basculement dans la folie de l'héroïne bien amené et travaillé et puis le revirement final est subtil et quelque peu surprenant, voire déstabilisant pour le lecteur.
Tatiana de Rosnay a su créer une tension psychologique et renvoie chaque lecteur a ses peurs intimes, ses peurs d'enfant du noir, des monstres sous le lit ou sous l'armoire.

Les personnages sont également bien travaillés, à commencer par Colombe. L'auteur a réussi à se mettre dans la peau d'une femme malheureuse dans sa vie personnelle, qui n'aime plus son mari mais ne s'en rendra compte qu'au cours de ses nuits blanches; mais également professionnelle, à force d'être toujours le "nègre" de quelqu'un et de rester dans l'ombre alors qu'elle aspire à écrire son propre livre.
J'ai particulièrement aimé le fossé qui se creuse entre Colombe et son mari tout au long du récit, le paroxysme étant atteint lors d'un dialogue sur la tromperie où ces deux personnages sont en totale opposition, pour Colombe c'est non et "ses yeux sont francs et doux" tandis que "Stéphane éteint la lumière. C'est plus facile de mentir dans le noir."
D'ailleurs, le personnage de Stéphane devient de plus en plus infect et se révèle sous un jour de macho : "C'est pire, ce que tu me fais endurer. C'est bien pire, une épouse infidèle."
Néanmoins, j'ai été quelque peu déçue par le personnage du Docteur Faucleroy.
Pendant les trois quart du récit il semble être machiavélique, manipulateur, et j'ai été déçue lors de la confrontation réelle, elle est déjà courte et aurait pu être bien plus angoissante, elle apparaît fade par rapport à la tension psychologique présente auparavant.

J'ai aussi trouvé qu'il y avait quelques passages fragiles du point de vue narratif.
Au début de l'histoire, je trouve dommage la conclusion suivante lors de l'emménagement : "Elle ne le sait pas, elle ne se doute de rien, mais elle savoure une de ses dernières nuits de sommeil.", il y a déjà une tension psychologique, cette phrase n'était pas utile.
Je trouve également que le début n'est pas judicieux, ce prologue retarde l'entrée dans l'histoire et, alors que la tension psychologique n'a pas été encore créée ni montée crescendo, cela vient un peu comme un cheveu sur la soupe.
De plus, les chapitres sont inégaux et je trouve l'utilisation de l'astérix - * - pour séparer les paragraphes abusive, par moment on saute trop d'une histoire à l'autre.

"Le voisin", malgré quelques maladresses dans le style narratif et un prologue superflu, est un roman psychologique plutôt bien maîtrisé dans l'ensemble par Tatiana de Rosnay et il se lit avec curiosité et un certain plaisir.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge ABC critiques 2011/2012 - Lettre R