lundi 27 novembre 2017

Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident) de Tarik Saleh

       
     

Le Caire, janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une jeune chanteuse est assassinée dans une chambre d’un des grands hôtels de la ville. Noureddine, inspecteur revêche chargé de l’enquête, réalise au fil de ses investigations que les coupables pourraient bien être liés à la garde rapprochée du président Moubarak. (AlloCiné)


Inutile de chercher midi à quatorze heures, le titre Français du film est clairement un hommage à "L.A Confidential", et l’hommage ne s’arrête pas là, car ce film a tout d’un grand polar. D’ailleurs, les festivals ne s’y sont pas trompés car ce film a été récompensé au Festival Sundance et à celui du film policier à Beaune.
Et dire que ce film n’a pas pu être tourné au Caire … trois jours avant le début du tournage les services de sécurité Egyptiens ont fermé le plateau, résultat il a été filmé au Maroc (j’avais lu en Algérie … quelle source est la bonne ?).
Pourtant, c’est cela qui est fou, on a totalement l’impression d’être au Caire.
La couleur, l’ambiance, les petites rues, les immeubles où s’entassent la population, il ne manque que l’odeur pour s’y croire véritablement.
"Le Caire Confidentiel", c’est un film d’ambiance, et comme tout bon polar qui se respecte c’est dans la fumée des cigarettes que se déroule l’intrigue.
Parce que qu’est-ce que ça fume … à tel point que l’on finit par avoir la sensation de la fumée nous arrivant sur le visage et imprégnant les cheveux.


Très vite le spectateur a aussi la nette impression d’être plongé dans ce Caire de misère, où tout le monde est corrompu, à commencer par les flics, où les chanteuses sont aussi des prostituées prenant dans les mailles de leur filet des hommes crédules pour leur extorquer de l’argent.
Qu’elle est loin l’image de rêve du Caire, ses pyramides, son musée d’égyptologie.
Si le scénario est tiré d’une histoire vraie, le contexte est lui aussi bien réel, l’intrigue se déroulant quelques jours avant le Printemps Arabe.
D’ailleurs, l’image finale du film est tout simplement fabuleuse et hautement symbolique.
L’atmosphère est évidemment très présente dans ce film, mais sa qualité doit aussi beaucoup au scénario et à l’interprétation des acteurs.
Ainsi Fares Fares campe un Nourredine criant de vérité, énorme révélation du film tant ce comédien dégage quelque chose dans son attitude et dans son jeu.
Mention spéciale aussi pour Hania Amar dans le rôle de Gina.
Très vite une tension s’installe, elle ne se relâchera pas jusqu’à la fin, et même en sortant de la salle le spectateur est encore sous tension.
C’est à cela que l’on reconnaît un bon film bien monté, on a l’impression de passer de l’autre côté de la toile pour suivre le personnage dans ses déambulations.
Et ses désillusions sur la fin d’une époque et une autre qui s’ouvre dans le chaos sans forcément s’annoncer meilleure.


"Le Caire Confidentiel" est un polar d’une redoutable efficacité et l’un des films forts de cette année 2017, à voir et à revoir tant cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un aussi bon film de ce genre.

dimanche 26 novembre 2017

Winter de Rick Bass


Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d’électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l’environnement Rick Bass redécouvre, au terme d’un progressif dépouillement, l’essentiel. (Folio)

Rick Bass et sa compagne ont décidé d'aller s'installer dans un coin reculé du Montana pour y passer l'hiver, une volonté de leur part pour vivre dans un décors de rêve, sans téléphone, sans électricité, où le moindre pépin peut se transformer en catastrophe lorsque les routes sont enneigées et la ville la plus proche à plus d'une heure de route.
C'est cette expérience que l'auteur raconte dans ce livre, le temps d'adaptation, les petits tracas, mais surtout le plaisir de retrouver un style de vie ancien, où les bonheurs sont simples et à portée de main de tous.

J'aime beaucoup ce principe de retour aux sources, partir loin pour vivre plus simplement, redécouvrir le plaisir d'un feu de cheminée, de soirées passées à lire sans télévision ou radio, dans une nature encore à peu près sauvage et relativement bien conservée.
Dit ainsi cela paraît idyllique, mais la réalité l'est moins et c'est aussi ce que vont découvrir Rick Bass et sa compagne, notamment avec le mal du pays : "Bien sûr, nous avons le mal du pays. Et si tout ça ne coûtait rien - notre bonheur et notre liberté - , ça ne vaudrait pas la peine de l'avoir.", ou encore quelques accidents domestiques qui auraient pu devenir graves comme un début d'incendie.
Il faut aussi se préparer pour un hiver qui est forcément rude et qui arrive un peu sans prévenir : "Le problème immédiat, pressant, j'en avais conscience, c'était que l'hiver n'était plus éloigné que d'un mois peut-être. Or, je ne savais rien de l'hiver. Je ne l'avais jamais vu auparavant, et j'éprouvais, dans cette attente, un véritable vertige de terreur, une transe d'émerveillement.".
L'auteur parle souvent de ses coupes de bois, qu'il n'en a jamais assez, tout de suite j'ai pensé à Charles Ingalls dans "La petite maison dans la prairie" mais la comparaison s'arrête-là, car même s'il y a peu de ressources dans ce coin du Montana c'est toujours mieux qu'au XIXème siècle dans le Minnesota.
Ce choix de vie est une forme de fantasme, en tout cas de mon côté, je ne suis pas sûre de franchir le pas mais j'ai apprécié la démarche de l'auteur et c'est la raison principale qui m'a poussée à lire ce roman.
C'était ma première lecture de Rick Bass, j'ai apprécié sa franchise dans son récit, ses aventures m'ont intéressée, d'autant que le roman se lit rapidement, mais j'ai été un peu déçue qu'il s'arrête ainsi, l'hiver ayant tout juste commencé.
Je m'attendais à ce que le récit couvre cette saison jusqu'au printemps, la majorité du roman s'intéresse plutôt à l'avant hiver et aux préparatifs que son arrivée engendre.
Je voulais du froid, de la neige, deux personnes coupées de tout, fort heureusement ce n'est pas le cas et il y a une solidarité qui s'installe rapidement entre les habitants et les nouveaux venus, dont certains ne passeront pas une saison supplémentaire.
C'est bien le seul petit regret que cette lecture a engendré, pour le reste elle tient toutes ses promesses et je vais sans tarder découvrir d'autres œuvres de cet auteur dont le style m'a particulièrement plu.

"Winter" est un témoignage intéressant d'un retour aux ressources et à la simplicité dont Rick Bass a fait le choix en 1987, un classique du genre littéraire Nature Writing à lire en toute saison.

Ça (It) - 1ère partie d’Andreas Muschietti

       
     

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu'un petit garçon poursuivant son bateau en papier s'est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou. (AlloCiné) 


Avec cette chronique, nous allons flotter.
Je me souviens de la série en deux épisodes de 1990, j’étais jeune lorsque je l’ai vue et elle m’avait bien foutu les jetons (depuis, je ne regarde plus de la même façon les bouches d’égout et d’écoulement des eaux pluviales).
(Avouez-le, rien qu’à la lecture de ces mots vous commencez à flotter)
J’ai depuis revu cette série, étrangement je n’ai plus eu peur (j’ai grandi, certes) et il faut reconnaître qu’elle a un côté un peu kitsch.
Quand j’ai appris qu’une nouvelle adaptation cinématographique du roman de Stephen King était prévue, j’ai pensé "Mouais, pourquoi pas".
Je n’étais pas forcément partante pour aller la voir, et puis il y a eu quelques séances dans le cadre de Halloween, donc je me suis dit pourquoi pas aller à Derry flotter.
(Viens nous rejoindre en bas, nous flottons tous)


Le film est coupé en deux parties, plutôt que de conserver les allers-retours comme dans le roman, le cinéaste (qui n’était pas le premier pressenti, il y a eu changement de réalisateur) a choisi de consacrer cette première partie aux enfants, la deuxième concernera donc les adultes et leur retour à Derry.
Le scénario a aussi déplacé l’action, elle commence dans les années 80 et se finira à notre époque.
J’attends de voir ce que donnera le deuxième volet mais je suis mitigée à cette pensée, cela fait perdre une partie de la tension de l’histoire, il est à mon avis plus facile de s’aventurer dans les égouts avec un moyen de communication avec l’extérieur comme un téléphone portable alors que cela n’existait pas à l’époque où le roman se déroule.
Avec l’arrivée de la technologie, cette histoire pourrait donc perdre une partie de son côté horrifique.
A propos d’horreur, il est temps de parler maintenant de celui qui propose si gentiment de le rejoindre pour flotter.
(Vous êtes légers, vous flottez, vous flottez)
Pour succéder à l’immense Tim Curry, c’est le jeune acteur Bill Skarsgard qui se colle dans le costume de l’affreux clown Grippe-Sou.
Ce n’était pas lui qui était supposé endosser le costume, le rôle était prévu à l’origine pour le jeune Will Poulter, dont on parlera de la prestation dans Detroit d’ici peu.
Ce clown est plus élaboré que le précédent, il fait peur mais pas tant que ça au final.


C’est un peu la surprise de ce film, il ne fait pas si peur que cela au final, d’autant que la bande annonce dévoile plusieurs scènes susceptibles de faire sursauter le spectateur.
(Toi aussi, tu flotteras)
La scène d’ouverture se déroule sous la pluie, le jeune George demande à son frère Bill de mettre de la paraffine sur son bateau en papier pour qu’il aille l’essayer, il sort tout content, son bateau flotte (et vous aussi, ne l’oubliez pas) et finit dans une bouche d’égout.
Où se trouve un clown.
Qui dévore le bras de George, après lui avoir fait la causette, et le tire à lui pour qu’il vienne flotter là-dessous.
C’est le début du réveil de Ça après une phase de sommeil, le cauchemar des enfants de Derry est de retour.
Normalement cette scène devrait faire hurler, sauf que la pire scène est épargnée, le spectateur n’assiste pas à l’arrachage du bras, il le devine par la mare de sang.
A ce stade, j’ai compris que je n’allais pas flipper ma race dans la salle obscure.
J’étais limite un peu déçue, je venais pour ça (et pour flotter).
(D’ailleurs, tout se passe bien, vous flottez ?)
Bill et six autres adolescents se font martyriser par des camarades de classe, ils finissent par se regrouper et se désignent sous le nom de Club des ratés, et décident durant cet été de chasser Ça, cette entité maléfique qui leur est apparue à chacun d’eux sous une forme différente.
Au revoir le loup-garou, adieu la momie, bonjour le lépreux et la joueuse de flûte du tableau de Modigliani.
Sauf qu’un lépreux, cela fait nettement moins peur qu’une momie, ou un loup-garou. Surtout quand il apparaît en plein jour. Tout le temps.
J’arrive donc à l’endroit où le bât blesse, pour qu’il y ait horreur il faut qu’il y ait une tension, or il n’y en a pas dans ce film.
Je ne parle pas d’hémoglobine mais d’une ombre, d’un bruit, de petits détails qui surgissent à l’improviste et font sursauter le spectateur (comme dans The Jane Doe Identity par exemple).
Là Grippe-Sou est très présent à l’écran, souvent en plein jour, il ne fait pas peur, et puis on devine facilement ses tours de magie ainsi que les effets spéciaux.
Il semblerait que le réalisateur ait choisi de retirer une scène particulièrement horrifique sur le passé de Grippe-Sou, à l’époque où il sévissait déjà à Derry mais où sa forme n’était pas complète. Voilà ce que j’aurai souhaité voir à l’écran !
Espérons que le deuxième volet comblera la lacune du manque de tension, car ce premier opus n’est pas un film d’horreur, mais un bon drame.


J’ai apprécié que le scénario se focalise sur les enfants, sur leurs interactions.
Beverly est une jeune fille forte, le personnage diffère en cela de celui du roman, limite elle n’a pas besoin des garçons, elle n’a pas peur.
Beverly est le liant entre les membres du Club des Ratés, c’est tout à fait vrai dans le livre et c’est la façon choisie par la réalisateur pour l’illustrer, pourquoi pas, cela en fait une héroïne moderne éloignée de la princesse en détresse.
Je profite pour faire un aparté, lors d’une discussion sur la suite de ce film, attention je vais spolier un évènement majeur donc si vous ne souhaitez pas être informé sautez quelques lignes, une lumière (non morte) m’est apparue sur la raison du suicide de Stan (qui ne reviendra donc pas à Derry) : c’est le seul croyant du groupe, ce qui laisserait penser qu’il y a une dimension religieuse à cette histoire et que lorsque l’on est croyant on garde des souvenirs de Ça qui normalement s’estompent lors des phases de sommeil de l’entité.
Pour en revenir au drame, il est question de harcèlement scolaire, de différences, et c’est de façon très agréable que l’humour vient prendre le dessus sur toute cette violence, cette noirceur.
(You will float, you will float)
Car ce premier opus est drôle, particulièrement dans les échanges entre les enfants, et ça je ne m’y attendais vraiment pas, et c’est la bonne surprise de ce film.
Je suis un peu plus partagée sur d’autres points du scénario, notamment des circonstances, comme les lumières mortes, qui ne devaient apparaître que dans l’histoire des adultes.
D’autres éléments ont été vite expédiés, comme le vélo Silver.
Je me demande ce qui fera la matière du prochain film si cela a déjà été montré ici.


"Ça" est une adaptation tout à fait honnête du roman de Stephen King, ne vous attendez pas forcément à frissonner et à hurler mais c’est un film solide dont j’espère que le deuxième volet sera plus horrifique que celui-ci.
(Vous pouvez arrêter de flotter et reprendre une activité normale.
Ou pas)


       
     

samedi 25 novembre 2017

Solange te parle de Solange


De l’art d’accueillir une bonne nouvelle à la nécessité de savoir dire « Je t’aime », d’un éloge hilarant du pénis à une réflexion sur la société narcissique, Solange, fausse neurasthénique et vraie timide, mi-ingénue mi-démon, parle du droit à la différence, du corps et du désir, de l’inadaptation, de la pornographie, de la solitude, de la génération des digital natives. (Payot)

Je connais évidemment les vidéos Solange te parle, l'un des intérêts de cette lecture était donc de découvrir ce qu'elle valait à l'écrit après l'oral : "Ce que j'ai à communiquer est proprement incommunicable.".
Il se trouve que ce court livre est une suite de réflexions de Solange (Ina Mihalache de son vrai nom) jetées sur le papier, avec certaines questions qui trouvent un écho en nous : "Parce que si tu n'aimes pas ton travail, et que tu te lèves tôt et couches à l'heure que tu peux en n'ayant pas vraiment fait ce que ton cœur et ton ventre sont programmés pour désirer, alors quelle est ta vie ? De quoi rêves-tu ?", et d'autres complètement barrées : "De nos jours, quel est le destin des animaux empaillés ?" (j'espère surtout que l'on arrête d'empailler les animaux).
Si cela passe bien en vidéo j'ai trouvé cela moins vrai à l'écrit, ça a l'avantage de se lire très rapidement mais au final je la trouve moins percutante à l'écrit qu'à l'entendre et à la voir.
Pourtant certains thèmes abordés sont intéressants, comme le droit à la différence, le rapport que l'on a à son corps et au désir, mais d'autres ne font pas mouche.
J'aime son regard de Canadienne sur nous Français, mais je prends plus de plaisir à l'écouter qu'à la lire.

"Situation très puérile : le mot, qui n'a pas de définition claire, porte malgré tout un sens puisque chacun l'utilise et qu'il est de toute évidence connoté péjorativement. C'est celui qui l'dit qui l'est.", c'est sans doute cela Solange, peut-être aurais-tu rester au stade de la vidéo sur Youtube plutôt que de te lancer dans l'écriture, ou bien peut-être aurai-je dû me contenter des vidéos et de ne pas chercher plus loin, ainsi ce "Solange te parle" ne m'aurait pas laissé ce goût mi-figue mi-raison.


La belle et la meute (Aala Kaf Ifrit) de Kaouther Ben Hania

       
     

Lors d'une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ? (AlloCiné) 


Ce film ne dure qu’une heure quarante et pourtant le spectateur a l’impression que cette descente aux enfers dure plus longtemps, voire même est interminable.
L’histoire est adaptée d’un fait divers mais la réalisatrice a pris beaucoup de libertés avec les personnages et les faits réels. Mariam (excellente Mariam Al Ferjani), jeune Tunisienne, croise Youssef (Ghanem Zrelli) lors d’une soirée.
Quelques heures plus tard elle erre dans la rue en état de choc, elle vient de se faire violer par des policiers tandis qu’un autre obligeait Youssef à retirer de l’argent au distributeur.
Youssef ne l’abandonne pas et Mariam décide porter plainte, le cauchemar ne fait que continuer pour elle au cours de cette nuit qui n’en finit pas.


J’avais été ébranlée par "Much Loved" de Nabil Ayouch, ce film de Kaouther Ben Hania m’a encore plus remuée.
Outre l’histoire de Mariam, tout simplement horrible, et le calvaire que celle-ci va vivre pour faire reconnaître ses droits et sa dignité alors que la justice se trouve du côté de ses bourreaux, cela tient à la mise en scène de la réalisatrice.
Celle-ci a bâti son film avec des plans-séquences, ce qui a pour résultat de plonger le spectateur dans le réel de manière très forte, et très convaincante.
Le déroulé de la nuit et des violences, tant physiques que verbales, à l’égard de Mariam n’en finissent pas, à tel point que j’ai fini par étouffer dans ce film.
J’avais la sensation d’être en apnée, de retenir mon souffle jusqu’à la délivrance.
Si la réalisatrice a voulu placer le spectateur dans la tête de Mariam, c’est réussi. L’autre atout de ce film, c’est que le personnage de Mariam n’est pas une militante, juste une femme qui cherche à lutter contre la banalisation du mal. Militante, elle le devient de fait après ce qu’elle a subi, au contraire de Youssef qui lui est nettement plus politisé qu’elle.
Et il me faut souligner le jeu impeccable de Mariam Al Ferjani, la révélation de ce film, qui offre au personnage une beauté, un côté innocent ainsi qu’une volonté de fer pour faire reconnaître ses droits et le préjudice dont elle a été victime.
J’ai été favorablement impressionnée par la maîtrise de Kaouther Ben Hania et tout le travail que ce film a dû lui demander, le résultat est percutant et pousse chacun à réfléchir.


"La belle et la meute" est l’une des claques cinématographiques de cet automne, un film puissant et engagé qu’il est nécessaire de voir.


       
     

vendredi 24 novembre 2017

Quatre sœurs - Tome 4 Geneviève de Malika Ferdjoukh


L'été a vidé la Vill'Hervé. Hortense et Enid sont à Paris, pour voir leurs cousins, Désirée et Harry. Bettina est partie camper avec les DBB. Charlie se demande toujours comment faire pour nourrir, loger et blanchir tout son monde. Geneviève passe ses journées à la plage à vendre des chichis et des churros en regardant passer les bateaux, les pédalos, les glaces à l'eau et surtout le ténébreux Vigo. Il la promène en barque, la mène en bateau, lui donne rendez-vous et disparaît. Geneviève est toute tourneboulée. Et la Vill'Hervé, quoique vide, est sens dessus dessous, vu qu'avant, c'est elle qui rangeait tout. D'ailleurs, vide, la maison ne l'est plus tellement. Hortense et Enid ont ramené leur tante Jupitère. Les DBB ont ramené leur voisin de camping pour le remercier de leur avoir sauvé la vie. Geneviève est revenue de la plage et de quelques illusions. Alors, cette maison soudain pleine d'hôtes, forcément, ça donne des idées à Charlie... (L'école des Loisirs)

Ce dernier tome, déjà, est consacré à Geneviève, la plus discrète de la fratrie et celle qui, après Charlie, est la plus mûre et la plus posée.
Bien entendu, hors de question qu'elle soit laissée de côté, elle mérite aussi qu'un tome lui soit consacré d'autant qu'elle n'était que présente jusque-là, pas assez à mon goût dans tous les cas.
Pour autant, ce n'est pas qu'il ne se passe rien dans sa vie, car la voilà aux affres de l'amour face à un mystérieux garçon qui est tout son opposé et qui la pousse à se remettre en question, à devenir coquette et à passer des heures dans la salle de bain : "Dans la salle de bains, ce soir-là, Geneviève se lança dans une série d'essais de coiffure. Elle releva ses cheveux, les abaissa, tortillona, tire-bouchonna, ébourrifa, les roula, les déroula, les tressa, les détressa, les stressa, les cajola, les malmena, les câlina, les persécuta, les tendit, les détendit, les brossa à rebours, en l'air, en bas, en vrille, en soufflé, en raplapla, en chou, à la Rita, à la Mylène, à la Joconde, à la Greta, à la Mikey, Minnie, Carla, Laetitia... Elle finit par se les brosser comme tous les jours. Normal, queue-de-cheval.".
Hortense et Enid sont quant à elles parties à Paris pour passer une partie de l'été chez les cousins, mais là aussi les vacances ne seront pas de tout repos et le drame n'est jamais loin de la famille Verdelaine.

Ce quatrième tome est tout aussi savoureux que les précédents, avec des passages particulièrement touchants, l'auteur offrant une vision d'un Paris pauvre, de personnes trimant pour essayer de faire vivre leur famille tout en habitants dans des conditions pas toujours très salubres.
Malika Ferdjoukh aurait pu tomber dans le grotesque ou le pathos, mais sa plume fait toujours mouche, un peu à l'image d'une Marie-Aude Murail.
Tout au long de cette série, les parents, décédés, apparaissent à chacune des filles pour leur prodiguer des conseils, j'ai beaucoup aimé ce point de vue car cela permet de nuancer la tristesse de leur disparition et puis cela offre quelques situations comiques.
Ils jouent le rôle d'anges gardiens et même s'ils ne sont plus physiquement présents ils le seront toujours spirituellement et dans le cœur de leurs enfants.
C'est une belle façon de traiter du deuil, surtout lorsque les romans s'adressent à un public jeune.
J'ai regretté qu'il s'agisse du dernier tome des aventures de la famille Verdelaine, voilà une fratrie que j'ai quitté à regret tant je me suis attachée aux personnages.
Je n'avais franchement pas envie de leur dire au revoir et j'aurai bien continué pendant quelques tomes à suivre leurs péripéties.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin.
Je comprends pourquoi cette série a eu autant de succès et comment elle a fait connaître Malika Ferdjoukh.
C'est une auteur que j'apprécie beaucoup, notamment son style, je recommande donc chaudement la lecture de ses romans, à commencer par cette tétralogie.

"Geneviève" conclut avec brio cette attachante série consacrée à la famille Verdelaine, une lecture que je recommande et je vais bien entendu m'attacher à lire d'autres romans de Malika Ferdjoukh, une auteur que j'apprécie toujours plus au fil du temps.

Barbara de Mathieu Amalric

       
     

Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l'envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle. (AlloCiné)


J’étais enthousiaste à l’idée de ce film sur Barbara, un peu moins lorsque j’ai découvert qu’il ne s’agissait pas d’un biopic mais d’un film racontant les déboires d’un metteur en scène faisant un film sur Barbara et confondant son actrice (Jeanne Balibar) avec Barbara.
Après tout pourquoi pas, autant tenter l’aventure pour ce film qui a été primé à Cannes dans la catégorie Un certain regard.
J’aurai dû être plus méfiante et me souvenir de ma tiédeur virant au froid pour le précédent film de Mathieu Amalric : Tournée.
 Ce n’est que Jeanne Balibar joue mal, le rôle lui va même assez bien et elle campe une Barbara assez vraie, elle se dépense au piano, en chantant, allant jusqu’à travailler la gestuelle de l’artiste pour le produire face à la caméra de son réalisateur, mais qu’est-ce que ce film est nombriliste.
D’ordinaire j’apprécie les mises en abîme, mais ici cela pue le film intello, égocentré sur son réalisateur Mathieu Amalric ainsi que sur le personnage de metteur en scène qu’il campe.
J’ai l’impression que Mathieu Amalric s’est fait plaisir à mettre en scène cette histoire et à faire évoluer devant sa caméra son ancienne compagne Jeanne Balibar et que Barbara n’était qu’un prétexte.
Limite cela aurait pu porter sur une personne inconnue.
J’ai été déçue par le scénario, par la lenteur du déroulement de cette histoire, le seul point positif ce sont les chansons de Barbara qui illustrent le film dont certaines sont peu connues et de véritables bijoux.
En somme j’ai vécu un calvaire pendant la projection, cela faisait bien longtemps que cela ne m’était pas arrivée de me demander ce que je faisais là, ou alors c’était nettement trop intellectuel pour moi.


Au lieu d’aller voir "Barbara" dans une salle obscure j’aurai mieux fait de me contenter d’écouter un disque de cette si grande artiste tant ce film m’a laissée de glace.
Au revoir Mathieu Amalric, c’était la dernière fois pour moi et vos prochains films se passeront de ma petite personne dans les salles obscures.

jeudi 23 novembre 2017

Une femme fantastique (Une Mujer Fantastica) de Sebastian Lelio

       
     

Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s'aiment loin des regards et se projettent vers l'avenir. Lorsqu'il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d'Orlando : une "sainte famille" qui rejette tout ce qu'elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse, digne ... une femme fantastique ! (AlloCiné)


J’avais entendu du bien sur ce film, j’y allais sans aucune idée préconçue et au final je suis ressortie déçue.
Déçue parce que je m’attendais peut-être à une autre histoire et surtout, je ne l’aurai pas raconté ainsi. Marina (troublante Daniela Vega) cache un secret, sauf qu’il est très vite dévoilé au spectateur.
Et que même s’il n’était pas dévoilé tout est fait pour que le spectateur comprenne très vite, trop vite, de quoi il s’agit.
Il y a quelques belles scènes, comme celle d’ouverture sur une chute d’eau, mais elles n’aboutissent à rien.
Il y a des symboliques mais qui ne sont pas développées, l’accent est mis sur d’autres choses qui indiffèrent le spectateur plus qu’elles ne l’intéressent.
Pourtant le sujet traité me tient à cœur, mais je trouve cela mal exploité, sans doute parce que je ne l’aurai pas abordé de la même façon.
Je ne peux pas dire que Daniela Vega joue mal, au contraire, c’est une actrice troublante et qui fait ce qu’elle peut pour incarner son personnage, les faiblesses du film sont dans tout le reste.
Pour que cette femme soit fantastique sans doute aurait-il fallu que la mise en scène ne soit pas aussi classique et se permette l’intrusion du fantastique, un genre coutumier dans la littérature Sud-américaine.
C’est long alors que paradoxalement le film ne dure pas si longtemps que ça.
C’est à mon sens trop sage et trop épuré pour aborder ce sujet, résultat cela m’a laissée de marbre.
Un Pedro Almodovar réussit nettement mieux à aborder le sujet principal du film, il l’a prouvé dans certaines de ses réalisations et sa mise en scène me convient mieux que celle de Sebastien Lelio.


"Une femme fantastique" n’est pas franchement un film fantastique, il ne marquera pas mon année 2017 ou alors dans le classement du pire vu au cinéma.
Dommage, ce film aurait pu être si bien si le réalisateur avait choisi des options différentes.