mercredi 6 décembre 2017

L'ordre du jour d'Eric Vuillard


L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! (Actes Sud)

Ouverture du récit : 20 février 1933, vingt-quatre patrons Allemands sont présents au Reichstag et attendent Adolf Hitler qui va demander de le soutenir : "Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du président du Reichstag, ce 20 février, ne sont rien d'autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux protes de l'Enfer.".
Comme quoi "Les plus grandes catastrophes s'annoncent souvent à petits pas.".
Fin du récit : 20 février 1933, vingt-quatre patrons Allemands acceptent de soutenir Adolf Hitler.
Entre les deux, un récit sur l'Anschluss à travers plusieurs passages dont certains méconnus de l'Histoire (la fameuse panne des panzers Allemands une fois la frontière Autrichienne franchie).

J'ai découvert Eric Vuillard et son style avec "Tristesse de la terre", c'est avec plaisir que je l'ai retrouvé dans ce roman lu juste après qu'il ait obtenu, à la surprise, le prix Goncourt 2017.
Non seulement le sujet est loin d'être inintéressant mais au niveau du style ça envoie du lourd, du très lourd.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un Goncourt aussi bien écrit, et pour être franche cela faisait aussi ben longtemps que je n'avais pas dû chercher le sens de certains mots dans un dictionnaire.
Merci Eric Vuillard, la langue Française n'est donc point morte et peut s'élever au-dessus du débat sur la féminisation du genre et l'écriture inclusive !
L'idée de départ est excellente, et Eric Vuillard décortique bien certains événements dans son récit, permettant de donner un sens à l'Histoire et comment des personnes ont pu accepter aussi facilement de suivre une idéologie : "La vraie pensée est toujours secrète, depuis l'origine du monde. On pense par apocope, en apnée. Dessous, la vie s'écoule comme une sève, lente, souterraine.".
C'est un peu cela en somme, Adolf Hitler avait une idée bien précise en tête, il la distillait subtilement et menait son jeu d'une main de maître en laissant la vie s'écouler, alors que tout cela n'avait qu'un but bien précis : construire un Reich de 100 ans et anéantir tous les Juifs.
L'autre chose qu'Eric Vuillard montre bien, c'est comment ces chefs d'entreprises ont accepté de le suivre, puis retourné leur veste à la fin de la guerre, et leurs affaires ont continué à prospérer : "On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi.".
Ils allaient où le vent les menait, inacceptable d'un point de vue moral mais tristement humain.
J'ai beaucoup apprécié les courts récits constituant l'ensemble, d'autant que certaines anecdotes sont méconnues, et prêtes même à sourire aujourd'hui, comme celle du dîner à Londres où Ribbentrop abuse de la politesse du Premier Ministre Britannique Neville Chamberlain dans l'unique but de retarder la réponse de ce pays à l'Anschluss.
Le tout est finement analysé et cela permet de découvrir ce pan de l'Histoire d'une autre façon, avec un regard neuf.
La construction de ce roman peut déstabiliser, j'ai longtemps cherché à en comprendre le sens, il faut attendre la fin pour ce faire, même si ma lecture achevée je m'interroge encore sur la raison d'être de ce roman.
Enfin, en partie.
Il m'a manqué un petit quelque chose au cours de ma lecture, difficile de le décrire exactement, et c'est bien ce reproche que je ferai à ce livre, le seul, et finalement pas si important de cela au regard de la qualité qui s'en dégage.

Avec "L'ordre du jour" Eric Vuillard dépoussière les prémices et le début du IIIème Reich dans un style sublime qui méritait amplement d'être récompensé par un prix littéraire.

mardi 5 décembre 2017

La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez


1949 : Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. 
L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979. 
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ? (Grasset)

J'étais sceptique d'apprendre qu'un roman sortait sur Josef Mengele, cela sous-entendait une part de fiction et sur une personne tel que lui je suis toujours partagée, le côté négatif l'emportant.
Je ne peux pas reprocher à Olivier Guez un manque de documentation, sur cet aspect le récit est fouillé, sur le reste ... je reste plutôt partagée.
Comme de nombreux SS, Josef Mengele a trouvé refuge en Argentine, ce pays dirigé par Peron étant devenu une terre d'accueil : "A la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l'ordre noir déchu.".
Jusque-là rien de nouveau, c'est quelque chose de connu et de reconnu, l'Amérique Latine a été clémente avec les nazis et en a accueilli beaucoup.
Sur l'Argentine de Peron, là encore rien de nouveau, où le roman a commencé à m'intéresser c'est avec la fin de Peron, à un moment où l'Argentine devient plus regardante sur qui est sur son territoire, poussant Josef Mengele à fuir, à se cacher, et ce d'autant plus que le Mossad n'hésite pas à kidnapper Adolf Eichmann pour le juger en Israël et le condamner à la peine de mort.
Josef Mengele, tremble, il a peur, il devient paranoïaque, un sentiment qui ne le quittera plus jusqu'à la fin de sa vie : "Aussitôt l'information entendue sur le transistor de Roberto, il file dans sa chambre consigner son désespoir et ses craintes, cette peur qui ne le lâche jamais, le paralyse et l'entrave depuis qu'il a quitté son cocon de Buenos Aires.".

Sur la traque du Mossad de Josef Mengele, malheureusement arrêtée alors qu'ils touchaient au but, et sur la mort de ce dernier avec son rebondissement et son identification il n'y a finalement que quelques années, ce roman revêt un certain intérêt.
Comme dit plus haut, Olivier Guez s'est documenté, il ne se contente pas de livrer une fiction brute mais où je suis perplexe c'est que j'en suis arrivée à m'interroger sur son ressenti vis-à-vis de Mengele.
Honnêtement, je m'en contrefiche de savoir qu'il a vécu dans la peur, traqué comme un animal, je ne vais clairement pas pleurer sur le sort d'un sinistre individu comme Mengele, je ne sais si cela a été fait pour le rendre définitivement antipathique mais il n'y avait pas besoin de cela pour qu'il le soit.
A côté de cela, Olivier Guez dépeint un homme sans remords, qui ne regrettera jamais ce qu'il a fait, pas même face à son fils, et concernant ses soit-disant travaux de médecine, le peu qui en est dit suffit à donner la nausée.
J'ai aussi été révoltée de voir comment il avait pu passer entre les mailles du filet pendant trente ans, comme tant d'autres malheureusement, le tout grâce à la complicité de quelques personnes payées et surtout d'états qui fermaient les yeux.
Et j'ai beaucoup de mal à croire qu'il n'était pas possible en se donnant la peine de chercher de constater que Josef Mengele entretenait des relations avec sa famille en Allemagne, famille qui l'a aidé toutes ces années.
Cela nous rappelle finalement le silence et une forme de lâcheté qui ont eu cours après guerre, il fallait surtout se taire et faire comme si la vie reprenait, voire continuait après une parenthèse.
Je n'ai pas trouvé le style fou, c'est bien rédigé mais je ne comprends pas comment ce livre a pu obtenir un prix comme le Renaudot, j'ai été habitué à mieux dans les livres primés.

"La disparition de Josef Mengele" n'est pas une lecture déplaisante, elle conviendra à ceux qui veulent en savoir plus sur ce sinistre personnage mais ne fera pas forcément date dans mes annales de lecture sur ce sujet.

lundi 4 décembre 2017

Bakhita de Véronique Olmi


Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. 
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. (Albin Michel)

Avec cette lecture, c'est une nouvelle lacune de comblée.
Je le reconnais, je ne connaissais pas Joséphine Bakhita, née au Soudan près du Darfour, kidnappée à l'âge de 9 ans par des négriers musulmans qui la vendent et la revendent plusieurs fois sur les marchés d'El Obeid et de Khartoum, acquise par le consul d'Italie Calisto Legnani et arrivée en Italie, où elle sera confiée aux religieuses canossiennes à Venise puis fera le choix d'être baptisée, de devenir religieuse et finira canonisée par Jean-Paul II en 2000.
Pour le dire plus simplement, la première esclave noire devenue affranchie, religieuse et canonisée.

Véronique Olmi retrace le parcours de cette femme, de sa vie heureuse avec sa famille jusqu'à l'enlèvement de sa sœur par des négriers puis le sien, le traumatisme face aux violences subies est tellement fort qu'elle en oubliera son nom et gardera alors celui qui lui a été donné par des négriers : "Elle ne sait pas que Bakhita, son nouveau nom, signifie "la Chanceuse". Elle ne sait pas qu'elle est prise par des négriers musulmans. A la vérité, elle ne sait rien de tout ce que cela signifie.".
Joséphine Bakhita écrivit son histoire en 1910, ce qui a permis à Véronique Olmi de bâtir son roman, mais ce ne fut pas sans difficultés : "Comment raconter ce qu'elle voudrait n'avoir jamais vécu ?".
Et à lire tout ce qu'elle a vécu il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pas voulu revivre tout cela, entre les violences, les scarifications et les tatouages subis, Bakhita fut une miraculée, à plusieurs reprises, et a développé une véritable force qui fit l'admiration de tous : "Cette façon qu'elle a d'aller au bout de sa douleur et d'en revenir infaillible.".
Véronique Olmi retrace avec justesse les violences subies par cette femme, bine souvent au-delà de l'imaginable et de l'horreur, mais aussi la surprise, voire le choc, qu'elle provoque à son arrivée et à chacun de ses passages en Italie : "Au-dessus de la tunique blanche ne ressortait que le noir de son visage, comme sculpté à la lumière, et miraculeusement non scarifié. Toutes les marques d'infamie étaient cachées, la tunique était comme un voile de pudeur et pour la première fois depuis son enlèvement, elle a ressenti qu'il y avait quelque chose d'elle qui n'appartenait qu'à elle. Son corps, objet de profit et de tant de violences, lui était rendu, dissimulé aux autres il devenait un secret. Son secret.".
L'auteur décrit également le bien-être qui envahit Bakhita et l'a poussée à rester chez les religieuses, à ressentir la foi et à le devenir.
Au final, pas si étonnant que cela lorsque l'on découvre tout ce par quoi elle est passée.
Le rythme de narration est parfois lent parfois plus rapide, malgré l'intérêt que j'ai porté à cette lecture je ne peux pas dire que j'ai lu ce livre rapidement, en tout cas par rapport à mes standards habituels.
En cela j'ai du mal à me prononcer sur le style de l'auteur, je suis bien en peine de dire s'il me plaît ou non et je vais devoir lire autre chose d'elle pour me forger mon opinion.
Si l'histoire racontée a un intérêt, celui de faire découvrir la vie de cette femme, je peux comprendre qu'il n'ait au final reçu que peu de prix littéraire : Joséphine Bakhita a écrit (ou fait écrire) son histoire, Véronique Olmi n'a donc rien inventé, au mieux elle s'est inspirée de ses écrits, voire en cite des passages; au pire elle a brodé les blancs, mais l'histoire en soit n'est complètement originale.
Attention, ce n'est pas pour autant que ce roman n'a aucun intérêt, bien au contraire.

"Bakhita" est un roman intéressant pour découvrir la vie de Joséphine Bakhita si comme moi vous n'aviez jamais entendu parler de cette personne auparavant; ou alors pour la découvrir sous un autre angle si vous la connaissiez déjà.

dimanche 3 décembre 2017

Un pays à l'aube de Dennis Lehane


L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, et aussi les premiers mouvements de défense de la cause noire. (Payot et Rivages)

Après le formidable "Shutter Island", roman avec lequel j'ai découvert Dennis Lehane, et "Un dernier verre avant la guerre", le premier tome de la série Kenzie et Gennaro, je me suis dit que cela faisait longtemps, bien trop longtemps, que je n'avais pas lu un livre de cet auteur.
A l'origine je voulais lire "Ils vivent la nuit", sauf que je me suis rendue compte qu'il s'agissait d'une trilogie, dite Coughlin du nom de la famille principale, j'ai donc commencé par le premier : "Un pays à l'aube".
L'Amérique se remet difficilement de la Première Guerre Mondiale, les soldats essayent tant bien que mal de retrouver leur place dans une société où l'économie est vacillante, où la vie est de plus en plus difficile, particulièrement pour les classes les plus pauvres, et où la ségrégation raciale est de mise : "Alors que la côte est et la côte ouest se concentraient sur la récession et la guerre, les téléphones et le base-ball, les anarchistes et leurs bombes, les progressistes et leurs alliés partisans du retour aux bonnes vieilles traditions religieuses avaient émergé du Sud et du Midwest.".
Ajouter par-dessus cela l'épidémie de grippe Espagnole, l'Amérique des années 20 est donc une poudrière sur le point d'exploser.
Dans la famille Coughlin, d'origine Irlandaise, il n'y a pas ce genre de problèmes, Thomas Couglin, le patriarche, est capitaine de police à Boston, Aiden dit Danny est policier, le cadet est avocat, et le plus jeune s'apprête à suivre le chemin de ses aînés.
Sauf que le collègue et ami de Danny, Steve Coyle, va le pousser à suivre les réunions syndicales, et Danny va découvrir la réalité des conditions de vie des policiers de Boston : misérables, ce qui va le pousser à se révolter contre cette injustice et à s'opposer à son père.

Difficile de résumer ce livre de Dennis Lehane tant il est riche de personnages, de situations, et tant il retranscrit de façon exacte les conditions de vie à Boston juste avant les années 20 et l'avènement de la prohibition.
Le récit suit trois personnages dont les destins vont se croiser : un joueur de base-ball, Luther Laurence un jeune Noir venant de s'installer avec sa femme à Tulsa, ville qu'il va devoir fuir et se réfugier à Boston, et enfin Danny Coughlin.
Cela permet d'avoir une photographie de l'époque en s'intéressant à toutes les couches sociales, des plus miséreuses aux plus aisées.
S'il y a un personnage principal, c'est évidemment Danny, qui va découvrir l'envers du décors et déchanter de l'Amérique : "Nous sommes soi-disant au pays de la liberté, mais qu'en est-il du droit de s'exprimer ? De se réunir ? Il n'est pas pour nous, pas aujourd'hui."; mais aussi perdre ses illusions de pouvoir obtenir mieux pacifiquement : "C'était la fin de tous leurs rêves de paix et de solution mutuellement satisfaisante, l'anéantissement de tout le travail accompli, des manifestations de bonne volonté et de de bonne foi, de l'espoir.".
En 1918, les patrouilleurs de Boston n'ont pas eu d'augmentation salariale depuis 1905, ils n'arrivent pas à faire vivre leur famille, ils vont finir par se mettre en grève, et déclencher le chaos à Boston.
Tout cela est vrai, et bien méconnu, quant à l'issue de ce conflit elle est tout simplement écœurante mais à vous de le découvrir en lisant ce roman.
Et qui sait aussi ce qu'il est advenu des malheureux qui ont eu l'outrecuidance de survivre à la grippe Espagnole ?
Là aussi c'est l’écœurement qui vous guette.
C'est une Amérique en mutation dont parle Dennis Lehane, où les syndicats deviennent plus présents et n'hésitent plus à recourir à la force pour se faire entendre, où la population qui crève de faim se révolte, où il ne faudrait pas que le communisme gagne trop les esprits mais où pourtant tout est fait pour cela soit le cas.
C'est un roman riche basé sur des faits historiques, c'est un pavé mais quelle histoire, que de personnages attachants, quelle belle description sans concession de l'Amérique.
Dennis Lehane, décidément, a tout d'un grand auteur et frappe toujours juste.
Inutile de vous dire que je vais bien entendu me précipiter lire les deux autres romans composant cette série.

"Un pays à l'aube" est un excellent roman de Dennis Lehane dont je vous conseille la lecture, à la fois pour le style de l'auteur mais aussi pour l'histoire qu'il y raconte.


samedi 2 décembre 2017

Sexy de Joyce Carol Oates


Darren est un lycéen de seize ans, timide et plein de doutes mais très séduisant, un des espoirs de l’équipe de natation. Sa beauté lumineuse lui attire toutes les faveurs, y compris celles de son professeur d’anglais, Mr Tracy, qui le surnote. Le jour où, par la faute de Mr Tracy, un de leurs copains est renvoyé de l’équipe de natation, les amis de Darren décident de se venger. Ils adressent au proviseur du lycée un courrier anonyme et des photos pornographiques accusant Tracy de pédophilie. (Scripto)

"A North Falls, 8 300 habitants, les nouvelles circulaient vite. Les nouvelles dérangeantes, les mauvaises nouvelles, les nouvelles catastrophiques, et les nouvelles humiliantes. Tout allait très vite.", et ça, Darren va en faire les frais.
Darren, mais surtout Mr Tracy, son professeur.
Darren est un jeune garçon d seize ans en pleine quête identitaire, dans un monde où il ne sait pas où est sa place, tiraillé entre ce que veut son père, ce qu'il pense que les professeurs attendent de lui et par-dessus tout son professeur de natation, mais aussi travaillé par sa virginité, son rapport avec les filles de son âge, les autres garçons, et la compétition, aussi bien sportive qu'amoureuse ou amicale.
Aussi un beau jour, alors que son professeur Mr Tracy le ramène chez lui, il croit qu'il s'est passé quelque chose : "C'était en novembre, un mardi après l'entraînement de natation. La chose avec Mr Tracy, le prof d'anglais de Darren. La chose, c'est en ces termes que Darren y penserait par la suite. La chose, un mot vague, indéfini. La chose qui n'était pas arrivée de toute façon.".
Comme déjà dit, Darren est un jeune garçon perdu, sans repères, qui ne sait pas comment agir et réagir et n'a personne à qui se confier.
Alors Darren va penser que quelque chose a eu lieu, au final non mais Darren est paralysé par la peur, le poids des autres et de ce qu'ils vont penser de lui : "Il avait eu peur de ce que les autres auraient dit. Il avait eu peur de ce que son père aurait dit. Et il n'aurait pas pu dénoncer ses amis. Il n'aurait tout simplement pas pu.", alors Darren laisse faire et laisse répandre les rumeurs sur ce professeur.
Il s'épuise dans le sport, la natation, pour tenter d'oublier : "Il s'épuisait exprès pour laisser ses pensées derrière lui, dans l'eau fortement chlorée, comme du poison dont il se serait lavé.".

Darren est-il coupable ou innocent ?
Car "Sexy" est avant tout un suspens psychologique où cette question va tarauder l'esprit du lecteur une bonne partie du roman.
Darren n'est ni vraiment l'un ni vraiment l'autre, il est un entre-deux que Joyce Carol Oates décortique avec justesse, comme elle sait si bien le faire avec son style efficace pour mettre à nu les tréfonds de l'âme humaine.
Le lecteur hésite, il se demande si l'auteur n'est pas en train de joeur avec lui, puis il finit par comprendre que Darren a cru qu'un geste pouvait signifier plus, et qu'ensuite il n'a pu qu'être spectateur du mauvais tour que ses amis vont jouer à ce professeur, c'est la rumeur qui va dicter sa pensée et sa ligne de conduite, et peut-être que Darren le regrettera par la suite.
C'est dans une forme moderne que Joyce Carol Oates a conçu son roman, en ayant notamment recours aux mails, et comme Darren est un sportif elle fait référence au cours de son récit à un autre grand nageur Américain : Michael Phelps.
J'ai d'ailleurs trouvé cela intéressant quand on sait par quoi est passé ce sportif rattrapé par les démons de l'alcool et les excès de vitesse, avant de revenir au plus haut niveau, car c'est à cela que l'on reconnaît les grands sportifs et c'est cette évolution que va connaître le personnage de Darren.
Une nouvelle fois Joyce Carol Oates traite avec justesse d'un sujet de société, en recréant parfaitement l'ambiance d'une petite ville Américaine et la mesquinerie de certaines personnes face à la trop grande gentillesse d'autres.
J'aime décidément le style de cette auteur et je trouve qu'elle excelle dans tout ce qu'elle fait, y compris les romans à destination des adolescents.
Celui-ci a une nouvelle fois fait mouche et a encore fait grandir toute mon admiration pour cette grande dame de la littérature Américaine.

"Sexy" est un redoutable roman de suspens psychologique servi par la plume percutante de Joyce Carol Oates, un livre trouble, à l'image de l'eau, et marquant.

jeudi 30 novembre 2017

La femme du gardien de zoo de Diane Ackerman


Jan et Antonina Zabinski dirigent le zoo de Varsovie quand éclate la Seconde Guerre mondiale. La Pologne est envahie et bientôt règne la barbarie. Les animaux ont été tués sous les bombardements, envoyés à Berlin ou ont servi de gibier aux officiers allemands. Jan et Antonina se mettent alors à élever des porcs – officiellement pour les troupes, officieusement pour nourrir les habitants du ghetto. Surtout, ils profitent d’un réseau de souterrains reliant les cages pour y cacher des juifs et les faire quitter le pays… Grâce au courage de ce couple, trois cents d’entre eux seront sauvés. (Editions L'Archipel)

Inspiré du journal d'Antonina Zabinski, dont des extraits sont cités à plusieurs reprises, cet ouvrage est consacré à un couple, les Zabinski, gardiens du zoo de Varsovie avant-guerre qui vont mettre ce lieu au service de la protection des Juifs, soit en les cachant soit en les aidant à fuir.
Lorsque la guerre se déclare, Antonina n'est pas à Varsovie, elle est en vacances avec leur fils mais elle sent le monde se dérober sous ses pieds : "Antonina avait l'impression "de s'éveiller d'un long rêve, ou d'entrer dans un cauchemar", quoi qu'il en soit de vivre un séisme mental. En vacances loin du fracas politique de Varsovie, protégée par "l'ordre calme et serein de la vie paysanne, l'harmonie des dunes de sable blanc et des saules pleureurs", des animaux excentriques et les aventures d'un petit garçon égayant chaque journée, il lui avait été presque possible d'ignorer les événements du monde, ou du moins de rester optimiste à leur sujet, et même d'une naïveté obstinée.".
Lorsqu'elle revient, la réalité la heurte de plein fouet et plutôt que de tergiverser, elle se lance, avec son mari, dans la résistance et la protection, d'abord des animaux du zoo lorsque cela est encore possible, puis dans celle des humains, particulièrement les Juifs qui se retrouveront prisonniers du ghetto de Varsovie avant d'être déportés.

Qui se souvient des Zabinski, malheureusement pas grand monde et pourtant ils ont été honorés par Yad Vashem en 1968.
Qui sait aussi qu'une majorité de la population Polonaise a résisté, là encore pas grand monde, et pourtant l'état a su rester soudé pour lutter à sa manière contre l'occupant : "Aussi déroutante que devait être la vie sous l'Occupation, l'état polonais clandestin, uni par la langue plus que par le territoire lutterait sans discontinuer pendant six années.".
Cette lecture est un peu déroutante, tout d'abord par sa forme, car je m'attendais à un roman mais pas à cette forme de récit au plus près de la réalité, avec une retranscription que l'on pourrait qualifier (à tort) de froide émaillée d'extraits du journal d'Antonina Zabinski.
Passée cette surprise, je suis rentrée dans le récit dont j'ai apprécié les détails de la vie quotidienne, notamment avec les animaux du zoo.
Mais aussi par son histoire plutôt méconnue, et qui au final mériterait de l'être beaucoup plus car, à leur échelle, les Zabinski ont fait beaucoup pour aider les Juifs, Jan prenant même le risque d'en faire sortir du ghetto pour les cacher au zoo.
Les Zabinski vont croiser d'autres personnes bien réelles, j'ai eu grand plaisir à trouver sur ce chemin une autre résistante Polonaise, elle aussi Juste parmi les Nations, Irina Sendlerowa, qui a contribué à sauver des centaines d'enfants Juifs et qui a malheureusement été oubliée depuis.
C'est fort regrettable ces oublis, car on a finalement une vision noire de l'histoire de Pologne durant cette période, de telles personnes contribuent à l'éclaircir quelque peu et surtout à éviter les raccourcis en mettant tous les Polonais dans le même panier.
J'ai aussi découvert le rôle du zoo de Varsovie avant-guerre dans la préservation de certaines espèces, mais aussi l'importance, et la richesse aujourd'hui, de la forêt de Bialowieza : "Il y a de nombreuses formes d'obsessions, les unes diaboliques, les autres fortuites. Quand on se promène à travers la richesse de Bialowieza, on ne devinerait jamais l'influence qu'elle a eue sur les ambitions de Lutz Heck, le sort du zoo de Varsovie et l'opportunisme altruiste de Jan et Antonina, qui ont exploité l'intérêt obsessionnel des nazis pour les animaux préhistoriques et une forêt primitive afin de sauver une foule de voisins et d'amis en danger de mort.".
Je compte bien retourner en Pologne et désormais cette forêt revêt un intérêt particulier pour moi, de plus les Zabinski ont été assez malins pour utiliser à bon escient le fanatisme écologique des nazis, là aussi un aspect que l'on a tendance à occulter (il fallait libérer les animaux servant de cobayes, dans le même temps on tuait sans sourciller des êtres humains et on en utilisait d'autres comme cobayes).
Ce récit permet aussi de saisir sur le vif les conditions de vie dans la Pologne de la Seconde Guerre Mondiale, un témoignage intéressant qui permet d'élargir ses horizons.
Je regrette que le film qui en ait été tiré ne sorte pas sur nos écrans, j'aurai sans doute été le voir.

"La femme du gardien de zoo" est un récit émouvant mettant en lumière un couple tombé dans l'oubli, et tout particulièrement le caractère et la volonté de fer d'une femme, Antonina Zabinski, à préserver la vie coûte que coûte, au péril de sa propre vie et de celle de sa famille.
Belle leçon d'abnégation !


mercredi 29 novembre 2017

Dunkerque (Dunkirk) de Christopher Nolan

       
     

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940. (AlloCiné)


Christopher Nolan se lance dans un film historique, une première pour ce réalisateur, en s’attachant au récit de l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940, un épisode de la Seconde Guerre Mondiale dont on ne parle que peu souvent et connue sous le nom d’Opération Dynamo.
Pour la faire courte, les troupes alliées sont coincées dans la poche de Dunkerque, le seul moyen de les évacuer est par voie maritime mais cela est très compliqué par les incessants bombardements aériens.
Pour avoir une chance de rebondir et modifier le cours de la guerre, la Grande-Bretagne décide d’évacuer les troupes en ciblant un nombre de personnes jugé suffisant pour préparer une contre-offensive et fait pour cela appel à toutes les ressources maritimes possibles, particulièrement les voiliers appartenant à des civils.
L’appel sera entendu, les bateaux viennent nombreux et l’opération est un succès, le nombre d’évacués étant plus important que celui escompté, ce qui a permis de reconstituer une armée pour l’issue que l’on connaît quelques années après.


Même dans un film historique Christopher Nolan garde sa marque de fabrique en ayant recours à trois espaces temps différents : sur terre avec les soldats attendant d’être évacués sur la plage, sur mer avec l’armée Anglaise et les civils pour l’évacuation, et dans les airs avec l’aviation Anglaise faisant le tout pour le tout afin de faciliter l’évacuation par voie maritime.
Evidemment le laps de temps n’est pas le même pour ces trois classes, c’est nettement moins retors que dans ses autres films mais cela nécessite tout de même un minimum d’attention pour ne pas se perdre.
La qualité de l’image est particulièrement belle, Christopher Nolan a soigné sa mise en scène et a tourné en 70 mm Imax et Super Panavision 65 mm, comme Quentin Tarentino pour "Les huit salopards" à titre d’exemple. Sur le papier, et techniquement, c’est merveilleux, le hic c’est que les copies sont réduites à du 35 mm ce qui conduit à un appauvrissement de la qualité.
Et si comme moi vous l’avez vu sur un écran de cinéma, certes, mais de taille modeste, et bien j’ai trouvé le résultat final trop écrasé et je n’ai pas pu l’apprécier à sa juste valeur.
C’est un peu dommage car les scènes de batailles sont impressionnantes, qu’elles prennent place dans les airs ou sur mer, à tel point que j’ai presque eu la sensation d’être prisonnière du bateau qui coule et de me retrouver à me débattre pour l’extraire des flots.
Je dis bien presque car à mon avis si j’avais vu le film en condition réelle cela aurait été effectivement le cas.
Si les batailles sont impressionnantes, elles ne sont pas sanglantes, elles gardent toutefois un caractère de violence et permettent de saisir toute l’horreur de la situation pour les soldats à ce moment-là, qui se sont vus mourir plusieurs fois et qui ont assisté, impuissants, à la mort de centaines d’autres. 


L’aspect surprenant de ce film, c’est qu’il est complètement déshumanisé car aucun personnage n’est connu ni présenté sous un nom, hormis de rares exceptions comme le Commander Bolton.
La volonté du réalisateur en agissant ainsi est bien évidemment de faire primer les événements sur l’individu, il fait ici un film historique et pas l’histoire d’un soldat en particulier.
Quelques habitués de Christopher Nolan sont présents à l’écran, comme Tom Hardy (décidément plus je vois cet acteur plus j’apprécie son jeu) ou Cillian Murphy.
Quelques grandes têtes d’affiche sont présentes, à l’image d’un Mark Rylance ou d’un Kenneth Brannagh particulièrement inspiré, pour une bonne partie du casting Christopher Nolan a fait appel à la jeune génération, dont certains ne sont pas connus voire même dont il s’agissait de la première fois à l’écran (Harry Styles, il paraît qu’il est connu, pas de moi en tout cas).
J’en citerai deux, Fionn Whitehead et Barry Kheogan, je les ai trouvés juste et ils collaient bien avec leur personnage.
Le casting est en tout cas de qualité, mais là aussi c’est habituel chez ce réalisateur.


Pour sa première incursion dans ce genre, Christopher Nolan a visé juste avec "Dunkerque", un film plutôt bien construit et méticuleux dans sa reconstitution historique.


       
     

       
     

mardi 28 novembre 2017

Valérian et la cité des mille planètes (Valerian and the City of a Thousand Planets) de Luc Besson

       
     

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers. (AlloCiné)


Dire que j’attendais avec impatience cette adaptation est un doux euphémisme.
Le souci, c’est que Luc Besson est capable du meilleur comme du pire.
Et puis il y a toutes ces discussions autour du film et de son réalisateur, ceux qui contestent sa cité du cinéma et les autres qui applaudissent son initiative.
Je fais partie de la deuxième catégorie, mais il faut reconnaître que Luc Besson a tout de la mentalité Américaine et que cela passe mal en France.
Le Français n’aime pas être bousculé dans ses certitudes, ses habitudes, et sa haute opinion qu’il se fait sur le septième art. Le but ici n’est pas de polémiquer mais bien de parler du film, entrons donc dans le vif du sujet.


Ce film, Luc Besson en rêvait depuis des années.
Nous aussi, lecteurs inconditionnels de la bande dessinée signée Pierre Christin et Jean-Luc Mézières.
Heureusement que Luc Besson a su être patient, ce film n’aurait pas pu être réalisé par le passé, il fallait laisser le temps à la technologie d’évoluer pour rendre justice au merveilleux univers créé dans la bande dessinée.
Et je crois bien qu’en dehors d’un réalisateur Américain aucun cinéaste Européen n’aurait été en mesure de le faire, hormis Luc Besson.
Visuellement, ce film est une pure merveille et un concentré de technologie, de ce qui se fait de meilleur dans ce domaine. Je l’ai pour ma part vu en 3D, cette technologie apporte un réel plus et est complètement justifié tant l’univers est riche de détails.
D’un autre côté, visuellement le film envoie tellement du lourd que cela frôle la fatigue visuelle tant l’attention doit être constante du début à la fin. Certes, Luc Besson avait déjà su innover avec "Le cinquième élément", ici il repart sur cette base et utilise les améliorations de la technologie. N’empêche, il fallait avoir le culot et les moyens de le faire.
Les mauvaises langues critiqueront en disant que l’histoire n’est qu’une pale resucée de celle du "Cinquième élément", avec la lutte entre le bien et le mal, que les effets visuels n’ont rien à envier à ce précédent film, et que Luc Besson s’est contenté de plagier "Avatar" de James Cameron, notamment avec la peuplade pacifique aux douces teintes bleues lors de la scène d’ouverture.
Personnellement je préfère le style de Luc Besson, je n’aime ni James Cameron ni ses réalisations, et je ne m’en cache pas.


L’histoire est en grande partie issue de "L’ambassadeur des ombres", l’un de mes tomes préférés, mais elle mêle aussi d’autres thèmes repris dans la série.
Pour l’avoir lue en grande partie, je trouve que le scénario respecte bien l’esprit de la bande dessinée et que certaines innovations sont bienvenues.
Je craignais que l’esprit ne soit pas respecté, l’honneur est sauf et le film a su garder les bons ingrédients de cette série.
Dans la bande dessinée, il est souvent question d’oppression, de liberté, de disparition de peuplades, la lutte universelle entre le bien et le mal (Dieu fait même une apparition), pour ceux qui reprochaient ce thème trop facile désolée mais c’est aussi le cas dans la bande dessinée.
La scène d’ouverture du film est très belle et bien conçue, sur fond de Space Oddity, hommage à David Bowie, le réalisateur retrace en quelques images la conquête spatiale jusqu’à la création de Point Central, la station regroupant toutes les créatures de l’univers.
A ce stade, il faut que j’avoue que j’allais aussi voir le film pour y découvrir mes chouchous d’amour, j’ai nommé les Shingouz.
Au cas où vous ne le sauriez pas, je voue une passion pour ces êtres sympathiques et roublards qui me font toujours rire.
Ils ne sont pas dénaturés à l’écran, ouf !
Le personnage de Laureline est assez proche de celui de la bande dessinée, c’est une jeune femme forte avec du caractère, qui sait ce qu’elle veut, et qui n’hésite pas à remettre à sa place le parfois balourd Valérian.
Laureline, c’est le personnage féminin typique que l’on retrouve dans le cinéma de Luc Besson, à l’instar d’une Nikita ou d’une Mathilda.
Luc Besson aime ce genre de personnage, cela se ressent dans le scénario et la place accordée à cette touche féminine qui n’en est d’ailleurs plus une tant elle est présente dans tous les plans.
Grosse déception quant au personnage de Valérian, il n’a jamais été hyper fute-fute et il a un cœur d’artichaut, mais là il est un sombre crétin doublé d’un coureur de jupon et harceleur d’une pauvre Laureline qui le repousse à plusieurs reprises (mais en bon relou il insiste. Après le harcèlement de rue, voici le harcèlement de navette).


Là où le bât blesse sérieusement, c’est le casting.
Certains rôles secondaires sont plaisants, comme Alain Chabat, par contre d’autres ne servent pas à grand-chose, juste à faire plaisir aux amis invités pour quelques jours de tournage, à l’image de Rihanna et son personnage de Bubble.
C’est très Américain les caméos, si cela apporte quelque chose au film ou ne le dégrade pas, pourquoi pas, mais si c’est juste histoire d’attirer les foules parce qu’il y a untel c’est juste se faire plaisir.
Cara Delevingne n’est pas vraiment une actrice, cela se voit à l’écran qu’elle a quelques lacunes en interprétation, et encore qu’elle arrive à ne pas s’en sortir trop mal, il faut dire que son personnage est bien construit et lui permet de se glisser dedans aisément et de camoufler ses faiblesses.
Par contre Dane DeHann n’est pas non plus un véritable acteur et il joue comme un pied.
Non seulement il ne cadre pas physiquement avec le personnage de Valérian, mais il ne dégage rien : aucune émotion, aucune présence, aucune prestance.
Quelle monumentale erreur de casting qui vient gâcher le film. Je lui conseille vivement de changer de métier, franchement il transpire la nullité, ce qui est encore pire que la médiocrité car cela ne peut s’arranger avec le temps.
Eric Serra n’a pas signé la musique, et bien cela s’entend car la bande musicale est nettement en-dessous et Luc Besson avait habitué à plus soigner cet aspect de ses films.


"Valérian et la cité des mille planètes" est un bon film d’effets spéciaux et une adaptation correcte de la bande dessinée, dommage que le casting soit si inégal et gâche l’ensemble.