dimanche 27 octobre 2013

A tombeau ouvert, Cinq histoires du corps des Marines de William Styron


«Parfois, mon esprit vagabonde et je me rappelle la monotonie de cette vie, la torture de l’attente puis la précipitation obscène, la nourriture ignoble, la sueur et les insectes, le salaire de misère, l’anxiété et la peur, le bavardage stérile, le bruit assourdissant des coups de fusil, le célibat dégradant, les amitiés brèves et superficielles, le caractère humiliant d’un système de castes conçu pour cultiver les formes les plus mesquines de la vanité humaine. Je suis capable de ressasser de telles choses avec une obstination masochiste, comme on peut revivre en pensée une épreuve difficile que l’on a traversée avec succès.» 
Cinq nouvelles sur le corps des Marines, entre Seconde Guerre mondiale et guerre de Corée : William Styron s’inspire de son expérience personnelle pour questionner le mélange d’héroïsme et d’absurdité qui fait la vie militaire. (Folio)

William Styron a fait parti du corps des Marines à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et c'est de son expérience qu'il s'est inspiré pour écrire ces cinq nouvelles ayant pour personnage principal le corps des Marines entre la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre de Corée.
Il ressort de ces nouvelles que William Styron était un pacifiste, son engagement militaire devenant alors mystérieux, d'autant plus qu'il aborde également cet aspect du recrutement non pas fait sur un coup de tête mais sans raison apparente, sans vraiment prendre le temps de la réflexion pour mesurer l'impact de cet engagement : "Mais les guerres sanglantes et la puissance des nations, comme l'a remarqué Bismarck, sont fondées sur ce type de consentement irréfléchi.".
Il traite surtout à travers ces cinq nouvelles du mélange subtil d'héroïsme et d'absurdité de l'armée, des raisons qui peuvent pousser des hommes à devenir des machines à tuer : "A n'en pas douter, la famine sexuelle est un élément essentiel pour comprendre la nature de la mystique militaire : un soldat privé de respirer l'odeur d'une femme au point d'en éprouver une véritable rage est le candidat parfait pour s'emparer d'une baïonnette et éviscérer sans états d'âme un représentant de l'Ennemi.", tout en livrant une description précise de la machine à broyer qu'est l'armée et des transformations qu'elle peut opérer sur les gens : "Sa sensibilité n'avait pas été écrasée par la botte impitoyable de cette organisation dont les membres devaient faire preuve de virilité et d'une culture stérile, philistine, voire inexistante.".
J'ai eu le sentiment au fil de ma lecture que l'auteur cherchait surtout à travers ces nouvelles à mener une thérapie sur son histoire personnelle : il a été membre de cette armée alors que cela allait à l'encontre de ses pensées.
Certaines nouvelles sont vraiment très belles et très réussies, comme "Blankenship" ou "Marriott le marine" ou "A tombeau ouvert", celle qui achève ce recueil tient plus de la micro-nouvelle mais a également une certaine forme de beauté; tandis que "La maison de mon père" est non seulement la nouvelle la plus longue mais également celle que j'ai trouvé la plus bancale dans sa construction et paradoxalement reflétant bien l'état d'esprit de l'auteur lorsqu'il l'a écrite.
Cette histoire aurait mérité d'être traitée dans un roman plutôt que sous forme de nouvelle tant le fond était riche, les allers-retours de l'auteur entre le passé et le présent n'aidant pas à stabiliser la narration et pouvant perdre le lecteur.
D'une façon générale, le style de William Styron est intéressant, bien qu'il s'inspire d'autres auteurs américains comme William Faulkner et qu'il l'assume, mais je trouve que ces nouvelles manquent cruellement de dimension émotionnelle.
L'auteur a sans doute trop cherché à décortiquer sa façon de penser et toute l’ambiguïté du monde militaire en oubliant le côté émotionnel qui aurait pu rendre ces nouvelles vraiment captivantes et d'une certaine façon plus humaines.
Par contre, j'ai trouvé intéressant le traitement qu'il fait de ses début d'auteur, de ses doutes et de ses tâtonnements, comme une forme d'apprentissage du métier d'auteur alors que dans le même temps il ré-apprend l'armée et sa discipline.
Et finalement, du pays le lecteur n'en verra pas tant que cela puisque l'auteur n'a pas évoqué la Guerre de Corée, par contre il aura l'occasion de déambuler avec le narrateur dans les rues de New York, une ville en forme de parenthèse par rapport à la vie militaire et où tout semble permis, à commencer par l'amour mais qui illustre surtout la liberté.

"A tombeau ouvert, Cinq histoires du corps des Marines" de William Styron est plus un plaidoyer pacifiste qu'une déclaration d'amour au corps des Marines qui n'en ressort pas forcément grandi, un recueil de nouvelles que j'ai plus perçu comme un exutoire pour l'auteur afin de livrer sur papier sa culpabilité d'avoir été un Marine alors que cela était en opposition avec ses pensées.
William Styron a du style, et bien que je reproche l'absence d'émotions dans ce recueil de nouvelles ce n'est pas pour autant que j'abandonnerai cet auteur, bien au contraire, je pense même que ce recueil est une bonne façon de mieux le connaître et de saisir son oeuvre par la suite.

Je remercie Babelio et les éditions Folio pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.


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Livre lu dans le cadre du challenge New York en littérature.


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