dimanche 1 décembre 2013

Un heureux événement suivi de La personne déplacée de Flannery O'Connor


L'heureux événement dont rêve Ruby c'est de déménager enfin, de quitter cet immeuble avec ses escaliers si fatigants à monter. Il le faut, elle se sent malade, à bout de souffle, et ses jambes sont si lourdes ! Mais le destin semble bien en avoir décidé autrement... 
Pour l'aider à la ferme, Mrs. Mc Intyre a embauché une " Personne Déplacée ", un Polonais qui a fin la guerre et les persécutions nazies avec sa famille. Les paysans et les Noirs commencent par se moquer de lui qui parle à peine anglais, avant de se rendre compte qu'il travaille dur et pourrait être une menace... (Folio)

C'est avec deux nouvelles que j'ai découvert le style de Flannery O'Connor.
La première, "Un heureux événement" est une micro-nouvelle centrée sur le personnage de Ruby, une femme à qui il a été prédit que toute cette période se finirait par un heureux événement.
Le lecteur se doute bien de quel événement il est question, sauf que pour Ruby, il ne peut s'agir que d'un déménagement, et c'est à ses dépens qu'elle va apprendre la nouvelle et que cette perspective va devoir faire son chemin.
Ruby est malmenée tout au long de la nouvelle, tout d'abord par son corps qui la trahit en lui faisant défaut pour une simple montée d'escalier, par un voisin qui la retient en lui posant d'étranges questions, et par une voisine qui finira par lui faire admettre la réalité tout en se moquant de son physique "gonflé".
Mais au-delà de tout cela, Ruby est une femme qui a peur et qui a comme réflexe pour se préserver de se voiler la vérité, tout en devenant méchante avec les personnes qui cherchent en un sens à l'aider : "Si j'étais aussi célibataire que toi, j'irais pas me mêler de dire aux gens mariés ce qu'ils ont à faire."
La deuxième nouvelle s'intéresse à Mrs Mc Intyre qui vient d'embaucher pour l'aider dans sa ferme un polonais avec sa femme et ses enfants.
Désigné par le terme de "Personne Déplacée" parce qu'il a fui avec sa famille les persécutions nazies, ce discret petit homme ne parlant pas un mot d'anglais va vite s'attirer la haine des autres personnes présentes dans la ferme.
Car contrairement aux autres, il travaille dur, il se donne du mal, et il réussit, très vite il attise l'envie des Shortley et des Noirs présents à la ferme, alors qu'il apparaît aux yeux de Mrs Mc Intyre comme un sauveur : "Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Cet homme là-bas, et du doigt, elle désigna le point lointain où avait disparu la Personne Déplacée, il faut qu'il travaille ! Il a besoin de travailler ! [...] Cet homme est mon salut.".
Mais Mrs Mc Intyre est une femme qui se laisse influencer, et celui qu'elle voyait comme un sauveur va finir par devenir encombrant.
Elle est aussi rongée par la peur de ne pas avoir assez d'argent pour payer les personnes qui travaillent pour elle et surtout pour avoir de quoi vivre, elle est de toute façon pauvre mais comme elle a tendance à jouer sur la corde sensible il est difficile de percevoir jusqu'à quel point elle l'est.
Au-delà de l'envie, tout comme Mrs Mc Intyre, Mrs Shortley est elle aussi rongée par la peur, mais une peur universelle, celle de l'autre.
Et tout comme dans la première nouvelle, la peur engendre ici aussi la méchanceté, à commencer par celle de Mrs Shortley qui n'hésite d'ailleurs pas à penser que les Européens sont attardés par rapport aux Américains : "C'était le genre de choses qui arrivaient tous les jours en Europe, où les gens n'étaient pas aussi avancés qu'ici.".
Ce n'est pas du racisme, mais bien la peur de l'autre, de ce qu'il représente et du danger qu'il pourrait avoir sur soi-même.
Ces deux nouvelles permettent assez bien de cerner le style de Flannery O'Connor, très ancré dans le sud des Etats-Unis, avec une présence de la religion catholique et des questions morales qu'elle soulève, ceci se ressentant particulièrement dans la nouvelle "La personne déplacée".
J'ai beaucoup aimé sa plume et l'analyse qu'elle fait de la nature humaine dans les interactions entre les différents personnages, mais ces deux nouvelles sont malheureusement trop courtes pour permettre de bien cerner et apprécier son style, elles laissent un goût de trop peu que je manquerais pas de combler en lisant soit l'un des deux romans écrits par Flannery O'Connor soit un recueil complet de nouvelles, voire même les deux.

"Une heureux événement" et "La personne déplacée" sont deux courtes nouvelles donnant un assez bon aperçu du style littéraire de Flannery O'Connor sans toutefois le dévoiler complètement.
Une bonne entrée en matière que je souhaite désormais combler car ce que j'ai pu lire jusqu'à présent m'a donné envie de continuer à découvrir cette auteur et son style qualifié de "Southern Gothic".

Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines




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