samedi 29 mars 2014

Ballade d'un amour inachevé de Louis-Philippe Dalembert


"Longtemps après, lorsque les douleurs se seraient refermées, que les survivants raconteraient l’événement sans que l’émotion vînt leur nouer la gorge, certains jureraient avoir senti la veille une forte odeur de soufre dans l’atmosphère. D’autres diraient l’avoir humée depuis trois jours, sans toutefois y avoir prêté attention. Peut-être, allez savoir, l’odeur n’avait-elle existé que dans leur imagination, ou n’avait-elle pas été assez persistante pour qu’on s’en alarmât." 
Avril 2009 : la terre tremble en Italie. Dans un village des Abruzzes, un couple mixte, Azaka et Mariagrazia, attend dans la joie l’arrivée de son premier bébé. Sous le regard réprobateur des uns, opposés à la présence des étrangers dans la région, et la curiosité bienveillante des autres. 
Si les secousses tendent à exacerber les tensions, elles viennent rappeler à Azaka un épisode traumatisant de son enfance : un autre séisme, à l’autre bout du monde, pendant lequel il fut enseveli sous les décombres. L’histoire se répéterait-elle ? Où qu’il soit, doit-il redouter la colère de la Terre ? Des questions que pour l’heure il refuse de se poser : bientôt il sera père, le bonheur ne lui échappera pas… (Mercure de France)

Azaka forme un très joli couple avec la belle Mariagrazia, un couple composé d'un haïtien et d'une italienne, approuvé par certains et désapprouvé par d'autres, un couple heureux qui attend leur premier enfant, mais dont le destin va se briser le 6 avril 2009 lors du terrible et meurtrier séisme de l'Aquila qui a frappé la région des Abruzzes.
Rien ne laissait pressentir un tel drame, pas même les secousses des jours précédents, car dans cette région de l'Italie il est fréquent que la terre tremble.
Toutefois, la première secousse va avoir pour effet d'exacerber les sentiments et les tensions pour finir par réunir toutes les personnes autour d'un même drame.
Cette secousse va réveiller chez Azaka un souvenir lointain dont il n'a plus jamais parlé à personne : celui du séisme qui a frappé Haïti lorsqu'il était enfant et où il est resté plusieurs jours enfoui sous les décombres : "Alors il laisse couler les larmes sans essayer de les retenir, en fermant les yeux, il pleure sur son amour disparu et sur lui-même, sur l'impossibilité de sortir de ce tombeau où il est enterré vivant.".
Il serait naïf de croire qu'un même malheur ne peut pas frapper deux fois une même personne, c'est pourtant bel et bien ce qui va se produire pour Azaka : "Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.".

Louis-Philippe Dalembert expose avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et de tendresse la détresse de son personnage, Azaka, victime deux fois dans sa vie d'un même drame.
Il évoque avec brio et réalisme le séisme qui a frappé l'Italie en 2009 et fait revivre au lecteur de façon très vivante celui d'Haïti quelques vingt ans auparavant.
Les mots employés sont forts en évocation et en image, le séisme est destructeur et frappe sans prévenir, surprenant les habitants en pleine nuit dans un bruit sourd et inquiétant, à l'image de ce qu'a dû être l'éruption du Vésuve des siècles auparavant : "Au moment où Azaka s'apprêtait à ouvrir la bouche pour dire "ciao ragazzi, ci vediamo", un grondement sourd et lointain se fit entendre. Il ne fut pas le seul à capter le vrombissement qui déchira le silence déjà épais de la nuit.".
Louis-Philippe Dalembert a une plume extrêmement poétique, son récit est une invitation au voyage et au drame intérieur, il rend les événements très vivants, tout comme les personnages.
Il ne faut pas oublier que cette histoire se situe en Italie, en faisant revivre les souvenirs d'Azaka : ceux d'Haïti mais également ceux de son arrivée en Italie, de sa rencontre avec Mariagrazia et sa famille, de leur histoire d'amour qui s'est fini en un vrai mariage traditionnel à l'italienne; l'auteur oscille en permanence entre commedia dell'arte à l'italienne et drame à l'haïtienne, croquant à chaque fois des tranches de la vie quotidienne toutes plus évocatrices les unes que les autres.
Mais malgré les drames traversés, ce qui ressort de ce roman c'est la Vie, forte, puissante, dominatrice, l'emportant à chaque fois sur la misère ou la mort.

"Ballade d'un amour inachevé" est une ode criante à la vie servie par la très belle plume poétique et évocatrice de Louis-Philippe Dalembert, un auteur que je découvrais à travers ce roman pour lequel j'ai eu, je dois bien le reconnaître, un coup de cœur.

Livre lu dans le cadre du Challenge Il Viaggio


Livre lu dans le cadre du Prix Océans


2 commentaires:

  1. merci pour ta participation au challenge!
    bonne journée!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. De rien, ce fut une très belle lecture !

      Supprimer