jeudi 24 septembre 2015

Mille femmes blanches - Les carnets de May Dodd de Jim Fergus


En 1874, un chef cheyenne demande au Président Grant de lui donner mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers afin de faciliter l'intégration et le mélange de leurs deux peuples. Partant de ce fait historique, Jim Fergus retrace l’odyssée, sur les terres sauvages de l’Ouest, de ces femmes recrutées pour la plupart dans des prisons ou des asiles psychiatriques. (Pocket)

Jamais je n’aurai lu tant de livres sur les Indiens d’Amérique que cette année, et il manquait au palmarès ce roman de Jim Fergus, "Mille femmes blanches", une fiction mettant en scène des jeunes femmes blanches qui obéissant à un programme du gouvernement Américain partent épouser et vivre avec des Cheyennes de la tribu du grand chef Little Wolf.
Soyons clair, c’est de la fiction et un tel arrangement n’a jamais existé, d’ailleurs l’auteur s’est permis quelques libertés quant à la réalité de la vie de Little Wolf et de certains évènements dont il est question en modifiant les dates.

Jim Fergus a bâti son roman sur des carnets fictifs écrits par une certaine May Dodd, une ancêtre du narrateur, qui aurait fait partie de ces femmes parties vivre chez les Cheyennes.
May Dodd était issue d’un milieu aisé, mais parce qu’elle s’est mise en ménage avec un homme dont elle a eu deux enfants et que cela ne se faisait pas à l’époque, ses parents l’ont fait interner.
Son seul salut pour quitter l’asile vient de la proposition du gouvernement, elle choisit alors de retrouver sa liberté, même si pour cela elle doit épouser un Cheyenne et lui faire des enfants.
Autant quitter une prison pour en retrouver une autre, mais en plein air cette fois-ci : "Je n’ai de toute façon aucun pouvoir sur hier ni sur demain. La même leçon vaut certainement pour ma vie ici chez les barbares, mon sentiment étant que j’ai en quelque sorte mis les pieds dans une autre forme d’asile, celui-ci étant le saint des saints de la folie.".
Elle n’aura pas à regretter son choix, car elle épousera Little Wolf, le grand chef, et entre-temps elle aura le temps de tomber amoureuse d’un autre homme, un gradé militaire responsable d’acheminer les femmes blanches aux Indiens.
A travers le regard de May Dodd, l’auteur dépeint non seulement le mode de vie des Indiens mais il fait s’interroger toutes ces femmes blanches sur leurs congénères et les actions qu’ils entreprennent vis-à-vis des Indiens, notamment celle de les parquer dans des réserves pour s’approprier leurs terres et les richesses qu’elles recèlent : "Pourquoi nous rendrions-nous à l’Agence, quand nous disposons de tout ce dont nous avons besoin, et que nous sommes un peuple libre sur une terre libre ?".
Car toutes ces femmes finissent par adopter les coutumes et le mode de vie des Cheyennes, et ça leur plaît car sans doute que pour la première fois de leur vie elles sont réellement libres, à la fois de mouvement et d’opinion.
Et elles s’interrogent : "Je ne peux m’empêcher de me demander ce que nous pouvons bien faire à ces gens pour que leurs vies et leurs moyens d’existence s’abîment à notre contact, qu’ils se "dégradent" à cause de nous, comme disait le capitaine Bourke.", elles se rendent bien compte qu’au contact des Blancs les Indiens perdent une partie de leur essence, ils se transforment et oublient leurs coutumes, à l’image de ces Indiens alcooliques qui errent près des casernes de soldats, ils ne sont plus Indiens mais pas non plus Blancs, ils n’appartiennent plus à aucun peuple.
Je ne sais trop quoi penser de ce livre, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, mais je ne peux pas non plus dire que c’est un coup de cœur.
Est-ce parce que l’auteur a pris des libertés historiques que j’ai du mal à adhérer complètement à l’histoire ?
Sans doute, car il faut reconnaître que c’est écrit de telle façon que le lecteur y croit, mais comme je savais que ce n’était pas vrai la sauce n’a pas complètement prise.
Ou alors le personnage de May ne m’a-t-il pas assez touchée ?
Certes, son histoire est plutôt triste, mais ce n’est pas non plus le genre de personnage féminin pour lequel je peux ressentir de l’empathie.
Je dois bien dire que ses états d’âme m’ont assez vite lassée.
Et je ne sais trop quoi penser non plus de la vision très simpliste présentée par l’auteur : les Blancs sont les gentils et les Indiens les méchants.
Est-ce volontaire ou non ?
L’originalité de ce récit est qu’il se fait à travers un regard féminin, chose rare dans la littérature traitant des Indiens d’Amérique ; et impossible de ne pas reprocher à l’auteur son implication et la justesse des questions soulevées.

"Mille femmes blanches" de Jim Fergus mérite d’être lu mais ce n’est pourtant pas ce roman que je citerai en premier pour un aperçu littéraire de l’extermination des Indiens d’Amérique ni que je retiendrai cette année dans mes lectures sur ce thème.


Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices 2015

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire