samedi 12 avril 2014

Les entremetteurs et autres nouvelles d'Edith Wharton


Témoin attentif d'un monde baignant dans le luxe et la futilité, Edith Wharton recrée dans ces huit nouvelles l'atmosphère savoureuse de ses grands romans. Émaillant ses histoires de souvenirs personnels, elle dépeint avec une lucidité toute féminine les ridicules et les excès de l'Amérique de la Belle Époque, celle où les cabs côtoyaient encore les voitures à moteur. Dans un style incisif et riche, elle alterne avec aisance humour, analyse psychologique et satire de la haute société. Elle nous conduit sur la Cinquième Avenue, dans les jardins de Newport et jusqu'en Europe pour nous faire partager les interrogations de personnages à la fois maladroits et touchants : jeunes filles ingénues sur le point de se marier ou d'écrire un roman ; femmes d'âge plus mûr à l'idéal broyé à force de concessions ; couples que la vie quotidienne a lentement séparés ; artistes qui, en plus d'être suffisants, ont le vice d'être à la mode. L'ironie de son regard n'est cependant jamais cruelle et, dans la complicité qu'elle établit avec le lecteur, Wharton invite celui-ci à porter un regard neuf sur ses contemporains. (La Découverte)

D'Edith Wharton, je connaissais quelques romans mais je n'avais pas encore eu l'occasion de découvrir sa plume à travers des nouvelles.
Avec ce recueil en contenant huit, c'est chose faite.
Une chose est indéniable : Edith Wharton maîtrise à merveille l'art de la nouvelle et réussit dans de courts récits à ne pas se départir de sa plume habituelle, à en garder toute l'ironie mordante et son côté incisif.
Ici, il est question de jeunes filles ingénues, sur le point ou non de se marier, de réaliser ou non leur rêve en publiant un roman d'amour à la mode, genre décrié par l'entourage : "Il n'est pas bon que la jeunesse se repaisse de cette camelote sentimentale, c'est comme le gaz d'égout; ça n'a pas d'odeur mais ça contamine l'organisme sans qu'on s'en rende compte."; mais aussi de femmes d'âge mûr engluées dans leur vie quotidienne et cherchant à empêcher les plus jeunes de commettre les mêmes erreurs qu'elle, de couples séparés par la routine quotidienne, de mères profondément attachées à leur progéniture : "Tout ce que j'avais à faire était de le regarder de profil pour ne voir de lui que ce qui m'appartenait vraiment.".
Il est bien aussi souvent question d'aveuglement, de personnages incapables de voir ce qui leur crève les yeux, à l'image des deux entremetteurs de la première nouvelle qui donne son nom au recueil. Tout à leurs manigances et bercés par l'illusion qu'ils n'ont pas de destin en commun : "Oh, mais vous et moi n'avons pas été faits pour danser le cotillon ensemble, ou faire quoi que ce soit ensemble, si ce n'est conspirer au lever du soleil pour l'avancement matériel de chacun.", ils en arrivent à passer à côté de quelque chose mais il est difficile d'en saisir véritablement la raison : la pression sociale ou bien la peur de la pauvreté ?
Les femmes sont sans nul doute les grandes héroïnes de ces nouvelles d'Edith Wharton, toujours au cœur des récits elles sont parfois bien malmenées, à l'image de cette infirmière aspirante écrivain qui finit par n'être la coqueluche des soldats blessés que grâce à sa photo en tenue d'infirmière et non de son texte : "Vous étiez fâchée à l'instant parce que je n'admirais pas votre récit; et vous êtes, à présent, plus fâchée encore parce que j'admire votre portrait. Etes-vous étonnée que la femme soit, pour nous autres romanciers, un sujet aussi inépuisable ?".
A travers cette phrase prononcée par un homme, j'ai retrouvé toute l'ironie de l'auteur et surtout son regard extrêmement juste sur la société de son époque, réussissant par la même occasion à faire dire par un autre la raison de cette ultra présence féminine dans ces nouvelles : les femmes sont un sujet inépuisable pour tout écrivain, mais elles ne sont jamais mieux transcrites que par une plume féminine.
Mais Edith Wharton s'est aussi beaucoup inspirée de son époque et du regard qu'elle portait sur ses contemporains, n'hésitant pas à critiquer la bourgeoisie et décrivant avec précision les excès de l'Amérique de la  Belle Epoque, particulièrement à travers l'utilisation de la ville de New York comme cadre de ses récits.
Au passage, elle égratigne aussi sévèrement le style littéraire en vogue à cette époque et évoque également la Première Guerre Mondiale en Europe.
La note de présentation est intéressante à plus titre car elle permet d'offrir un autre angle de lecture de ces nouvelles, indiquant notamment tous les aspects biographiques qu'Edith Wharton a distillé dans ce recueil ainsi que des allusions à la littérature.

"Les entremetteurs et autres nouvelles" est un recueil fort intéressant de la talentueuse Edith Wharton dans lequel elle excelle dans son art du maniement d'une plume ironique et incisive qui croque avec justesse toute une galerie de personnages aussi divers qu'attachants.
Une vision à vif de l'Amérique des années 20 et un témoignage littéraire qui traverse les générations.

Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines


Livre lu dans le cadre du Challenge Edith Wharton


Livre lu dans le cadre du Challenge New York 


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