dimanche 6 avril 2014

Rien que du bonheur de Laurie Colwin


Dans une prose minimaliste, Laurie Colwin décrit le quotidien des New-Yorkais branchés et ce qu'il advient d'eux lorsqu'un grain de sable vient faire légèrement grincer la mécanique. Entre un mari esseulé découvrant en l'absence de sa femme la magie de la télévision, des gâteaux surgelés et des petites secrétaires, ou un petit ami anxieux donnant à tous les objets le nom de celui qu'il prend pour l'amant de celle qu'il aime, Laurie Colwin jette un regard ironique et subtil sur les relations humaines. (Le Livre de Poche)

C'est à travers ces huit nouvelles que j'ai découvert le style et la plume de Laurie Colwin, dans un livre acheté un peu par hasard sur trois critères : écrit par une romancière américaine, un titre qui sent l'ironie à plein nez, et dont la couverture m'a plu.
Une fois ma lecture achevée, j'ai la sensation de ne pas avoir commencé ma découverte de cette auteur par le bon livre.
Ces nouvelles sont loin d'être inintéressantes, mais il y manque quelque chose, comme un fil conducteur entre elles que j'aurais sans doute trouvé dans un roman.
Elles ne sont pas sans point commun les unes avec les autres mais elles sont inégales et si j'ai beaucoup aimé certaines d'autres m'ont laissée sur ma faim.
Dans toutes ces nouvelles, les hommes sont les victimes malheureuses des femmes, ils sont sous leur emprise et dominés par celles-ci, qu'il s'agisse d'un mari profitant de l'absence de sa femme pour découvrir la télévision ou les gâteaux surgelés ou encore d'un jeune homme persuadé que sa fiancée le trompe.
Quant aux femmes, elles ont soit un caractère fort et exigeant : "Toi, ça ne te suffit pas d'être aimée.", soit elles sont sûres d'elle et imposent une forme de dictature aux autres : "Sans le moindre effort, elle avait l'art de renvoyer à ses parents des exemples de ces valeurs qu'ils lui avaient inculquées, comme le dicton selon lequel l'amour comptait plus que le charme. Se sachant adorable, elle ne se donnait pas beaucoup de mal pour être aimable.", soit elles sont bridées et en quête de liberté : "Fondamentalement, elle était d'humeur joyeuse, et connue pour son dynamisme. Elle aurait voulu que ses journées se succèdent comme les perles de verre d'un collier multicolore.".
Mais tout le mordant et l'ironie de ces nouvelles ne résident pas soit dans les personnages masculins soit dans ceux féminins mais dans les relations humaines entre tous ces personnages.
Ainsi, les hommes ne peuvent pas vivre sans les femmes mais la réciproque est vraie également.
Toutefois, si j'ai aimé certains personnages comme l'héroïne de "Quelque part en Indiana" qui écoute sans cesse le même disque d'un chanteur et ne vit plus que dans l'attente des moments où elle va se retrouver seule pou pouvoir l'écouter, d'autres m'ont agacée comme celle de "La femme la plus intelligente d'Amérique" dont la chute est d'ailleurs ratée.
A propos de chutes, il est vrai que certaines sont quelque peu ratées, preuve s'il en était besoin que la nouvelle est un art à part entière.
Quant aux propos de fond de ces nouvelles, il faut reconnaître que les problèmes évoqués restent assez bourgeois et il leur manque un petit quelque chose pour les rendre attrayants pour le lecteur.
La vision de la vie présentée par l'auteur est également plutôt pessimiste : les personnages n'arrivent pas à vivre la vie qu'ils veulent, ils cherchent désespérément à atteindre un idéal mais en vain, ils courent après la reconnaissance et transpirent l'insatisfaction permanente, si cette quête désespérée cadre bien avec la ville de New York elle finit par lasser le lecteur tant elle est dite et redite tout au long de ces nouvelles d'une façon qui la rend répulsive plutôt qu'attractive sans jamais réussir à s'attacher l'empathie du lecteur.
Une légère déception, d'autant plus que le titre laissait présager d'une ironie follement jouissive.

"Rien que du bonheur" est un recueil de nouvelles qui sans être inintéressant souffre de quelques défaut l'empêchant de le rendre complètement intéressant et d'être un coup de cœur.
Il laisse deviner la plume ironique et incisive de Laurie Colwin mais n'est sans doute pas la meilleure porte d'entrée pour pénétrer l'univers de cette auteur, c'est pourquoi je lirai d'autres livres de Laurie Colwin pour me forger une opinion plus précise.

Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines


Livre lu dans le cadre du Challenge New York


Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger


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