dimanche 2 novembre 2014

Des souris et des hommes de John Steinbeck


"Les deux hommes levèrent les yeux car le rectangle de soleil de la porte s'était masqué. Debout, une jeune femme regardait dans la chambre. Elle avait de grosses lèvres enduites de rouge, et des yeux très écartés fortement maquillés. Ses ongles étaient rouges. Ses cheveux pendaient en grappes bouclées, comme des petites saucisses. Elle portait une robe de maison en coton, et des mules rouges, ornées de petits bouquets de plumes d'autruche rouges." (Folio)

Dans les années post dépression de 1929, George et Lennie parcourent inlassablement les Etats-Unis, allant de ranch en ranch pour y effectuer des travaux manuels et essayer de gagner un peu d'argent pour acquérir leur rêve : un coin de terre, une ferme avec des lapins où ils pourraient y vivre comme des rentiers : "A ce qu'on dirait, tout le monde a un coin de terre dans la tête.".
Mais voilà, la réalité est toute autre, déjà parce que la misère est partout à cette époque, que tous les hommes ou presque passent leur temps à arpenter le pays pour retrouver un travail, mais aussi parce que George porte sa croix avec lui, en la personne de Lennie, un homme attardé mental avec un esprit d'enfant aimant caresser tout ce qui est doux tel le pelage d'une souris morte dans le corps d'un géant doté d'une force colossale.
Par moment, George n'en peut plus du fardeau que représente Lennie : "Tu n'peux pas garder un métier, et tu me fais perdre toutes les places que je trouve. Tu passes ton temps à me faire balader d'un bout du pays à l'autre. Et c'est pas encore ça le pire. Tu t'attires des histoires. Tu fais des conneries, et puis il faut que je te tire d'affaire.", mais il éprouve aussi une forme de tendresse pour lui et veille sur le moindre de ses faits et gestes, prêt à tout pour le tirer d'affaire lorsqu'il le faut.
Dans la tête de Lennie, ça tourne à la fois beaucoup mais pas tant que ça, il arrive à se rappeler de choses mais la plupart du temps il oublie, et les autres personnes utilisent sa crédulité et sa trop naïve gentillesse pour le duper, à l'image de la femme de Curley, seule touche féminine au roman, à l'exception de l'évocation de la tante Clara, qui joue la femme fatale auprès de tous les hommes avec ses rêves de devenir actrice.
Lennie finit par sombrer dans une forme de folie, partagé entre son rêve de s'occuper des lapins et les remords de ses actes, le conduisant à s'auto-flageller : "Tu n'vaux pas la corde pour te pendre. Dieu sait que George a fait tout ce qu'il était possible de faire pour te tirer du ruisseau, mais ça n'a servi à rien. Si tu te figures que George va te laisser soigner les lapins, t'es encore plus dingo que d'habitude. Il n'fera jamais ça. Il te foutra une bonne volée de coups de bâton, voilà ce qu'il fera.".
Ce qui frappe dans ce roman de John Steinbeck, c'est la froideur qui s'en dégage.
Le récit est très visuel, bâti sur des images qui s'imposent au lecteur, mais cela ne vient jamais du regard des personnages.
L'atmosphère est tendue, George est toujours sur la défensive, à surveiller Lennie, tandis que le personnage de Curley incarne la méchanceté et la violence, faisant ressortir de chacun les pires traits de caractère.
C'est à la fois froid mais extrêmement objectif et très réaliste, tout cela contribuant à la beauté de ce roman et à sa renommée puisqu'il fait partie, avec "Les raisins de la colère", des deux œuvres majeures de John Steinbeck.
J'ai été profondément émue par ce récit et par les deux personnages principaux qui, s'ils forment un couple improbable, n'en demeurent pas moins attachants et extrêmement touchants.

Chronique ordinaire d'un quotidien de misère, "Des souris et des hommes" de John Steinbeck fait partie de ses œuvres les plus connues, un roman qui mérite d'être lu et sans doute relu et qui constitue une première approche idéale pour découvrir cet auteur américain incontournable du 20ème siècle attaché à sa Californie natale et son style si particulier.

Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger / Chute de PAL


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