dimanche 9 novembre 2014

Oncle Daniel le Généreux d'Eudora Welty


"D'abord écoutez-moi, si vous continuez à lire comme ça, ça va vous abîmer les yeux. On n'a qu'à simplement faire un brin de causette ", propose Edna Earle Ponder, la nièce de l'oncle Daniel, dès les premières lignes de ce roman publié en 1954 (pleine période de " la chasse aux sorcières " et du procès des époux Rosenberg). S'ensuit une longue confidence aux accents traînants du Sud, sur l'histoire de la famille Ponder (illustre à l'échelle de Clay, Mississippi) et sur sa longue déchéance. Personnage savoureux et décalé, Edna Earle raconte, tout en considérant comme parfaitement naturel ce que tout un chacun tiendrait pour pure folie. En découle un récit délicieusement suranné, absurde, tirant volontiers sur le tragique. (Flammarion)

Eudora Welty est née à Jackson , Mississippi; d'ailleurs elle est aussi morte à Jackson, Mississippi, à l'âge de 92 ans; et si cette histoire ne se passe pas à Jackson, Mississippi, c'est tout comme si elle s'y déroulait.
Eudora Welty est résolument et définitivement Sudiste, jusqu'au bout des ongles et y compris dans son style littéraire, d'ailleurs, son roman "Oncle Daniel le Généreux" a toute la saveur et le parfum de ce Sud dont l'auteur disait qu'il "est un pays étrange, amphibie partout habité d'une même solitude.".
Ceci étant dit, ce roman n'en déroute pas moins le lecteur tant il est vivant, au bord de la folie avec ce moulin à paroles qu'est le personnage d'Edna Earle Ponder, la nièce du fameux oncle Daniel dont il est question dans l'histoire.
D'ailleurs, le récit commence par l’interpellation de celle-ci envers un inconnu, qui au passage se retrouve être le lecteur, à qui elle propose donc de faire un brin de causette.
Et elle parle, et elle raconte, et elle se confie : l'histoire de la famille Ponder, illustre à l'échelle de Clay, Mississippi, de sa déchéance et des déboires survenus à cet oncle Daniel si généreux, et quelque peu simple d'esprit mais notez bien que ceci n'est jamais dit.
Oncle Daniel il est comme ça, il donne, il distribue, et l'empêcher est impossible : "De toute façon, empêcher oncle Daniel de donner, c'était comme vouloir empêcher un oiseau de voler.".
Oncle Daniel il est comme ça, il donne, il aime, il est largué par la femme, alors il recommence à donner, sa vie se résumant à cette spirale sans fin : "Oncle Daniel, lui, était revenu à présent au point de départ. Il avait commencé par faire le généreux; ensuite il était tombé amoureux; puis il s'était mis à parler; à partir de là, il avait perdu ce qu'il possédait; ensuite, il s'était fait mettre à la porte de chez lui, et après s'être fait mettre à la porte, le voilà qui recommençait à faire le généreux.".
Et au milieu de tout cela, il y a le drame, le procès, la gentille et dévouée Edna Earle qui veut empêcher le pire d'arriver à oncle Daniel, et surtout que celui-ci parle : "Quand quelqu'un adressait la parole à oncle Daniel, j'essayais de répondre à sa place, si je pouvais. Je suis l'interprète, voilà ce que je suis; entre ma famille et le monde.".
Edna Earle est plus que la mémoire de cette famille, elle est aussi leur voix et c'est exactement ce qui ressort du récit.
Elle se raconte peu mais parle beaucoup de son oncle Daniel, cet homme simple d'esprit mais généreux de cœur qui n'a connu tout au long de sa vie sentimentale que des déceptions et de sa vie d'homme quelques personnes malintentionnées qui ont profité de lui, mais aussi beaucoup d'autres qui, patiemment, l'ont toujours écouté parler : "Il aurait fallu un cœur de pierre pour ne pas le laisser continuer, même si on voyait bien que petit à petit ça le déchirait à l'intérieur. C'était comme quand il avait décidé de vous faire un cadeau - mais cette habitude-là, il y a belle lurette que ça lui avait passé. Dans son intérêt, il valait mieux qu'il parle, plutôt que de faire le généreux. Mais ça lui faisait plus mal. A tout le monde, ça fait plus mal.".
Au final, oncle Daniel s'avère un personnage aussi attachant que celui d'Edna Earle, le tout servi par un style flamboyant, résolument sudiste et puissant dans les images qu'il projette au lecteur.

Récit complètement absurde tirant sur le tragique mais absolument délicieux pour le lecteur, "Oncle Daniel le Généreux" est une pépite littéraire littéraire fleurant bon le Sud des Etats-Unis et qui n'est pas sans rappeler le style d'une autre auteur américaine du Sud : Flannery O'Connor.
Quel dommage et quel regret qu' Eudora Welty ne soit plus publiée en France et qu'il faille faire des pieds et des mains pour réussir à se procurer ses romans !
Une grande et incontournable auteur Américaine dont il faut découvrir l'oeuvre, de toute urgence.

Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines


Aucun commentaire:

Publier un commentaire