mercredi 29 août 2012

Nestor rend les armes de Clara Dupont-Monod


« Lui, c’était un homme d’excès. Un homme qui n’avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier. » C. D.-M. Clara Dupont-Monod, avec ce nouveau portrait d’un être des marges, poursuit une œuvre forte et singulière. Nestor est obèse. De cet homme désigné au regard des autres comme un monstre, elle tente, avec une paradoxale économie de mots, de saisir le mystère. Au fil des pages, et comme à l’insu du lecteur, le gros père prend la dimension d’un être humain riche de son histoire. Celui dont le seul horizon est la photo d’un phare du bout du monde devient sous nos yeux un personnage : argentin, arrivé en France pendant la dictature, il y a retrouvé une jeune femme qu’il a épousée et avec qui la vie était douce. Jusqu’au drame qui inexorablement les a éloignés l’un de l’autre, au point qu’il finisse enfermé dans la rassurante forteresse de sa propre chair. À force de patience et de tendresse, une jeune femme médecin parviendra peut-être à conjuguer sa propre solitude à celle de ce patient peu ordinaire. La langue riche et précise de Clara Dupont-Monod agit comme un charme puissant pour suggérer l’indéfinissable attachement qui naît entre ces deux-là. L’écrivain se garde bien de conclure : trois issues s’offrent au lecteur, comme s’il était impossible qu’une histoire aussi improbable et bouleversante finisse mal. (Sabine Wespieser Editions)

"Chaque tentative de vivre lui coûtait. Sa terre natale l’avait chassé, il ne reconnaissait plus sa maison, il avait banni sa femme et il n’avait plus d’enfant. Alors, il avait seulement essayé de sortir la tête de l’eau.", mais il a eu beau essayer, il n’y est pas arrivé et parce qu’il n’en peut plus, Nestor a décidé de rendre les armes.
Nestor n’est pas comme les autres, il est obèse, il ne sort presque pas de chez lui, il ne veut pas du regard des autres : "On le montrait du doigt. On riait de ses gestes d’amputé, lui, le lourdaud aux lacets défaits, le "gros père".", mais sous cette apparence il cache une blessure profonde.
Alors, pour échapper au monde, Nestor s’est construit une carapace : "Rester sourd aux souffrances, à l’horrible pesanteur, aux rigoles de sueur sous les vêtements, soulever des jambes de fonte et s’éloigner. L’urgence valait le risque. Tant pis pour la chute. Rien n’était pire qu’un avait soudain incarné, surgissant devant lui avec un sourire de loup.".

Nestor est un personnage très touchant et il n’est pas possible de ne pas s’y attacher et de ne pas ressentir d’émotion à la lecture de son histoire.
Ce livre est petit par la taille mais grand par toute la palette de sentiments qu’il contient ainsi que le côté humain qui m’a particulièrement marquée.
Il n’y a pas de superflu, l’auteur va à l’essentiel et livre un condensé d’émotions pures avec l’histoire de Nestor.
Et comme pour mieux accentuer la singularité de ce roman, Clara Dupont-Monod propose au lecteur trois fins alternatives aussi différentes les unes des autres : l’une porteuse d’espoir, l’autre de tristesse et enfin une mixant ces deux sentiments.
Ces trois fins se valent et conviennent toutes pour conclure ce roman, même si l’une a ma préférence j’avoue ne pas avoir été capable de trancher tant cette histoire peut se conclure d’une façon ou d’une autre.

"Nestor rend les armes" de Clara Dupont-Monod est un beau roman aux effluves d’une sensibilité rare et pétri de sentiments humains qu’il est bon de rappeler de temps à autre au gré d’un roman.
Un livre à déguster pour changer son regard sur l’autre.

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