mardi 4 septembre 2012

Les années douces Tome 2 de Jirô Taniguchi et Hiromi Kawakami


Dans le café où elle a ses habitudes, une trentenaire, Tsukiko, fait la connaissance d’un homme solitaire et élégant, de plus de trente ans son aîné. Elle réalise qu’elle le connaît : il fut autrefois son professeur de japonais. Elle est célibataire, il est veuf. Complices, ils prennent l’habitude de se revoir dans le même café, au hasard de leur emploi du temps, puis, bientôt, d’improviser des sorties ensemble. Insensiblement, à petites touches légères, une connivence s’établit, puis une véritable affection, et peut-être même… Des rencontres qui s’entrecroisent au fil du hasard ou du désir, chacune menée comme une histoire à part entière, pour un récit pudique et délicat, tissé de bonheurs fugaces et d’enchantements saisis au vol. Ce tome 2 des Années douces met un point final à l’adaptation que propose Jirô Taniguchi du beau livre d’Hiromi Kawakami. (Casterman)

Suite et fin de l’adaptation du roman de Hiromi Kawakami par Jirô Taniguchi, avec l’origine et la construction des sentiments au cœur de ce volume.

Le lecteur retrouve Tsukiko, cette trentenaire célibataire qui a développé un lien affectif avec l’un de ses anciens professeurs qu’elle appelle "le maître", sauf que dans la première partie elle va tout faire pour étouffer le sentiment qu’elle ressent comme on se soigne d’un rhume, sans succès : "Je suis peut-être d’une nature qui ne fait pas bon ménage avec le temps".
Elle finit par avouer la nature de ses sentiments au maître : "Ce ne sont pas des sottises ! Maître ! Je vous aime ! ", et s’il faudra quelques temps à ce dernier il finira par lui demander : "S’il en est ainsi … puis-je vous demander d’accepter de me fréquenter sur la base d’une relation amoureuse ?", ce à quoi Tsukiko lui répondra : "Moi, ça fait un bon moment que je suis complètement amoureuse de vous !".

Il y a toujours autant de beauté et de pudeur dans cette adaptation.
Tsukiko est une jeune femme somme toute banale et c’est justement cette normalité et ses défauts qui la rendent si attachante.
Ce deuxième volume est une réflexion intéressante sur la construction du sentiment amoureux et le fait que ce soit Tsukiko qui aime d’abord le maître est un bon parti et donne du corps à l’histoire.
Le "je" narratif de Tsukiko finit par céder la place au "nous" : "Nous nous parlions avec gravité. Nous étions toujours sérieux. Même quand nous plaisantions. Nous étions sérieux. D’ailleurs, les thons aussi étaient graves. Et les bonites aussi. Au fond, la plupart des êtres vivants sont sérieux.", et même au cours de leur relation amoureuse elle continuera de l’appeler "maître", même séparés par la mort son véritable nom restera celui d’un inconnu : "Harutsuna Matsumoto. C’était comme le nom d’un inconnu.".
J’aime toujours autant le noir et blanc, l’absence de couleurs et le travail sur l’intimité fait par Jirô Taniguchi.
Les dessins sont de toute beauté, ils sont très précis et détaillés et arrivent à exprimer des sentiments complexes.
Chaque chapitre se détache et même si le style est un peu différent (un voyage sur une île, un rêve) le lecteur peut toujours y entrer facilement.
Comme dans le premier tome, les repas jouent un rôle important et les dessins donnent envie de goûter à tous ces plats.
Les deux derniers chapitres, "Parade", sont plus déconnectés du reste de l’histoire, mais ils permettent une incursion dans le fantastique, avec l’apparition de Tengus, qui offre une dimension de rêve et permet de ne pas laisser un goût dramatique une fois le manga refermé.

J’ai décidé de me lancer dans la découverte des mangas, genre que jusque là je repoussais, et je ne sais pas si c’est le fruit du hasard ou une bonne pioche (ou les deux), mais mon choix pour "Les années douces" est une bonne entrée en matière qui me donne envie de continuer à découvrir ce genre littéraire.
Avec "Les années douces", livre oscillant entre la bande dessinée occidentale et le manga, Jirô Taniguchi offre une adaptation extrêmement réussie du roman de Hiromi Kawakami que j’ai désormais envie de lire, où la pudeur, la beauté et l’amour ont une place prépondérante.
Il est à gager que je n’oublierai pas de sitôt cette lecture et que même longtemps après avoir refermé ce livre la magie continue d’opérer.

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